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22 Nov. 2005

Rapport de la FIDH sur le Togo

Retour sur la crise togolaise : L’exigence de justice demeure

La FIDH a suivi avec attention la crise intervenue au Togo à la suite du décès du président Eyadéma le 5 février 2005. Informée régulièrement par sa ligue affiliée, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), la FIDH a produit de nombreux communiqués et lettres ouvertes condamnant successivement le coup d’État de Faure Gnassingbé, les manipulations constitutionnelles et législatives, le «hold-up» électoral, les graves violations des droits de l’Homme commises contre la population civile avant, pendant et après les élections présidentielles, l’impunité des auteurs des crimes et les violations des droits des défenseurs des droits de l’Homme.

Organisation non grata au Togo depuis plus de 10 ans, la FIDH s’est rendue à Lomé en février 2004. Un rapport d’enquête intitulé L’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature a été publié en juin 2004.

En 2005, la FIDH a pu à trois reprises se rendre au Bénin et au Togo pour rendre compte des graves violations des droits de l’Homme, des manipulations électorales à l’occasion du scrutin présidentiel, et finalement pour rencontrer le président Faure Gnassingbé et lui faire part de ses préoccupations concernant la lutte contre l’impunité et la protection des droits des défenseurs des droits de l’Homme.

Ainsi, la FIDH a mandaté Maître Brahima Koné, président de l’Association malienne des droits de l’Homme (AMDH), organisation membre de la FIDH, pour se rendre au Togo du 23 avril au 1er mai 2005. MM. Farid Messaoudi et Mactar Diallo, chargés de mission de la FIDH, se sont rendus au Bénin du 17 au 24 juin 2005. Maître Sidiki Kaba, président de la FIDH assisté de Florent Geel, chargé de programme de la FIDH, se sont rendus au Togo les 27 et 28 septembre 2005.

L’attention soutenue de la FIDH sur les événements au Togo a contribué à la condamnation de ce pays par la communauté internationale, notamment l’Union africaine ; la suspension du Togo des instances de décision de l’Organisation internationale de la Francophonie; la non-reconnaissance des résultats des élections présidentielles par le Parlement européen ; la relance des consultations entre le Togo et l’Union européenne (UE) dans le cadre de l’accord de Cotonou ACP/UE ; la condamnation des violations des droits de l’Homme par la Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples et la mise en place d’une commission internationale d’enquête mandatée par le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme des Nations unies.

Ce rapport regroupe ainsi les informations recueillies lors des trois missions internationales d’enquête de la FIDH menées au Togo et au Bénin. Il fait le bilan des violations des droits de l’Homme perpétrées au Togo depuis le début de l’année 2005 et insiste sur l’exigence de la lutte contre l’impunité pour répondre aux attentes des victimes et tenter d’esquisser, enfin, les bases d’un État de droit. Togo : retour sur la crise togolaise, l’exigence de justice demeure.

 

INTRODUCTION

Étienne Gnassingbé Eyadéma s’est maintenu au pouvoir trente-huit ans durant grâce à deux coups d’État, à un recours systématique aux fraudes électorales, mais surtout grâce à l’appui fidèle d’une armée dirigée par des officiers militaires de son ethnie Kabyé.

Le 5 février 2005, quelques heures après l’annonce du décès d’Eyadéma, les officiers supérieurs militaires « confient » le pouvoir au fils du président défunt, Faure Gnassingbé, et ce contrairement aux dispositions constitutionnelles qui octroient l’intérim du pouvoir au président de l’Assemblée nationale.

Afin de légitimer ce coup d’État, l’armée contraint les parlementaires à adopter, le 6 février, par un vote à main levée, une série d’amendements constitutionnels. Ceux-ci modifient l’article 65 de la Constitution en supprimant la disposition qui prévoyait, en cas de vacance du pouvoir, l’organisation de l’élection présidentielle dans les soixante jours.

