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1.
INTRODUCTION
1.2 Genèse de la
Mission
Le décès du Général Gnassingbé Eyadéma,
Président de la République togolaise a
plongé le
pays dans une crise constitutionnelle
sans précédent. La vacance de la
Présidence de la
République a été gérée dans un
climat tendu, caractérisée par
d’importantes irrégularités dans
les modifications de la
constitution. Dans ce contexte troublé,
des manifestations de rue ont été
organisées pour demander le
retour à l’ordre constitutionnel et le
respect strict des règles de
vacance de la Présidence de la
République. Certaines manifestations
ont été réprimées avec
violence. Le retour bricolé et
contesté à la légalité
constitutionnelle et le consensus
fragile sur
l’organisation d’une élection
présidentielle le 24 avril 2005, ont
crée les conditions d’une
détérioration de la situation
des droits de l’homme, avant, pendant
et après l’élection
présidentielle. Mon Bureau a
reçu des informations faisant état de
violences et d’allégations de
violations massives des droits
de l’homme au Togo.
Face à cette situation
alarmante et à la suite de
consultations avec le Secrétaire
général de
l’Organisation des Nations Unies, j’ai
décidé de créer une Mission
d’établissement des faits pour
faire la lumière sur les
violences et les allégations de
violations des droits de l’homme
survenues au
Togo avant, pendant et après
l’élection présidentielle, du 24 avril
2005. Les autorités
nationales ont exprimé leur
volonté de coopérer avec la Mission.
Le 10 juin 2005, j’ai nommé M.
Doudou Diène comme mon Envoyé spécial
pour le Togo. M.
Doudou Diene est par ailleurs
Rapporteur spécial des Nations unies
sur les formes
contemporaines de racisme, de
discrimination raciale, de xénophobie
et de l’intolérance qui y
est associée. Dans le cadre de
sa mission, l’Envoyé spécial a été
assisté par une équipe de
soutien technique composée de
quatre experts en droits de l’homme,
d’un médecin légiste et de
deux agents de sécurité de
l’Organisation des Nations
Unies (ONU).
La Mission s’est déployée au
Togo du 13 au 24 juin 2005. Pendant
cette période, elle s’est aussi
rendue dans les pays voisins
notamment au Bénin et au Ghana pour
recueillir les témoignages
de nombreux réfugiés togolais.
A la fin de sa mission, l’
Envoyé spécial, m’a remis ce
rapport qui
comprend des faits relatifs à ses
travaux au
Togo, au Ghana et au Bénin et des
recommandations visant à
combattre
l’impunité vis-à-vis des violences et
des violations des
droits de l’homme et à
suggérer des actions pour
prévenir toute nouvelle violence et
violation
des droits de
l’homme et pour promouvoir les
droits de l’homme au Togo.
Toutes politiques et actions de suivi
relatives à la situation des droits de
l’homme au
Togo et à la
mise en oeuvre des recommandations
contenues dans ce rapport seront
menées par mon
Bureau en concertation avec les
principales organisations
régionales et sous-régionales
africaines notamment l’Union
africaine et la
Communauté Economique des Etats
de l’Afrique de
l’Ouest.
1.2 Mandat de la
Mission
Les termes de référence de la mission
ont été communiqués aux autorités
togolaises. Dans une
lettre datée du 11 juin 2005,
les autorités togolaises m’ont
confirmé leur accord pour
l’envoi
d’une Mission d’établissement des
faits. Pour ne pas retarder le
déploiement de la Mission, les
autorités togolaises ont
demandé à rediscuter des termes de
référence, au cours d’une séance
de travail à Lomé.
Pendant cette séance de
travail, un consensus s’est dégagé
entre l’Envoyé
spécial et une délégation du
Gouvernement Togolais, sur les
objectifs suivants de la
Mission :
a) Etablir les circonstances
qui ont mené aux violations alléguées
des droits de l’homme au
Togo entre le 5 Février et le 5
Mai 2005.
b) Vérifier les rapports
faisant état de ces allégations et
compiler des informations sur la
nature, les causes et les
auteurs des violations commises
principalement à Lomé, à
Atakpamé, à Aného, à Kpalimé, à
Sokodé et à Mango.
c) Evaluer les questions de
droits de l’homme en relation avec la
tenue de l’élection
présidentielle d’avril 2005.
d) Evaluer les causes et les
conséquences des violations selon une
approche Sousrégionale
en mettant tout
particulièrement l’accent sur les
potentiels facteurs
aggravant
pour la situation des Droits de
l’homme au Togo.
1.3 Méthodologie
Pendant ses travaux, la Mission a eu
le souci de recueillir toutes les
informations pouvant l’aider
à établir les faits, à vérifier
et à déterminer le rôle joué par les
auteurs présumés des violences
et des violations des droits de
l’homme.
Pour ce faire, elle a rencontré
et interrogé les victimes, les témoins,
et les autres personnes
impliquées dans les violences
et les allégations de violations des
droits de l’homme. Elle a aussi
rencontré des interlocuteurs
pouvant apporter un éclairage et une
analyse sur la crise. Ainsi, elle
a pu s’entretenir avec une
gamme aussi vaste que possible
d’interlocuteurs notamment le
nouveau Président de la
République, le Premier ministre, des
membres de l’ancien et du
nouveau gouvernement, des
représentants de l’Assemblée
nationale, dont son Président M.
Abass Bonfoh, de la Cour
Constitutionnelle (en l’absence de son
Président, en déplacement),
de la
Police, de la Gendarmerie, des Forces
Armées Togolaises (FAT), les autorités
administratives locales, les
responsables des principales
formations politiques, les
représentants
des organisations de défense
des droits de l’homme, les hauts
responsables religieux et les
représentants des communautés
étrangères vivant au
Togo. Des entretiens ont
également eu
lieu avec les organisations
internationales et
régionales dont l’Envoyé
spécial de la
Communauté Economique des Etats
de
l’Afrique de l’Ouest ainsi que les
représentants du corps
diplomatique au Togo
(l’Allemagne, les Etats-Unis
d’Amérique, la France, le Ghana, le
Niger, le
Nigeria et l’Union Européenne).
De nombreux interlocuteurs ont
également fourni à la Mission des
rapports
contenant leurs
analyses sur les évènements
survenus au Togo. Des personnes en
détention ont été
interrogées uniquement en
présence des membres de la mission.
La mission a porté tout au
long de ses travaux une
attention particulière à la
protection des témoins, des
victimes et de
toutes personnes rencontrées.
En acceptant
les termes de référence de la mission,
les autorités
togolaises se sont
engagées non seulement à
apporter leur pleine collaboration à
la Mission
mais surtout
à octroyer des garanties de sécurité
et de protection aux victimes, aux
témoins
insi qu’aux membres de leurs
familles coopérant avec elle ou
associés à son
travail. Les
autorités se sont notamment engagées à
ce que toute personne qui contactera
ou rencontrera
la mission ou qui sera
interrogée par elle ou qui lui
fournira des informations ne
fera pas l’objet
de harcèlements, de menaces,
d’actes
d’intimidation, de représailles ou de
poursuites pénales.
Toutes les informations et les
témoignages reçus ont permis à la
Mission de
comparer et de
recouper les faits et
d’apporter l’éclairage le plus
objectif possible sur les évènements.
Par ailleurs, la
Mission a bénéficié de la liberté de
mouvement sur tout le territoire
national ainsi
que du libre accès à tous les
lieux et à toutes personnes qu’elle a
jugé indispensable de
rencontrer pour la bonne
exécution de son mandat. Pendant son
séjour dans le pays, la mission
s’est rendue dans différentes
localités,
principalement à Lomé, à Aného, à
Kpalimé, à Atakpamé
et à Sokodé. Pour des raisons
de calendrier, elle n’a pu se déplacer
à Mango. Elle a visité des
centres hospitaliers, des
morgues et essayé de se rendre dans
les prisons et d’autres lieux de
détention. L’expert légiste de
la mission a procédé à l’examen
matériel du site de la fosse
commune du quartier Adakpamé, à
Lomé. L’expert a également examiné les
victimes et étudié
des registres d’hôpitaux,
divers documents et photos communiqués
à la mission.
La Mission tient à
exprimer ses remerciements au
gouvernement togolais pour l’esprit de
coopération, d’ouverture et de
transparence manifesté pendant sa
visite au Togo. Ces
remerciements s’étendent
également aux victimes, aux témoins et
aux autres interlocuteurs
rencontrés. Enfin, la mission
tient à saluer le travail remarquable
effectué par le Coordonnateur
Résident du Système des Nations
Unies au Togo ainsi que son équipe qui
a apporté un appui
administratif et logistique
permettant à la mission de mener ses
travaux dans de bonnes
conditions. L’assistance
remarquable prodiguée aux réfugiés
togolais par le
Système des
Nations Unies au Bénin et au
Ghana, doit être également soulignée.
Ces Equipes ont
également permis à la Mission
de recueillir dans le respect et la
dignité les témoignages des
réfugiés togolais.
1.4 Autres missions et
commissions d’enquête mises en place
avant la mission
d’établissement des faits
Antérieurement à la création de la
Mission d’établissement des faits du
Haut Commissariat des
Nations Unies aux droits de
l’homme, l’Union africaine (UA) ainsi
que les autorités nationales
togolaises avaient déjà décidé
de mettre en place des
mécanismes pour faire la
lumière sur les
violences et les allégations de
violations
des droits de l’homme survenues avant,
pendant et
après l’élection présidentielle du
24 avril 2005. Toutes ces
initiatives témoignent de la volonté
d’accompagner le
Togo vers un processus de
prévention des violations des droits
de l’homme et
de lutte contre l’impunité.
Face à la multiplication des
mécanismes se sont posées des
questions de
duplication et de crédibilité
des actions. Il s’avère que ces
mécanismes pourraient
être plutôt complémentaires.
Des synergies pourraient également
être envisagées
si les
structures instituées
remplissent toutes les garanties
d’indépendance,
d’équité et de protection
des témoins permettant une
coopération constructive et
efficace.

1.4.1 Commission nationale spéciale
d’enquête indépendante
Le 25 mai 2005, le Président de la
République du Togo a créé par décret
une
Commission
nationale spéciale d’enquête
indépendante sur les actes de violence
et de vandalisme survenus
avant, pendant et après
l’élection présidentielle du 24
avril 2005. La Commission est
chargée de
diligenter des investigations en vue
de
déterminer les circonstances des actes
de violence et de
vandalisme, d’évaluer les
préjudices subis par l’Etat et toutes
autres victimes et de faire
entreprendre des
poursuites judiciaires contre
les auteurs et les commanditaires
présumés de
ces actes. A
plusieurs reprises des interlocuteurs
tant au niveau international que
national ont
soulevé la question de
l’opportunité ou non de déployer dans
le pays une
Mission
d’établissement des faits alors qu’une
commission nationale d’enquête a été
établie.
Pendant ses
entretiens, la mission a précisé que
son mandat demeure différent de
celui de la
Commission. Contrairement à la
Mission, la commission nationale est
un mécanisme
d’enquête
qui peut faire entreprendre des
poursuites judiciaires contre les
auteurs et les commanditaires
présumés des violences et les
violations des
droits de l’homme. Par ailleurs,
la Commission a
un mandat pour évaluer les
préjudices subis par l’Etat et toutes
autres victimes. Cela suppose
que la
Commission va évaluer l’ampleur
des préjudices subis et les voies de
réparation.
Ces derniers
éléments ne rentrent pas dans le
mandat de la mission. La mise en place
d’une telle
structure nationale au lendemain des
violences ayant touché le
pays montre la volonté des
autorités togolaises d’accepter
qu’un travail soit fait en
profondeur par ses propres
concitoyens
provenant de divers milieux
professionnels
pour s’interroger sur les
événements ayant
récemment marqué le pays et y
apporter des
réponses afin de prévenir de nouvelles
violences et
de lutter contre l’impunité.
Au cours de l’entretien avec
les membres nouvellement élus de la
Commission, la mission a pu
obtenir des informations sur cette
structure et les actions
envisagées. La Commission a
fait part à la Mission d’établissement
des faits, de sa prise de
conscience du doute qui
subsiste sur son indépendance et sa
crédibilité du fait
qu’elle a été
mise en place par les autorités
nationales. La Mission a effectivement
recueilli de divers acteurs
de la société Togolaise, tant
politiques que civils, un
sentiment affiché d’absence de
crédibilité
de la Commission découlant du fait que
sa création, son mandat et sa
composition ne sont pas
le résultat d’un accord
formel avec les principaux
partis politiques et les principales
organisations de la
société civile.
Par ailleurs, la Mission a noté à cet
égard que bien que M.
Koffigoh ai été un membre
fondateur et son premier Président, la
Ligue Togolaise des Droits de
l’homme a refusé d’être membre
de la Commission.
Ainsi, la Mission estime que si la
création de la Commission nationale
spéciale
d’enquête
indépendante constitue en son principe
une initiative positive, elle aura
plusieurs défis à relever
notamment gagner la confiance
de la population togolaise et apporter
toutes les garanties
concernant son indépendance,
son objectivité et sa
capacité à établir la vérité
sur les actes de
violences et des violations des
droits de l’homme ainsi que traduire
en justice les responsables
et allouer une réparation
adéquate aux victimes.
Au moment de cette rencontre,
la Commission n’était pas encore
opérationnelle. Elle
envisageait de faire sa
première conférence de presse le 20
juin 2005, d’installer sa ligne
téléphonique et de se doter
d’une adresse électronique. Son
Président a demandé au
Coordonnateur Résident du
Système des Nations Unies au Togo de
dispenser une formation
générale aux membres de la
Commission sur les techniques
d’enquête.
1.4.2 Haut Commissariat aux Rapatriés
et à l’Action humanitaire
Le 8 juin 2005, le gouvernement
togolais a crée par décret un Haut
Commissariat aux Rapatriés
et à l’Action humanitaire avec
pour mission de veiller à la
protection
et à l’assistance aux
rapatriés, de collecter tous
éléments d’information sur les
réfugiés togolais, les
rapatriés et les
personnes déplacées, de
mobiliser les ressources nécessaires
pour leur venir en aide, d’aider à
trouver des solutions
durables aux problèmes à
l’origine de leur situation notamment
en facilitant
leur
rapatriement, leur retour volontaire
ou leur réinsertion sociale, de
proposer toutes
mesures
d’ordre législatif ou
réglementaire sur les problèmes des
réfugiés et des personnes déplacées,
d’assurer la liaison avec les
institutions de l’Etat et les autres
organismes concernés, d’assurer
la coordination et la
coopération avec les
institutions et organismes en
vue du respect des
principes humanitaires et des
droits fondamentaux des
personnes visées et de faciliter les
actions et les activités des
organisations humanitaires. La Mission
a eu l’occasion de s’entretenir
brièvement avec le Haut
Commissaire aux Rapatriés et à
l’Action humanitaire qui
venait de
prendre ses fonctions.
La mise en place d’une
telle structure est présentée comme
l’expression de la volonté du
gouvernement de mener une
politique en direction des réfugiés et
des personnes déplacées.
Par cette action, les
autorités togolaises reconnaissent en
tout état de cause
l’ampleur des
déplacements internes et
externes et la nécessité de trouver
des solutions pour faciliter le retour
des personnes déplacées de chez
eux par la crise. Cette donnée est à
prendre en considération
dans tout règlement de la crise
togolaise et dans toute assistance
technique à apporter au pays.
1.4.3 Enquêtes menées par la
Commission nationale des droits de
l’homme
La Commission nationale des droits de
l’homme a entrepris une tournée de
vérification des
allégations des droits de
l’homme survenues lors du processus
électoral d’avril 2005. La
Commission a informé la mission
que son rapport relatif aux tournées
est en cours de
finalisation. La Commission a
ensuite transmis à la Mission un
document intitulé « Synthèse du
rapport de la tournée de
vérification des allégations de
violations des droits de l’homme
survenues lors du processus
électoral d’avril 2005, au
Togo. » La Commission fait état de «
dérapages » lors des
différentes manifestations et
considère que le gouvernement et les
auteurs de ces manifestations
se rejettent mutuellement les
responsabilités. Selon le tableau
récapitulatif remis à la
Mission, la Commission fait état de 64
décès, de 503 blessés et de 85
interpellations. Dans ses
conclusions et ses recommandations, la
Commission estime que « la
période allant du 5 février au
5 mai 2005 a été marquée par des
manifestations violentes
provoquant parfois la riposte
des forces de l’ordre et de sécurité.
Ces évènements ont entraîné
de graves violations des droits
à la vie, à l’intégrité physique, à la
propriété, à la liberté
d’expression et de circulation.
» Par ailleurs, la Commission a
adressé dans son rapport de
synthèse des recommandations au
gouvernement, aux partis politiques et
à la société civile.
1.4.4 Mission
d’établissement des faits de l’Union
africaine
Au cours de sa 37ème session
ordinaire, tenue du 27 avril au 11 mai
2005 à
Banjul, Gambie, la
Commission Africaine des Droits
de l’Homme et des Peuples a adopté le
11 mai 2005, une
résolution sur la situation des
droits de l’homme au Togo. Préoccupée
par les incidents qui se
sont déroulés dans le pays,
elle a décidé d’envoyer une mission
d’établissement des faits pour
enquêter sur les violations des
droits de l’homme commises avant,
pendant et après l’élection
présidentielle du 24 avril
2005. La Mission a régulièrement
contacté la Commission Africaine
des Droits de l’Homme et des
Peuples pour recevoir des informations
sur sa mission
d’établissement des faits. Au
moment de la visite de l’Envoyé
spécial du Haut
Commissaire aux
droits de l’homme au Togo et
dans les pays limitrophes, la mission
de la Commission Africaine
des Droits de l’Homme et des
Peuples ne s’était pas encore rendue
dans le pays.

2. CONTEXTE POLITIQUE ET IDEOLOGIQUE
DE LA CRISE
Un rappel succinct du contexte
politique et idéologique est de nature
à apporter un
éclairage sur
la crise togolaise et sur les
violences et les violations des droits
de l’homme. Toutefois, une
analyse de la situation du Togo
ne peut être faite sans aussi
souligner le rôle important joué par
ce pays dans le cadre du
règlement des différends et des
conflits en Afrique.
2.1 Rôle du Togo dans le cadre des
règlements des différends et des
conflits
Le Togo situé en Afrique de l’Ouest a
une superficie de 56 785 km2 et des
frontières avec le
Burkina Faso au nord, le Bénin
à l’est et le Ghana à l’ouest. Sa
population est estimée à 5
millions d’habitants. Les
villes principales sont Lomé, sa
capitale (750.000 habitants), Sokodé
(50.000 habitants), Kara
(30.000 habitants), Kpalimé (30.000)
et Atakpame (26.000 habitants).
Le pays est composé d’une
quarantaine d’ethnies dont les
principaux sont les Ewe au sud et les
Kabyes, au nord. Les
principales religions sont le
christianisme et l’islam. L’animisme
demeure une
pratique vivace au sein de la société
togolaise. Le Togo est un membre de
l’ONU, de
l’Union africaine et d’autres
organisations sous régionales
notamment la Communauté
économique des Etats de
l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le
Président Eyadema s’est
positionné comme médiateur aux
règlements des différends et des
conflits en Afrique
notamment en Côte d’Ivoire, au
Libéria, en Guinée-Bissau, au Tchad,
en République
Démocratique du Congo et en
Sierra Leone. A la demande des
instances internationales, les
forces armées togolaises et la
police ont été déployées sur le
terrain au sein des opérations de
surveillance des accords de
paix signé entre les belligérants ou
au sein des
opérations de
maintien de la paix notamment
au Shaba (Zaïre,1978-1979), en
Centrafrique (MINURCA), en
Guinée-Bissau (1998), en
Namibie (1989-1993), au Rwanda
(MINUAR-1993), en Haïti
(MINUHA-1994) et actuellement
en Côte d’Ivoire
(ONUCI) ainsi qu’au
Libéria (MINUL). Le Togo
a aussi déployé des troupes au
sein de la Force de paix de la CEDEAO.
Enfin, le pays a aussi
participé au sein de
l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA)
au projet de mise en place d’une
force africaine de la paix qui
devait pouvoir être déployée en
urgence, s’interposer entre les
belligérants, protéger les
populations civiles, et prévenir et
régler les conflits.
A la suite du décès du
Général Gnassingbe Eyadema, ancien
Président de la République du
Togo survenu, le 5 février
2005, le pays a été plongé dans une
nouvelle crise politique sans
précédent caractérisée par
d’importantes irrégularités dans la
gestion de la vacance de la
Présidence de la République et
de graves tensions et violences avant,
pendant et après
l’organisation de l’élection
présidentielle d’avril 2005. Le
processus de l’élection présidentielle
du 24 avril
2004 est caractérisé par une grave
crise constitutionnelle et des actes
de violations
massives des droits
fondamentaux des individus et des
citoyens. Cette crise a aussi engendré
un flux important de personnes
déplacées à l’intérieur du pays et de
nombreux réfugiés dans les
pays voisins notamment au Ghana
et au Bénin. Le pays a régulièrement
connu des cycles de
violence pendant le déroulement
des différents processus électoraux.
