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08 Fev. 2004

Ils continuent quand tout est fini: Jeunesse des 15, 20, 30 et 40 ans, laisseras-tu faire?
Samuel Batchati

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Faure Gnassingbé a à peine 40 ans. Son père a vaincu son opposition des Gilchrist Olympio, des Léopold Gnininvi, des Yawovi Agboyibor, des Edem Kodjo, des Zarifou Ayéva etc. Il est mort de sa belle mort. L'histoire se repétera-t-elle avec la génération de Faure? Jeunesse des 15, 20, 30 et 40 ans, laissera-tu faire? »
 

En moins de 48 heures, le visage politique togolais a connu une mutation dans la similitude. Un surplace après la mort déclarée du général tyran à la tête du Togo depuis 38 ans. Le sprint exalté du parlement monocolore qui a décidé dimanche la destitution du président de l’Assemblée nationale Fambaré Natchaba, et la nomination de Faure Gnassingbé à ce poste pour continuer le pouvoir du père, est une grotesque farce désopilante. Le compteur de la violation de la constitution togolaise par le général n’a pas eu le temps de se bloquer que subitement le fils le relance. Like father, like son. Alors que Natchaba se tourne et se retourne les pouces à Cotonou, le parlement a signé sa destitution et proclamé Faure Gnassingbé, président de l’Assemblée nationale et du coup président du Togo. L’ironie du sort a voulu que celui qui avait modifié la constitution pour permettre au général Eyadema de briguer le mandat de 2003, pratique qu’il avait baptisée de " toilettage de la constitution ", est aujourd’hui lui-même victime d’un émondement des textes essentiels.

Toute cette agitation précipitée frise l’enfantillage, la puérilité et la médiocrité d’un parlement de benêts députés, irresponsables et inconséquents. La caducité procédurière modifiant la Constitution suscite plusieurs questions. Quelle légalité possède encore un parlement le lendemain d’un coup d’Etat ? En légitimant le coup d’Etat, le parlement n’a-t-il pas signé son arrêt de mort ? Dès lors que l’armée a, la veille, confié le pouvoir au ministre fils Faure Gnassingbé et prêté allégeance envers et contre l’article 65 de la Constitution, " En cas de vacance de la Présidence de la République par décès, mission ou empêchement définitif, la fonction présidentielle est exercée provisoirement par le président de l'Assemblée Nationale ", l’existence même du parlement ne devient-elle pas du coup caduque ?

Le parlement n’avait donc aucune légalité après le coup d’Etat perpétré par l’armée. La légitimation du coup d’Etat par un parlement caduc est une illégalité ; est contre la tradition même des coups d’Etat. Pourtant c’est le dénouement d’une chronique imprévue d’un coup d’Etat orchestré sur le cadavre encore fumant du dinosaure. Les officiers togolais n'ont-ils pas peur du cadavre lui-même. Dans un clan politique où le charlattanisme est légion, Zakari Nandja, Gnonfam ou Mémène, Boko Bosso ou Tidjani ne redoutent-ils pas l'oeil pourtant définitivement fermé du cadavre?

" C’est sur l’ancienne corde qu’on tisse la nouvelle. " avait coutume de dire le vieux tyran. Ainsi le fils va continuer de tisser la corde de dictature entamée par son père il y a maintenant une quarantaine d’années. Une dictature finit. Une dictature commence. " La fin est au début du commencement, et pourtant ça continue " (Samuel Beckett, Fin de partie). Alors Gnassingbé Eyadema ou Faure Gnassingbé, pour les Togolais, c’est la même galère. Le garnement n’a pas perdu une seule minute pour prouver à la face du monde qu’à l’instar de son père, il n’avait aucun égard pour les textes de la République togolaise.

Après s’être fait adoubé par l’armée puis s’être fait nommer président de l’Assemblée, Faure a eu la force et l’éclat du génie de prêter serment dans la matinée du lundi, jouant le dernier acte de la succession alors que le corps de son père est arrivé à Pya, son village natal. En prêtant serment le galopin vient en outre de montrer qu’il n’a cure des mises en garde de la communauté internationale et entend coefficier le dirigisme médiocrate qu’il a hérité par un je-m’en-fichisme suicidaire, pouvant entraîner le peuple tout entier vers des souffrances abyssales sans qu’il daigne sourciller. Après quelques trois ans dans le giron politique de son père, faisant ses armes comme député et ministre en 2003, cet économiste a appris l'obstination et l’impunité.