Par ailleurs, les députés élisent Faure Gnassingbé en lieu et place du président de l’Assemblée nationale, M. Ouattara Fambare Natchaba, offrant ainsi au fils d’Eyadéma la présidence de la République par intérim. Dès le 10 février, le président en exercice de l’Union africaine (UA), M. Olusegun Obasanjo, dénonce ce « coup d’État » et menace le Togo d’une possible intervention militaire. Quant au président de la Commission de l’UA, M. Alphar Oumar Konaré, il déplore le « coup d’État militaire » de Faure Gnassingbé. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédeao), soumis à la pression de ses États membres, adopte dès le 19 février une série de sanctions à l’encontre du régime togolais comme le rappel des ambassadeurs de la sous-région. Les États-Unis, l’Union européenne, sous la pression de l’Allemagne et la Belgique, ainsi que les Nations unies, condamnent à leur tour ce coup d’État déguisé. Face à une telle pression de l’opinion internationale, Faure Gnassingbé fait part, dès le 18 février, de son intention d’organiser au plus vite une élection présidentielle. La

CEDEAO et l’UA maintiennent leur pression et exigent la démission de Faure Gnassingbé. Celle-ci interviendra le 25 février 2005, laissant ainsi la place de président de la République intérimaire à M. Abass Bonfoh. Faure Gnassingbé se déclare alors rapidement candidat à l’élection présidentielle, prévue au 24 avril 2005, au nom du Rassemblement du peuple togolais (RPT).

L’opposition, réunie au sein d’une coalition composée de l’Union des forces pour le changement (UFC) de Gilchrist Olympio, du Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo, de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Léopold Gnininvi, de l’Alliance pour la démocratie et le développement intégral (ADDI), du Pacte social pour le renouveau (PSR) et de l’Union pour la démocratie et la solidarité (UDS), se lance dans la campagne et désigne M. Emmanuel Bob Akitani comme candidat unique contre Faure Gnassingbé. Togo : retour sur la crise togolaise, l’exigence de justice demeure. 

PARTIE I - l’élection présidentielle

du 25 avril 2005 : chronique

d’une victoire forcée

Chapitre I - La nomination au pouvoir de Faure Gnassingbé : un coup d’État « déguisé »
- . M. Abass Bonfoh était alors premier vice-président de l’Assemblée nationale.

-  M. Emmanuel Bob Akitani est membre fondateur du Parti Union des Forces de Changement (U.F), dont il est actuellement premier vice-président.

1. Les modifications constitutionnelles : une manie héréditaire.

La pratique de modification constitutionnelle à des fins personnelles avait déjà été réalisée fin décembre 2002 par Eyadéma, grâce à une large majorité parlementaire acquise au régime.

Malgré les promesses faites par le président de ne plus se représenter9, l’article 59 de la Constitution togolaise est modifié pour lui permettre de briguer un troisième mandat. L’ancien article prévoyait en effet que « le Président est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois » et « qu’en aucun cas nul ne peut exercer plus de deux mandats ». Autre modification importante, celle de l’article 60 de la Constitution. Le mode de scrutin pour les élections présidentielles a désormais lieu au « scrutin uninominal majoritaire à un tour » contre deux tours auparavant.

Le nouvel article 62 de la Constitution abaisse l’âge minimal donnant la possibilité d’être candidat à 35 ans. L’article 100 qui prévoyait la nomination des juges de la Cour constitutionnelle, gardiens de la Constitution, est aussi profondément modifié. Les juges sont désormais au nombre de neuf contre sept auparavant et trois de ses membres sont nommés directement par le président de la République. Le président de cette même cour est depuis lors élu directement par le président de la République et non plus par ses pairs.

Enfin, le nouvel article 62 prévoit que tout candidat à la présidentielle devra avoir résidé « sur le territoire national depuis douze mois au moins ». Cette modification a été primordiale pour écarter le principal opposant à la présidentielle, Gilchrist Olympio, qui vit en exil en France depuis une tentative d’assassinat en 1992.

Ce sont ainsi trente-quatre dispositions constitutionnelles qui ont été modifiées au bon vouloir de Gnassingbé père et qui serviront à son fils, pour faciliter sa marche forcée vers le pouvoir.

2. La manipulation du Code électoral

En 1999, le chef de l’État, Gnassingbé Eyadéma, annonce qu’il s’engage dans une voie démocratique. Il signe avec les partis d’opposition l’Accord-cadre de Lomé le 29 juillet 1999, qui prévoit un retour à la démocratie. Malgré ses engagements, le chef de l’État va remanier le Code électoral à plusieurs reprises dans un sens favorable au parti au pouvoir. Une première modification est effectuée par l’adoption de la loi N° 2000-007 du 5 avril 2000. D’autres suivront avec les lois du 12 mars 2002, du 7 février et du 20 octobre 2003.