Mais l’élection du 24 avril
2005, semble avoir atteint un
degré jamais enregistré de violence
.Comment le Togo a-t-il-pu
arriver à une telle crise
politique? Quelles sont les causes et
les conséquences des violences et
des violations des droits de
l’homme commises au Togo?
Pouvaient-elles être évitées?
Pourquoi de nombreux
togolais ont quitté leur domicile et
pays ? Comment le Togo peut-il être
aidé afin d’éviter et de
prévenir de nouvelles violences et des
violations des droits de l’homme
en général et tout
particulièrement au cours des
prochains processus électoraux? La
Mission a,
dans le contexte de son mandat essayé
de répondre à ces questions pour
éclairer la
communauté internationale sur la
situation des droits de l’homme ainsi
que sur les évènements
survenus dans le pays avant,
pendant et après l’élection
présidentielles du 24 avril 2005 et
pour
permettre aux Nations Unies de
contribuer en toute connaissance de
cause aux solutions
durables qui doivent émaner en
dernière analyse du peuple togolais
lui-même pour une
réconciliation nationale, un
respect des droits de l’homme ainsi
que les voies et moyens de
l’instauration de la démocratie.
2.2. Aperçu de la gestion ethnique et
clanique du pouvoir et des violences
politiques
Le Togo a connu dès le
début de son existence, un climat
politique controversé et jalonné de
violences politiques. Le pays a
été une colonie Allemande de 1889 à
1919. A la suite de la
défaite de l’Allemagne, à la
fin de la première guerre mondiale, le
territoire a été partagé entre la
France et l’Angleterre. La
partie confiée à la Grande-Bretagne a
été intégrée au Ghana. Ce
lourd héritage colonial a
influencé l’évolution de la
société Togolaise et provoqué des
clivages
entre les populations du nord et du
sud. Sous l’égide de l’Organisation
des Nations Unies, un
référendum a été organisé
permettant au Togo d’accéder
progressivement à
l’autonomie en tant
que République intégrée à la
France. En 1960, le Togo accède à
l’indépendance. Son premier
Président, Sylvanius Olympio
est assassiné en 1963 au cours d’un
coup d’Etat auquel des
militaires originaires du nord
du pays notamment de l’ethnie kabyé
ont joué un rôle décisif qui a
placé au pouvoir M. Nicolas
Grunitzky. En 1967, le deuxième
Président du Togo est renversé
par des militaires mettant au
pouvoir le Général Gnassingbé Eyadema,
militaire originaire du
nord qui selon les observateurs
de ce pays, serait à l’origine du
premier coup d’Etat. En 1969,
M. Gnassingbe Eyadéma fonde le
Rassemblement du Peuple Togolais
(RPT), l’unique parti
autorisé jusqu’en 1991.
Le Général Gnassingbe
Eyadema a dirigé le Togo pendant 38
ans, avec fermeté et dans le non
respect de la bonne gouvernance,
des droits de l'homme et des
pratiques démocratiques. Selon
de nombreux observateurs
nationaux et internationaux, son règne
est marqué par une gestion
ethnique et clanique du pouvoir
et le recours systématique à la
violence politique contre toute
forme ou velléité d’opposition.
Ce climat a généré des contestations
politiques et sociales
permanentes et une
détérioration continue de la situation
des droits de l’homme dans le pays.
Selon les informations
recueillies, l’ethnie Kabyé et les
partisans du
Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT) auraient été
systématiquement favorisés par le
Président Eyadema pour
occuper les postes de
responsabilité au niveau de l’armée,
de l’administration et les hautes
institutions de l’Etat togolais.
L’armée togolaise grâce à laquelle
l’ancien Président a pu asseoir
son autorité serait malgré sa
composition multi-ethnique au niveau
de ses structures et de sa
hiérarchie particulièrement
favorable aux officiers originaires du
nord.
La violence a
constitué un facteur permanent de
l’histoire politique togolaise pendant
le règne du
Président Eyadema. Cette violence
s’est notamment manifestée par
plusieurs formes allant
de pratiques répressives contre
les partis de l’opposition et de tout
adversaire réel ou potentiel
jusqu’aux manipulations de la
constitution et des lois électorales
pour pérenniser un pouvoir et
un système. Une illustration
récente en a été la modification, le
30 décembre 2002, par
l’Assemblée nationale
majoritairement composée de partisans
du Rassemblement du Peuple
Togolais, de l’article 59 de la
constitution qui limitait à deux le
nombre des mandats
présidentiels. Le nouvel
article 59 supprime la limite des
mandats et permet ainsi au Président
de la République de se
représenter indéfiniment. Dans le même
sens, le code électoral a été
modifié le 6 février 2003. Il
prévoyait au départ que la Commission
électorale nationale
indépendante (CENI) était
chargée d’organiser et de superviser
les consultations électorales et
référendaires en liaison avec
le Ministre de l’Intérieur. Le nouveau
code électoral confie
directement l’organisation des
consultations électorales et
référendaires au Ministère de
l’Intérieur. La CENI est
réduite à veiller à la régularité du
déroulement des opérations
référendaires et électorales.
Les élections présidentielles de 1986,
de 1993, de 1998 et de 2003
reconduisant systématiquement
le Général Eyadema au pouvoir ont été
vivement contestées.
Par ailleurs les
élections législatives, régionales et
locales ont été régulièrement
boycottées par
les partis de l’opposition. Dès
le début des années 1990, la
communauté internationale
particulièrement alarmées par
la situation politique au Togo a
commencé à prendre des
anctions économiques contre ce
pays en raison du blocage systématique
du processus
démocratique, de l’absence de réelles
élections libres, justes et
transparentes, des répressions
sanglantes, des manifestations
et des violations massives des droits
de l’homme entachant les
processus électoraux.
2.3. Situation des
droits de l’homme pendant les 38 ans
de pouvoir du Président
Eyadema
Le Togo a ratifié les principales
conventions relatives aux droits de
l’homme, à savoir le Pacte
international relatif aux
droits économiques, sociaux et
culturels (en 1984), le Pacte
international
relatif aux droits civils et
politiques (en 1984), la Convention
internationale pour l’élimination de
toutes les formes de
discrimination raciale (en 1972), la
Convention sur l’élimination de la
discrimination à l’égard des
femmes (en 1983), la Convention contre
la torture et autres peines
ou traitements cruels,
inhumains ou dégradants (en 1987) et
la Convention relative aux droits de
l’enfant (en 1990). Ces
conventions font partie intégrante de
la Constitution révisée du 31
décembre 2002. En effet,
l’article 50 de ladite Constitution
stipule que « les droits et devoirs
énoncés dans la Déclaration
Universelle des droits de l’homme et
dans les instruments
internationaux relatifs aux
droits de l’homme, ratifiés par le
Togo font partie intégrante de la
présente Constitution ». Le
Togo a présenté quelques rapports au
titre de ces instruments mais
plusieurs rapports sont
toujours attendus. Ces retards
quelques fois dus au manque de moyens
financiers et à l’insuffisance
de la formation du personnel chargé de
procéder à leur élaboration,
découlent également de l’avis
des organisations de défense des
droits de l’homme d’une
volonté politique d’échapper à
toute investigation sérieuse des
violations des droits de l’homme.
Le Togo a été le
premier pays africain à se doter d’une
Commission nationale des droits de
l’homme en 1987. Depuis
l’adoption de la Constitution de 1992,
des institutions de promotion et
de protection des droits de
l’homme ont été mises en place,
notamment, un Ministère chargé de
la Démocratie et de l’Etat de
droit, et une Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la
Communication (HAAC). Mais ces
structures manquent d’indépendance, de
financements et de
personnes
suffisamment formées pour
assurer leur bon fonctionnement.
Dans les années 1990, les autorités
togolaises ont aussi bénéficié d’une
assistance technique
du Haut Commissariat des
Nations Unies aux droits de l’homme,
axée sur la sensibilisation et la
formation pour le développement
d’une culture démocratique et sur la
formation d’un Etat de
droit. Ce projet comportait
deux composantes. La première se
rapportait aux droits de l’homme
dans
l’administration de la justice, aux
formations de groupes professionnels,
à l’assistance à la
commission nationale des droits
de l’homme ainsi qu’aux organes
législatifs et à la fourniture de
documents relatifs aux droits
de l’homme. La deuxième composante
était relative aux besoins
en matière d’éducation aux
droits de l’homme, la formation du
corps enseignant, et l’assistance
à la commission nationale de
révision des programmes scolaires des
écoles primaires et
secondaires en vue de
l’intégration de l’enseignement des
droits de l’homme. Ce projet a
contribué au renforcement des
institutions nationales dont la
commission nationale de révision
des programmes scolaires pour
l’enseignement des droits de l’homme
et à la création de
nouvelles structures notamment,
une commission d’harmonisation de la
législation nationale,
une commission de rédaction des
rapports périodiques et un centre
d’information et de
documentation sur les droits de
l’homme. Par ailleurs, le projet a
également contribué au
renforcement des capacités
opérationnelles des organisations non
gouvernementales (ONG) de
défense des droits de l’homme.
Ce projet de coopération technique
établi en 1996 s’est achevé en 1998 et
a fait l’objet d’une
évaluation technique en juin
1999. La mission d’évaluation a conclu
à sa bonne exécution.
Malgré cet important dispositif
de protection et de promotion des
droits de l’homme, les
violations des droits de
l’homme et des libertés publiques ont
continué à être commises.
La situation des droits de
l’homme au Togo était caractérisée par
une absence persistante de
respect des droits de l’homme,
des libertés fondamentales, et un
constant déficit démocratique.
Les organes chargés de la
supervision des traités internationaux
des droits de l’homme ont
régulièrement fait part de
leurs préoccupations face à la
détérioration continuelle de la
situation
des droits de l’homme. Cette situation
se traduit par des exécutions
extrajudiciaires, des
arrestations arbitraires, des
actes de torture, des menaces et des
actes d’intimidation perpétrés
par les forces de sécurité
togolaises contre la population civile
notamment les défenseurs des
droits de l’homme, les
journalistes, les représentants
syndicaux et les militants et les
dirigeants
des partis d’opposition. C’est dans ce
contexte que, la diligence des
autorités togolaises à
répondre positivement aux
demandes de visites du Rapporteur
Spécial sur la Torture, de la
Représentante Spéciale du
Secrétaire général sur les défenseurs
des droits de l’homme et du
Groupe de travail sur les
disparitions forcées, sera
particulièrement indicative de
l’évolution de
cette situation.
En 2000, une
Commission d’enquête internationale
conjointe ONU et OUA a été constituée
pour «
vérifier la véracité des allégations
des centaines d’exécutions
extrajudiciaires qui auraient lieu
au Togo courant de 1998,
contenues dans le rapport d’Amnesty
International (AI) publié le 5 mai
1999 », et de faire rapport aux
deux Secrétaires généraux. Dans son
rapport publié le 22 février
2001, la Commission exprimait
dans ses conclusions générales sa «
conviction que les
allégations concernant les
exécutions extrajudiciaires perpétrées
au Togo devraient être prises
en considération. Ces
exécutions ont visé spécialement les
militants des partis politiques de
l’opposition mais certaines ont
été également commises à l’occasion
d’arrestations opérées à la
suite de délits de droit commun.
Concernant l’imputation de ces
violations, plusieurs éléments
apparents semblent indiquer
qu’elles seraient le fait de personnes
appartenant à des forces de
sécurité, à la gendarmerie et à
des milices travaillant de concert
avec celles-ci. Leurs actes
comporteraient, en plus
d’exécutions extrajudiciaires,
sommaires et arbitraires, des tortures
et mauvais
traitements infligés à des personnes
détenues, ainsi que de viols et
d’enlèvements des
femmes effectués dans certaines
régions. »
Conscients de l’image
négative véhiculée dans le domaine des
droits de l’homme par le pays et
de l’impact néfaste des
sanctions économiques sur le
développement du pays,
les autorités
togolaises ont multiplié les
efforts pour montrer leur volonté
d’améliorer progressivement la
situation des droits de l’homme
et de la démocratie. En 2004, le Togo
semblait être disposé à
collaborer avec les pays et les
organisations de financement du
développement et tout autre
partenaire pour oeuvrer à la
consolidation de l’Etat de droit, de
la culture des droits de l’homme
et de la paix. L’année 2004 est
notamment marquée par la reprise des
discussions entre le
Togo et l’Union Européenne. Au
titre de l’article 96 de l’Accord de
Cotonou signé avec les pays
ACP (Afrique, Caraïbe,
Pacifique), l’Union Européenne a
décidé d’ouvrir, dès le 14 avril 2004,
des consultations avec le Togo
afin de décider d’une éventuelle
reprise de sa coopération
économique suspendue depuis
1993, pour des raisons de déficit
démocratique, de violations
des droits de l’homme et des
libertés fondamentales.
Le 14 avril 2004,
l’Union Européenne n’a pas reconduit
sa décision de suspension de l’aide
économique mais a décidé de
poursuivre le dialogue avec le Togo.
Elle a également noté avec
satisfaction que le Togo « a
pris certains engagements et a donné
des éléments positifs pour un
renforcement du climat
démocratique et de l’Etat de droit
dans le pays ». En effet, à Bruxelles,
le Togo a
souscrit à vingt deux (22) engagements
ayant pour objectifs de garantir le
respect des
droits de l’homme et des libertés
fondamentales dont la participation à
la vie publique, le respect
du processus électoral, la
protection des défenseurs des droits
de l’homme et de la société
civile, l’absence d’exécutions
extrajudiciaires, de torture et
d’autres traitements inhumains et
dégradants, la libération de
l’ensemble des prisonniers politiques,
et l’amélioration des
conditions d’arrestations et de
détention. Le respect de ces
engagements devait conditionner la
suite des négociations avec
l’Union européenne. Ainsi l’aide de
l’Union Européenne sera
octroyée au Togo s’il satisfait
pendant une période déterminée aux
engagements pris.
Mais les évènements survenus du 5
février au 5 mai 2005 ont témoigné de
l’aggravation de la
situation des droits de l’homme,
avec notamment un paroxysme de
violences politiques et de
violations particulièrement
graves des droits de l’homme mettant
en cause la responsabilité de
nombreux acteurs notamment
l’appareil sécuritaire de l’Etat et le
parti politique au pouvoir ainsi
que des militants de
l’opposition.
3. CHRONOLOGIE SIGNIFICATIVE DES
EVENEMENTS AU REGARD DES
DROITS DE L’HOMME
C’est dans ce contexte de crise
politique et humanitaire grave que, la
mission d’établissement
des faits a été dépêchée au
Togo pour faire la lumière sur les
violences et les allégations de
violations des droits de
l’homme qui auraient été commises au
Togo du 5 février (décès du
Président Eyadema) au 5 mai
2005 (prise de fonctions du Président
élu, Faure Gnassingbé ). La
mission a essayé de retracer
avec objectivité et impartialité les
faits et les responsabilités
notamment par une chronologie
significative au regard des droits de
l’homme. Ce rapport porte
en conséquence sur les faits
les plus significatifs de violence
politique et de violations massives
des droits de l’homme. La
chronologie suivante est de nature à
éclairer ces faits.
• Le 5 février 2005, le décès du
Président du Togo, M. Gnassingbé
Eyadéma est annoncé
par le Premier ministre, M.
Koffi Sama qui a également annoncé la
fermeture des
frontières terrestres,
maritimes et aériennes. En début de
soirée, par un communiqué,
les Forces Armées Togolaises
(FAT) constatent « la vacance totale
du pouvoir », le
Président de l’Assemblée
nationale étant absent du territoire
nationale. Pour ne pas
laisser perdurer cette
situation, les FAT ont décidé de
confier le pouvoir à M. Faure
Gnassingbé à partir de ce jour.
• Cette décision a été prise au moment
où M. Fambaré Natchaba Ouattara,
Président del’Assemblée nationale,
successeur provisoire selon la
constitution en cas de vacance de
la Présidence de la République,
était en route de retour vers le Togo
d’une visite officielle
à l’étranger. Le vol régulier
qui le transportait au même moment est
détourné sur
Cotonou, capitale du Bénin, du fait de
la fermeture des
frontières.
• La décision de l’Armée Togolaise de
désigner M. Faure Gnassingbé pour
succéder à son
père a été vivement et
immédiatement condamnée sur le plan
international par l’Union
africaine (UA), la Commission
de l’Union africaine, la Communauté
Economique des
Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),
l’Organisation Internationale de la
Francophonie
(OIF), ainsi que l’Union Européenne (UE).
Toutes ces organisations ainsi que le
Secrétaire général de
l’Organisation des Nations Unies ont
demandé le strict respect de
la constitution. Au niveau
national, les partis de l’opposition
ont demandé le retour à la
légalité constitutionnelle avec
la mise en place « d’une transition
consensuelle », devant
déboucher sur des élections
présidentielles et législatives sous
l’égide de la
Communauté internationale. Le 9
février 2005, le Conseil permanent de
la Francophonie
décidé de suspendre la
participation des représentants du
Togo aux instances de
l’Organisation Internationale
de la Francophonie (OIF) et la
suspension de la coopération
multilatérale francophone. Dès
le 19 février 2005, la CEDEAO a
suspendu le Togo de
l’organisation, a rappelé ses
représentants en poste à Lomé et a
imposé une interdiction
de voyage contre les dirigeants
togolais.
• Le 6 février 2005, l’opposition
critiquant les arrangements
constitutionnels légitimant la
décision de l’Armée de désigner
Faure Gnassingbé comme Président par
intérim
annonce sa volonté de contester cette
décision par des manifestations
pacifiques. Le
Ministre de l’Intérieur
interdit toutes les manifestations
publiques sur la base du deuil
national de deux mois décrété
par le gouvernement pour « honorer la
mémoire du
Président défunt ».
• Malgré un grand nombre d’appels au
retour à l’ordre constitutionnel, M.
Faure
Gnassingbé a été officiellement
investi comme nouveau Président du
Togo, le 7 février
2005.
• Dès le 7 février 2005, des
manifestations pacifiques et des
journées villes mortes ont eu
lieu de manière improvisée à
Lomé et dans les autres grandes villes
du pays. Ces
manifestations ont fait l’objet de
répressions par les forces de sécurité.
• Le 9 février 2005, le nouveau
Président a prononcé son premier
message à la nation en
soulignant son attachement à
l’exécution des vingt deux (22)
engagements pris le 14
avril 2004 avec l’Union
européenne, et sa volonté d’organiser
des élections. Il a
également décidé de libérer
près de 412 détenus de droit commun.
• Le 12 février 2005, les six partis
de l’opposition dite radicale ont
organisé leur première
manifestation pour exiger le
retour à l’ordre constitutionnel. Près
de quatre personnes
auraient été tuées au cours des
manifestations du 12 et du 13 février
2005.
• Préoccupée par la crise au Togo et
son impact sur la démocratie dans la
sous région, la
CEDEAO a multiplié des actions
pour un retour à la légalité
constitutionnelle. Une
délégation de la CEDEAO
conduite par Mme Aïchatou Mindaoudou,
Ministre des Affaires
étrangères du Niger a été reçue
par M. Faure Gnassingbé et le Premier
ministre Koffi
Sama, avant le début de la
cérémonie d’investiture. Un sommet
extraordinaire de la
CEDEAO sur la stabilité et la
paix au Togo a été convoqué dés le 19
février 2005, à
Niamey.
• Grâce aux médiations de la CEDEAO et
de l’Union africaine, l’Assemblée
nationale
togolaise a révisé la Constitution le
21 février 2005, pour revenir à
l’ancien texte
prévoyant l’organisation d’une
élection présidentielle dans les 60
jours. Un nouveau
contentieux s’est alors ouvert
sur la date de l’élection
présidentielle.
• Le 27 février 2005, une marche
organisée par des organisations de
femmes réclamant le
retour à l’ordre
constitutionnel s’est terminée par des
affrontements
entre les forces de
sécurité et les manifestants.
Le lendemain, cinq corps, dont celui
d’un enfant âgé d’une
dizaine d’années, ont été
retrouvés dans la Lagune de Bè,
quartier de Lomé réputé
hostile au régime en place.
• A la suite de la pression de la
communauté internationale, Monsieur
Faure Gnassingbé
démissionne le 25 février 2005.
Monsieur Abass Bonfoh, Premier vice-Président
de
l’Assemblée nationale est désigné
Président de la République par intérim
du Togo.
