Sarah
Baartman Dolorosa, Welcome back home
Samuel Batchati
Sarah Bartman, la Noire Sud Africaine exhibée à travers toute l'Europe
à la fin du 19ème siècle comme bête de foire a bénéficié
aujourd'hui d'une sépulture due à un être humain. Elle reposera désormais
sur une colline de la province du Cap dans son pays, l'Afrique du Sud.
Connue sous le nom de "Venus Hottentote", son inhumation a
valeur de symbole de lutte contre la mentalité esclavagiste et déshumanisante.
Nelson Mandela, Thabo MBéki et 10000 Sud Africains ont accompagné à
sa dernière demeure celle dont le corps fut jusqu'en 1974 une curiosité
au musée de l'homme en France.
Réprimant un sanglot, le Président sud Africain a déclaré à
l'enterrement:
«L'histoire de Sarah Baartman est l'histoire de tout le peuple
africain de ce pays, c'est l'histoire de notre réduction au statut
d'objets que l'on peut s'approprier, utiliser et dont on peut disposer».
Et d'ajouter: que Sarah est une héroïne, «une icône
d'une époque révolue, où impérialisme et colonialisme
assujettissaient les peuples, sans que personne n'aie jamais de compte
à rendre à personne».
M. M'Béki a rendu un hommage à la France pour avoir accepté en mai
2002, «dans un monde en pleine mutation» de rendre les
restes de Sarah aux autorités sud africaine, Cet hommage rendu par M.
Thabo M'Béki au gouvernement français est simplement ridicule
dans ce contexte où le nègre est chosifié, abêti, même en France
d'aujourd'hui. Curieusement Sarah était née en 1789, année de la
grande revolution française. Elle n'aurait pas démandé mieux que de
vivre en France. Elle y a vécu, et est morte à 26 ans, dans la misère
et la prostitution.
Pour nous prouver qu'elle mérite cet hommage, la France devra par
exemple rebaptisé une rue en France du nom de Sarah Baartman. Cela
aurait été fait recemment à New York où une rue s'appellerait
désormais Hamadou Diallo du nom du guinéen abattu de 41 balles par la
police en l'an 2000.
Au fait, à quoi servent des reconnaissances posthumes? Qu’une rue
s’appelle cochon ou singe ne fait rien à la douleur et à la
soufrance. La Belgique vient de reconnaitre sa responsabilité dans la
mort de Patrice Lumumba. Mais comment va-t-elle rattrapper plus de 40
ans de politique obscure au Congo?
Quelle barbarie ou quelle cupidité humaine peut pousser un homme à
faire d’un autre une curiosité de zoo? M. M'Béki l'a dit
aujourd'hui:ils te regardaient comme une sauvage, en réalité
c'était eux les sauvages et barbares.
L’exposition des pygmées à Bruxelles parlaient d’aide humanitaire.
A-t-on exposé les Indiens avant de les émanciper? Les blancs doivent
cessé de nous ridiculiser. Et il est du devoir de nos dirigeants
qu’une cupidité malsaine nous oblige à la mendicité, de nous rendre
digne de nous-mêmes. Il faut rappeler qu'il a fallu attendre la
fin de l'apartheid. Les démarches pour le retour de Sarah au pays ont
commencé en 1994. Et puis quoi encore.
Sarah ou
Saartjie (surnom que lui avait donné son maître Blanc) était née en
1789 de l'ethnie Khoi alors surnommée Hottentote. Agé de 21 ans à la
fin du 19ème siècle, la jeune Khoi fut vendue par son maître à un médecin
hollandais frappée par son physique curieux caractérisé par un derrière
saillant et ses organes génitaux hypertrophiés.
Or pour pouvoir remarquer l'hypertrophie des atouts génitaux d'une
femme, il faut bien que ses maîtres esclavagistes s'y soient intéressés
de très près. Ils s’intéressent à l’anatomie mais abhorrent la
couleur de la peau «A vendre ce que les juifs n’ont pas vendu»
sifflait Arthur Rimbaud.
Le médecin
lui mentit qu'elle pouvait gagner beaucoup d'argent en Europe. Elle
accepta le deal mais une fois en Europe en 1810, Sarah a été vendu à
un Français dresseur d'animaux. Baartman s'est retrouvée dans une
cage, la corde au cou et forcée d'exhiber ses organes et atouts génitaux
comme un animal. Elle devint la bête de foire et exhibée dans toute
l'Europe. Jamais homme a-t-il subi pareille humiliation? C’est dans la
misère et obligée de se prostituer que Sarah est morte à Paris en
1816.
Certaines sources d'informations soutiennent qu'avant d'être vendue au
dresseur d'animaux, Sarah Baartman avait eu 2 enfant avec un Noir
d'origine Antillaise.
Sarah you are back home. Nous t’avons vue partir vivante. Ils
nous ont retourné ton squelette. Nous l’avons pris. Qu’ils nous
retournent les squelettes de ceux qui sont morts dans les océans, dans
les champs de cotonniers, dans les champs de canne à sucre, au fond des
cales des négriers. Qu’ils nous retournent la sueur de nos parents.
La sueur qui a fait l’Europe, qui a fait les Etats Unis. Qui a fait le
monde. Les veuves japonaises ont été dédommagées parce qu’elles
avaient servi d’objet de plaisir aux soldats. Et nous ? Ce sera le
prochain combat. Au lieu de s’extasier devant les
restes d’une parente il serait utile de revendiquer. « We are nice
and proud »(WEB Du Bois).-