La loi du 5 avril 2000 crée la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Elle est chargée « d’organiser et de superviser les consultations électorales et référendaires en liaison avec le ministre de l’Intérieur et tous les autres services de l’État ». La loi du 7 février 2003 vient modifier les attributions de cette autorité indépendante. Le nouveau texte prévoit que « la mise en oeuvre des consultations référendaires et électorales est assurée par le ministère de l’Intérieur et une Autorité administrative indépendante ».

Rappelons que la CENI est issue de l’Accord-cadre de Lomé. Sa création devait permettre de garantir la transparence des élections. Elle se retrouve alors réduite à la supervision de la transparence des scrutins. En effet, l’organisation matérielle du scrutin, l’établissement des listes électorales et la confection des bulletins de vote relèvent depuis de la prérogative du ministère de l’Intérieur. La loi modifie également la composition de cette autorité, dont le nombre est ramené de 10 à 9 membres. Les candidats ou leur parti ne peuvent plus être représentés dans les bureaux de vote.

Enfin, chaque bureau de vote est composé de quatre membres, tous nommés par le ministre de l’Intérieur…

C’est dans ce nouveau cadre électoral que les élections présidentielles d’avril 2005 se sont tenues. Togo : retour sur la crise togolaise, l’exigence de justice demeure

Chapitre II - Un cadre électoral

dénoncé par l’opposition

Au cours des négociations de l’Accord-cadre de Lomé pour un retour à la démocratie, le Président s’engage à ne plus se représenter à l’élection présidentielle et à ne pas modifier la Constitution adoptée par référendum en septembre 1992.

3. La mise à l’écart des candidats d’opposition

Les différentes manipulations du cadre électoral — Code électoral et Constitution — avalisées par l’Assemblée nationale, ont été perçues comme une véritable onde de choc au sein des principaux partis de l’opposition que sont l’UFC et le CAR.

Elles constituent des violations flagrantes des dispositions de l’Accord-cadre de Lomé de juillet 1999. Conséquence immédiate, l’obligation faite à tout candidat souhaitant se présenter à l’élection présidentielle de justifier de douze mois au moins de résidence au Togo a pour effet d’exclure Gilchrist Olympio, candidat sérieux à la succession d’Étienne Gnassingbé, qui vit en exil entre Paris et Accra. M Kofi Yamgnane, d’origine togolaise, ancien ministre français sous l’ère de François Mitterrand, se voit également exclu de la campagne. Ceci va conduire les principaux partis de l’opposition à se réunir en coalition.

Chapitre III - Des fraudes massives lors de l’élection présidentielle

Retour sur la mission d’observation électorale mandatée par la FIDH [Lomé, 23 avril - 1er mai 2005]

Constatations faites sur le processus électoral togolais par Brahima Koné, président de l’Association malienne des droits de l’Homme, organisation membre de la FIDH

1. Sur l’organisation des élections

Après le retrait forcé de Faure Gnassingbé de la Présidence par intérim le 25 février 2005, l’opposition a demandé une modification des dispositions du Code électoral afin de garantir aux élections un caractère pluraliste, transparent et équitable.

Mais le Rassemblement du peuple togolais (RPT) s’est arc-bouté sur sa décision et a exigé la tenue de l’élection dans le délai constitutionnel des 60 jours sans que le moindre aménagement ne soit apporté au Code ou à la Constitution. La CEDEAO a soutenu la position du RPT, tout en obtenant un certain nombre de compromis acceptés par le parti au pouvoir et l’opposition sur l’organisation des élections :

1. La représentation en tant que membres à part entière des partis politiques au sein des commissions et comités administratifs chargés des élections au plan local, avec les pouvoirs de signer les procès verbaux et le droit d’en recevoir copies ;

2. L’observation de l’élection présidentielle sur toute l’étendue du territoire national par des institutions internationales ;

3. La réduction du montant du cautionnement afin de pouvoir être candidat qui est passé de 20 à 10 millions de francs CFA ;

4. La nécessité de garantir la sécurité à tous les acteurs politiques, leur liberté de circulation sur l’ensemble du territoire national ;

5. La nécessité de garantir et de renforcer les libertés fondamentales

6. La nécessité pour tous les acteurs politiques et leurs sympathisants de s’abstenir de tout discours de haine, et d’éviter de commettre des violences ;

7. La nécessité pour l’administration, les forces de sécurité publique et toutes les institutions de la République d’être impartiales et d’observer une stricte neutralité ;

8. L’accès équitable à tous les partis politiques aux médias de service public ;

9. L’implication de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de l’Union africaine et d’autres partenaires pour accompagner le processus électoral.