• Dans le cadre du processus électoral,
Monsieur Faure Gnassingbé a été choisi
comme
candidat du Rassemblement du Peuple
Togolais. Monsieur Emmanuel Akitani
Bob a été
désigné comme candidat de l’opposition
dite radicale. Cette coalition
regroupe six partis
notamment le Comité d’Action
pour le Renouveau (CAR), l’Union des
Forces de
Changement (UFC), la Convention
Démocratique des Peuples Africains (CDPA),
l’Alliance des Démocrates pour
le Développement Intégral (ADDI), le
Pacte Socialiste
pour le Renouveau (PSR) et
l’Union des Démocrates Socialistes du
Togo (UDS-Togo).
Deux autres candidats se sont
présentés à l’élection, notamment
Monsieur Harry
Olympio, Président du
Rassemblement pour le soutien de la
démocratie et du
développement et Monsieur
Nicolas Lawson, leader du Parti du
renouveau et de la
rédemption. Le 31 mars 2005, le
Président de la CENI a transmis à la
Cour
Constitutionnelle les dossiers des
candidats à l’élection présidentielle.
Le 4 avril 2005, la
Cour Constitutionnelle a
examiné ces dossiers et validé toutes
les
candidatures.
• Le 28 février 2005, une délégation
de haut niveau de la CEDEAO composé du
Président en
exercice de la CEDEAO, M. Mamadou
Tandja, Président du Niger, M. Amadou
Toumani Touré, Président du
Mali, et le Sénateur Lawan Gana Guba,
Ministre de
l’Intégration et de la Coopération en
Afrique de la République Fédérale du
Nigeria,
représentant le Président Olusegun
Obasanjo a effectué une visite de
travail au Togo. La
délégation s’est entretenue
avec M. Abass Bonfoh, Président de la
République par
intérim du Togo, le Ministre de
l’Intérieur ainsi que le Chef d’Etat-Major
des Forces
Armées du Togo (FAT). Elle a «
réaffirmé à tous les acteurs
politiques togolais, les
objectifs de la CEDEAO,
principalement, le respect de la
légalité constitutionnelle, la
nécessité d’organiser des
élections transparentes, libres, et
justes dans les soixante
jours, comme prescrit par la
Constitution du Togo et la nécessité
du respect des libertés
civiles, le maintien de la paix
et de la sécurité pour tous les
togolais au cours de la
période intérimaire ». Cette
rencontre a abouti à un accord entre
le gouvernement et
l’opposition sur les points de
divergence concernant l’élection, et a
permis de jeter des
bases pour créer les conditions
de la tenue d’une élection crédible.
Sous l’angle des
droits de l’homme, les
conditions suivantes ont été
soulignées : « la nécessité de
garantir à
tous les acteurs
politiques, leur liberté de
circulation sur l’ensemble du
territoire
national; la nécessité de garantir et
de renforcer les libertés civiles
fondamentales ; la
nécessité pour tous le acteurs
politiques et leurs sympathisants, de
s’abstenir de tout
discours de haine, et d’éviter
de commettre des violences, la
nécessité pour
l’Administration, les Forces de
Sécurité publique et de toutes les
Institutions de laRépublique d’être
impartiales et d’observer une stricte
neutralité ; l’accès équitable aux
médias de service public pour
tous les partis politiques … ». Au
cours de cette
rencontre, la CEDEAO a nommé
Monsieur Mai Manga Boukar comme envoyé
Spécial de
la CEDEAO auprès du Togo pour suivre
les préparatifs de l’élection
présidentielle. Par
ailleurs, la CEDEAO a également
décidé de fournir au Ministère de
l’Intérieur du Togo,
trois experts électoraux du
Bénin, du Niger et du Mali pour
apporter une assistance au
processus électoral. Près de
150 observateurs régionaux ont été
ultérieurement déployés
au Togo dans le cadre du
processus électoral.
• La coalition de l’opposition a par
voie de communiqué de presse en date
du 5 avril 2005,
appelé « les populations
togolaises à défendre leur droit à la
liberté et à la démocratie en
manifestant massivement sur
toute l’étendue du territoire pour
exiger la reprise du
processus de révision des
listes électorales et le report de la
date du scrutin présidentiel,
à compter du 6 avril 2005
jusqu’à l’obtention de leurs exigences
». La coalition a aussi
demandé « aux populations
togolaises de rester plus que jamais
mobilisées et vigilantes
jusqu’à la victoire finale ».
• Les radios lumières, Nana FM, Kanal
FM, Nostalgie, Carré Jeunes, la RTZ (radiotélévision
Zion) et TV7 ont été fermées par la
Haute Autorité de l’Audiovisuel et de
la
Communication (HAAC). Il leur aurait
été reproché de ne pas avoir acquitté
le paiement
de leur redevance annuelle, et
d’inciter à la haine et au tribalisme.
Le 15 avril 2005, la
HAAC a interdit aux radios
privées de couvrir la campagne
électorale.
• De violents affrontements ont eu
lieu le 16 avril 2005, dans les rues
de Lomé entre les
militants du RPT et ceux de la
coalition. Près d’une cinquantaine de
blessés ont été
officiellement recensés par les
services de l’Etat.
• Dans la nuit du 21 au 22 avril 2005,
Monsieur François Boko, Ministre de
l’Intérieur encharge de l’organisation
de l’élection présidentielle a
démissionné. Au cours d’une
conférence de presse, il a
demandé que l’élection soit reportée
en raison du climat
politique délétère dans lequel
s’est déroulée la campagne électorale
émaillée de
violences et de la menace d’une guerre
civile. Il a notamment souligné les
faits suivants
justifiant sa décision: les
discours violents et acerbes de
certains leaders politiques
relayés par des militants, les
arrestations d’hommes politiques, les
menaces sur les
dirigeants et les responsables
des Eglises, les pressions et les
menaces qu’il aurait
personnellement reçues ainsi
que ses proches, la campagne prise en
otage par les
militants des deux principales
formations politiques, affirmant leur
ferme volonté d’en
découdre avec des moyens
illégaux, les menaces exercées par les
militants des partis
sur les militants des partis
adverses, le phénomène de milices
armées de fusils de
chasse faisant des descentes
dans les quartiers ou accompagnant des
cortèges et tirant
sur les militants adverses, et
le regain du discours tribal,
régionaliste et xénophobe. Lors
de sa conférence de presse, il
a suggéré que des mécanismes soient
mis en placenotamment une transition
d’un à deux ans pour réconcilier le
pays, une
commission
chargée de proposer au gouvernement,
un avant projet de loi fondamentale
pour bâtir et
consolider la démocratie et une
commission chargée de réconcilier le
pays avec l’armée.
Enfin, il a préconisé
qu’une amnistie générale soit accordée
pour permettre le retour de
tous les togolais vivant en
exil. A la suite de cette conférence
de presse, le ministre a du
se réfugier à l’Ambassade
d’Allemagne et s’exiler ensuite en
Europe. L’action du ministre
a été qualifiée d’irresponsable
par le pouvoir.
• Le 24 avril, jour des élections, les
partis d’opposition ont signalé de
nombreux faits de
violations du droit de vote,
d’obstructions à la présence des
partis d’opposition dans les
bureaux de vote et d’agressions
physiques contre des militants de
l’opposition. Les
télévisions internationales ont
montré des images de militaires
enlevant de force des
urnes de bureaux de vote.
• Le 25 avril 2005, le Président de la
République Fédérale du Nigeria,
Olusegun Obasanjo
a organisé à Abuja une réunion
de conciliation entre M. Faure
Gnassingbé et M. Gilchrist
Olympio, à l’issue de laquelle il a
présenté un projet de texte de
mémorandum
relatif entre autres à la période de
transition au gouvernement d’union
nationale, à la
réforme de l’armée, à la
révision de la constitution etc…. Ce
projet de texte n’a pas fait
l’objet d’un accord formel.
• Le 26 avril 2005, la Commission
Electorale Nationale Indépendante (CENI)
a proclamé le
résultat provisoire de
l’élection qui a donné Monsieur Faure
Gnassingbé, candidat du
Rassemblement du Peuple
Togolais (RPT), vainqueur avec 60,2%
des votes contre
38,2% au candidat de la
coalition de l’opposition, Monsieur
Akitani Bob. Il est à noter que
le RPT et la Coalition de
l’opposition se sont accusés
mutuellement de fraudes. La
proclamation des résultats a
constitué le début du déclenchement
des plus graves
violences politiques et des
violations systématiques des droits de
l’homme. Les
sympathisants et les militants de
l’opposition ont contesté la validité
des résultats par des
manifestations dans les rues de
Lomé et d’autres régions. Les forces
de l’ordre en
coordination avec des militants
du parti au pouvoir, le RPT, ont
déclenché des actions de
riposte d’une grande violence.
Toutes ces manifestations ont débouché,
de toute la crise
sur le plus grand nombre de
victimes et de destructions de biens
et de propriétés. A
Lomé, les quartiers de Bé,
d’Adakpamé et de Dékon, des militaires
ont été
malmenés et
se sont faits subtiliser des armes à
feu. De violentes manifestations se
sont également
produites dans d’autres villes
notamment à Atakpamé, à Aného, à
Kpalimé, à Mango, à
Sokodé et à Tsévié. Ces
violences sont à l’origine des
déplacements importants de
personnes dans le pays ainsi
qu’un afflux massif de réfugiés au
Ghana et au Bénin.
• La CEDEAO a indiqué que le « scrutin
a globalement répondu aux critères et
aux
principes universellement admis en
matière d’élection ».
• Monsieur Faure Gnassingbé a proposé
à l’opposition de former un
gouvernement
d’union nationale. Cette proposition
n’a pas été acceptée par l’opposition
divisée. Face à
ce blocage, la CEDEAO a dépêché
une mission à Lomé, pour rapprocher
les positions
des parties en crise.
L’opposition aurait déclaré être prête
à étudier une participation au
gouvernement d’union nationale
à condition que la protection de la
population civile soit
assurée et qu’une structure
pour faire la lumière sur les
résultats du scrutin du 24 avril
2005 soit mise en place.
•De nouveaux affrontements se sont
déroulés du 28 au 29 avril 2005, à
Lomé et à
l’intérieur du pays faisant de
nombreux morts et blessés. Pendant
cette période, les
communautés étrangères ont fait
l’objet de nombreuses agressions. Des
actes de
pillages et de vandalisme ont aussi
été perpétrés. Huit ressortissants
maliens ont été
brûlés vifs. Quatre
ressortissants du Niger ont été tués.
Dans la nuit du 28 au 29 avril
2005, le centre culturel
allemand a été pillé et incendié par
des individus armés et
cagoulés.
• Le 2 mai 2005, la Cour
constitutionnelle a proclamé les
résultats de l’élection
présidentielle et a déclaré
Monsieur Faure Gnassingbé, Président
de la
République.
• Le 4 mai 2005,
Monsieur Faure Gnassingbé a prêté
serment comme nouveau Président
du Togo devant la Cour
constitutionnelle.
• Dès le 5 mai, des
appels concordants soutenant les
efforts de la CEDEAO ont été lancés
par de nombreux pays et
organisations régionales et
internationales exhortant les
principales
formations politiques du Togo à
entamer le dialogue en vue de la formation
d'un gouvernement d'union
nationale.
• Suite à l’échec
d’une tentative de formation d’un
gouvernement d’union nationale dirigé
par une personnalité de
l’opposition dite radicale, le
Président de la République a
nommé le 8 juin 2005, M. Edem
Kodjo comme Premier ministre.
• Le 20 Juin 2005 un
Gouvernement d’Union Nationale a été
constitué. Il est caractérisé
par une présence forte de
personnalités du RPT, l’attribution à
M. Kpatcha Gnassingbé
du poste de ministre délégué à
la Présidence de la République chargé
de la défense et
des anciens cambattants,
l’attribution de la sécurité à une
personnalité de l’armée, le
Colonel Pitalounani Laokpessi,
l’attribution du poste des Affaires
étrangères et de
l’intégration africaine à une
personnalité de l’opposition dite
modérée, M. Zarifou Ayeva
et celui de la justice à une
personnalité de l’opposition dite
radicale, M. Tchessa Abi.
4. NATURE DES ALLEGATIONS DE
VIOLATIONS DES DROITS DE L’HOMME
ET RESPONSABILITES
4.1. NATURE DES
VIOLATIONS ET DES ALLEGATIONS DES
VIOLATIONS DES
DROITS DE L’HOMME
4.1.1 Allégation de
crime contre la Nation et d’atteintes
à la constitution et aux
lois et aux règlements de la
République togolaise (articles 148 et
150 de la
constitution)
La décision des FAT de confier la
Présidence de la République à M. Faure
Gnassingbé a été
justifiée par l’absence du
Président de l’Assemblée Nationale
dont l’avion, empêché à cause de
la fermeture des frontières
d’atterrir à Lomé, a été détourné sur
Cotonou, capitale du pays
voisin, le Bénin.
La Constitution
togolaise prévoit des règles précises
en matière de vacance de la Présidence
de la République. En effet,
l’article 65 de la constitution
stipule qu’ « en cas de vacance de la
Présidence de la République par
décès, mission ou empêchement
définitif, la fonction
présidentielle est exercée
provisoirement par le Président de
l’Assemblée nationale. La vacance
est constatée par la Cour
Constitutionnelle saisie par le
Gouvernement. Le Gouvernement
convoque le corps électoral
dans les soixante (60) jours de
l’ouverture de la vacance pour
l’élection d’un nouveau
Président de la République ».
L’Assemblée nationale a pris deux
décisions importantes
entérinant cette situation. Dans un
document intitulé « Projet de
résentation des faits du 5
février au 4 mai 2005 sur la situation
avant, pendant et après
l’élection présidentielle du 24
avril 2005 », qu’il a remis à l’Envoyé
spécial, au cours de sa
rencontre avec la mission, le
Président actuel de l’Assemblée
nationale M. Abass Bonfoh,
indique « pour conférer une
légalité à l’acte posé par les Forces
Armées Togolaises, la
représentation nationale a
procédé à l’adoption d’un certain
nombre de textes de loi en cette
période exceptionnelle ».
En effet, la Mission a
été informée à cet égard des vices de
procédure et de fond qui ont
entaché les modifications
constitutionnelles. Le 6 février 2005,
l’Assemblée nationale s’est
réunie en session
extraordinaire pour procéder aux
révisions de la Constitution, en
adoptant
simultanément deux projets de lois.
Dans un premier temps, l’Assemblée
modifie l’article 65 de
la constitution en violation de
l’article 144 alinéa 5 de la
Constitution qui dispose qu’« aucune
procédure de révision ne peut
être engagée ou poursuivie en période
d’intérim ou de vacance
ou lorsqu’il est porté atteinte
à l’intégrité du territoire. » Dans un
deuxième temps, l’Assemblée
nationale a adopté un projet de
loi permettant à M. Faure Gnassingbé
de redevenir député en
l’espace d’une journée sans
avoir été réélu dans sa
circonscription. En intégrant le
gouvernement, M. Faure
Gnassingbé avait perdu son titre de
député car l’article 203 du code
électoral précise que « le
mandat de député est incompatible avec
l’exercice de toute fonction
publique et de tout emploi
salarié. » L’Assemblée a procédé à la
modification de cet article pour
permettre à M. Gnassingbé de
retrouver son titre de député à
l’Assemblée nationale après sa
démission du Gouvernement le 5
février 2005. L’Assemblée a ajouté un
alinéa supplémentaire à
l’article 203 soulignant que «lorsque
cesse la cause d’incompatibilité, le
député retrouve de plein
droit ses fonctions ». Cette
décision prise par l’Assemblée est
entrée en vigueur immédiatement
au mépris de l’article 52
alinéa 5 de la constitution relatif au
régime des incompatibilités
stipulant que le régime des
incompatibilités et les conditions
dans lesquelles il est pourvu aux
sièges vacants des députés sont
réglés par une loi organique selon les
dispositions de la
constitution. Il est précisé à
l’article 92 de la constitution que «
les propositions ou projets de
lois organiques sont soumis à
la délibération et au vote de
l’Assemblée nationale à l’expiration
d’un délai de quinze (15) jours
après leur dépôt ». Il est aussi
précisé dans cet article que « les
lois organiques ne peuvent être
promulguées qu’après la déclaration
par la Cour
Constitutionnelle de leur conformité à
la constitution ». Ainsi en l’espace
de deux jours au lieu de
quinze, l’Assemblée et la Cour
Constitutionnelle ont pris au mépris
des règles de procédures
des décisions visant à
cautionner la décision de l’Armée
d’installer M. Faure Gnassingbe au
pouvoir. La révision de la
Constitution est soumise à des règles
strictes.
L’article 144 énonce qu’il appartient
concurremment au Président de la
République et à un
cinquième (1/5) au moins des
députés composant l’Assemblée
nationale de réviser la
Constitution. Il est interdit
d’engager une procédure de révision en
période d’intérim ou de
vacance ou lorsqu’il est porté
atteinte à l’intégrité du territoire.
Ainsi, l’Assemblée nationale
n’était pas habilitée à
effectuer les révisions pendant la
période de vacance et d’intérim. Les
révisions effectuées auraient
dû être déclarées nulles et non
avenues par la Cour
Constitutionnelle. Ces projets
de lois ont été promulgués par le
Président désigné par l’Armée
en toute méconnaissance ou au
mépris de la constitution. En effet,
en vertu de l’article 67 de la
constitution, « le Président de
la République promulgue les lois dans
les quinze (15) jours qui
suivent la transmission au
Gouvernement de la loi définitivement
adoptée par l’Assemblée
nationale; pendant ce délai, il
peut demander une nouvelle
délibération de la loi ou de certains
de ses articles, la demande
doit être motivée. La nouvelle
délibération ne peut être refusée ».
Dans ce cas d’espèce,
le Président désigné a promulgué des
lois avant d’entrer officiellement
en fonction. Il est précisé à
l’article 64 de la constitution
qu’avant son entrée en fonction, le
Président de la République
prête serment devant la Cour
Constitutionnelle réunie en audience
solennelle. Cette audience a eu
lieu le 7 février 2005, soit un jour
après la promulgation des lois
par le Président. Ainsi, cette
promulgation comporte aussi des vices
de forme et de procédure.
La Cour
constitutionnelle qui est la plus
haute juridiction de l’Etat (article
99 de la constitution)
chargée de veiller au respect
des dispositions de la Constitution
(article 104 de la constitution) et
de garantir les droits
fondamentaux de la personne humaine et
des libertés publiques n’a pas
prononcé l’inconstitutionnalité
des lois votées le 6 février 2005. Au
contraire, elle les a validé ou
cautionné en procédant dès le 7
février 2005 à la prestation de
serment de Monsieur Faure
Gnassingbé, en tant que nouveau
Président de la République.
Tout ce montage juridique
marqué par la précipitation, la
maladresse et l’improvisation est
l’illustration de la prégnance
d’une culture d’impunité et de
violations des droits de
l’homme. A
cet égard, l`attention de la Mission a
été attirée, à travers l’exemple du
Professeur Charles
Debbasch sur le rôle douteux
dans ce montage d’experts étrangers
compétents dans le
domaine du droit
constitutionnel et du droit public en
général. Le recours aux services
d’experts
étrangers dans ce contexte pose des
questions qui mériteraient un examen
plu approfondi.
4.1.2 Allégations de
violations du droit à la vie
Tous les interlocuteurs et témoins
rencontrés ont confirmé à la mission
que les violences et les
troubles survenues du 5 février
au 5 mai 2005 ont fait de nombreux
blessés et morts
. Des
chiffres communiqués sont variables :
- le Ministère de
l’Intérieur a fourni à la Mission les
données suivants 69 décès et
461 blessés ;
- dans un document
remis à la mission sur les « faits
connus par la Police
nationale au cours des troubles
socio-politiques au Togo du 5 février
au 15 juin »
2005, la Police a
indiqué, un total de vingt (20) cas de
violences suivies de
meurtres dont neuf (9) cas à
Lomé constatés par la Direction
Centrale de la
Police Judiciaire et
onze (11) cas à l’intérieur du pays
notamment à Kpélé-Adéta
(01), à Danyi (02), à Atakpamé
(05), à Tohoun (02) et dans la sous
préfecture)
d’Akébou (01) ;
- la Commission
nationale des droits de l’homme fait
état dans son rapport de
synthèses de données qui ne
sont pas exhaustives de 64 décès, 503
blessés, 85interpellations ;
- dans son « rapport
préliminaire sur les violations des
droits humains et actes de
violences et de vandalismes
commis avant, pendant et après le
scrutin
présidentiel » du 24 avril 2005 en
date de mai 2005 sur les violations
survenues
avant, , le Mouvement togolais de
défense des libertés et des droits de
l’homme (MTDLDH)
fait état d’un bilan provisoire de 58
morts et de 317 bléssés dont 48
parmi les forces de l’ordre ;
- dans son « rapport
préliminaire au 5 mai 2005 sur les
violations massives des
droits de l’homme par le régime
RPT, avant, pendant et après le
scrutin », la
Ligue Togolaise des Droits de
l’Homme (LTDH) a dénombré 811 décès et
4508 blessés.