Faure Gnassingbé a pris le pouvoir sans coup férir, aucune rivalité familiale ne l’en a empêché. On s’interroge sur la tournure des événements si le colonel Ernest Gnassingbé avait été là. Le tonton flingueur n’aurait certainement pas laissé la présidence à ce morveux d’économiste. Vraisemblablement les autres innombrables enfants du général pisseur, auguste semeur de bâtards ne semblent préoccupés outre mesure. Le patapouf Kpatcha Gnassingbé, directeur de la SAZOF, pavane aux côtés du tout nouveau président, le sourire espiègle et le visage de celui qui a peur de perdre ses prérogatives et autres avantages dus à son rang de fils de président et non à ses capacités intellectuelles. Quant au commandant Rock Gnassingbé, président de la Fédération Togolaise de Football, on sait les malentendus qu’il avait eus avec son père lors des élections de 2003 auxquelles il déconseillait vivement au général d’y aller. Lui est resté presque absent, inexistant. Très rarement il fait parler de lui. Si lui ne dispute pas le pouvoir à Faure, ce ne sont pas les autres filles qui le feront. Plusieurs inconnues restent encore qui dévoileront leur mystère les jours et mois à venir.

Pour l’instant, le peuple togolais est une fois encore embarqué dans une dictature héréditaire. La pusillanimité de ce peuple, sa couardise légendaire ne le sauvera des serres de cette descente au pandémonium. On s’était attendu à des manifestations de joie à la mort du tyran. Rien. La nomination de son fils devait également déverser dans les rues, les Togolais de colère. Mais rien. Le syndrome des années 1990, où la ferveur et la soif de la liberté avaient jeté étudiants, élèves, commerçants, apprentis, artisans et paysans dans les rues, n’a même pas effleuré les esprits des Togolais. Cette ferveur semble elle-même émoussée par l’inaction et les échecs successifs de l’opposition. C’est à se demander si l’opposition peut encore inciter avec succès la population à manifester.

Si elle doit le faire, ce sera son grand oral. Le nombre de manifestants et l’ampleur des manifestations constitueront le barème de notation. Cette ampleur déterminera l’adhésion du peuple togolais ou non au nouveau texte constitutif et au fils président. Visiblement, l’opposition semble préoccupée par le babil. L’absence de spontanéité enlève déjà toute ardeur à d’éventuelles marches de protestation. D’autant plus que Faure Eyadema, le nouvel homme fort du Togo en rouvrant les frontières a interdit toute manifestation durant les deux mois de deuil qu’il a décrétés. Cela lui laisse assez de temps pour assoire sa "légitimité". Tout le monde semble se complaire dans cette situation déshonorante qui éclabousse d’infamie les leaders et le gotha de la politique togolaise. C’est incommode, incommodant, c’est une mode d’un autre siècle.

L’espoir des Togolais repose aujourd’hui sur les pressions internationales. Chirac, qui a pleuré un ami personnel est exclu de la liste des possibles sauveurs du Togo. Il ne trahira certainement pas la mémoire de cet ami en empêchant le fils de diriger le pays. Qui sait si cette machine n’a pas été mise en branle par ses soins. L’hypocrisie en politique est un parfum dont on s’embaume au quotidien. Restent l’Union africaine, la CEDEAO, l’ONU et l’Union Européenne qui avait entamé un processus de rétablissement de l’aide interrompue depuis 1993 " pour déficit démocratique ". L’inquiétude se mêle tout de même à cette seule bouée de sauvetage. De quels moyens de pression dispose cette communauté internationale ? Quelles actions concrètes va-t-elle mener ? Embargoter le pays ? Placer le fils du général en quarantaine ? Corser les sanctions économiques ? Déjà le pays a hérité du despote d’une dette extérieure de près de 1 100 milliards. A l’intérieur l’image économique n’est pas du tout reluisante. Le pillage économique était érigé en système. On a raconté que le trésor public se trouvait à Lomé 2 où tous les soirs, les recettes des douanes, du port et autres sociétés, étaient quotidiennement versé au domicile du général. Ce ne sont donc pas les députés et les ministres qui s’inquièteront des sanctions. C’est le peuple togolais qui boira ce vin tiré jusqu’au lit de sa mort. Totale.

Les choses se passeront comme de coutume. Le scénario s’est mainte fois produit et ce n’est pas au Togo que la mécanique ne marchera pas. Le dernier cas est le coup d’Etat de François Bozizé que toute la communauté avait dénoncé et désapprouvé. Pourtant progressivement le régime putschiste de Bangui a été accepté pour «les progrès démocratiques notables.» Et Bozizé est en odeur de sainteté avec l’Union africaine. Si le big-bang attendu à la mort du despote Eyadema ne s’est pas produit par un soulèvement populaire, ce n’est personne d’autre qui le produira à la place de ce peuple curieux quand même, qui gémit et se tait. Les Togolais peuvent surtout se vanter de se passer de tout le monde et de lui-même.

Faure Gnassingbé a à peine 40 ans. Son père a vaincu son opposition des Gilchrist Olympio, des Léopold Gnininvi, des Yawovi Agboyibor, des Edem Kodjo, des Zarifou Ayéva etc. Eyadema est mort de sa belle mort. L'histoire se repétera-t-elle avec la génération de Faure? Jeunesse des 15, 20, 30 et 40 ans, laisseras-tu faire?

 
 

 
 
 

 
 
 

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