L’intervention de la CEDEAO a permis également l’accélération du processus de mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) de treize (13) membres dont trois de l’opposition dite radicale (CAR, CDPA, UFC), et un représentant de la société civile (GF2D). Néanmoins, la présidente de la CENI, Madame Kissem Tchangaï-Walla, certes membre du Réseau des femmes, est ancienne ministre du gouvernement RPT et membre du Comité central du parti au pouvoir. En outre, la grande majorité des membres de la CENI étant aussi des membres du RPT, l’indépendance de cet organe n’était pas garantie.

Manifestement, malgré les engagements pris officiellement par le parti au pouvoir pour l’organisation d’élections libres et honnêtes, la date du 24 avril 2005 retenue pour l’élection présidentielle paraissait trop proche pour mettre en oeuvre en toute transparence toutes les opérations liées au scrutin, notamment la révision des listes électorales, la mise en place des commissions électorales locales, la distribution des cartes d’électeur, l’acheminement du matériel électoral, l’envoi en nombre suffisant d’observateurs internationaux, etc.

Confirmant cette opinion, dans la nuit du 22 avril 2005, le ministre de l’Intérieur et de la sécurité, M. François Akila Esso Boko, a convoqué une conférence de presse et a déclaré que la tenue du scrutin était « suicidaire ». À quelques heures du scrutin, une telle déclaration était un signal fort qui aurait dû conduire les autorités vers un report. La réponse du président par intérim,

M. Abbas Bonfoh, a été de relever immédiatement M. Boko de son poste, qui s’est réfugié à l’ambassade d’Allemagne.

2. Sur la journée électorale du 24 avril

En premier lieu, il est à noter une grande affluence des citoyens vers les bureaux de vote.

Toutefois, des imperfections, des irrégularités, des perturbations et des violences ont été observées en certains endroits au cours du vote.

Le Collectif des associations de la société civile et des organisations syndicales du Togo (CASCOST) a organisé une observation des élections sous la supervision de la Commission diocésaine Justice et Paix du Togo. Suivant les rapports de leurs observateurs, il a été constaté dans les différents centres de vote observés que des files d’attente étaient déjà en place bien avant l’ouverture des bureaux à 6h30. L’attente a été longue puisque près de la moitié des bureaux de vote ont ouvert avec retard. À l’inverse, certains bureaux de vote ont ouvert très tôt, avant l’heure convenue. Ainsi, les observateurs de la société civile rapportent qu’à Dapaong, dans les bureaux de vote Nos 2012 et 2013, les urnes étaient même à moitié remplies avant l’arrivée des délégués de l’opposition. L’absence de certains délégués à l’ouverture des bureaux de vote est une autre irrégularité observée au démarrage du scrutin.

Le matériel électoral était présent dans la plupart des bureaux de vote visités à Lomé par le chargé de mission de la FIDH. En revanche, dans d’autres parties du Togo, les observateurs de la société civile togolaise ont noté que le manque de matériel électoral à l’ouverture des bureaux de vote a engendré retards, insuffisances et déficiences.

D’autre part, certaines personnes munies de leur carte n’ont pas pu voter faute d’être inscrits sur les listes électorales. C’est pour les nouveaux inscrits que l’absence de listes complètes, les retards dans leur acheminement ou des erreurs dans celles-ci, ont été le plus préjudiciables.

3. Sur les opérations de dépouillement

Pour 2 774 bureaux de vote, soit un taux de dépouillement de plus de 52 %, les organisations de la société civile organisées en collectif afin d’observer le scrutin ont pu recueillir les fiches de résultats contresignées, conformément à l’article 122 du Code électoral, par les représentants des trois candidats restés en lice. La compilation de ces fiches démontre des résultats très différents de ceux publiés par la CENI : les taux de participation, de répartition des votes, et de bulletins nuls ou blancs communiqués par la CENI ne correspondent ni aux observations faites sur le terrain, ni aux procès-verbaux des bureaux de vote à la disposition des organisations de la société civile.

