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Le 2 septembre 2002

 

Actualité

Ernest Gnasingbé est de retour à Kara
Justin Hèzu Tiyé

Le 5 août dernier, nous nous posions la question de savoir si le colonel Ernest Gnasingbé, officiellement affecté à Lomé prendrait son poste à l'état-major. Le fils, colonel de l'armée togolaise, a bel et bien été affecté à Lomé où il a séjourné pour quelques semaines. Aujourd'hui il est de retour à Kara, sa ville natale et celle de son père. 

Nous tentions de nous expliquer les raisons de son affectation à Lomé. Dans un pays où toutes les décisions du pouvoir ne sont jamais officiellement motivés ni rendues publiques par les médias ordinaires, il est difficile d'informer en temps utile.  Aujourd'hui, tout semble plus ou moins clair avec toujours cette interrogation: Monsieur Ernest Gnasingbé va-t-il cesser de semer la terreur dans la Kozah et les préfectures environnantes, maintenant qu'il y est de retour? Suivez le mouvement de notre tête et vous avez la reponse! 

De source bien informées, Ernest Gnasingbé est de retour à Kara, pas pour un week-end mais bien pour y rester. Il serait revenu avec un renfort pour assurer sa sécurité. Il aurait été adjoint d'un aide de camp capable de le protéger mieux qu'avant, avons-nous appris. On se demande bien quelle est la nouveauté puisqu'il a toujours été entouré d'une bandes de militaires armés jusqu'aux dents. L'autre question aussi logique est celle de savoir de qui ou de quoi Ernest Gnasingbé voudrait se protéger, lui qui a tout les militaires du camp Landja de Kara sous son commandement et à sa disposition? 

Eh bien, il semble qu'i y ait une pesanteur plus forte que lui et qu'il redoute: Les Konkomba et leurs cousins Bassar ont juré d'avoir la tête du fils Colonel, Ernest Gnasingé, pour venger leur chef torturé à mort par ses soins au cours du mois de mai 2002. La menace est si sérieuse que le prince a dû se refugier à Lomé. Nous tentons de retracer les faits dans le texte qui suit celui-ci et qui s'intitule "Qui donc trouble le sommeil du prince à Kara?". 

Il n'est pas à exclure qu'un compromis ait été trouvé avec les peuples Konkomba-Bassar. Nous ne disposons d'aucune information sur une telle éventualité ni sur une éventuelle réconciliation avec le prince lui permettant de retourner à Kara en toute quiétude. En l'état actuel de la tension chez ce peuple, il semble que le seul fait de lui adjoindre un aide camp ne suffise pas pour déamorcer la crise. Tout au contraire. 

Faute d'espérer une sanction exemplaire contre l'auteur de l'attentat de Soudou et d'autres assassinats au Togo, un compromis fondé sur sa présentation d'excuses publiques et sa promesse de désormais respecter la vie humaine aurait été peut-être acceptable. On le sait, une telle humilité n'est pas à sa portée. 

Lui adjoindre un aide de camp et le renvoyer à Kara sonne comme une déclaration de guerre et un raidissement de position des Gnasingbé qui n'ont jamais eu tort au Togo. Aujourd'hui les Kokomba-Bassar n'ont pas grand'chose à perdre. Ils ont beaucoup perdu en vies humaines et en biens. Bassar est une ville détruite à l'instar de toutes les villes du Togo où il a plu au banditisme du Colonel Ernest Gnasingbé de s'abattre.

Il est important de rappeler que c'est avec la complicité de beaucoup de soldats Konkomba-Bassar, très, très zélés, que leurs préfectures, autrefois unique, ont été soumises et détruites depuis 1991. Au point où nous en sommes, on se demande bien ce qui va se passer. Ce n'est d'ailleurs pas par hasard si le général Zachari Nandja de Bassar a été nommé chef d'état-major des Forces armées togolaise (FAT).  

En tout cas l'aide de camp d'Ernest Gnasingbé que nos sources d'information ne nomment pas encore, s'il ne prend garde peut y laisser la peau comme les colons Allemands du 19ème.  

Certaines sources soutiennent que c'est à la demande de son père Président de la Republique, que le fils serait revenu à Kara. Le père se dit que la présence de son fils à Kara est une nécessité qui surpasse de loin la menace Konkomba. La présence d'Ernest au Nord du Togo est, en effet, une sorte d'assurance que les populations locales (de la Kozah et de ses environs) ne vont pas se permettre le luxe du libre arbitre, le luxe d'un affranchissement de l'assujettissement dont ils sont l'objet depuis toujours. Ernest hors de Kara pour longtemps signifierait que les Gnasingbé ont perdu la région au profit des "opposants". Surtout avec le phénomène Dahuku Péré et l'adhésion perceptible à son courage et à sa cause, Eyadema ne veut prendre aucun risque. Les manipulateurs des consciences sont à pied d'oeuvre avec l'aide de Radio Kara, Radio Lomé et la télévision togolaise, mais Ernest doit être là pour intimider, menacer, torturer et s'il le faut, tuer. Il faut retarder au maximum  le jour où les Kabyè et les autres ethnies du Nord se soulèveront contre Eyadèma, car ce sera la fin de son règne.  

D'autres sources veulent qu'il soit revenu par nostalgie, parce qu'il n'arrive pas à vivre loin de la ville qu'il considère être la propriété dont il hérite de son père et qu'il régente à loisir. A Lomé il est aimé de très d'officiers superieurs de l'armée togolaise, pour qui il n'a aucun respect. Ici aussi, sa sécurité est peu sure. Son père le sait aussi. 

La préfecture de la Kozah semble être la propriété privée des Gnasingbé. Une propriété qui comprend femmes, hommes, et enfants; batiments, terrains, fleuves et rivières; La propriété comprend même les basses-cour avec volailles, porcs, chèvres et boeufs...etc

Après tout, comment le prince Ernest pourrait-il se priver pour longtemps du plaisir aujourd'hui rare au monde de voir défiler devant lui des gladiateurs qui, même s'ils meurent au quotidien lui lancent: "Ave Caesar, Morituri te salutant", c'est-à-dire "Salut Empereur, ceux qui vont mourir te saluent"! 

Oui, le prince est de retour à Kara! Vive le Prince Seigneur et tout Puissant! Mais a-t-il trouvé une vraie solution à la cause de ses cauchemars? 

====> Qui donc trouble le sommeil du prince? 

 

 

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