Ernest Gnasingbé est
de retour à Kara
Justin Hèzu Tiyé
Le 5 août dernier,
nous nous posions la question de savoir si le colonel Ernest
Gnasingbé, officiellement affecté à Lomé prendrait son poste à
l'état-major. Le fils, colonel de l'armée togolaise, a bel et bien
été affecté à Lomé où il a séjourné pour quelques semaines.
Aujourd'hui il est de retour à Kara, sa ville natale et celle de son père.
Nous tentions de nous
expliquer les raisons de son affectation à Lomé. Dans un pays où
toutes les décisions du pouvoir ne sont jamais officiellement
motivés ni rendues publiques par
les médias ordinaires, il est difficile d'informer en temps
utile. Aujourd'hui, tout semble plus ou moins clair avec
toujours cette interrogation: Monsieur Ernest Gnasingbé va-t-il
cesser de semer la terreur dans la Kozah et les préfectures
environnantes, maintenant qu'il y est de retour?
Suivez le mouvement de notre tête et vous avez la reponse!
De source bien
informées, Ernest Gnasingbé est de retour à Kara, pas pour un
week-end mais bien pour y rester. Il serait revenu
avec un renfort pour assurer sa sécurité. Il aurait été adjoint d'un
aide de camp capable de le protéger mieux qu'avant, avons-nous appris. On
se demande bien quelle est la nouveauté puisqu'il a toujours été
entouré d'une bandes de militaires armés jusqu'aux dents.
L'autre question aussi logique est celle de savoir de qui ou de
quoi Ernest Gnasingbé voudrait se protéger, lui qui a tout les militaires du camp Landja de
Kara sous son commandement et à sa disposition?
Eh bien, il semble
qu'i y ait une pesanteur plus forte que lui et qu'il redoute: Les
Konkomba et leurs cousins Bassar ont juré d'avoir la tête du fils
Colonel, Ernest Gnasingé, pour venger leur chef torturé à mort par
ses soins au cours du mois de mai 2002. La menace est si sérieuse
que le prince a dû se refugier à Lomé. Nous tentons de retracer les
faits dans le texte qui suit celui-ci et qui s'intitule "Qui
donc trouble le sommeil du prince à Kara?".
Il n'est pas à exclure
qu'un compromis ait été trouvé avec les peuples
Konkomba-Bassar. Nous ne disposons d'aucune information sur une telle
éventualité ni sur une éventuelle réconciliation avec le prince lui permettant
de retourner à Kara en toute quiétude. En l'état actuel de la
tension chez ce peuple, il semble que le seul fait de lui adjoindre un aide camp
ne suffise pas pour déamorcer la crise. Tout au contraire.
Faute d'espérer une
sanction exemplaire contre l'auteur de l'attentat de Soudou et
d'autres assassinats au Togo, un compromis fondé sur sa présentation d'excuses publiques
et sa promesse de désormais respecter
la vie humaine aurait été peut-être acceptable. On le sait, une
telle humilité n'est pas à sa portée.
Lui adjoindre un
aide de camp et le renvoyer à Kara sonne comme une déclaration de guerre et un raidissement
de position des Gnasingbé qui n'ont jamais eu tort au Togo. Aujourd'hui les Kokomba-Bassar n'ont
pas grand'chose à perdre. Ils ont beaucoup perdu en vies humaines et en
biens. Bassar est une ville détruite à l'instar de toutes les
villes du Togo où il a plu au banditisme du Colonel Ernest Gnasingbé
de s'abattre.
Il est important
de rappeler que c'est avec la complicité de beaucoup de
soldats Konkomba-Bassar, très, très zélés, que leurs préfectures,
autrefois unique, ont été soumises et détruites depuis 1991. Au
point où nous en sommes, on se demande bien ce qui va se passer. Ce
n'est d'ailleurs pas par hasard si le général Zachari Nandja de Bassar
a été nommé chef d'état-major des Forces armées togolaise
(FAT).
En tout cas l'aide de
camp d'Ernest Gnasingbé que nos sources d'information ne nomment pas
encore, s'il ne prend garde peut y laisser la peau comme les colons
Allemands du 19ème.
Certaines sources
soutiennent que c'est à la demande de son père Président de la
Republique, que le fils serait revenu à Kara. Le père se dit que la présence de son fils à Kara est une
nécessité qui surpasse de loin la menace Konkomba. La présence
d'Ernest au Nord du Togo est, en effet, une sorte
d'assurance que les populations locales (de la Kozah et de ses
environs) ne vont pas se permettre le luxe du libre arbitre, le
luxe d'un affranchissement de l'assujettissement dont ils sont
l'objet depuis toujours. Ernest hors de Kara pour longtemps signifierait que les
Gnasingbé ont perdu la région au profit des "opposants".
Surtout avec le phénomène Dahuku Péré et l'adhésion perceptible
à son courage et à sa cause, Eyadema ne veut prendre aucun risque.
Les manipulateurs des consciences sont à pied d'oeuvre avec l'aide de
Radio Kara, Radio Lomé et la télévision togolaise, mais Ernest doit
être là pour intimider, menacer, torturer et s'il le faut, tuer. Il
faut retarder au maximum le jour où les Kabyè et les autres
ethnies du Nord se soulèveront
contre Eyadèma, car ce sera la fin de son règne.
D'autres sources
veulent qu'il soit revenu par nostalgie, parce qu'il n'arrive pas à
vivre loin de la ville qu'il considère être la propriété dont il
hérite de son père et qu'il régente à loisir. A Lomé il est aimé
de très d'officiers superieurs de l'armée togolaise, pour qui il n'a
aucun respect. Ici aussi, sa sécurité est peu sure. Son père le
sait aussi.
La préfecture de la
Kozah semble être la propriété privée des Gnasingbé. Une propriété
qui comprend femmes, hommes, et enfants; batiments, terrains, fleuves et rivières; La propriété comprend
même les basses-cour avec volailles, porcs, chèvres et boeufs...etc
Après tout, comment le
prince Ernest pourrait-il se priver pour longtemps du plaisir
aujourd'hui rare au monde de voir défiler devant lui des gladiateurs
qui, même s'ils meurent au quotidien lui lancent: "Ave
Caesar, Morituri te salutant", c'est-à-dire "Salut
Empereur, ceux qui vont mourir te saluent"!
Oui, le prince est de retour à Kara!
Vive le Prince Seigneur et tout Puissant! Mais a-t-il trouvé une
vraie solution à la cause de ses cauchemars?
====> Qui
donc trouble le sommeil du prince?
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