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Le 18 septembre 2002

 

Actualité 

TOGO : LA RENTREE COLERE 
Samuel Batchati

Ils sont plus d’un million  six cents mille à arpenter les chemins des classes des premiers, deuxième et troisième degré. Un million six cents mille candidats aux larmes en fin d’année. Un million six cents mille candidats à la joie  en fin d’année. Mais le chemin jusqu’à cette ultime minute  est long. Long  et éprouvant.  Pourtant les parents et élèves en ce début d ‘année n’ont pas ce souci d’un happy end ou d’un sad end. Ils sont entièrement préoccupés par d’autres soucis. 

La rentrée 2002-2003 est la rentrée de toutes les colères.

Les parents sont coléreux parce que depuis plus de 2 mois pour certains et 3 mois pour d’autres, les salaires  ne sont pas arrivés. Pour les bienheureux, ils ont eu les salaires en début de week end. Mais que faire avec un salaire minable deux jours avant la rentrée ? Rien !  

En face il y a les responsables des établissements scolaires qui exigent mordicus les frais de scolarité. L’obtention d’une place assise est fonction de  ces frais de scolarité. Au fait les directeurs et proviseurs sont talonnés par les inspecteurs qui eux le sont par les ministres qui eux le sont par leur ventre ; les ventres qui eux savent que les ministres ont lampé les salaires, que les salaires ne sont pas payés et que les parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Dans ce cercle vicieux, il y  a de quoi taper sa tête contre les murs. Et les parents se tapent les têtes contre les murs à qui mieux mieux. 

Dans le dos il y a des enfants braillards qui discourent sur le neuf : tenue kaki neuve, sac d’écolier neuf, chaussures neuves, tout neuf. Les parents rendraient leur tête  neuve qu’ils ne refuseraient pas. 

Les élèves sont coléreux. Ils sont en colère de devoir échouer  chaque fin d’année malgré « les efforts que nous fournissons.  Qu’on nous laisse réussir. Si après on chôme c’est pas leur problème. Moi j’ai  plus vraiment envie de reprendre les classes », nous a confié ce matin un élève qui  reprend sa terminale  A4 pour la 4è fois. Rageant n’est-ce pas. 

Ils sont surtout coléreux les enseignants de savoir que les discours mirobolants de leurs ministres de tutelle sont faux et démagogiques. Ils savent que rien pas même une  virgule, ne sera mis en œuvre. Ils savent que le gouvernement ne fait rien pour améliorer leur condition de travail et d’existence. Que sans les organismes non gouvernementaux, il y a longtemps, les écoles auraient fermé leurs portes fautes de salles de classe. Ils ragent les enseignants de savoir que c’est encore parti pour  neuf mois de privation de sommeil d’insultes des élèves, de mépris des autorités. «  Qu’est-ce que la vocation devant une ventre qui a faim ? Même les bénévoles et les volontaires  ont de quoi survivre. Pour nous autres c’est une simple mise à mort. » Confidence d’un professeur contractuel , cette  classe d’enseignants niés, bannis , avilis et piétinés jusque dans leur amour propre, ce matin dans un lycée de la place. A la question pourquoi il ne change pas, il répond : «  Et aller où ? Dans l’armée ? Il n’y  a que ça dans ce pays.  Pour les plus nantis ils sont dans les ONGs. » Sans commentaire. 

Dans cette saltimbanque scolaire, les enseignements privés viennent difficilement au secours d’un système éducatif en loque, image de la déconfiture du pays. Naissance anarchique ou réglementaire, le secteur privé dans l’enseignement est devenu une sorte de commerce. La valeur du savoir donné n’est pas la fin, mais seul le  chiffre d’affaire que le directeur ou fondateur peut réaliser  à la fin de l’année  compte. Toutefois ce secteur soulage  le gouvernement de  40%  de scolaires. Ce qui n’est pas négligeable. 

Point n’est besoin de s’en aller tirer sur le pianiste : L’irresponsabilité du régime en place qui privilégie l’armée plus que l’éducation est la cause de toute cette dévaluation, de  toute dette déliquescence du système éducatif. Tant que les autorités ne comprendront pas que tout développement part d’une éducation efficace et efficiente inscrite dans la nouvelle donne de globalisation et d’autoroutes d’information et de nouvelles technologies, notre pays le Togo n’ira jamais à la Lune.

 

Pour tout contact écrire à liaisons@togoforum.com

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