4. Sur les observations de la CEDEAO

En dépit des irrégularités flagrantes et substantielles qui ont émaillé cette élection, les observateurs organisés sous l’égide de la CEDEAO ont finalement estimé que le scrutin était « globalement acceptable ».

Il est difficile d’accorder le moindre crédit à la conclusion tirée par les observateurs de la CEDEAO dont plus de la moitié n’ont pas assisté à l’ouverture des bureaux de vote. Plus grave, ils n’ont même pas assisté au dépouillement. En effet, les consignes de sécurité données aux observateurs de la CEDEAO ont fait en sorte qu’en dehors de Lomé, la plupart d’entre eux ont quitté les bureaux de vote entre 16 et 17 heures. À Lomé les observateurs de la CEDEAO ont pu rester plus longtemps, mais sans pour autant assister au dépouillement final.

Conclusions

Les observations faites par le chargé de mission de la FIDH ajoutées à celles d’autres observateurs indépendants de la société civile togolaise ou internationale, concluent à ce que la nature et l’ampleur des irrégularités constatées lors du processus électoral remettent en cause la validité du scrutin.

1. Irrégularités le jour du scrutin : les réfugiés racontent

Plusieurs réfugiés rencontrés au Bénin par les chargés de mission de la FIDH entre le 17 et le 24 juin 2005 ont rendu compte des irrégularités survenues le jour du vote présidentiel.

Monsieur L. B., du quartier d’Abobokome de Lomé, était présent dans un bureau de vote de Lomé. Il a été témoin des faits suivants : « Le 24 avril 2005, vers 14 heures, je me trouvais avec des amis dans la cour de l’école primaire EPP de Boubacar, qui était un centre de vote. Les militaires sont alors venus et sont entrés dans le bureau de vote pour en ressortir quelques minutes plus tard. Trente minutes après, les bérets rouges sont arrivés et ont tout de suite commencé à tirer. Ils sont repartis avec les urnes ».

Le jeune C., âgé de 17 ans, témoigne de l’intervention systématique des forces de sécurité lors du dépouillement du scrutin présidentiel : « Le 24 avril 2005, vers 17 heures, à la clôture des opérations de vote et de dépouillement, de graves incidents se sont produits suite au refus du représentant du RPT de signer le procès-verbal de la fiche de dépouillement. Les gendarmes sont intervenus et la tension montait. Le chef de brigade de la gendarmerie de Aného est alors arrivé avec le véhicule du préfet des Lacs et a pris une urne avec lui. La population s’y est opposée et lui a repris l’urne. »

Un autre réfugié, Monsieur S. B., qui habitait le quartier de Hedjanawé à Lomé, déclare quant à lui : « Au moment du dépouillement, le 24 avril 2005, deux voitures type 4x4 sont venus s’immobiliser au niveau du bureau de vote et des militaires armés d’armes à feu, de gaz lacrymogène et de gourdins sont sortis de ces voitures. Les militaires ont voulu prendre des urnes et la population s’y est opposée. Ils ont commencé à lancer des gaz et à frapper à coups de gourdins et de bâtons la population. Les militaires nous avaient encerclés et nous avons escaladé les murs de l’établissement servant de bureau de vote pour partir. »

Un fonctionnaire des douanes, habitant du quartier Adakpamé, témoigne des faits qui se sont déroulés au bureau de vote N° 182/3095 à Lomé : « En qualité de représentant de la coalition, j’étais investi d’un mandat afin d’être présent au sein de la commission administrative  de la commune de Lomé. Lors du dépouillement, le 24 avril vers 22 heures, des militaires portant des bérets vert et noir sont entrés dans le bureau de vote. Tirant de façon aveugle sur la foule, ils se sont emparés de l’urne. Je précise que sept personnes ont été touchées par balle et se sont écroulées. D’autres personnes présentes ont été passées à tabac. Nous avons pu compter deux décès. »