La Mission a reçu
plusieurs listes de victimes et de
blessés, ainsi que de disparitions. La
Mission
outre ces données, a reçu des
témoignages
particulièrement crédibles indiquant
que le nombre
de personnes décédées se situe
entre 400 à 500. Selon la mission, les
données concernant les
exécutions sommaires n’ont pas
été suffisamment prises en compte. Or,
la Mission a été
informé des cas d’exécutions
sommaires notamment à Atakpamé et à
Aného sans oublier
Lomé. Par ailleurs, le
médecin légiste de la Mission a
constaté des incohérences et des
contradictions entre les
informations orales obtenues de
sources officielles et les données
figurant dans les registres des
morgues ou transportées dans les
centres hospitaliers. La
Mission a été informée par des
sources crédibles de l’existence de
commandos de l’armée
chargés avec des véhicules
préparés à cet effet non seulement
d’écraser des manifestants et
des militants mais également de
ramasser et de faire disparaître
systématiquement les
cadavres, pour éviter entre
autres un comptage des victimes par
les services de secours. Enfin,
la mission a été informée par
de nombreuses sources de l’existence
de fosses communes où de
nombreuses personnes seraient
enterrées notamment dans la Préfecture
de l’Ogou. La Mission
n’a pas pu procéder à la
vérification.
Parmi les victimes
décédées sont recensés des
manifestants, des militants, des
policiers et des
ressortissants maliens et
nigériens. Les victimes auraient été
tuées de part et d’autres tant au
cours des manifestations que
lors d’actes de violences dans les
quartiers et agglomérations
surtout après la proclamation
provisoire des résultats de l’élection
présidentielle.
Le 26 avril 2005, à la suite de
la proclamation des résultats
provisoires de l’élection
présidentielle par la CENI,
annonçant la victoire du candidat du
RPT, les militants de la Coalition
de l’opposition politique
auraient commencé à commettre des
actes de violence. Ils auraient
érigé des barricades, creusé
des tranchées dans leurs quartiers et
attaqué les membres et les
sympathisants du RPT. Selon les
témoins interrogés, près d’une dizaine
de sympathisants et
des militants du RPT auraient
été tués par des militants de
l’opposition armés de machettes et
d’autres armes traditionnelles.
Les forces de l’ordre et l’armée sont
intervenues et auraient fait
usage de leurs armes et fait de
nombreuses victimes.
Des groupes de jeunes de
l’opposition mécontents de ces
résultats ont continué à ériger des
barricades sur les routes, à
brûler des pneus, à couper des arbres,
à creuser des tranchées, à
saccager et à piller des
commerces dans les rues de Lomé et à
l’intérieur du pays. La violence à
Lomé a été particulièrement
atroce. Le 26 avril 2005, dans le
quartier d’Adakpamé, sept (7)
ressortissants maliens
soupçonnés à tort selon la Gendarmerie
de pratiquer des rites de
sorcellerie ont été
brûlés vifs par des manifestants qui
selon certains seraient membres de
l’opposition et selon
d’autres simplement motivés par le
lynchage xénophobe. Un autre malien a
été brûlé vif dans le
quartier Kanyicopé. Près de quatre (4)
ressortissants du Niger ont été tués
lors des violences survenues à
Lomé. Des enquêtes ont été diligentées
par la Gendarmerie
nationale. Les forces de
l’ordre n’ont pas été épargnées. Le 26
avril 2005, le Maréchal des
Logis, chef de détachement des
gardiens de Préfecture de Kpélé-Adéta
a été victime de coups
et blessures volontaires ayant
entraînés sa mort. Ces coups lui
auraient été portés par des
manifestants de l’opposition
munis d’armes blanches. Le 27 avril
2005, à Lomé, un sousbrigadier
en service au Cabinet du
Procureur de la République a été
victime de coups et
blessures ayant entraîné sa
mort.
Le gouvernement
togolais a déployé des contingents
importants de forces de l’ordre :
militaires,
gendarmes et policiers, qui auraient
commis dans ce contexte, des actes
d’une grande
violence notamment dans certains
quartiers de la capitale réputés comme
fiefs de
l’opposition. Les forces de sécurité
auraient fait usage de leurs armes en
utilisant des balles
réelles et des gaz lacrymogènes.
Elles auraient également procédé à des
fouilles systématiques
dans ces quartiers de la
capitale. Des témoignages de
différentes sources laissent entendre
que les
forces de sécurité auraient tiré à
bout portant sur des personnes qui
s’enfuyaient. La plupart
des victimes auraient été tuées
dans leurs maisons.
Ainsi, une série d’exécutions
sommaires auraient été perpétrées par
les forces armées, à Lomé
et dans un certains
nombre de localités dont Aného, et
Atakpamé. Différents témoignages
concordants font état de
groupes organisés au sein des forces
de l’ordre qui auraient joué un
rôle particulièrement important
dans ces actes de violence.
A Sokodé, les
violences se sont déroulées aussi dès
le 24 avril 2005, jour des élections.
Des groupes
de jeunes de la coalition de
l’opposition auraient été à l’origine
des premières violences
commises dans cette localité.
Ils ont ensuite exprimé le 26 avril
2005 leur mécontentement au
sujet des résultats donnant la
victoire au candidat du RPT, en
saccageant des commerces et
des maisons supposés appartenir
aux militants du RPT. Ces groupes
auraient utilisé des
machettes, des couteaux, des
coupes -coupes ainsi que des massues
pour exécuter leurs
actes. Des actions de
représailles auraient été aussitôt été
menées par les militants du RPT et
ses membres des forces de
l’ordre. La Préfecture de Tchaoudjo a
ainsi recensé deux personnes
décédées et trente cinq
blessées à Sokodé, lors des violents
affrontements opposant les
militants du RPT et ceux de la
coalition. Le Centre hospitalier
régional a prodigué des soins à
vingt cinq personnes provenant
des autres préfectures. Elles auraient
été victimes de violences
des militants de l’opposition.
D’après d’autres informations reçues,
tous ces chiffres seraient en
deçà de la réalité. Les
autorités locales ont souligné que les
forces de l’ordre auraient
uniquement tiré en l’air pour
disperser les jeunes. Deux jeunes
hommes décédés à la suite de
balles reçues étaient
originaires du quartier de Didaure. La
première victime, âgée de 25 ans
aurait succombé aux balles des
agents de la Force de Sécurité des
Elections Présidentielles
(FOSEP). La deuxième victime,
âgée de 20 ans aurait été abattue par
des gendarmes.
Dans la ville d’Aného, le
Préfet a indiqué qu’une seule personne
est décédée. En recoupant les
informations, il ressort que
près d’une vingtaine de morts ont été
recensés à Aného, entre le 26
et le 27 avril 2005. Ces
chiffres semblent également être en
deçà de la réalité. La mission a reçu
des informations faisant état
de cas d’exécutions sommaires par des
soldats tirant sur la
population à partir d’un
hélicoptère qui survolait la ville
d’Aného. La mission n’a pas pu
confirmer
ces allégations mais a reçu de
nombreux témoignages concernant les
exécutions dans cette
localité.
Certaines autorités
nationales ont reconnu que la force
utilisée pour contrecarrer les
mouvements des jeunes dans
certains quartiers était
disproportionnée. Des responsables des
forces de l’ordre ont affirmé
qu’elles ne pouvaient pas contrôler
toutes les troupes qui étaient sur
le terrain au moment des
évènements. Elles ont admis que
certains militaires ont commis des
«abus de pouvoir» mais aucune
information n’a été communiquée par
les autorités au sujet de
l’identité de leurs auteurs, du
nombre exact de leurs victimes, des
mesures disciplinaires et des
enquêtes relatives aux actions
des soldats ou des forces de l’ordre.
4.1.3 Allégations de
torture et de traitements inhumains ou
dégradants
Les violences qui ont secoué le
Togo depuis le mois de février 2005
étaient
accompagnées de
torture et de traitements
inhumains et dégradants. Des
informations de diverses sources, des
photos de victimes, des
cicatrices, des blessures et toute
autres marques de violences
constatées sur les corps des
victimes montrent que des actes de
torture atroces et aveugles ont
été commis à une grande échelle.
A Lomé, les forces de
sécurité et l’armée auraient commis
des actes de torture et des
traitements inhumains et
dégradants dans les quartiers de
l’opposition où des barricades
avaient été érigées
par les militants de l’opposition. La
majorité des victimes proviennent des
quartiers sud de Lomé.
Certaines personnes auraient été
torturées par des agents des forces de
l’ordre dans des centres de
détention illégaux afin d‘extirper des
aveux ou toutes autres
informations. La Mission
a recueilli plusieurs témoignages de
viols et de sévices sexuelles.
Dans les quartiers de
Lomé, l’une des stratégies utilisées
par les forces de l’ordre aurait
consisté à
rentrer par effraction dans des
maisons pour commettre des actes de
violence notamment
contre des jeunes hommes
considérés comme militants ou
sympathisants de l’opposition. En
entrant dans les maisons, ils
auraient fracassé systématiquement les
portes, roué de coups les
occupants et forcé les hommes
et tout particulièrement les jeunes
hommes à sortir dans les
rues pour enlever les
barricades. Des témoins ont montré à
la mission leurs cicatrices et
blessures résultant des coups
de machettes, de coupes-coupes et de
gourdins cloutés portés
sur leur corps et notamment à
la tête.
Des milices, des
militants du RPT et des militants de
la coalition ont également perpétré de
graves actes de torture et des
mauvais traitements sur des personnes
civiles. Cette période de
troubles a aussi été l’occasion
pour certaines personnes de procéder à
des règlements de
compte. Les armes utilisées par
toutes ces personnes étaient des
barres de fer, des gourdins
cloutés, des machettes et des
coupes-coupes. Des militants de
l’opposition auraient battu et
blessé des militants du RPT
dans certains bureaux de vote ou les
forces de l’ordre étaient
insuffisantes en nombre. C’est
le cas de la présidente du centre de
vote de l’Ecole Publique
chrétienne de Basadji, qui est
également fonctionnaire de
l’administration locale de cette zone.
Selon son témoignage,
le 24 avril 2005, un groupe de jeunes
est arrivé dans ce centre de vote
aux environs de 17 heures, muni
de pierres, de gourdins cloutés et de
coupe- coupes. Le
groupe a commencé à jeter des
pierres sur le bâtiment du centre,
accusant la Présidente d’être
un membre du RPT. La victime
aurait été touchée par plusieurs jets
de pierres. La Mission a
observé des cicatrices sur son
corps.
La Mission a également
reçu des témoignages de personnes qui
auraient été victimes d’actes
de torture et d’arrestations
commis par les éléments du corps
militaire les « bérets rouges »,
dans la nuit du 24 avril 2005.
Ces forces armées auraient notamment
fracassé plusieurs
domiciles et frappé violemment
des militants et d’autres personnes,
avec des cordelettes.
D’autres cas
d’atteinte à l’intégrité physique ont
eu lieu avec la complicité des forces
de l’ordre.
C’est le cas des militants du RPT qui
avaient battu des jeunes revenant des
manifestations
politiques organisées par les
membres de l’opposition. Diverses
sources ont confirmé avoir vu
des militaires favorisant
l’accès dans des lieux de réunions
politiques et publiques aux militants
du parti au pouvoir. Ces
derniers auraient été munis d’armes
blanches notamment des
machettes, des coupes-coupes et
des bâtons cloutés. Les participants à
ces manifestations
auraient été battus, blessés et
maltraités au moment où ils
regagnaient leur domicile.
4.1.4 Les allégations
d’arrestation, de détention arbitraire
et disparition forcée
4.1.4.1 Arrestation et
condition de détention
La mission a eu des entretiens
avec le Procureur Général, le
Procureur de la République de
Lomé, et des responsables de la
Police nationale à Lomé. Dans toutes
les localités visitées, elle
a essayé de s’entretenir avec
les représentants de la police et de
la gendarmerie et de visiter
également les prisons. Le Togo
dispose de près de onze prisons sur
l’ensemble du territoire. La
mission a pu seulement se
rendre à la prison de Lomé. Elle n’a
pas pu visiter les prisons
d’Aného, de Kpalimé et
d’Atakpamé. La prison de Sokodé n’a pu
être visitée en raison de sa
réhabilitation. La mission a pu
constater la vétusté et la
surpopulation de la prison de Lomé.
Cette dernière était conçue pour
accueillir près de 500 détenus, à
présent le chiffre a doublé
voire triplé. La mission a pu
se rendre dans les quartiers des
hommes et des femmes et
s’entretenir en privé avec
quelques détenus. Au cours de cette
visite, la mission a noté que les
conditions de vie des détenus
vivant dans le quartier des hommes
sont dégradantes,
caractérisées par la misère, la
surpopulation, et un manque d’hygiène
et de soins. Les jeunes
détenus sont incarcérés avec
les adultes. De manière générale, la
mission a constaté que les
détenus souffrent de
malnutrition.
La mission a été informée par
le Procureur de la République, le
Procureur général et des
responsable de la Police
nationale que les prisonniers ont été
majoritairement interpellées pourdes
actes de vandalisme, de pillages et
exceptionnellement des cas de meurtres
commis à
partir du 26 avril 2005. La Police
aurait interpellé 95 personnes. 40
personnes ont été arrêtés au
cours des rafles et libérées
après identification. Quatre autres
personnes ont été arrêtées pour
diverses infractions. Elles
auraient été libérées à la suite
d’investigations menées par la Police
judicaire. Enfin 51 personnes
ont été déférées à la justice pour des
infractions relatives à des
recels, des destructions et des
dégradations volontaires de biens, des
incendies criminels, des
troubles à l’ordre public, et
au port illégal d’uniforme, et des «
atteintes à l’honneur ». Les
atteintes à l’honneur
concernent les individus qui se
seraient fait passer pour des réfugiés.
D’après les
autorités togolaises, toutes les
personnes interpellées en relation
avec les incidents
du 26 avril 2005 sont gardées
dans des centres de détention
officiels. Le Procureur Général a
communiqué à la mission une
liste des personnes arrêtées à
l’occasion de l’élection
présidentielles du 24 avril
2005. Ainsi, 90 personnes seraient
emprisonnées à Lomé. Dans la
région des lacs, quatre (4)
détenus de la prison civile d’Aného
ont été transférés dans différents
lieux de détention. A
Kpémé-Agbodrafo, 14 personnes sont en
prison. Dans la région Moyen -Mono,
principalement à la prison de Notsè,
deux personnes seraient détenues. A
Yoto, le chiffre
de cinq personnes (5) a été
avancé. A Vo, six (6) personnes sont
officiellement en détention.
Sept (7) personnes à Tsevié. A
Kpalimé, huits (8) personnes. Enfin,
vingt trois (23) personnes
seraient en prison à Atakpamé.
Le Ministre de l’Intérieur a donné la
garantie que toutes les
personnes arrêtées au cours des
violences du mois d’avril seraient
remises à la justice dans les
plus brefs délais.
Selon d’autres
sources, la Police et l’Armée auraient
procédé majoritairement à des
arrestations
ciblées visant à inquiéter
principalement les militants des
partis de l’opposition. La mission a
reçu des informations sur de
nombreux cas d’arrestations
arbitraires d’opposants. La Mission a
pu s’entretenir avec une
responsable de l’opposition arrêtée
pour ses convictions politiques. Ce
cas avait été signalé à la
mission par des organisations non
gouvernementales. En visitant la
prison de Lomé, la mission a
demandé à s’entretenir avec cette
personne détenue dans le
quartier des femmes. Après
avoir nié sa présence, les
responsables de la prison ont organisé
cet entretien. Elle a fait part
à la mission des actes d’intimidation
et des pressions exercées par
les responsables du RPT sur
elle depuis 1998. Aucune règle de
procédure n’a été respectée au
cours de son arrestation et de
sa détention.
Dans la localité de
Sokodé, la mission a recueilli des
témoignages concordants faisant état
de cas
d’arrestation et de détention de cinq
militants de la coalition de
l’opposition dite radicale. Les
détenus sont originaires de
Tchawanda et de Kolina. Dans la liste
des personnes arrêtées,
transmise à la mission, figure
les noms de Messieurs Djobo Gbèle (Kolina),
Djobo Foudou
(Kolina), Ouro- Gnaou Abdoulaye (Tchawanda),
Moussilim (Tchawanda) et Rafifou.
Cespersonnes auraient été agressées et
arrêtées deux semaines après la
proclamation des
résultats de l’élection
présidentielle. Ensuite, elles
auraient été emprisonnées à Kara car
la prison de
Sokodé n’est pas actuellement
fonctionnelle. Messieurs Djobo Gbèle
et Djobo
Foudou auraient été libérés depuis un
mois. Les trois autres militants
seraient encore en
détention. La Mission a saisi
le Ministre de l’Intérieur afin de
recevoir des informations
concernant la situation et le
statut de ces détenus.
4.1. 4.2 Arrestation
et détention des mineurs
Des cas d’arrestation de
mineurs pendant les violences survenus
du 26 au 28 avril 2005 ont été
signalés à la Mission. Le 23
juin 2005, La Mission s’est rendue à
la Brigade des mineurs pour
recueillir des informations sur
la situation des enfants qui auraient
été arrêtés au cours des
violences et des violations des
droits de l’homme survenues au Togo du
5 février au 5 mai 2005.
Cette visite s’est
déroulée en présence de la Présidente
du Tribunal pour enfants qui a
souligné que
treize (13) enfants avaient été
arrêtés pendant cette période. Un seul
enfant a été libéré. En
visitant les locaux de la
Brigade, la mission s’est entretenue
avec quelques enfants arrêtés
pendant des évènements. De
nombreux enfants auraient été
interpellés pour des actes de vols,
de viols, et de complicité de
vol commis en avril 2005. Certains
enfants ont reconnu avoir
commis des vols. D’autres l’ont
nié catégoriquement. Des enfants
auraient été battus lors de
leur
détention à la gendarmerie. Certains
ont été détenus de quatre (4) à huit
(8) jours à la
gendarmerie avant d’être
transférés à la Prison de Lomé où ils
seraient restés un mois ou plus
longtemps dans le quartier des
adultes. Ces treize (13) enfants ont
été par la suite transférés à
la Brigade des mineurs. Depuis
leur détention et à la date la
rencontre avec la Mission, ils n’ont
pas eu accès au service d’un
avocat. La brigade des mineurs aurait
signalé ces cas de
détention à la Présidente du
tribunal depuis le 13 juin 2005. La
Présidente a saisi le Parquet
pour lui demander de disjoindre
les dossiers des enfants de ceux des
adultes et de toutes
autres personnes ayant été
inculpées pour des délits commis par
ou avec les enfants.
Cette action
permettra à la Présidente
du tribunal pour enfants d’instruire
le dossier de chaque enfant
dans les meilleurs délais.
La Mission conclut
donc à la réalité du mauvais
traitement des enfants en détention
qui sont
souvent détenus avec les adultes, du
long délai pour instruire leur
dossier, du non respect des
règles de garde à vue et de la
non application systématique du droit
à la défense. Les adultes et
les enfants interpellés ont
rarement eu accès à un avocat. La
mission note à cet égard la
négligence, le laxisme et la
lenteur de la brigade des enfants et
de la Présidente du tribunal des
enfants dans le traitement des
dossiers des enfants.
4.1.4.3 Détention
arbitraire et disparition forcée
Des cas de disparitions
forcées et de détentions illégales ont
été signalés à la Mission par de
nombreux témoins et des
organisations non gouvernementales à
Lomé, dans la Préfecture de
l’Ogou et principalement à
Atakpamé. Ces cas concerneraient
notamment plusieurs jeunes qui
auraient été arrêtés à Atakpame
par des militaires au cours
d’affrontement et de rafles du 27
avril 2005. Les forces de
l’ordre les auraient emmenés dans des
centres de détentions non
officiels. Plusieurs centres de
détentions non officiels auraient été
établis dans la préfecture de
l’Ogou notamment à Agbonou.
