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27 Fev. 2004

La gigantesque manifestation de l'opposition pour le retour de Fambaré Natchaba
Alain Nococo

L’opposition togolaise a organisé à Lomé une gigantesque marche pour réclamer le retour de M. Fambaré Natchaba, président constitutionnel intérimaire

La démission du président autoproclamé Faure Gnassingbé et la désignation nuitamment de M. Abass Bonfoh comme président intérimaire en lieu et place de M. Fambaré O. Natchaba président intérimaire constitutionnel ne sont que de la poudre aux yeux.

En tout cas, c’est que l’on peut retenir de la grande marche pacifique de l’opposition ce samedi 26 février 2005 à travers les rues de Lomé.

A l’appel N° 3 de six partis de l’opposition togolaise à savoir : ADDI, CAR, CDPA, PSR, UDS-TOGO et UFC, ce sont plusieurs centaines de milliers de Togolais, 150.000 selon les organisateurs et 200 à 250.000 selon des sources indépendantes, qui ont pris d’assaut tôt ce samedi matin le petit terrain Kodjindji à Bè-Goka point de ralliement pour la grande marche qui devait les conduire au stade Béniglato pour le meeting.

L’itinéraire initialement prévu était le suivant : Goka Kodjindji- Bd Houphouët Boigny- Bd Circulaire- Fontaine Lumineuse- Place Fréau Jardin pour le meeting.

Mais à cause d’une autre manifestation programmée par le RPT pour soutenir le président démissionnaire et pour éviter, dit-on, une collision qui pourrait dégénérer en affrontements, il a été demandé aux six partis de l’opposition de revoir leur itinéraire.

C’est ainsi que, partis du terrain Kodjindji, les centaines de milliers de manifestants en majorité des jeunes, tous sexes confondus, au devant desquels les leaders de l’opposition : Me Yawovi Agboyibo du CAR, Prof. Léopold M. Gnininvi de la CDPA, Me Abi Tchessa du PSR, Antoine Folly de l’UDS-Togo, Bob Akitani de l’UFC, Claude Améganvi du PT et bien d’autres, ont emprunté l’itinéraire que voici : Bd Houphouët-Boigny- Bd Circulaire- Avenue Maman N’Danida Côté sud- Rue la Gare- Rue de la SGGG- Bd du Mono pour chuter sur le terrain de Béniglato.

C’est au son des sifflets, des castagnettes et des tambours de fortune que le cortège des manifestants a démarré vers 08 heures dans une ambiance électrique ovationné par des vieux, vieilles, hommes, femmes, enfants et passants massés aux abords des maisons.

Des manifestants surchauffés, des banderoles jaunes, rouges, blanches à la tête et avec des branches d’arbres à la main, chantaient et exécutaient des danses du terroir. Ils brandissaient des pancartes où on pouvait lire : A bas la dictature de la France, vive le Togo ; vivent Obasanjo, Bush, Wade, Konaré, Tandja, Adieu Chirac ; nous réclamons le retour de Natchaba à Souza Netimé ; non à Bonfoh oui à Natchaba ; nous ne voulons pas Bonfoh mais Natchaba ou un émissaire de l’UA, de l’UE, de l’ONU ou de la CEDEAO ; peuple togolais, faisons attention aux amalgames ; au secours, au secours Chirac et la famille Gnass nous ont pris en otage ; Faure sucrerie au bout du souffle. Sur une croix arrachée quelque part dans un cimetière de la place que tenait un manifestant il était écrit Famille Gnassingbé morte depuis le 05 février 2005. On a aussi vu des graffitis sur les murs de certaines maisons du genre ; Bonfoh, nous ne savons pas que t’es aussi naïf que Faure ; la fin des beaux discours, des tueries, des mensonges etc...

C’est après plus de deux heures de marche que les manifestants, sous le regard discret et bienveillant des forces de l’ordre déployées sur tout le long de l’itinéraire, sont arrivés au stade Béniglato qui était déjà plein de monde. Là encore, une autre démonstration du rejet de la France et de son président par le peuple togolais s'observe. Le président Jacques représenté par une poupée et le drapeau français ont été brûlés sous les applaudissements nourris de la foule au cri de Abas la France.

Quatre interventions ont marqué le meeting.

Après la prière de circonstance et l’exécution de l’hymne national, l’honneur est revenu au leader du CAR de prononcer le mot de bienvenue. Celui-ci a, au nom des partis organisateurs de la marche, tenu à exprimer ses remerciements aux organisations des femmes, des jeunes, des syndicats, des notables et à toute la population pour leur mobilisation et leur a demandé de se tenir toujours prêts pour les autres manifestations à venir.

Le deuxième intervenant, M. Antoine Folly Délégué Général de l’UDS-Togo, a fait le point sur la situation actuelle marquée par la démission de Faure Gnassingbé et la nomination de Abass Bonfoh comme président intérimaire qui, selon l’orateur, ne résolvent qu’un tiers des exigences de l’opposition.

Quant au troisième intervenant M. Patrick Lawson, 3e vice président de l’UFC, celui-ci a entretenu la foule sur les perspectives d’avenir, c’est-à-dire les actions que l’opposition entend mener pour le retour à l’ordre constitutionnel.

La déclaration finale qui n’est autre que la plateforme de sortie de crise que les six partis ont rendue publique vendredi 25 février lors d’un point de presse au siège du CAR et que nous avons d’ailleurs publiée, a été lue par M. Wolou Porte- Parole du PSR.

C’est aux environs de 13heures que les manifestants se sont séparés dans le calme en se donnant rendez-vous samedi prochain pour le 4e appel de l’opposition.

Mais en attendant, les femmes militantes pour le changement se mobilisent pour, disent-elles, barrer la route à l’imposture. C’est ainsi qu’elles ont appelé dans un tract distribué lors du meeting toutes les femmes togolaises pour une autre marche pacifique demain dimanche 27 février 2005 qui démarre à 08heures au Restaurant La Pirogue pour chuter à la Place Fréau Jardin. Elles ont au programme de cette journée du dimanche 27 février, une prière musulmane, des cultes protestants et messes catholiques.

Le moins que l’on puisse, c’est qu’en dépit de la satisfaction par la communauté internationale de ce que certains appellent une concession de taille, l’opposition n’est pas prête à céder sur sa principale exigence qui est le retour à l’ordre constitutionnel impliquant le retour au pays du président intérimaire constitutionnel, Fambaré Natchaba.

Tout en regrettant la décision de la CEDEAO de lever ses sanctions, l’opposition entend multiplier les pressions pour contraindre les autorités de fait à respecter la constitution car, estime-t-elle, il revient aux Togolais de régler en dernier ressort leur problème.

 

 
 
 

 
 
 

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