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Le 2 septembre 2002

 

Actualité

Qui donc trouble le sommeil du prince à Kara?
Justin Hèzu Tiyé

On les appelle les Konkomba. Ils ont pour chef lieu Guérin-Kuka dans la préfecture de Dankpén. Ils sont cousins au peuple Bassar. L'histoire togolaise enseigne que les Konkomba et les Bassar sont des peuples redoutables aux capacités guerrières jusqu'ici non expliquées. Ces peuples opposèrent une résistance non égalée à l'entrée du colonisateur allemand au 18ème siècle. Le coloniseur tomba plusieurs fois dans leur guets-appens.   

Ces peuples sont aujourd'hui aux prises avec le fils au chef de l'Etat togolais, le colonel Ernest Gnasingbé qui a littéralement detruit la préfecture de Bassar et ses environs dont Dankpén, à la poursuite des opposants au régime de son père. Les morts et exilés originaires de Bassar se comptent par milliers. 

Cette destruction a été rendue possible grâce au rôle négatif joué par certains fils Bassar militaires très zélés au service de la dictature d'Eyadema. Aujourd'hui, c'est la population qui est déterminée à retourner à ses valeurs encestrales pour défendre la terre de ses aieux.   

Les déboires du prince avec les Konkomba partent d'un fait simple qui a une signification toute particulière dans les tribus Komkomba et Bassar: La colère et les larmes d'une mère dont les deux fils ont été éliminés par la dictature du général Eyadéma. La maman c'est Madame Djato.

Madame Djato, dont le mari est mort de chagrin après que sa maison ait été saccagée et presque démolie à Bassar ville, s'est refugiée dans ses larmes et chaque jour, comme pour se soulager, pleurait jusqu'au mois de Mai 2002. Dans ses pleurs, Madame Djato sortait de ces paroles que seule aurait su sortir une mère qui a perdu ses deux fils. L'un en mars 1993 et l'autre en mai 2002. Dans ses chansons de changrin et ses pleurs, la maman défiait ceux qu'elle avait épousés. Ceux dont elle est la bru. Elle les mettait au defi  de prouver qu'ils sont des hommes dignes de ce nom. Elle disait dans ses pleurs qu'elle ne savait pas qu'elle avait épousé des lâches, des femmes comme elle, des hommes indignes de ce que sa tribu, les Konkomba  fut jadis. Son deuxième fils venait d'être tué à la gendarmérie de Dankpén. 

Il convient d'ouvrir une petite parenthèse à ce niveau pour dire que papa Djato était reconnu pour son adhésion au mouvement de démocratisation au Togo. D'aucuns disent que son père à lui fut un combattant pour les indépendances du Togo. Son premier fils était militaire et on n'a plus eu de ses échos ni vu ses traces depuis mars 1993 après l'attaque du camp du Regiment Inter-arme du Togo (RIT) qui se solda par la mort du général Ameyi, et l'assassinat du Colonel Tépé de sang froid. Il semble que Djato fils fît parties des victimes du nettoyage opéré par Eyadema et ses fidèles après l'échec l'attaque du camp RIT. Son père reclama en vain que lui fût remis le corps de son fils. Il meurt de chagrin.  

Le deuxième fils Djato fut arrêté entre avril et mai 2002 à Guérin-Kuka par les hommes d'Ernest Gnasingbé pendant qu'il jouait aux cartes avec ses amis. Le motif (le prétexte) de l'arrestation fut qu'il aurait fumé du chanvre indien. Il fut amené à la gendarmerie où on le tortura jusqu'à ce que mort s'en suive. 

Le defi lancé par les pleurs de sa mère fut le choc qui fit trembler le vase qui était déjà trop plein.

Les jeunes Kokomba et Bassar se réunissent très vite et font une descente  sur la gendarmerie pour exiger des explications. Comment peut-on expliquer à une foule en colère qu'on a tué un des sien?  Impossible. Resultat: un autre mort. Un gendarme fut tué séance tenante. 

Ernest envoie ses troupes chez le chef Konkomba pour exiger que ce dernier nomme et livre les jeunes qui ont osé s'en prendre à la gendarmérie. Le chef explique qu'il ne connait aucun de ces jeunes et que de toute façon il s'agissait d'une vendetta et comme telle il faudrait alors prendre tout le village. Ernest se fache et ordonne qu'on amène le chef des Konkomba qui sera lui aussi torturé jusqu'à la mort. On dit même qu'avant de mourir, le chef Konkomba pissait du sang. Le chef Konkomba est tué par les mêmes tortionnaires en mai 2002. 

La colère des jeunes Konkomba et Bassar monte et ils jurent d'avoir la tête d'Ernest, qu'il pleuve ou qu'il neige. La tension devent intenable et Eyadema lui-même envoie une délégation à Bassar et à Dankpén avec à sa tête le général Gnonfam. Celui-ci ne parvient pas à calmer les populations. 

Le général Gnonfam retourne rendre compte fidèlement au chef d'Etat de l'ambiance sur le terrain. Le message est le suivant: Ernest Gnassingbé est en danger de mort. Les Konkomba veulent venger leur chef tué. Les populations Konkomba et Bassar sont formelles et leur détermination n'est pas négociable. Et on connait leur courage et leurs capacités guerrières. En tout cas, Eyadema s'est mis dans tous ses états. Dans la foulée, il limoge le prefet de Dankpén, Monsieur Henri Yedibahoma comme si ce dernier était la cause de la colère des Konkomba ou s'il aurait pu  arrêter cette colère.   

Les sages Konkomba et Bassar mènent une campagne d'explication au sein de la population pour lui faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'un problème entre Bassar-Konkomba et les Kabyè. Ceci pour éviter toute exploitation tribal du problème. Car Ernest et son père sont très forts dans la  manipulation des ethnies les unes contre les autres. L'exemple des affrontements entre Kabyè et et Kotokoli de Bafilo à Sotouboua en 1992 sont encore fraiches dans les mémoires. 

Que penser de cette situation qui soulève davantage de questions. Quelques unes de ces questions sont: Comment mettre fin à l'impunité au Togo? Pourquoi certaines personnes ne respectent-elles pas la vie que Dieu donne aux femmes et hommes? Comment éviter à l'avenir que des populations au Togo soient poussées ou obligés de devoir se défendre contre les attaques meurtrières de ceux qui sont normalement chargés de leur protection?

NB: Le lecteur voudra bien relire ce texte après quelques jours. Plus de précisions sur les noms, dates et lieux de faits clés sont en train d'être collectés et seront ajoutés au texte. 

 

 

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