Certains de ces centres clandestins
seraient placés sous la
surveillance de militants et
des milices du RPT. Des témoins ont
indiqué à la mission des lieux
de
détention où des personnes ont été
conduites et parfois exécutées. La
mission n’a pas pu
vérifier
ces allégations à cause de
l’absence de précisions sur ces lieux
et également pour ne
pas mettre
en danger la vie de certains
témoins.. Depuis ces rafles et ces
affrontements, les
familles restent
sans nouvelles de leur proches
et amis disparus. La Mission estime
qu’il est de
l’intérêt et du
devoir du gouvernement de faire
toute la lumière sur ces allégations
de
détentions illégales et de
disparitions forcées. Des
opérations de vérification pourraient
être
effectuées par la commission
nationale spéciale d’enquête
indépendante
Des informations concordantes
font état de la poursuite des
arrestations à Lomé et sur
l’ensemble du territoire,
jusqu’à la date de départ de la
Mission.
4.1.5 Allégations de violences
sexuelles
La Mission a reçu des informations
relatives à des actes de violences
sexuelles qui auraient été
commises par des militaires et
des membres de l’opposition. Selon
plusieurs témoins
interrogésdes viols
systématiques auraient été commis par
des groupes de civils armés et des
personnes
vêtus de bottines militaires.
Certains auteurs des viols seraient
des militaires déguisés
en civils.
Les victimes auraient été
systématiquement violées en présence
de leurs enfants ou de leur
mari.
A Atakpamé, le Préfet a confirmé que
les gendarmes ont enregistrés cinq (5)
cas de viols
de femmes au
cours des évènements qui ont suivi les
violences du 26 avril 2005.
D’autres allégations
laissent entendre que les militaires
auraient flagellé le sexe de certains
hommes au cours des
arrestations. Selon des témoins, des
militaires venus du nord pour
soutenir
les milices et les militants du
RPT auraient violé de nombreuses
femmes dont des
personnes
âgées dans les villages situés
dans la Préfecture de l’Ogou. De
nombreux témoins
ont affirmé
que le nombre des viols et
d’autres violences sexuelles est
important. Les victimes
auraient peur
et honte de dire qu’elles ont
été sexuellement agressées. La Mission
a dispose
des témoignages de plusieurs cas
individuels de violences sexuelles.
4.1. 6 Liberté de
réunion et liberté de participer à la
vie publique
Le régime des
manifestations au Togo repose sur la
déclaration préalable qui permet
directement l’organisation de
la manifestation sauf si l’autorité
publique allègue des craintes
d’atteintes à l’ordre public et
à la sécurité. Le 7 février 2005, le
Gouvernement a interdit par
décret toutes manifestations
publiques pendant deux mois en vue
d’observer dans la sérénité le
deuil national à l’occasion du
décès du Président Gnassingbé Eyadema.
Des partis politiques de
l’opposition notamment dite
radicale, des organisations de la
société civile et des organisations
de défense des droits de
l’homme, dans le contexte de la
contestation des conditions de
succession du défunt Président
ont demandé avec insistance non
seulement le retour à la
légalité
constitutionnelle mais
également le respect du droit à
manifester. Des journées villes
mortes et des manifestations
pacifiques ont été organisées.
La manifestation du 12
février 2005 aurait fait près de cinq
morts par balles. Le gouvernement a
confirmé qu’il y aurait eu des
morts et des blessés même dans les
rangs des forces de sécurité.
Le 27 février 2005, un
collectif de femmes de la société
civile togolaise proche de
l’opposition a
organisée une grande marche
pacifique à Lomé pour réclamer la
démission de Monsieur Faure
Gnassingbé et la gestion de la
vacance de pouvoir par le Président de
l’Assembleé nationale,
conformément à la constitution.
Selon les témoignages concordants, les
forces de l’ordre ont
utilisé des gaz lacrymogènes
dans un premier temps afin de
disperser les manifestants. Pris de
panique ces derniers ont fui
dans toutes les directions. Certains
témoins ont déclaré avoir été
victimes de mauvais traitements
infligés par les militaires. Ces
derniers auraient poursuivi les
manifestants jusqu’au quartier
de Bè où les jeunes ont réagi en
jetant des pierres sur les
policiers
et en érigeant des barricades.
Les forces de l’ordre auraient alors
tiré des balles réelles
sur les
manifestants. Face au nombre
important de morts et de blessés, le
gouvernement a mis
fin à
l’interdiction de manifester. La levée
de l’interdiction de manifester aurait
créé des tensions
au
sein de la hiérarchie militaire et la
hiérarchie politique. La hiérarchie
militaire aurait été
défavorable à la levée de
l’interdiction de manifester. Selon
les informations crédibles
communiquées à la Mission
certains hauts responsables militaires
auraient cherché par tous les
moyens à maintenir
l’interdiction des manifestations en
invoquant des informations sur des
menaces à l’ordre public sans
les communiquer au Gouvernement qui
aurait estimé qu’il aurait
été plus facile de gérer les
manifestations et de protéger les
manifestants lorsque les
manifestations étaient
autorisées. Depuis la levée de
l’interdiction de manifester, le
gouvernement
a organisé des réunions en
associant régulièrement les
représentants des
syndicats, des partis
politiques et des organisations
non gouvernementales pour mieux
encadrer les
manifestations,
organiser les trajets et éviter
de nouveaux incidents. Les
manifestations et
tous autres regroupements ont
été par la suite mieux organisés. La
situation s’est détériorée
dans la période
du 25 au 28 avril 2005 dans le
contexte de la contestation du
résultat des
élections. Des
militants et sympathisants de
l’opposition ont exprimé cette
contestation par une
grande violence
dont en été notamment victimes
de nombreux étrangers ainsi que des
militants du
parti au pouvoir.
Les forces de l’ordre ainsi que des
militants du RPT ont déclenché en
réponse une violence extrême
qui a abouti à des destructions
massives de biens et de
propriétés, à de
nombreux décès et blessés dont
ont été victimes des militants de
l’opposition et
des membres de la société
civile.
La mission a reçu de
nombreux témoignages et des
informations faisant état de fraudes
massives
tout au long du processus
électoral notamment : listes
électorales incomplètes, cartes
d’électeurs insuffisantes ainsi
que bourrages, usurpation et vol des
urnes.
La mission a été
informée de l’action de la CEDEAO. En
effet cette organisation
sous-régionale
a permis par sa médiation, le
retour à l’ordre constitutionnel après
le coup de force du 5 février
2005. Dans un contexte de
radicalisation de la crise et de
montée de la violence, elle a
contribué
de son mieux à la mise en place
du processus électoral. Mais la
Mission a également
été
informée de la contestation forte par
l’opposition dite radicale et par des
observateurs
extérieurs, de l’évaluation positive
des résultats des élections par le
groupe d’observateurs de la
CEDEAO.
La mission a noté avec
inquiétude les craintes sur les
menaces qui pèsent sur un certains
nombre
de responsables politiques de
la coalition de l’opposition au niveau
national et local.
Dans toutes
les localités visitées, la
mission a reçu des informations et des
témoignages
concordant faisant
état de départs massifs de
certains dirigeants politiques de la
coalition à la
suite des violences
électorales du 24 avril 2005.
De nombreux dirigeants politiques ont
trouvé
refuge dans les pays voisins
4.1.7 Allégations de
violations des droits à la liberté
d’expression, d’opinion et
d’information
Le respect du droit à
la liberté d’expression, d’opinion et
d’information est indispensable dans
uncontexte électoral. La liberté
d’opinion notamment celle visant à
exprimer une opinion politique
est un droit absolu, ne pouvant
être restreint ni entravé d’aucune
manière. Les droits à
la liberté
d’expression et d’information
doivent être également garanties et
fermement protégés
en
période d’élections. Ces deux libertés
peuvent toutefois être partiellement
limitées pour des
raisons de sécurité nationale
ou toutes autres raisons prévues par
la loi. La Constitution
togolaise
garantit la liberté d’opinion
et d’expression. L’article 25 de la
constitution stipule que
«l’exercice
de ces droits et libertés se fait dans
le respect des libertés d’autrui, de
l’ordre public et
des normes établies par la loi
et les règlements. ». La liberté de
presse est également reconnue
et garantie par l’Etat et
protégée par la loi. En vertu de
l’article 26 de la constitution, «
toute
personne a la liberté d’exprimer et de
diffuser par parole, écrit ou tous
autres moyens, ses
opinions ou les informations
qu’elle détient, dans le respect des
limites définies par la loi. La
presse ne peut être assujettie
à l’autorisation préalable, au
cautionnement, à la censure ou à
d’autres entraves.
L’interdiction de diffusion de toutes
publications ne peut être prononcée
qu’en
vertu d’une décision de justice ».
La mission a constaté
que le respect du droit à la liberté
d’expression, d’opinion et
d’information
s’est considérablement
détérioré après la mort du chef de
l’Etat togolais. Certains
partis
politiques de l’opposition et
des médias indépendants ont rencontré
des difficultés
systématiques dans l’exercice
de ces libertés.
L’accès équitable aux médias pour tous
les candidats et les partis politiques
constituent un
élément important au cours du
processus électoral. Des mesures
doivent être mises en oeuvre
pour éviter des censures
politiques et l’octroi d’avantage
injuste à certains candidats et pour
permettre l’égal accès aux
médias pendant la campagne électorale.
La Haute Autorité de
l’Audiovisuel et de la
Communication (HAAC) est l’autorité
administrative indépendante
chargée
de garantir et d’assurer la
liberté et la protection de la presse
et des autres moyens de
communication de masse. Elle
est compétente pour donner
l’autorisation d’installation et
d’exploitation des chaînes de
télévision et de radiodiffusion
privées. La HAAC a informée la
Mission de son souci dans le
cadre de la campagne électorale de
veiller notamment à l’accès
équitable aux médias pour les
candidats au niveau du temps, de
l’espace attribués et de la
diffusion des informations
véridiques. Dès le 9 mars 2005, cet
organe avait demandé à certains
médias privés et publics de
cesser de diffuser ou de faire des
campagnes déguisées en faveur
de
certains candidats avant l’ouverture
de la campagne électorale. Des mesures
préventives ont
également été prises par la
HAAC. Le 27 mars 2005, elle a diffusé
un communiqué de presse
dénonçant et condamnant les
actes de violence et le comportement
agressif et belliqueux de
certains manifestants à l’égard
des journalistes des médias publics au
cours de la marche initiée
par les responsables des six
partis politiques de l’opposition dite
radicale. La HAAC a lancé un
appel aux responsables des
partis politiques les invitant à
prendre des mesures afin d’éviter à
l’avenir de tels comportements
à l’égard des journalistes dans
l’exercice de leur mission.
La Mission estime que malgré sa
bonne volonté apparente, la HAAC a
davantage joué un rôle
de censeur que d’autorité
régulatrice. La HAAC et la police ont
souvent empiété sur les droits à
la liberté d’information et
d’expression. De nombreuses ingérences
dans l’exercice de ces
libertés ont été constatées.
Les radios lumières, Nana FM, Kanal
FM, Nostalgie, Carré Jeunes,
la RTZ (radio télévision Zion)
et TV7 ont été fermées par la HAAC.
Ces décisions de fermeture
ont été prises successivement
par la HAAC entre le 7 et le 14
février 2005. Il leur aurait été
reproché de ne pas avoir
acquitté le paiement de leur redevance
annuelle, et d’inciter à la
désobéissance civile, à la
haine et au tribalisme. Selon les
informations communiquées à la
mission, ces radios et
télévisions auraient été en fait
fermées pour avoir diffusé des
déclarations
des responsables politiques de
l’opposition et organisé des débats
politiques mettant l’accent
sur les dimensions de la crise
au Togo et la procédure à suivre en
cas de vacance de la
Présidence de la République.
Les radios internationales ont
été également victimes d’abus de
pouvoir ou d’empiètements sur
leurs droits. Ainsi le 8
février 2005, des émetteurs de la
Radio France International (RFI) ont
notamment été coupés. La veille,
le Ministre de la Communication et
porte-parole du
gouvernement avait accusé RFI
de diffuser des appels à la révolte.
Le 15 avril 2005, la
HAAC a interdit aux radios privées de
couvrir la campagne électorale. Cette
décision aurait été prise par
la HAAC dans un souci de garantir
l’égal accès aux médias entre
les candidats pour éviter toute
discrimination basée sur la richesse.
En dépit de cette
interdiction, certaines
stations de radios ont couvert la
campagne électorale sans être
sanctionnées. Il a été rapporté
à la mission que des journalistes ont
reçu des menaces et faitl’objet
d’actes d’intimidations soit
directement par la HAAC ou de la part
de responsables du
RPT. Certains responsables des
médias auraient été convoqués par la
HAAC qui leur auraitreproché d’être
proche de l’opposition et d’avoir pris
des positions politiques sur la
campagne.
Il a été
demandé à certains responsables des
médias de licencier leur animateurs
qui ont été
très critique à l’égard du pouvoir. La
HAAC a de même reconnu devant la
Mission avoir interdit
aux medias de donner la parole
aux personnes victimes de violence
d’une part « pour éviter la
polarisation » et d’autre part
parce que les victimes devaient
s’adresser aux services de santé et
non aux medias ..
Le 26 avril 2005, la
HAAC a suspendu l’autorisation
d’émettre et de diffuser pour une
durée d’un
(1) mois aux radios privées notamment
Radio Maria Togo et Radio Nostalgie,
pour avoir diffusé
de fausses informations
alarmantes susceptibles de troubler
l’ordre public et la paix sociale
notamment l’annonce sur leurs
antennes d’un prétendu couvre-feu sur
toute l’étendue du
territoire, le 25 avril 2005.
Des ordonnances ont été prises par la
justice pour veiller à
application
des mises en demeures et
sanctions décidées par la HAAC. Dans
ce cadre, la police
a été
sollicitée pour apporter une
assistance aux huissiers chargés de
l’exécution des réquisitions
et
des ordonnances.
La campagne électorale
a été très houleuse et virulente dans
les déclarations et discours
politiques. Cela a eu
un impact sur les actes de violence et
de vandalisme et les violations des
droits de l’homme
commises dans le pays. Certains
candidats et responsables de partis
politiques ainsi que
des médias n’ont pas toujours fait
preuve de professionnalisme et de
mesure
dans leurs
discours. Ainsi, de nombreux discours
et des informations diffusées ont été
violents et acerbes
avec une certaine connotation
régionaliste, tribale et xénophobe.
Ces propos ont
souvent été
relayés par les militants des partis
politiques. A plusieurs reprises, des
interlocuteurs
ont
souligné à la mission que les partis
politiques mettaient peu l’accent sur
leur programme et
préféraient mobiliser leurs militants
par la tension. Très peu de
responsables politiques ont
véhiculé des messages d’apaisement en
direction du peuple togolais en
général et tout
particulièrement vers leurs militants.
Certaines violences auraient pu être
évitées si les
responsables
politiques avaient pu discipliner
leurs militants.
Plusieurs personnes
ont rapporté à la Mission que les
communications téléphoniques tant les
réseaux de téléphones
fixes, les liaisons Internet que les
réseaux de téléphones portables ont
été coupés au Togo,
dès le 24 avril, jour du scrutin juste
avant le début du dépouillement des
votes. Plusieurs
coupures ont eu lieu également dans la
semaine des proclamations des
résultats de
l’élection. Ces opérations ont eu des
incidences préjudiciables sur les
médias dans l’exercice de
leurs
missions, la transmission
d’information pour le décompte des
votes et l’information des
citoyens sur le processus électoral.
4.1. 8 Atteintes aux
biens privés et publics
De nombreuses
atteintes aux biens se sont produites
massivement sur l’ensemble du
territoire togolais, le jour de
la proclamation officielle des
résultats de l’élection présidentielle
par la CENI.
Selon les témoignages
reçus, des jeunes et des militants de
l’opposition mécontents de
l’annonce de la
victoire du candidat du RPT, auraient
saccagés et pillés des domiciles et
des commerces appartenant
aux communautés étrangères, aux
militants et aux responsables
politiques du RPT. Les
biens de plusieurs représentations
diplomatiques ont aussi été pillées et
saccagés.
La Mission a été
informée que des éléments des la
gendarmerie et des FAT ont apporté un
important soutien aux
sympathisants et aux militants du RPT
dans la destruction de nombreux
biens et propriétés
privées appartenant à des militants de
l’opposition. Des informations
précises ont été fournies à la
Mission à cet égard sur le rôle
particulièrement néfastes notamment à
Atakpamé de groupes
composés de militants du RPT et de
jeunes armés transportés de la
région du nord en
liaison avec des éléments des bérets
rouges.
La Mission La Mission
dispose également d’information
mettant en cause des groupes de
personnes qui auraient
profité de cette situation de troubles
pour régler leurs comptes
personnels avec des
personnes proches du pouvoir.
4.1.8.1 Atteintes aux
biens publics
L’article 46 de la
constitution togolaise stipule que «
les biens publics sont inviolables.
Toute personne ou tout agent
public doit les respecter
scrupuleusement et les protéger. Tout
acte de sabotage, de
vandalisme, de détournement de biens
publics, de corruption, de
dilapidation est
réprimé dans les
conditions prévues par la loi ». De
nombreuses atteintes aux biens publics
auraient été
perpétrées par des militants de
l’opposition. Selon les informations
communiquées par la Police
nationale, des édifices publics ont
été ainsi envahi, saccagés et pillés
notamment :
à Lomé, la Mairie du
III arrondissement, le centre médico
social Libano-Togolais, à
Nyékonapkoé, le
service des impôts, la direction
régionale de la togolaise des eaux et
la Direction Générale de
l’Observatoire de la Sécurité
Alimentaire (OSAT), le bureau de la
sous Préfecture d’Akébou,
dans la Préfecture de Tohoun, la
résidence du Préfet, à Aného le
commissariat de police
et le Bureau du Maire.
4.1.8.2 Atteintes aux
biens privés
De nombreux biens
appartenant aux personnes privées ont
été détruits. Des commerces
appartenant aux
ressortissants étrangers supposés être
des sympathisants du pouvoir auraient
été vandalisés et
incendiés. C’est le cas Des modestes
commerçants togolais n’ont pas été
épargnés. Plusieurs
domiciles et résidences secondaires
des membres du gouvernement
auraient
été saccagés
et détruits. La mission a reçu
plusieurs listes de biens publics et
privés remises par
la Police nationale, les témoins, les victimes,
les organisations non
gouvernementales et
les partis politiques. Mais tant les
informations reçues par la Mission que
la visite de plusieurs
localités à l’intérieur du pays
attestent des destructions massives de
biens et de propriétés privés
par les forces de l’ordre, en
coordination avec des militants du
RPT. Les destructions de biens,
délibérées ou par représailles ont eu
lieu sur l’ensemble du territoire
notamment à Lomé,
Atakpamé et Sokodé.
4.1.8.3 Atteintes aux
biens des représentations
diplomatiques
Le 26 avril 2005,
l’Ambassade de Chine a été envahie par
des manifestants qui ont volé
certains biens et
cassé d’autres. Dans la nuit du 28
avril 2005, l’Institut Goethe, centre
culturel allemand a été pillé
et brûlé. Cet acte de vandalisme
aurait été perpétré en représailles
contre l’Ambassade
d’Allemagne qui avait donné l’asile le
21 avril 2005 à l’ancien Ministre de
l’Intérieur
togolais.
4.1.8-4 Cas de la
localité de Sokodé et de ses environs
La mission a reçu des
informations sur les actes de
vandalisme commises dans la localité
de Sokodé et ses
environs. De nombreux biens
appartenant aux habitants auraient été
détruits le 26
avril 2005, jour de
la proclamation provisoire des
résultats de l’élection présidentielle
par la CENI. Selon les
informations communiquées, les
premiers actes de vandalismes auraient
été perpétrés par des
jeunes de l’opposition qui ont
manifesté leur mécontentement en
allant saccager trois maisons
et des commerces appartenant aux
militants du RPT, à Sokodé. Ce
groupe de jeunes
aurait également tenté de détruire la
résidence du Ministre de l’intérieur
par intérim.
En riposte à toutes
ces actions, les militants du RPT
auraient détruit (3) trois maisons et
(8) huit commerces appartenant
aux militants de la coalition de
l’opposition. Pendant cette période,
des militants de la
coalition auraient également détruit
un ancien local du RPT, des voitures,
des motos et incendié des
maisons et des commerces des militants
du RPT. Ils auraient aussi
dérobé
d’importantes
sommes d’argents ainsi que des
téléphones portables.
La Mission a reçu
plusieurs témoignages mettant l’accent
sur la présence des bérets rouges
pendant cette période
dans la localité de Sokodé. Ils
auraient saccagé et brûlé plusieurs
maisons
et voitures
des militants de la coalition. Par
ailleurs il a été rapporté à la
Mission que des
gendarmes appuyés
par le chef de la milice du RPT
auraient incendié le moulin d’un
sympathisant de la
coalition. Pendant sa visite dans la
localité de Sokodé, la mission s’est
également rendue dans
plusieurs quartiers notamment à
Tchawanda et à Didaure pour
constater
l’ampleur
des dégâts causés. A Tchawanda, elle a
pu constater les actes de
vandalisme commis
respectivement par les militants des
candidats de la coalition de
l’opposition et de la
mouvance présidentielle. A Didaure, la
mission a visité l’ancien local du
RPT saccagé dans la
journée du 26 avril. Elle a visité
également des maisons des militants de
l’opposition qui
auraient été incendiées par les forces
de l’ordre.
