Qui donc trouble le sommeil du prince à Kara?
Justin Hèzu Tiyé
On les appelle les Konkomba. Ils ont pour chef lieu Guérin-Kuka
dans la préfecture de Dankpén. Ils sont cousins au peuple Bassar.
L'histoire togolaise enseigne que les Konkomba et les Bassar sont des
peuples redoutables aux capacités guerrières jusqu'ici non
expliquées. Ces peuples opposèrent une résistance non égalée à
l'entrée du colonisateur allemand au 18ème siècle. Le coloniseur tomba plusieurs fois dans
leur guets-appens.
Ces peuples sont aujourd'hui aux prises avec
le fils au chef de l'Etat togolais, le colonel Ernest Gnasingbé qui a
littéralement
detruit la préfecture de Bassar et ses environs dont Dankpén, à la poursuite des
opposants au régime de son père. Les morts et exilés originaires de
Bassar se comptent par
milliers.
Cette destruction a été rendue
possible grâce au rôle négatif joué par certains fils Bassar
militaires très zélés au service de la dictature d'Eyadema.
Aujourd'hui, c'est la population qui est déterminée à retourner à
ses valeurs encestrales pour défendre la terre de ses aieux.
Les déboires du prince avec les
Konkomba partent d'un fait simple qui a une signification toute particulière dans
les tribus Komkomba et Bassar: La colère et les larmes d'une mère
dont les deux fils ont été éliminés par la dictature du général
Eyadéma. La maman c'est Madame Djato.
Madame Djato, dont le mari est mort de
chagrin après que sa maison ait été saccagée et presque démolie
à Bassar ville, s'est refugiée dans
ses larmes et chaque jour, comme pour se soulager, pleurait jusqu'au
mois de Mai 2002. Dans ses pleurs, Madame Djato sortait de ces
paroles que seule aurait su sortir une mère qui a perdu ses deux fils.
L'un en mars 1993 et l'autre en mai 2002. Dans ses chansons de
changrin et ses pleurs, la maman défiait ceux qu'elle avait épousés.
Ceux dont elle est la bru. Elle les mettait au defi de prouver qu'ils
sont des hommes dignes de ce nom. Elle disait dans ses pleurs qu'elle ne savait pas
qu'elle avait épousé des lâches, des femmes comme elle, des hommes
indignes de ce que sa tribu, les Konkomba fut jadis. Son
deuxième fils venait d'être tué à la gendarmérie de Dankpén. Il
convient d'ouvrir une petite parenthèse à ce niveau pour dire que
papa Djato était reconnu pour son adhésion au mouvement de
démocratisation au Togo. D'aucuns disent que son père à lui fut un
combattant pour les indépendances du Togo. Son premier fils était
militaire et on n'a plus eu de ses échos ni vu ses traces depuis mars
1993 après l'attaque du camp du Regiment Inter-arme du Togo (RIT) qui
se solda par la mort du général Ameyi, et l'assassinat du Colonel
Tépé de sang froid. Il semble que Djato fils fît parties des
victimes du nettoyage opéré par Eyadema et ses fidèles après
l'échec l'attaque du camp RIT. Son père reclama en vain que lui fût
remis le corps de son fils. Il meurt de chagrin. Le
deuxième fils Djato fut arrêté entre avril et mai 2002 à
Guérin-Kuka par les hommes d'Ernest Gnasingbé pendant
qu'il jouait aux cartes avec ses amis. Le motif (le prétexte) de
l'arrestation fut qu'il aurait fumé du chanvre indien. Il fut amené à la gendarmerie
où on le tortura jusqu'à ce que mort s'en suive. Le defi lancé par
les pleurs de sa mère fut le choc qui fit
trembler le vase qui était déjà trop plein. Les
jeunes Kokomba et Bassar se réunissent très vite et font une
descente sur la gendarmerie pour exiger des explications.
Comment peut-on expliquer à une foule en colère qu'on a tué un des
sien? Impossible. Resultat: un autre mort. Un gendarme fut tué
séance tenante. Ernest
envoie ses troupes chez le chef Konkomba pour exiger que ce dernier
nomme et livre les jeunes qui ont osé s'en prendre à la gendarmérie.
Le chef explique qu'il ne connait aucun de ces jeunes et que de toute
façon il s'agissait d'une vendetta et comme telle il faudrait alors
prendre tout le village. Ernest se fache et ordonne qu'on amène le
chef des Konkomba qui sera lui aussi torturé jusqu'à la mort. On
dit même qu'avant de mourir, le chef Konkomba pissait du sang. Le
chef Konkomba est tué par les mêmes tortionnaires en mai 2002. La colère des jeunes Konkomba et Bassar
monte et ils jurent d'avoir la tête
d'Ernest, qu'il pleuve ou qu'il neige. La tension devent intenable et Eyadema lui-même envoie une
délégation à Bassar et à Dankpén avec à sa tête le général
Gnonfam. Celui-ci ne parvient pas à calmer les populations. Le
général Gnonfam retourne rendre compte fidèlement au chef d'Etat de
l'ambiance sur le terrain. Le message est le suivant: Ernest
Gnassingbé est en danger de mort. Les Konkomba veulent venger leur
chef tué. Les
populations Konkomba et Bassar sont formelles et leur détermination
n'est pas négociable. Et on connait leur courage et leurs capacités
guerrières. En tout cas, Eyadema s'est mis dans tous ses états. Dans
la foulée, il limoge le prefet de Dankpén, Monsieur Henri Yedibahoma
comme si ce dernier était la cause de la colère des Konkomba ou s'il
aurait pu arrêter cette colère. Les
sages Konkomba et Bassar mènent une campagne d'explication au sein de
la population pour lui faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un
problème entre Bassar-Konkomba et les Kabyè. Ceci pour éviter toute
exploitation tribal du problème. Car Ernest et son père sont très
forts dans la manipulation des ethnies les unes contre les
autres. L'exemple des affrontements entre Kabyè et et Kotokoli de
Bafilo à
Sotouboua en 1992 sont encore fraiches dans les mémoires. Que
penser de cette situation qui soulève davantage de questions.
Quelques unes de ces questions sont: Comment mettre fin à l'impunité
au Togo? Pourquoi certaines personnes ne respectent-elles pas la vie
que Dieu donne aux femmes et hommes? Comment éviter à l'avenir que
des populations au Togo soient poussées ou obligés de devoir se
défendre contre les attaques meurtrières de ceux qui sont
normalement chargés de leur protection? NB:
Le lecteur voudra bien relire ce texte après quelques jours. Plus
de précisions sur les noms, dates et lieux de faits clés sont en
train d'être collectés et seront ajoutés au texte.
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