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TOGO : LA RENTREE COLERE
Samuel Batchati
Ils sont plus d’un million
six cents mille à arpenter les chemins des classes des
premiers, deuxième et troisième degré. Un million six cents mille
candidats aux larmes en fin d’année. Un million six cents mille
candidats à la joie en
fin d’année. Mais le chemin jusqu’à cette ultime minute
est long. Long et
éprouvant. Pourtant les parents et élèves en ce début d ‘année
n’ont pas ce souci d’un happy end ou d’un sad end. Ils sont entièrement
préoccupés par d’autres soucis.
La rentrée 2002-2003 est la rentrée de toutes les colères.
Les parents sont coléreux parce que depuis plus de 2 mois
pour certains et 3 mois pour d’autres, les salaires
ne sont pas arrivés. Pour les bienheureux, ils ont eu les
salaires en début de week end. Mais que faire avec un salaire minable
deux jours avant la rentrée ? Rien !
En face il y a les responsables des établissements scolaires
qui exigent mordicus les frais de scolarité. L’obtention d’une
place assise est fonction de ces
frais de scolarité. Au fait les directeurs et proviseurs sont talonnés
par les inspecteurs qui eux le sont par les ministres qui eux le sont
par leur ventre ; les ventres qui eux savent que les ministres ont
lampé les salaires, que les salaires ne sont pas payés et que les
parents ne peuvent pas payer les frais de scolarité. Dans ce cercle
vicieux, il y a de quoi
taper sa tête contre les murs. Et les parents se tapent les têtes
contre les murs à qui mieux mieux.
Dans le dos il y a des enfants braillards qui discourent sur
le neuf : tenue kaki neuve, sac d’écolier neuf, chaussures
neuves, tout neuf. Les parents rendraient leur tête
neuve qu’ils ne refuseraient pas.
Les élèves sont coléreux. Ils sont en colère de devoir échouer
chaque fin d’année
malgré « les efforts que nous fournissons.
Qu’on nous laisse réussir. Si après on chôme c’est pas
leur problème. Moi j’ai plus
vraiment envie de reprendre les classes », nous a confié ce
matin un élève qui reprend
sa terminale A4 pour la 4è
fois. Rageant n’est-ce pas.
Ils sont surtout coléreux les enseignants de savoir que les
discours mirobolants de leurs ministres de tutelle sont faux et démagogiques.
Ils savent que rien pas même une
virgule, ne sera mis en œuvre. Ils savent que le gouvernement
ne fait rien pour améliorer leur condition de travail et d’existence.
Que sans les organismes non gouvernementaux, il y a longtemps, les écoles
auraient fermé leurs portes fautes de salles de classe. Ils ragent les
enseignants de savoir que c’est encore parti pour
neuf mois de privation de sommeil d’insultes des élèves, de
mépris des autorités. « Qu’est-ce que la vocation devant une
ventre qui a faim ? Même les bénévoles et les volontaires
ont de quoi survivre. Pour nous autres c’est une simple mise
à mort. » Confidence d’un professeur contractuel , cette
classe d’enseignants niés, bannis , avilis et piétinés
jusque dans leur amour propre, ce matin dans un lycée de la place. A
la question pourquoi il ne change pas, il répond : «
Et aller où ? Dans l’armée ? Il n’y
a que ça dans ce pays. Pour
les plus nantis ils sont dans les ONGs. » Sans commentaire.
Dans cette saltimbanque scolaire, les enseignements privés
viennent difficilement au secours d’un système éducatif en loque,
image de la déconfiture du pays. Naissance anarchique ou réglementaire,
le secteur privé dans l’enseignement est devenu une sorte de
commerce. La valeur du savoir donné n’est pas la fin, mais seul le
chiffre d’affaire que le directeur ou fondateur peut réaliser à la fin de l’année
compte. Toutefois ce secteur soulage
le gouvernement de 40%
de scolaires. Ce qui n’est pas négligeable.
Point n’est besoin de s’en aller tirer sur le pianiste :
L’irresponsabilité du régime en place qui privilégie l’armée
plus que l’éducation est la cause de toute cette dévaluation, de
toute dette déliquescence du système éducatif. Tant que les
autorités ne comprendront pas que tout développement part d’une éducation
efficace et efficiente inscrite dans la nouvelle donne de globalisation
et d’autoroutes d’information et de nouvelles technologies, notre
pays le Togo n’ira jamais à la Lune.
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