4.1. 9 Aperçu des
violences et des allégations
flagrantes des violations des droits
de l’homme dans la Préfecture
de l’Ogou et particulièrement à
Atakpamé
Selon les informations
recueillies par la mission, des
tueries et d’autres formes d'atrocités
se seraient produites à
Atakpamé et ses environs depuis la
proclamation provisoire des résultats
de l’élection
présidentielle d’avril 2005. Compte
tenu de ces graves allégations, il est
important de
donner un éclairage
sur les évènements survenus dans cette
localité et ses environs.
Les autorités
locales,
notamment le Préfet ont déclaré avoir
essayé de prévenir les violences.
Comme dans les autres
localités, la tension s’est traduite
au départ par de nombreux cas de
violences verbales du
28 mars au 22 avril 2005. Toutefois, à
Atakpamé, la tension a atteint une
telle gravité que le
Premier Ministre ainsi que d'autres
ministres se sont rendus dans la ville
pour apaiser la tension.
Préoccupé par cette situation, le
Préfet d’ Ogou a convoqué à quatre
reprises
les principaux responsables des formations
politiques pour prévenir et éviter les
violences tout
au long du processus électoral. A l’issue des
rencontres, un protocole d’accord a
même été
signé par
toutes les parties. Des appels au
calme ont été diffusés à la radio.
Malgré ces actions
préventives, la campagne électorale a
atteint un degré de violence jamais
enregistré dans la
région
d'Atakpamé et dans tout le pays. Les
premiers actes de violence auraient
été commis par
les sympathisants de l’opposition en
raison de nombreuses fraudes
attribuées aux
partisans du
RPT,
pendant ladite campagne se traduisant
au départ par la découverte d'urnes
pré-remplies et
la
distribution de cartes à des personnes
appartenant aux communautés
étrangères.
La Mission a reçu des
informations précises faisant état de
nombreuses violations des droits de
l’homme caractérisées
notamment par des tueries, des rafles,
des violences sexuelles, des
actes de saccage et
des destructions de biens et des
incendies de nombreux villages, ainsi
que des
allégations
d’existence de charniers. Les
violences se sont multipliées dès le
24 avril 2005,
jour du scrutin avec
de nombreux affrontements dans les
quartiers d’Atakpamé. Des jeunes de
l’opposition ont mené
plusieurs actions violentes à la suite
de la découverte de nouvelles
voitures
contenant des
urnes pré-remplies de bulletins de
votes. Ces urnes interceptées ont été
brûlées
par les jeunes.
La FOSEP a dû intervenir dans
plusieurs bureaux de vote pour apaiser
la situation. Un groupe de sympathisants de
l’opposition aurait tenté de détruire
la maison de l’adjoint au Maire en
raison de son appartenance au parti
RPT. L’intervention de la FOSEP a
permis de disperser ce
groupe. Dans la nuit du 24 au 25 avril
2005, le groupe serait revenu sur
les lieux pour
détruire complètement la maison de
l’adjoint au Maire. Toujours à
Atakpamé, les
voitures de deux
ministres avaient été brûlées devant
le commissariat de police. De nombreux
biens appartenant à
des particuliers ont été pillés et
détruits par les militants de
l’opposition,
dans la journée du 24
avril, notamment un hôtel (le Relais
des plateaux) et une radio
appartenant
au Major
Kouloum, ancien gendarme à la retraite
proche du RTP. Dans le village
de Ayale, la
FOSEP est
intervenue pour mettre fin à une
bagarre entre un agent du Bureau de
vote et un
groupe de
jeunes. Quatre agents de la FOSEP ont
été séquestrés par ce groupe.
Grâce à la médiation
du Préfet, ils ont pu être libérés.
Dans la soirée, des barricades ont été
mises en place dans
certains faubourgs par des jeunes de
l’opposition. Des véhicules qui
ramenaient les membres
du bureau de vote et les agents de la
FOSEP ont été pris à partie par
des partisans de la
coalition. Le Président du Bureau de
vote a été brûlé vif dans sa voiture
avec les urnes. Des jeunes
auraient aussi intercepté un véhicule
contenant des armes dont des
flèches,
des pilons de
mortiers, des coupes -coupes et des
machettes. La voiture a été brûlée
avec son
chauffeur.
Les autres occupants de la voiture se
sont enfuis mais ils ont été aussitôt
rattrapés et tués par
le groupe de jeunes de la coalition. A
l’issue de cet incident, des
barricades auraient été placées
au niveau des routes par des jeunes de
l’opposition en vue d’intercepter le
Major Kouloum
soupçonné d’être l’instigateur des
fraudes massives et le meneur des
milices.
Le 25 avril 2005, des
jeunes de l’opposition ont aussi
essayé de brûler la Préfecture. Les
violences se sont
accrues le 26 avril 2005, jour de
l’annonce provisoire des résultats de
l’élection
présidentielle donnant la victoire au
candidat du RPT. Plusieurs maisons
appartenant aux responsables et
aux militants du RPT auraient été
détruites par les jeunes de la
coalition pour montrer leur
mécontentement. Vers 14h30, un groupe
de jeunes du RPT envoyé par le
Major Kouloum serait
allé affronter les jeunes de
l’opposition. Selon les témoignages
recueillis, le Major Kouloum
aurait également fait venir à Atakpamé
des renforts armés composés de
jeunes d’autres
régions notamment du nord pour
apporter un soutien aux militants du
RPT. Il semblerait que par
mégarde, les renforts auraient tirés
sur leurs propres partisans. En se
rendant
compte de
cette méprise, ce groupe d’appui du
RPT aurait commencé à tirer de
manière
aveugle sur la
population et les habitations.
D’autres informations communiquées à
la mission
corroborent
l’idée que les renforts armés étaient
constitués d’éléments provenant
d’autres
régions ou
localités. Les éléments armés du RPT
seraient entrés dans une maison et
auraient tué le
propriétaire croyant avoir identifié
le responsable politique recherché
qu’ils ne connaissaient
pas.
Conscient de cette nouvelle méprise,
les éléments armés seraient retournés
sur les lieux et
auraient identifié la maison
recherchée. Ils l’auraient
définitivement saccagée et
brûlée. Ensuite,
ils
se seraient dirigés dans d’autres
quartiers notamment à Djama.
Il est actuellement
difficile de chiffrer le nombre de
personnes décédées ou blessées au
cours de
ces graves
affrontements et tueries. Dans la
période du 24 au 29 avril 2005, le
Centre Hospitalier Régional (CHR)
a enregistré 94 personnes blessées
dont 11 par balles et les autres
par des machettes, des
haches ou au cours de bastonnades.
Quatre personnes sont décédées
à l’hôpital à la suite
des coups et blessures reçues. Douze
corps ont été apportés à la morgue
du CHR. Toutes les
dépouilles ont été identifiées, sauf
une, et remises aux familles.
En consultant le registre
de la morgue, la mission a pu
constater que le nombre de morts
enregistrés était plus
élevé. 18 corps ont été réellement
enregistrés. Compte tenu des violents
affrontements opposant
les militants des différents partis et
les allégations de tueries, ce nombre
de personnes décédées
et blessées semblent être en deçà de
la réalité. En effet, toutes les
victimes ne sont pas
allées au CHU et tous les corps n’ont
pas été transportés à la morgue de la
ville. Des témoins ont
indiqué des chiffres allant de 120 à
200 morts pour les affrontements et
les tueries du 24 au
26 avril 2005. De nombreuses personnes
tuées au cours de ces violences
auraient été
ensevelies notamment dans plusieurs
charniers dissimulés dans la brousse.
De nombreux cas de
violences sexuelles, d’arrestations et
de déplacement de la population
dans le Préfecture de
l’Ogou ont été rapportés à la mission.
Selon les autorités locales, cinq cas
de viols ont été
enregistrés par la gendarmerie et la
police. Les victimes sont des femmes
qui auraient été
systématiquement violées en présence
de leur mari par les militants du RPT
ou les partisans de
l’opposition. D’après les autorités
locales et les autres interlocuteurs
rencontrés, le
nombre de femmes
violées pourraient être plus élevé
Il a aussi été
rapporté à la mission que des
militaires auraient procédé à de
nombreuses arrestations de jeunes
au niveau des quartiers et parfois
dans des écoles. Les personnes
seraient
toujours
détenues dans des lieux tenus secrets.
Malgré le calme apparent qui prévaut à
Atakpamé et ses
environs, il a été souligné que des
arrestations arbitraires se
poursuivent contre
les jeunes de
la coalition. Tous les responsables
des partis de l’opposition radicale
ont quitté la
ville pour
se réfugier dans les pays voisins. De
nombreuses personnes auraient fui leur
maison en
raison des
incidents violents. Près d’une
cinquantaine de maisons auraient été
saccagées et
détruites.
De nombreuses voitures, des bars et
des commerces auraient subi le
même sort. Près
de
2385 personnes déplacées ont été
recensées. Pendant sa visite à
Atakpamé, la Mission a
pu s’entretenir également avec un
groupe d’une cinquantaine de
familles déplacées,
proche du RPT, qui sont logées à
l’Ecole Normale Supérieure (ENS) avec leurs
enfants. Ces familles
reçoivent une
assistance prodiguée par des
associations religieuses,
des organisations non
gouvernementales et des institutions
spécialisées onusiennes. La
Mission a également
été informée que certains déplacés
seraient retournés dans leurs villages
d’origine. Dans les
environs d’Atakpamé, des actes atroces
auraient également été commis
notamment dans le
village d’Olesse. La Mission n’a pas
pu s’y rendre, mais il lui a été
rapporté que ce village de
pêcheurs situé à 20 km au nord
d’Atakpamé aurait été incendié par un
groupe de l’opposition. Ce
village abritait une grande communauté
de ressortissants de l’Afrique de
l’Ouest notamment des
nigériens, des maliens et des
burkinabés installés au Togo depuis de
nombreuses années. La
partie du village dans laquelle
étaient installées les communautés
mentionnées ci-dessus
aurait été saccagée et brûlée. Ces
actions auraient été commises contre
elles en raison des
rumeurs rapportant qu’elles seraient
allées voter dans un quartier
d’Atakpamé. En
revanche, la partie
habitée par la
communauté ghanéenne aurait été
épargnée.
Le village de Kosikope
aurait été détruit par les milices du
RPT.Au niveau des
responsabilités,
les autorités locales
ont souligné que les agents de la
FOSEP et la police n’ont jamais
fait usage de leurs armes. Des
consignes précises leurs avaient été
données allant dans ce
sens. D’une manière générale, le
nombre d’agents déployés était
insuffisant pour
ramener l’ordre et faire face
aux
exactions commises. En conclusion, les
forces de l’ordre
complètement débordées n’ont
pas pu
protéger la population. Selon certains
témoignages, elles
auraient parfois décidé
délibérément
de ne pas intervenir. De nombreux
actes délictueux et
criminels auraient même été
commis
soit en leur présence soit avec leur
complicité passive ou
active. Par ailleurs, la
responsabilité des leaders politiques
ne peut être écartée. Dans la
période du 24 au 26 avril la
plupart
des violences auraient été perpétrées
par des groupes de
l’opposition. Ces derniers
auraient
fait usage principalement de machettes,
de haches, de coupes
-coupes, de barres de fer
et de toutes
armes cloûtées pour porter parfois
des coups mortels et
détruire des biens
appartenant aux
responsables du RPT ainsi qu’à leurs
militants. Ainsi, les
leaders de la coalition
n’ont pas
maîtriser la violence aveugle
perpétrée par
leurs militants. Ils
n’ont pas lancé de
messages d’apaisement. Du côté du RPT, les
responsabilités sont
également importantes. Selon
les
témoins, le siège du RPT à Atakpamé
aurait servi de centre
de détention et de torture. Les noms
des dignitaires du RPT qui ont
toujours semé la
terreur dans la localité d’Atakpamé et
ses environs ont été communiqués à la
mission. La plupart
des témoins rencontrés ont désigné
notamment le Major Kouloum, comme
l’auteur et le meneur
des tueries commises dans la
Préfecture d'Ogou. Il aurait aussi
formé et armé les milices. Les
informations recoupées par la
Mission indiquent qu’à la suite de la
destruction de son
hôtel et de sa radio, le Major Kouloum
aurait mené des actes de représailles
se traduisant
notamment par une violence aveugle et
extrême contre les responsables, les
partisans de
l’opposition ainsi que d’autres
personnes. De
nombreux témoins ont
souligné également que dans la
nuit du 24 au 25 avril 2005, le Major
aurait abattu six jeunes qui
continuaient à
détruire ses biens. Par ailleurs, il
aurait orchestré toutes
les opérations
de riposte en réaction aux
violences perpétrées par des militants
et des sympathisants de l’opposition
ainsi que la venue des
renforts venant apporter un appui pour
réprimer les militants de l’opposition.
4.2 ECLAIRAGE GENERAL
SUR LES RESPONSABILITES
4.2.1 La responsabilité des
forces de sécurité et l’existence
d’une stratégie de la
répression
Les différentes
rencontres avec les acteurs, les
témoins, les observateurs et les
victimes de la
crise togolaise
permettent d’affirmer que les forces
de sécurité et les Forces Armées
togolaises
ont joué un rôle
majeur dans les actes de violations
des droits de l’homme. Les réactions
des
forces de sécurité
étaient largement excessives par
rapport aux manifestations et aux
actions
des militants de
l’opposition. L’utilisation des unités
d’élites de combat notamment les corps
militaires des Bérets
rouges et des Bérets verts certains en
provenance du nord pour maintenir
l’ordre dans toutes
les villes importantes du pays
témoigne de la volonté de réprimer les
manifestants après la
proclamation des résultats de
l’élection. Les autorités étaient au
courant
d’éventuelles actes de
violence postérieures aux élections.
Tous les indices, notamment les
déclarations et les
mises en garde des dirigeants de
l’opposition, annonçaient clairement
que
les militants de
l’opposition allaient descendre dans
les rues pour protester contre les
résultats
de l’élection du 24
avril 2005. Aucune mesure préventive
sérieuse n’a été mise en oeuvre par
les
autorités nationales.
Les normes
internationales souscrites par le Togo
lient l’Etat et aussi ses agents.
Ainsi, les
forces armées doivent
respecter les droits de l’homme dans
l’accomplissement de leurs
missions de sécurité
et de rétablissement de l’ordre. Le
comportement de ces forces armées
posent le problème de
la responsabilité du gouvernement
devant les mécanismes de
surveillance des
traités internationaux ratifiés par le
Togo dans le domaine des droits de
l’homme. Ces forces
togolaises ont violé les normes
élémentaires relatives aux droits de
l’homme applicables
aux agents chargés du maintien de
l’ordre et de la sécurité. Le recours
à la
force ne semble pas
avoir été toujours nécessaire ou
proportionnée dans toutes les
situations.
Les autorités locales
et nationales ainsi que la hiérarchie
militaire ont fait valoir que les
forces de
sécurité et l’armée
n’avaient pas fait usage de leurs
armes. Les armes utilisées auraient
servi à
disperser les
manifestants par des tirs en l’air.
Ces autorités ont également mentionné
que les
armes pouvaient être
utilisées seulement dans les cas de
légitime défense. Enfin, il a aussi
été
souligné que des
règles et consignes d’engagements
avaient été clairement posées et
interdisaient
notamment l’utilisation des armes à
feu. En dépit de ces instructions les
forces de
l’ordre et l’armée ont
souvent fait un usage excessif de
leurs armes et ont apporté un appui
aux
militants du RPT.
D’autres structures de l’Etat ont
également pratiqué des discriminations
entre
les citoyens togolais.
Il a été rapporté à la mission que les
sapeurs pompiers et les hôpitaux
publics ont pratiqué
des différences de traitement dans la
prise en charge des blessés. Des
militants de
l’opposition ont été souvent lésés
dans la prise en charge médicale. Ces
militants
avaient même peur de
se rendre dans les centres
hospitaliers publics pour ne pas
s’exposer à
la répression.
La mission a reçu des
informations concordantes permettant
de confirmer l’existence d’une
réelle stratégie de
répression. Des règles d’engagements
interdisant l’utilisation des armes
par
les forces armées et
la police avaient été posées. Mais ces
règles ont été bafouées à plusieurs
reprises. En recoupant,
les informations, la Mission a
notamment pris connaissance du fait
qu’environ 2500
soldats habillés en civil et armés de
coupes -coupes, machettes et gourdins
cloutés auraient été
regroupés en unités de 200 pour porter
un appui aux militants du RPT et
mener la répression au
cours des manifestations. Les éléments
des Bérets verts et rouges
auraient fait partie
de ces effectifs. Par ailleurs, 2500
coupes- coupes auraient été achetés à
cet
effet par l’armée. Le
deuxième dispositif mis en place
aurait été constitué par la nomination
d’un
Officier chargé
d’encadrer les soldats devant porter
un appui aux militants et aux milices
du
RPT. Cet officier
serait encore en service auprès du RPT
et de sa milice. Ce dispositif a été
mis
en place au niveau
national et régional. Au niveau
régional, les troupes seraient sous le
commandement du Major
Kouloum qui a sèmé la terreur dans la
préfecture de l’ Ogou et ses
environs. Des
militaires seraient aussi venus du
nord du pays pour apporter un appui
aux
militants et aux
milices du RPT et perpétrer des
exactions à Lomé et d’autres localités.
A l’issue
de leurs exactions,
ils auraient reçu 20.000 francs CFA
chacun pour selon les traditions
locales
procéder à des
cérémonies de purification afin
d’éviter d’être poursuivis par les
esprits de leurs
victimes.
4.2.2
La responsabilité des partis
politiques de la coalition de
l’opposition et de
leurs militants
Les militants de
l’opposition ont été à l’origine de
plusieurs actions violentes qui
délibérées ou
provoquées ont
entraîné des réactions des forces de
l’ordre et des militants du RPT. Des
militants de la
coalition ont délibérément porté
atteinte à la vie et aux biens des
ressortissants
des communautés
étrangères vivant au Togo ainsi qu’à
des militants et sympathisant du RPT.
Leur responsabilité ne
peut être écartée. Ces militants se
sont à plusieurs occasions
transformés en milices
politiques désorganisées commettant
des actes qui ont mis en danger la
vie de personnes
innocentes et saccagé les biens et les
propriétés de nombreux togolais.
Les informations
obtenues par la Mission et notamment
une analyse de la chronologie des
événements montrent
qu’une grande part de responsabilité
incombe aux dirigeants de
l’opposition dans les
actes de violences et de violations
des droits de l’homme commis par leurs
militants. Leur
absence de stratégie globale et
coordonnée notamment au début de la
crise a eu
pour conséquence
principale le manque d’encadrement de
leurs militants que certains
dirigeants ont
littéralement lâché dans la rue par
des manifestations et des actes
désorganisés
et imprévisibles qui
leur ont coûté cher en pertes de vie
humaine et en blessés.

4.2.3 La
responsabilité des dirigeants
politiques, des militants et des
milices du
Rassemblement du Peuple Togolais
Les militants du RPT
avaient organisé des manifestations
pour soutenir M. Faure Gnassingbéqui
avait été désigné Président par
l’armée. La fréquence de ces
manifestations avait augmenté
dans les jours qui ont suivi la
démission de leur leader. Des
affrontements ont eu lieu au cours
de ces manifestations. D’après
les informations reçues, des éléments
de forces de l’ordre et de
l’armée ont appuyé les actions
de militants du RPT armés de machettes,
de coupes -coupes et
de gourdins cloutés au cours
des affrontements avec les groupes de
oppositions.
Il a été rapporté à
plusieurs reprises à la Mission que
les militants de l’opposition étaient
au tout
début de la crise, à l’annonce du
décès du Président, plus déterminés et
motivés que ceux du
RPT. Cet avantage au bénéfice
de l’opposition aurait été temporaire.
En effet, outre la reprise
en main de ses militants par
les responsables du RPT, des renforts
provenant des forces de
sécurité et de l’armée sont
venus les soutenir. En effet, la
Mission a reçu des informations
précises sur l’existence d’une
milice au sein du RPT placée sous le
commandement d’un
membre influent du pouvoir. Des
témoins ont fait état de camions de la
société SOTOCO,
(société d’Etat) qui
transportaient des militants et des
membres de la milice des régions du
nord vers la
capitale pour commettre des agressions
vers la capitale et d’autres villes du
centre.
