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24 jan. 2005

Obsèques de Kabissa Gnassingbé: plus d'apparat que de larmes
Justin Hèzu Tiyé

Cliquez pour visionner le palais des congrès de Kara et ses devantures en temps ordinaires
 

" On tarde à grandir ; on ne tarde pas à mourir ". " Le lieu où l’on attend la mort n’a pas besoin d’être vaste. ". " Si Dieu tue un riche, il tue un ami ; s’il tue un pauvre, il tue une canaille ". Ah ! Combien de ces réflexions positives Ahmadou Kourouma a-t-il emporté dans sa tombe ?

Qui fut Kabissa Gnassingbé? Frère aîné du chef de l'Etat togolais, le général Eyadema, il est décédé le 3 janvier 2005, alors que son jeune frère de 5 ans préparait les festivités marquant sa prise de pouvoir au Togo en 1967 et surtout l'assassinat de Sylvanus Olympio en 1963. Pourquoi parler de lui dans nos colonnes? Eh bien, c'est qu'il mérite d'être dit que Kabissa Gnassingbé mena une vie qui contraste avec celle de tous ses parents jusqu'à Paka, feu oncle des Gnassingbé et ancien tout puissant maire de Kara. Il mérite d'être dit que Kabissa Gnassingbé mena une vie simple, refusant voyages à l’extérieur et voitures neuves. D'autres à Kara le disent pingre et trop réservé pour un membre d'une famille qui regente le Togo et possède tout. Mais ce qui est certain c'est que ce paysan a mené une vie frugale. Il continuait de "cultiver" à 75 ans, avec une poussive Peugeot 504 bâchée, qui dormait plus chez les mécaniciens que chez lui. Ce qui semble certain aussi c'est que le defunt qui n'ignorait pas qu'il allait mourir un jour ou l'autre, contrairement à son frèro Eyadema "l'imortel", doit rager que tant d’apparat soit déployé pour ses obsèques.

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Le riche met beaucoup d’argent et d’honneur à inhumer dans la pompe son parent ; le pauvre met beaucoup de cœur et top de larmes à enterrer les siens. Qui a dit que les funérailles d’un riche ont beaucoup plus d’éclat que le mariage d’un pauvre ? En tout cas les obsèques de Gnassingbé Kabissa n’ont pas eu l’air d’un deuil. C’était puérilement une fête. Et qui dit que bien fêter c'est mieux pleurer le mort? C'est selon...

La propension futile et maladive du général Eyadema à nationaliser le décès de ses parents ôte tout masque funèbre à la cérémonie.

Pour commencer, la cérémonie ne s’est pas déroulée au domicile du général ou au domicile du défunt à Pya-Akéï. Tout a été fait au palais des congrès de Kara. Tout. Sauf la veillée de prières du vendredi 21 janvier, retransmise en direct sur les antennes de la radio Kara. Même pour cette occurrence, la ville de Kara s’est torchée un bon coup. Une journée ville propre a été opérée, étendue à Pya le vendredi 21 janvier de 6 heures à huit heures.

Le coup de balai de la ville c’est surtout pour les étrangers de Lomé, du Bénin, du Burkina Faso et du Ghana. Surtout du Ghana. Car le président ghanéen John Kufour est arrivé jeudi pour partager les larmes de crocodile du général. Pour une telle marque de compassion, il ne sera pas dit que la ville natale du général est une souillonne, pouilleuse croulant sous la merdre et sous les déjections des porcs, bœufs, chèvres et chiens qui règlent la circulation en lieu et place des feux tricolores et des agents de police. Donc, un bon coup de balai pour dépoussiérer cette ville et la débarrasser, ne serait-ce que pour quelques heures, des nylons bags est indispensable. Le hangar lui-même a été monté une fois devant le palais des congrès, démonté pour être monté à Pya avant de trouver une place tranquille enfin au Palais des congrès. Qu’est-ce qu’elles ont dû trimer, suer sang et eau, les nouvelles recrues d’Août 2005 !

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Le décor planté, maximum de faste et de magnificence jusqu’au cercueil que nos yeux de misérables hères ont reluqué avec des envies de meurtres, nos têtes calculant et recalculant le nombre de repas par jour et le nombre d’années que nous pouvons nous offrir avec le coût d’un pareil joyau. Et puis maximum de classe : les VIP ont eu accès directement à la grande salle des palais des congrès pour le culte d’enterrement. La populace et autres curieux sont restés dehors sous les hangars dressés à cet effet. Même là, la veste n’a pas eu son habituel effet de l’habit qui fait le moine. Non ! Il ne sera pas dit que de morveux quidams ont assisté au culte d’enterrement du frère aîné du général Eyadema, président dictateur du Togo.

Tout cet apparat pour un monsieur qui aura vécu complètement effacé, refusant tous les privilèges qui pouvaient lui échoir en tant que grand frère du chef de l’Etat. Comme il ragerait si monsieur Kogoé Akrima s’avisait, ainsi qu’il l’avait fait après le décès de l’autre frère à Eyadema, Koromsa Gnassingbé, de baptiser un des salons de l’aéroport de Lomé Tokoin, SALON KABISSA. Tous ceux qui passent par l’aéroport de Lomé Tokoin, ont pu lire SALON KOROMSA.

D’ailleurs, la cérémonie du 22 janvier 2005 n’a été qu’un folklore. D’indiscrètes langues racontent que le cercueil transporté au palais des congrès de Kara, était un cercueil vide. Des chirurgiens français, arrivés de Paris, auraient conditionné la dépouille deux jours après le décès et l’auraient placée dans le caveau familial aux côtés de la mère N’Danida et de Koromsa. Qui a dit que l’homme est poussière et retournera à la poussière après sa mort ? Les Gnassingbé ne sont pas de poussière. Ils sont nés momies et retourneront momies. Cette version est renforcée par le fait que l’inhumation s’est déroulée "dans l’intimité familiale"

A Kara, on s’est demandé quand même si le général Eyadema aura à sa mort tout l'étalage dont il fait montre à inhumer ses frères. Car dans l’esprit de beaucoup, l’heure de la déroute a sonné, et les fils et la camarilla qui gravitent autour du général s’enfuiront à sa mort, abandonnant certainement sa dépouille à la vindicte populaire.

Cette dernière (la vindicte populaire) que les intellectuels togolais doivent oeuvrer dès maintenant à conjurer pour le plus grand intérêt de la démocratie et pour le bonheur du peuple togolais vraiment libéré.

 

 
 
 

 
 
 

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