A Atakpamé,
les milices du nord auraient joué un
rôle important dans la répression des
militants et
des sympathisants de l’opposition.
Tous les responsables du RPT ont
néanmoins affirmé à la
mission qu’aucune milice n’a
été constituée au sein de leur parti.

5. DIMENSION ETHNIQUE ET XENOPHOBIQUE
DE LA CRISE POLITIQUE
TOGOLAISE
La crise Togolaise
s’est également traduite par une
exacerbation du facteur ethnique et
xénophobe dans la vie
politique et sociale de ce pays. Trois
manifestations majeures en ont
constitué le
révélateur :
- La tonalité
nationaliste du discours d’hommes
politiques et d’une partie de la
presse en
réaction aux prises de
positions extérieures sur la crise
politique du pays. Ainsi les
déclarations
d’«amitié» du
Président Français au défunt Président
et l’appui de la France au processus
électoral ont été
politiquement interprétés comme la
confirmation du soutien de la France
au
pouvoir Togolais.
L’appui au processus électoral et
l’avalisation des résultats de
l’élection du
24 Avril 2005 par la
CEDEAO ont fait l’objet de la même
interprétation d’hostilité par une
partie
de la société
togolaise. Ces positions ont été
interprétées comme un soutien au «
coup d’Etat
constitutionnel » qui
a porté Monsieur Faure Gnassingbé au
pouvoir.
- La volonté de
conserver coûte que coûte la place
centrale des kabyes dans les
structures du pouvoir.
- Le ciblage, dans la
répression politique et dans la
violence, de certaines communautés
étrangères et de
certains groupes ethniques internes
tant par les forces de l’ordre que par
des
milices et des
militants des partis politiques.Des
communautés étrangères et certains
groupes
ethniques ciblés ont
en conséquence, été victimes de
démonstrations d’hostilité et d’actes
de
violence
particulièrement graves. Les Français
ont revécu le syndrome ivoirien: se
traduisant par
des accusations de
néocolonialisme, des menaces verbales,
et des atteintes aux biens. Les
Allemands ont payé par
le saccage et l’incendie de l’Institut
Goethe non seulement le vieux
contentieux colonial
mais surtout l’asile accordée à
l’ancien Ministre de l’intérieur
Monsieur
François Boko . Les
Libanais ont été ciblés à la fois pour
l’image qui leur est accolée de
soutien
traditionnel au régime
du feu Général Eyadema et pour leur
prospérité relative dans un
environnement de
pauvreté. Des Chinois et des Indiens
ont fait l’objet d’actes d’hostilité
et
surtout de pillages et
de saccages de biens notamment de
nombreux commerces. Ces actes de
vandalisme relèvent
davantage de motivations plus
économiques que politiques. Les
communautés d’origine
Ouest-africaine ont le plus souffert
des violences notamment les
ressortissants du
Niger, du Mali et du Nigeria qui ont
été victimes des exactions les plus
graves.
La communauté
nigérienne s’est vue imputée par des
militants de l’opposition la
responsabilité
de la validation des
résultats provisoires de l’élection du
24 Avril 2004 par la CEDEAO,
présidée par M.
Mamadou Tandja, Président du Niger. La
communauté nigérienne a déploré la
perte de quatre
ressortissants tués au cours des
violences consécutives à élection
présidentielle . Par
ailleurs, des maisons appartenant aux
ressortissants nigériens ont aussi été
pillées et saccagées.
La communauté Malienne a sans doute
payé le tribut le plus lourd aux
violences à caractère
xénophobe. Sept (7) ressortissants
maliens vivant à Adakpamé quartier
populaire de Lomé ont
été littéralement lynchés et brûlés
vifs et leurs cendres enterrés dans
une
fosse commune. Un
huitième a été tué dans un quartier
proche. Le meurtre de ces maliens
dans le contexte de
l’annonce des résultats provisoires de
l’élection présidentielle est attribué
à
des groupes proches de
la mouvance de l’opposition
La dimension ethnique
des violences dont le Togo a été le
théâtre entre le 5 février et le 5 mai
2005 est également
illustrée par certains développements
convergents concernant des
communautés ethniques
Togolaises. Le ciblage ethnique
d’abord dans le recours et le degré de
la violence a
directement visé certaines communautés,
selon une identification politique
attribuée sur la base
de l’origine ethnique des dirigeants
politiques. C’est sur cette base que
des
citoyens Togolais
d’origine Kabiyé (ethnie du Président
défunt) ou d’origine Ewé (ethnie de
son
principal opposant
Gilchrist Olympio) ont fait l’objet de
violences systématiques,
respectivement
de la part de
militants de la coalition (le
principal front de l’opposition) ou du
RPT (le parti au
pouvoir). Ensuite des
membres de la communauté musulmane
identifiés selon certains signes
comme le voile pour
les femmes ou le caftan pour les
hommes ont été victimes d’agressions
et
de destructions de
biens, parce que cette communauté est
traditionnellement perçue comme
favorable au Président
Eyadema .
Mais le développement
le plus significatif de
l’instrumentalisation du facteur
ethnique dans la
violence politique est
l’acheminement par camions de
centaines de militants ou miliciens de
la
région nord vers les
agglomérations du sud pour, selon des
témoignages concordants,
procéder, avec une
violence aveugle, à des tueries et des
destructions de maisons. Ces
commandos civils,
identifiés comme d’ethnies du nord
notamment Kabiyé auraient clamé selon
certains témoignages,
au cours de leurs exactions contre les
militants et sympathisants de
l’opposition, « venir
faire la guerre au sud et garder le
pouvoir». La preuve non seulement de
leur provenance
extérieure et donc de leur
méconnaissance des lieux envahis mais
également
de leur mission de
liquidations physiques et de
destructions aveugles a été illustrée,
notamment
à Atakpamé, par le
fait que ces commandos ont de manière
indiscriminé également tué de
nombreux militants du
parti au pouvoir, le RPT, et saccagé
leurs biens et leurs maisons. Cette
éthnicisation de la
répression a entraîné en représailles
le ciblage de personnes d’ethnie Kabyè
par des militants de
l’opposition.
Si les violences
consécutives au décès du Président
Eyadema se sont traduites par une
exacerbation du
facteur xénophobe et ethnique, c’est
parce que le processus de polarisation
ethnique était d’ores
et déjà en cours pendant la longue
période du règne du Président
Eyadema. En effet la
pérennité du régime, environ une
quarantaine d’années, est généralement
expliquée par deux
instruments politiques: une gestion
ethnique et clanique du pouvoir et
l’instauration d’une
culture de violence et de terreur.
L’origine ethnique, notamment Kabyè,
et
l’appartenance ou
l’allégeance au clan Eyadema, plus que
toute forme d’idéologie politique ont
constitué les critères
fondamentaux de nomination aux postes
les plus importants de l’appareil
d’Etat et en
particulier dans l’armée, l’appareil
sécuritaire et les structures de
gestion et de
contrôle de l’économie.
Bien que la société Togolaise,
profondément multiethnique dans sa
composition ne
connaisse pas de tradition profonde de
xénophobie, la crise actuelle a révélé
que
l’instrumentalisation politique
progressive du facteur ethnique a
insidieusement structuré les
mentalités et les
comportements et engendré une
dynamique de polarisation ethnique et
de
xénophobie qui doit
être pris en compte dans toute
solution politique durable de la crise.
6. IMPACTS DE LA CRISE TOGOLAISE AU
NIVEAU INTERNE ET SOUSREGIONAL
6.1 Impacts internes de la
crise
6.1.1 Augmentation du nombre
des personnes déplacées internes
La gravité de la violence et des
violations des droits de l’homme,
notamment le nombre des
victimes et la destruction
massive des biens et des propriétés
ont entraîné la fuite de familles
entières de leurs maisons et
des villes et des localités où elles
ne se sentent plus en sécurité.
Les chiffres des personnes
déplacées internes varient entre
15.000 et 16.000. Les personnes
déplacées ont majoritairement
fui les violences et les exactions
commises à partir du 24 avril
2005. La mission a été aussi
informée de quelques cas de départs
dès le 5 février 2005. Ces
personnes ont préféré partir
par crainte du désordre ou du chaos
que pourrait provoquer le
décès du Président de la
République.
Près de 4.000
personnes auraient quitté Lomé et sa
périphérie. Dans la région de la
Préfecture
de l’Ogou, notamment à Atakpamé, de
nombreuses personnes originaires du
nord du pays sont
parties vers Kara et d’autres
localités du nord. Elles ne se
sentaient pas en sécurité dans les
localités du sud du pays. Elles
craignaient des représailles contres
les Kabiyè et les militants du
RPT. Ainsi, le clivage ethnique,
les violences, la répression et les
rumeurs ont été des éléments
déclencheurs des déplacements
de population.
Ces déplacements ont
des incidences sur l’économie du pays
qui est déjà en régression. Des
champs cultivables ont été
abandonnés. Les destructions et les
pillages massifs des commerces
ont ralenti les activités
économiques.
6.1.2 Détérioration de
la situation au niveau de la sécurité
et allégations de
circulation des armes et tous
autres trafics
Depuis le 5 février 2005, la situation
des droits de l’homme et la sécurité
se sont dégradées au
Togo. La mission a eu
des informations faisant état d’une
augmentation des actes de
banditisme et des trafics
internes et externes à partir du Togo
vers les pays voisins. De
nombreuses armes seraient
actuellement en circulation.
Des fonctionnaires des
Nations Unies, des membres du Corps
diplomatique, des ressortissants
des communautés
étrangères ainsi que de nombreux
togolais ont été victimes d’actes de
banditisme notamment
des vols à main armée dans les
résidences, des vols de voitures et
des
braquages. Des phases de sécurité ont
été élevées par l’ONU dans certaines
régions du pays.
Cela a entraîné
l’évacuation du personnel non
essentiel des organisations
internationales vers
les pays voisins pendant une
certaine période. Enfin, des exactions
ont été perpétrées par des
coupeurs de route sur
les axes Sokodé,-Atakpame et
Sokode-Bassar.
Le Togo un pays de
transit entre le Ghana et le Nigeria
est instrumentalisé dans plusieurs
trafics
notamment les trafics d’armes légères,
de drogues, d’enfants, de véhicules
volés et d’alcool
frelaté. La mission a
eu des informations sur l’existence
d’un important trafic de drogue en
provenance de la Colombie
passant par Lomé. En effet l’Afrique
de l’Ouest est en train de
devenir une plaque tournante
majeur du trafic international de
drogue venant notamment de
l’Amérique latine. La
destination de ce trafic serait
l’Europe.
En ce qui concerne la
circulation des armes légères, la
mission a été informée par la police
des
exactions commises par des militants
et des partisans de l’opposition. Au
cours de l’attaque du
Commissariat d’Aného, des
groupes de jeunes et des militants de
l’opposition ont subtilisé des
armes et des munitions. Dans
d’autres localités, des militants de
l’opposition auraient aussi volé
du matériel de
transmission de la Police. D’une
manière générale, la mission a reçu
des
témoignages concordants sur des achats
massifs de machettes par les militants
et les jeunes
des principales formations
politiques du pouvoir comme de
l’opposition. Enfin, des rumeurs
circulent aussi sur la présence
d’éléments libériens vers la frontière
du Burkina Faso et du
Bénin. Des rumeurs de
circulation des armes dans les camps
de réfugiés ont aussi été
rapportées à la mission. Tous
ces éléments pourraient entraîner une
déstabilisation de la sousrégion
et une instabilité
profonde et durable au Togo. Face à la
détermination des réfugiés de ne
pas retourner au Togo tant que
les conditions de sécurité et de
changements politiques ne sont
pas réunies, de nouvelles
tensions risquent de surgir. Il est à
craindre une radicalisation de la
position des réfugiés, ainsi
que des infiltrations et des
manipulations politiques.
Le trafic des enfants
est important au Togo. Il alimente
souvent les pays de la sous- région
notamment la Côte d’Ivoire où
les enfants sont exploités dans les
plantations. Ce trafic alimente
également le marché interne.
Les enfants des villages sont souvent
exploités au sein des
familles d’accueil dans les
grandes localités où ils travaillent
dans des conditions déplorables et
souvent assimilables à une
forme moderne d’esclavage. En outre
ces enfants ne sont pas
scolarisés. Pendant les
incidents survenus au Togo, quarante
six (46) enfants accompagnés de
six (6) adultes ont été arrêtés
à la frontière. Ces enfants devaient
être acheminés vers la Côte
d’Ivoire pour travailler dans
les plantations.
6.2 Impact sous -
régional de la crise
De nombreux togolais ont franchi
les frontières pour trouver refuge au
Ghana et au Bénin.
Selon les informations
communiquées, les départs commencés
dès le 5février sont devenus
massifs à partir du 24 avril,
date du scrutin de l’élection
présidentielle et le début de
l’ouverture
des frontières. En effet, les
autorités togolaises ont décidé de
fermer toutes les frontières
pendant le déroulement du
processus électoral. A partir du 24
avril, près de 2000 togolais
franchissaient chaque jour les
frontières du Togo pour trouver refuge
au Bénin au Ghana.
6.2.1 Afflux des
réfugiés au Ghana
La mission s’est rendue à la frontière
entre le Togo et le Ghana pour
recueillir des témoignages
des réfugiés togolais. Le
chiffre des réfugiés togolais au Ghana
varie entre 15.000 et 16.000.
Les réfugiés sont
accueillis au sein des communautés
villageoises situées à la frontière.
Les réfugiés
aident les communautés d’accueil dans
l’exécution des travaux des champs.
Les
communautés ont mis à la disposition
des réfugiés des emplacements. La
coexistence entre les
populations semble assez
pacifique. En effet, les mêmes ethnies
se retrouvent de part et
d’autres des frontières ce qui
est de nature à faciliter
l’intégration des réfugiés.La mission
a eu des
entretiens avec le Chef traditionnel
d’Afflao et des réfugiés. Le Chef
traditionnel d’Afflao a
demandé à la mission d’insister
pour que les chefs traditionnels
soient associés aux tables
rondes et à toutes prises de
décisions relatives à la crise
togolaise et la situation des réfugiés.
Il a aussi
mis l’accent sur la solidarité des
communautés d’accueil en direction du
peuple togolais
et la nécessité de fournir
rapidement de l’aide pour assister les
réfugiés ainsi que les
communautés d’accueil.
A Afflao, la
communauté de réfugiés est
majoritairement composée de femmes,
d’enfants et de
quelques jeunes. Ces personnes
ont fui les exactions commises à Lomé
notamment les fouilles
systématiques des maisons, et
les actes d’intimidation contre les
militants et toutes personnes
ayant été en relation avec
l’opposition, dite radicale. Certains
réfugiés seraient partis car leurs
noms figuraient sur des listes
des personnes à arrêter. Les réfugiés
semblent assez
désoeuvrés.
La Mission a été
informée des efforts de mobilisation
croissante des autorités ghanéennes.
Les services
gouvernementaux renforcent leur
collaboration avec le HCR. Néanmoins,
les réfugiés
ont informé la mission qu’ils
commencent à déceler des actes
d’hostilité de la population. Cette
dernière commencerait à
considérer les réfugiés comme un poids
économique et une nuisance
sociale. Des incidents ont été
rapportés à la mission. Le HCR
s’emploie à apaiser les tensions
en soutenant aussi les
communauté d’accueil et en menant des
actions de sensibilisation.
Certains réfugiés
souhaitent quitter le Ghana mais n’ont
nullement l’intention de retourner au
Togo en raison des informations
ou des rumeurs faisant état de la
poursuite d’arrestations
nocturnes, de chasses à l’homme
et de l’absence de changements majeurs
au niveau politique.
6.2.2 Afflux des
réfugiés au Bénin
Près de 22. 000 réfugiés togolais se
trouvent sur le territoire du Bénin.
La majorité des réfugiés
sont localisés dans la
Préfecture de Come. Au Bénin, les
réfugiés sont regroupés dans des
camps. Certains ont été
accueillis au sein des familles
notamment à Cotonou. La mission a
visité plusieurs camps à la
frontière notamment le camp de transit
de Hillacondji, d’Agame et de
Come.
La mission est
impressionnée par l’accueil réservé
aux réfugiés togolais par les
autorités
béninoises et surtout par l’appui
apporté aux institutions spécialisées
des Nations Unies et aux
associations locales dans
l’assistance aux réfugiés.
L’assistance aux
réfugiés est prodiguée de matière
exemplaire par les institutions
onusiennes
notamment le HCR et l’Unicef, en
coopération avec les organisations non
gouvernementales
béninoises et internationales
notamment Caritas, la croix rouge
béninoise, PLON bénin, et Terre
des hommes. Ces organisations
font un travail d’accueil et de prise
en charge remarquable au
niveau de la santé, de
l’éducation et de la réinsertion
sociale. Les réfugiés sont associés à
la gestion
des camps à tous les niveaux. L’Unicef
a réussi à organiser des cours pour
les élèves et
les étudiants des camps par les
enseignants Togolais réfugiés Les
camps sont peuplés de
nombreux jeunes hommes, des
femmes et des enfants non accompagnés.
La mission a eu aussi
des entretiens à l’hôpital de Come
avec des réfugiés qui ont été blessés
par balles et par machettes au
cours des évènements survenus au Togo.
La mission a ainsi pu
constater l’ampleur des
blessures physiques ainsi que des
séquelles et des traumatismes
psychologiques et moraux. Ces
blessés reçoivent une bonne prise en
charge par l’hôpital de
Come.
La plupart des
réfugiés togolais présents au Bénin
ont fui les violences survenues à
Aného, à
Atakpamé et à Lomé. La mission a
notamment recueilli de nombreux
témoignages de
responsables politiques locaux,
de militants et de sympathisants de
l’opposition ainsi que de
citoyens Togolais apolitiques.
Des réfugiés ont été témoins et
victimes de certaines violences
survenues à Aného notamment les
destructions de la radio
lumière et de l’hôtel de l’union et
des
exactions de certains hauts
responsables militaires. Certains
militants ont fui en raison des actes
d’intimidation exercés
contre eux. Des rumeurs font état
l’existence de listes de personnes à
réprimer circulant à Lomé et
dans les autres localités. Vraies ou
fausses ces rumeurs auraient
incité plusieurs personnes à
fuir.
Malgré la
participation de certains responsables
de l’opposition « modérée » et de
l’opposition
« radicale » au sein du gouvernement
d’union nationale, les réfugiés
déclarent ne pas être prêts
à retourner au Togo.
Le retour est conditionné à la réunion
de réelles garanties de sécurité et
des changements politiques
démocratiques crédibles. En effet, les
responsables politiques de
l’opposition qui ont intégré le
gouvernement sont contestés par les
partisans et les militants de
l’opposition. Les réfugiés sont
profondément traumatisés par les
rafles, les chasses à l’homme
et surtout la
violence et la répression
aveugle perpétrées par les forces de
l’ordre, l’armée et lamilice du RPT.
6.3 Positions et
actions du Gouvernement face aux
déplacements des
populations
Les autorités togolaises, tant les
responsables des services de maintien
de l’ordre et des
militaires que les responsables
politiques, ont une lecture politique
de la question des réfugiés
togolais et des personnes
déplacées. Ces autorités ont fait
valoir auprès de la Mission à maintes
reprises que les réfugiés ou
les personnes déplacées ont fui en
raison des infractions et des
crimes qu’ils auraient commis
et seraient en fait à la recherche
d’avantages économiques et
sociaux garantis dans les
camps, ainsi que la possibilité
d’obtenir des visas des pays
occidentaux. Certains ministres
ont aussi souligné que le HCR et
d’autres institutions
spécialisées des Nations Unies
ont mené une politique d’incitation au
départ et auraient
augmenté les chiffres
concernant les départs des togolais
vers les pays voisins.
Au cours de ses
entretiens avec certaines autorités
togolaises, la Mission a régulièrement
exprimé sa vive préoccupation
face à ces discours réducteurs, signes
non seulement de
l’absence de prise de
conscience de la profondeur et de la
gravité de la question des réfugiés
mais également de l’absence
d’une volonté politique pour sa
solution durable.
La position du gouvernement semble
néanmoins évoluer progressivement. En
effet, le
gouvernement a mis en place une
commission nationale d’enquête chargée
entre autres
d’établir les préjudices subis à la
suite des violences et un Haut
Commissariat aux Rapatriés et
à l’Action humanitaire chargé
d’oeuvrer au retour des populations
déplacées et des réfugies en
étroite coordination et
coopération avec les institutions et
les organismes humanitaires et des
droits de l’homme. Ainsi
l’heure est à la concertation pour
trouver des solutions rapides afin de
faciliter le retour et la
réinsertion des rapatriés et des
personnes déplacées internes. La
Mission a
noté avec intérêt toutes ces
initiatives prises par le gouvernement.
Actuellement, la crise
togolaise, fondamentalement
politique, se traduit par une crise de
défense et de protection des
droits de l’homme et également
par une crise humanitaire grave. Le
Président Faure
Gnassingbé a fait part à
l’Envoyé spécial de sa volonté de
trouver une solution durable à la
question des réfugiés. Les
partis de l’opposition rencontrés par
la Mission ont également
souligné l’importance et
l’urgence du règlement de la question
des réfugiés.
7. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS
7.1 CONCLUSIONS
Le contexte politique de la crise
Togolaise est marqué par trois
facteurs qui donnent sens et
signification aux événements
qui se sont déroulés du 5 février (annonce
du décès du Président
Eyadema) au 5 mai 2005 (prise
de fonctions du Président élu, M.
Faure Gnassingbe):
- Le sentiment de
surprise générale à l’annonce du décès
du Président Eyadema
découlant de la perception tant
dans la classe politique que dans la
société de la nature
inébranlable du régime après
une quarantaine d’années de règne.
- La situation
générale d’impréparation à la
succession ainsi ouverte illustrée par
deux
pulsions politiques contradictoires et
porteuses d’une dynamique
d’affrontement. La peur au
sein du régime de la perte du
pouvoir avec la disparition soudaine
de son seul et unique pilier,
son axis mundi, accentuée par
la provocation d’un vide
institutionnel en ce qui concerne la
succession et dans le même
esprit l’espoir irraisonné plus
émotionnel que politique de la part de
l’opposition et de la société
togolaise notamment dans ses couches
les plus dynamiques, les
défenseurs des droits de
l’homme, la jeunesse et les femmes, de
la possibilité soudaine du
changement et de l’instauration
d’un régime démocratique.
- L’improvisation et
la précipitation du coté du pouvoir
illustrées par les conditions de
l’annonce par l’armée de la
désignation de M. Faure Gnassingbé
pour succéder à son père. Du
côté de l’opposition,
handicapée par des rivalités de
personnalités, la seule
stratégie s’est
centrée sur une mobilisation de
la rue à travers des manifestations
improvisées des militants
afin de forcer le changement et
de s’opposer à la décision de l’armée.
En outre, les
rencontres avec les divers
interlocuteurs ont permis à la Mission
de vérifier
l’existence d’une réelle stratégie de
la tension orchestrée par un groupe
occulte au coeur du
pouvoir: ce groupe, face à
l’imprévu, semble s’être fixé comme
horizon unique la conservation
coûte que coûte du pouvoir.
En conséquence, la
crise consécutive au décès du
Président Eyadema, par l’extrême
gravité de
la violence politique qui l’a
accompagnée, le bricolage
constitutionnel qu’elle a suscité et
l’instrumentalisation politique
du facteur ethnique et xénophobe dont
elle a été le cadre, se
structure autour de trois
enjeux majeurs relevant des droits de
l’homme :
-
la prégnance dans l’ensemble de
la société d’une culture de violence
fondée, après plus
de trente ans de
régime non démocratique, sur le credo
du recours à la violence comme
méthode privilégiée de
conservation ou de conquête du pouvoir
et l’érosion consécutive du
sentiment démocratique.
- Le principe de
l’impunité érigé par le pouvoir comme
légitimation de la culture de
violence et socle de la
solidarité politique des membres de
l’appareil répressif d’Etat.
- La dynamique de
polarisation ethnique et xénophobe en
cours dans la société Togolaise
découlant de la
gestion ethnique et clanique durable
du pouvoir qui a engendré dans la
mentalité collective la
tendance à une lecture ethnique des
clivages politiques.
Ces tendances lourdes
éclairent les faits principaux mis à
jour par la Mission :
- Le caractère massif
et la gravité des actes et des
manifestations des violations des
droits
de l’homme attestées
par le nombre élevé des victimes (entre
400 et 500 morts et des
milliers de blessés), l’ampleur
des disparitions, l’utilisation à
grande échelle de la torture et
de traitements inhumains et
dégradants, les destructions
systématiques et organisées des
biens et des propriétés.
- La responsabilité
principale de la violence politique et
des violations des droits de l’homme
de l’ensemble de
l’appareil répressif et sécuritaire de
l’Etat (Police, gendarmerie, forces
armées tous corps confondus) en
coordination avec des partisans
organisés du pouvoir
politique (notamment
les militants et les groupes non
institutionnels et/ou milices du RPT)
pendant toute la période du 5
février au 5 mai et en particulier
dans le contexte de
l’élection présidentielle du 24
avril 2005.
- Le rôle important
des militants des partis d’opposition
tant dans la montée de la tension
politique dans la période du 5
février (annonce du décès du Président
Eyadema) au 24
avril 2005 (élection
présidentielle) que dans la commission
d’actes graves de violence
ayant entraîné de nombreuses
victimes et des saccages et des
destructions de biens et
des propriétés de militants ou
supposés tels du parti au pouvoir.
- L’impasse politique totale avec
l’échec de la constitution d’un
gouvernement d’union
nationale crédible
incluant les principaux partis de
l’opposition dite radicale.
7.2 RECOMMANDATIONS
L’objectif fondamental de ces
recommandations est de mettre en
branle une dynamique qui par
la promotion et le respect des
droits de l’homme est de nature à
faciliter, à préparer et à
accompagner la nécessaire
solution politique durable à la crise
togolaise.
7.2.1 Observation
préliminaire
Persistance d’une culture de violence
et de violations des droits de l’homme
: La culture
de la violence, fondement de la
pérennité du pouvoir du Président
Gnassingbé
Eyadema constitue une dimension
importante des violations des droits
de l’homme sous
son règne et un facteur
explicatif de la montée de la violence
après son décès. Les
mécanismes opératoires de cette
culture sont d’une part le silence sur
la réalité des
actes et les pratiques de
terreur, de répression et d’autre part
l’impunité totale pour leurs
responsables, commanditaires et
exécutants. La restauration et la
promotion des droits
de l’homme au Togo passe par
l’éradication de ces mécanismes.
7.2.2 Recommandations
principales
1. Nécessité d’une
réconciliation nationale fondée sur
les principes de vérité et de
justice et de réconciliation.
Le tryptique Verite-Justice-Reconciliation
devrait constituer le fondement
central de tout
programme durable de règlement
en profondeur de la crise Togolaise.
La vérité est l’acte
fondateur initial de la
réconciliation d’un peuple
profondément traumatisé et divisé par
une longue dictature ainsi que
par l’ampleur et la gravité de la
violence politique de l’Etat.
Le principe de vérité
doit se traduire par la mise en
lumière complète et objective des
actes de violations des droits
de l’homme, de la nature et des
circonstances de ces
actes, des listes des victimes,
des disparitions, de l’évaluation des
biens et des
propriétés détruits et de la
détermination des responsabilités. La
mise en lumière de la
vérité doit constituer un
exercice démocratique de nature à
favoriser le processus de
règlement politique, par la
participation à son émergence de tous
les acteurs politiques et
de la société civile du Togo.
La Commission nationale d’enquête mise
sur pied par le
Président Faure Gnassingbe ne
bénéficie pas à ce stade de la
crédibilité nécessaire
pour constituer l’instrument
central de l’émergence de la vérité.
En effet, la Commission
a été créée avant la formation
du Gouvernement d’Union Nationale.
Elle ne comprend
pas des représentants des
organisations non gouvernementales des
droits de l’homme
apolitiques, crédibles et
impartiales. J’encourage les autorités
togolaises à réviser le
mandat et la composition de la
Commission sur la base du double
principe de la plus
large concertation et
représentativité démocratiques et de
l’indépendance de ses
membres par rapport au pouvoir
politique. Le principe de justice doit
constituer une
mesure emblématique
d’éradication de l’impunité, source
profonde de la perpétuation de
la violation des droits de
l’homme et terreau de la culture de
violence. La punition des
principaux responsables des
violations massives des droits de
l’homme constituerait
une mesure cathartique
indispensable pour ancrer la foi
démocratique dans l’esprit du
peuple Togolais. Cette mesure
suppose une justice crédible à même de
mener des
enquêtes indépendantes et impartiales
respectueuses à la fois des droits de
la défense
et des droits des victimes à la vérité
et à une réparation équitable. De même
la mise en
place d’un système permettant aux
familles affectées de retrouver les
disparus aiderait
aussi la société togolaise à se
réconcilier avec elle-même. L’ONU
devrait en
conséquence demander un accord sur ce
principe et également à la fois un
engagement
pour la réorganisation de l’ensemble
du système judiciaire ainsi que la
supervision de
cette réorganisation sur la
base du principe d’indépendance de ce
système et de sa
conformité aux normes et aux
principes des instruments
internationaux ratifiés par le
Togo.
2. Une mission de haut
niveau (ONU/ CEDEAO) devrait être
envisagée pour souligner la
centralité de la question des
droits de l’homme dans la crise ainsi
que, la détermination
et l’engagement de l’ONU à
trouver des solutions de sortie de
crise. Cette visite
permettra d’éclairer non
seulement avec le Gouvernement mais
également avec
l’opposition, les mesures les
plus urgentes à mettre en oeuvre à la
lumière du rapport et
des autres mesures urgentes.
3. La crise togolaise
est une crise politique avec
d’importantes répercussions sur la
protection de la population
civile et la situation des droits de
l’homme. La question des
droits de l’homme est au coeur
de la culture de violence et
d’impunité du système
politique Togolais depuis une
quarantaine d’années. La promotion, le
respect et le
renforcement des droits de
l’homme doivent donc constituer le
socle de la construction
de la démocratie au Togo. Dans
cette optique, j’étudie les diverses
options pour
renforcer notre capacité sur le
terrain à oeuvrer à un meilleur
respect des droits de
l’homme et de l’Etat de droit
au Togo en vue d’aider à la
construction dans la durée
d’une véritable culture des
droits de l’homme.
7.2.3 Propositions de
recommandations à l’attention du
Gouvernement togolais
4. Le Gouvernement
devrait faciliter et montrer sa
détermination à s’engager dans un
processus de réconciliation
nationale par la réouverture de
négociations avec toutes les
composantes de l’opposition et
de la société civile pour la mise sur
pied d’un
gouvernement d’union nationale
représentatif de toutes les
composantes politiques et de
la société civile et crédible
auprès de l’opinion. Un processus de
dialogue est en cours,
illustré par la rencontre
récente à Rome sous l’égide de la
communauté de Saint Egidio,
du Président Faure Gnassingbé
avec l’opposant Gil-Christ
Olympio, suivi d’une autre
rencontre à Lomé avec les
autres leaders de l’opposition dite
radicale.
5. Le principe de la
réforme démocratique en profondeur de
l’armée doit constituer un
élément central des
négociations politiques devant mener à
la composition d’un
gouvernement d’union nationale
représentatif et crédible. Cette
réforme sous lasupervision des Nations
Unies, devrait viser à transformer en
profondeur l’armée
togolaise
en une armée républicaine et
apolitique, représentative de la
société togolaise
dans sa diversité culturelle et
ethnique et respectueuse des droits de
l’homme. La
promotion des droits de l’homme
constitue une dimension centrale de
cette réforme.
6. Toutes les milices
et les autres groupes non
institutionnels notamment les milices
du RPT et
celles de l’opposition doivent être
impérativement démantelées par le
nouveau
gouvernement d’union nationale.
7. Le principe de la
révision de la Constitution et un
accord sur les conditions et les voies
et moyens de
l’organisation des prochaines
élections présidentielles,
législatives et locales,
devraient constituer une
priorité du nouveau gouvernement
d’union nationale sur la base
de l’assistance technique de
l’ONU en coopération avec l’Union
Africaine et la CEDEAO.
Cette mesure sera un
signe fort en direction de la société
civile togolaise et une étape
majeure de l’instauration de la
démocratie ainsi qu’un facteur
favorable, par la
mobilisation politique qu’elle
implique, du retour des réfugiés.
8. Le Gouvernement est
encouragé à répondre favorablement aux
demandes de visites
formulées par les Rapporteurs
spéciaux de la Commission des droits
de l’homme, le
groupe de travail sur les
disparitions forcées et la
Représentante spéciale du Secrétaire
général pour les défenseurs de
droits de l’homme. Ces visites
pourraient contribuer à la
mise en oeuvre du processus
Vérite-Justice-Reconciliation.
9. Le Gouvernement
devrait s’engager à fournir
régulièrement des rapports aux organes
créés en vertu des instruments
internationaux des droits de l’homme.
Par cette action,
ces mécanismes pourront aider
au mieux le Gouvernement dans la mise
en oeuvre au
niveau national des normes relatives
aux droits de l’homme.
10. Le Gouvernement
devrait ratifier la Convention
internationale sur la protection des
droits de
tous les travailleurs migrants et les
membres de leur famille.
11. Le Gouvernement
est invité à prendre en coopération
étroite avec mon Bureau les
dispositions légales,
administratives et institutionnelles
nécessaires tendant à la
reconnaissance et au respect de
l’indépendance et de la liberté
d’action des
organisations non gouvernementales, de
défense des droits de l’homme.
12. La Mission a pris
bonne note de la volonté du
Gouvernement de faire un travail
visant à
évaluer les préjudices subis par
l’Etat et toutes les autres victimes.
Ces efforts devront
être complétés par la mise en
place d’un mécanisme institutionnel
chargé de recenser,
de réparer et d’indemniser
équitablement les victimes dont les
biens et les propriétés ont
été détruits. Le Président du
Togo a fait part à mon Envoyé spécial
de sa volonté
d’opérer les réformes
nécessaires à l’instauration de la
démocratie et à la promotion des
droits de l’homme au Togo.
7.2.4 Propositions de
recommandations à l’attention de
l’Organisation des
Nations Unies et de la
Communauté internationale
13. Le Système des
Nations Unies pourrait contribuer sur
le plan technique au règlement
politique de la crise Togolaise
et à court terme au déblocage de
l’impasse politique
actuelle par une stratégie
inter-institutionnelle de promotion
d’un traitement démocratique
et concerté (avec tous les
partis politiques) des questions les
plus urgentes à savoir: la
promotion des droits de l’homme
et le retour des réfugiés. Toutes
initiatives et mesures
devraient être prises en
concertation avec l’Union Africaine et
la CEDEAO, ainsi que
l’Union Européenne dont la mise
en oeuvre des vingt deux (22)
engagements constitue
une étape importante du
règlement durable de la crise
Togolaise.
14. Les organes, les
organisations et les institutions des
Nations Unies sont invités dans le
cadre de la promotion des
droits de l’homme au Togo à accorder
une assistance
substantielle aux organisations
non gouvernementales de défense des
droits de l’homme
et d’action humanitaire
notamment par des moyens financiers,
techniques et de
formations adéquates.
15. La Communauté
internationale devrait exhorter le
gouvernement togolais à adopter une
attitude constructive sur la
question des populations déplacées et
des réfugiés
notamment en amorçant aussi un
dialogue avec l’opposition dite
radicale et tous les
autres acteurs sociaux
nationaux sur la situation des
personnes déplacées internes et
les réfugiés. J’encourage la
communauté internationale de faire
preuve de solidarité en
apportant d’importantes
contributions aux plans d’urgence des
institutions spécialisées
onusiennes et de leurs
partenaires en direction des réfugiés
et des personnes déplacées
internes. Par ailleurs, la
Mission a recommandé que les
institutions spécialisées de
l’ONU ainsi que mon Bureau
apportent un appui au Haut
Commissariat aux Rapatriés et
à l’Action humanitaire afin de
faciliter le retour des réfugiés et
des personnes déplacées
dans les conditions conformes
au respect des règles humanitaires,
des principes
directeurs relatifs aux
personnes déplacées à l’intérieur de
leur pays et des droits de
l’homme.
16. La Communauté
internationale devrait apporter un
appui financier et logistique aux
efforts déployés par l’ONU, les
autorités nationales et les
organisations non
gouvernementales pour venir en
aide aux réfugiés, aux rapatriés ainsi
qu’aux personnes
déplacées internes.
17. La Mission a
encouragé la communauté internationale
à apporter un soutien financier à
toute action de l’ONU visant au
renforcement de la promotion et la
protection des droits
de l’homme et à l’instauration
de la démocratie au Togo.
ANNEXES
PUBLIQUES
Annexe 1. Termes de
références de la Mission
Annexe 2 Annonce du
décès du Président Eyadema par le
Premier ministre et les
Forces Armées
Togolaises
Annexe 3 Projet de
présentation des faits du 5 février au
4 mai 2005 sur la situation
avant, pendant et
après l’élection présidentielle du 24
avril 2005- Présenté
, par S.E.M. Abass
Bonfoh, Président de l’Assemblée
nationale (ex-
Président de la
République par intérim
Annexe 1. Termes de
référence
MISSION D’
ETABLISSEMENT DES FAITS

I. Objectifs de la Mission
d'établissement des faits
• Etablir les
circonstances qui ont mené aux
violations alléguées des droits de
l’homme au Togo entre
le 5 Février et le 5 Mai 2005.
• Vérifier les
rapports faisant état de ces
allégations et compiler des
informations sur la nature, les
causes et les auteurs des violations
commises
principalement à Lomé, à Atakpamé, à
Aného, à Kpalimé ,à Sokodé et à
Mango.
• Evaluer les
questions de droits de l’homme en
relation avec la tenue de
l’élection présidentielle
d’avril 2005.
• Evaluer les causes
et les conséquences des violations
selon une approche
sous-régionale en mettant tout
particulièrement l’accent sur les
potentiels
facteurs aggravant pour la situation
des Droits de l’homme au Togo.
• Préparer un rapport
à l’attention du Haut Commissaire, en
intégrant des
recommandations visant à
combattre l’impunité pour les
violations de droits
de l’homme et en suggérant des
actions pour prévenir toute nouvelle
violence.
II. Composition de la
Mission
La Mission sera menée par un ou deux
Experts reconnus dans le domaine des
droits de l’homme. Ces derniers
seront nommés par le Haut Commissaire
et seront
assistés par un secrétariat
composé de trois à cinq fonctionnaires
du Bureau du
Haut Commissariat aux Droits de Homme.
III. Méthodes de
Travail
1. La Mission se déroulera sur une
période de deux semaines.
2. La langue de travail de la
Mission sera le français.
3. Afin d'accomplir son mandat, la
Mission :
• Recevra des
informations et tous autres documents
de sources
gouvernementales et non
gouvernementales ;
• Conduira des visites
in situ et des entretiens, afin
d'obtenir des informations
complémentaires, de recueillir
les preuves et les témoignages et de
vérifier les
faits. Ceci suppose l'accès illimité
et libre de la Mission à tous les
endroits où les
personnes peuvent avoir pris
refuge ou être retenues.
• Interrogera les victimes, les
témoins, et les autres personnes
impliquées par les
allégations de violations des
droits de l’homme au Togo. Certains
témoignages
seront recueillis au Ghana et au Bénin
auprès de réfugiés togolais. Ceci
inclura
également la possibilité de recevoir
des preuves en provenance des témoins
et des
organisations basés hors du Togo, qui
souhaiteraient fournir des
informations par soumissions
écrites, ou au cours d’entretiens
menés à
l'étranger.
4. Dans la réalisation
de son mandat, la Mission bénéficiera
des privilèges et des
immunités en conformité avec la
Convention de 1946 sur les Privilèges
et les
Immunités des Nations Unies. Ceux-ci
s'étendront à tous leurs documents et
leurs effets.
5. La Mission
bénéficiera de la liberté de mouvement
sur tout le territoire du
Togo ainsi que du libre accès à
tous lieux et à toutes personnes
qu’elle jugera
indispensable à la bonne
exécution de son mandat, y compris les
représentants
des autorités nationales ou
locales, des organisations et tout
individu, en
conformité avec les Règlements de
Sécurité de Nations Unies.
6. La Mission ne
tiendra pas de conférence de presse.
Toutefois, le Chef de la
mission sera directement
responsable de toute relation avec la
presse.
7. La Mission soumettra un
rapport au Haut Commissaire aux Droits
de Homme
huit jours après son retour du Togo.
En acceptant ces termes de
référence, les autorités togolaises
s’engagent à
apporter leur pleine collaboration à
la mission en particulier par l’octroi
des
garanties de sécurité et de protection
aux victimes, aux témoins ainsi qu’aux
membres de leurs familles
coopérant avec la Mission ou associés
à son travail.
Toute personne qui contactera et
rencontrera la Commission ou qui sera
interrogée par elle ou qui lui
fournira des informations ne devra pas
faire l’objet
de
harcèlements, de menaces, d’actes
d’intimidation, de représailles ou de
poursuites pénales. Les
personnes en détention seront
interrogées uniquement
en présence des membres de la
mission. |