Monsieur G. K., rencontré au camp de Agamé, était présent à l’école primaire publique de Hidjranawé à Sagboville. Il raconte : « Le 24 avril 2005, j’étais au bureau de vote de Hidjranawé. Il manquait les bulletins de vote et les urnes. Monsieur Ouyô avait plus de cinquante bulletins en main qu’il distribuait aux gens pour voter. J’ai attiré l’attention des gens sur ce point en leur demandant d’être vigilants pour compter les fraudes. Comme le manque de matériel et cette irrégularité avaient suscité la protestation des populations sur le lieu du vote, des militaires sont arrivés avec une voiture, ont tapé les protestataires et j’ai reçu des coups à la tête qui ont fait des blessures. Vers 14 heures, les militaires étaient revenus et voulaient emporter les urnes. Nous protestions. Un élève passait à vélo. Les militaires ont fait sortir leurs armes. Nous avons fui, ils ont tiré sur nous mais c’est l’élève qui a reçu la balle perdue et il en est mort. Les militaires ont emporté l’urne. »

Monsieur L. B., du quartier d’Abobokome de Lomé, a été témoin d’un vol d’urnes par les bérets rouges : « Le 24 avril 2005, vers 14 heures, je me trouvais dans la cour de l’école primaire EPP de Boubacar, qui était un centre de vote, avec des amis. Les militaires sont venus et sont entrés dans le bureau de vote. Ils sont ressortis quelques minutes après pour partir. Trente minutes après, les bérets rouges sont venus et ont tout de suite commencé à tirer pour prendre les urnes. »

Madame A. A., mère de famille, raconte aux chargés de mission de la FIDH comment le 24 avril 2005, vers 16h30, le dénommé Sodoga Kossi est intervenu dans un bureau de vote situé à Lomé afin de s’emparer des urnes. Ce témoignage a été relayé par la chaîne franco-allemande ARTE dans un reportage filmé le jour même dans un quartier de Lomé. On y aperçoit des militaires qui s’enfuient avec les urnes et passent à tabac tous ceux qui tentent de se mettre sur le chemin. Cette cassette est disponible au siège de la FIDH.

2. Les observateurs dénoncent les fraudes électorales

À l’exception de la CEDEAO, l’ensemble des observateurs internationaux présents durant l’élection présidentielle ont constaté de nombreuses irrégularités électorales. Une note confidentielle rédigée par la délégation de la Commission européenne confirme les manipulations électorales10. Les experts font part de « problèmes lors des inscriptions sur les listes électorales et lors de la distribution de cartes ». Ils relèvent des « irrégularités et la violence le jour du scrutin ».

L’observateur américain note quant à lui des « votes d’enfants de moins de 18 ans ; des bulletins de vote pré-votés, des enlèvements d’urnes par des militaires avant le dépouillement ; des délégués des candidats RPT actifs dans les bureaux de vote ». Il relate que des partisans de l’opposition ont apporté 15 urnes à l’ambassade des États-Unis pour les soustraire à l’armée qui auraient tenté de les enlever (il s’agissait du centre de vote dans la préfecture de Tandjouare où 87 urnes ont été saisies par les militaires. D’autres commentaires font état qu’  « à l’est de Tsévié, dans les villages, l’ensemble de la population (partisans RPT et opposition confondus) s’est regroupée devant les bureaux de vote au moment du dépouillement pour éviter que les urnes ne soient enlevés par les militaires ; à Dapaong, les urnes auraient été bourrées dès le matin mais l’information s’est avérée difficile à vérifier » ; l’observateur ajoute que dans tous les bureaux de vote où il a pu voir le dépouillement, le candidat Akitani sortait victorieux. Les observations du Programme des Nations unies pour le développement font état d’irrégularités dans les 11 bureaux de vote visités : « Manque d’encre indélébile ; à Akodesewa, dans le bureau 20/48, le préfet a été vu en train de distribuer de faux bulletins de vote ; à Tokoin, des nigériens ont été surpris en train d’essayer de voter (même constatation par les États-Unis à Tsévié avec des Nigérians) ; à CEG Plage Kamalodgo, des bérets rouges, vêtus en tenues de gendarmes, sont venus prendre des urnes vers 17h30 ; à Adjalé, Bureau 428, Akitani était donné victorieux avec 216 voix contre 48 à Faure... »

Les délégués allemands qui ont observé les zones de Lomé et Baguida ont remarqué que le « matériel est arrivé en retard dans de nombreux bureaux de vote ». Dans plusieurs bureaux de vote, des militaires ont demandé à copier les notes des observateurs. Enfin, au Camp RIT, l’observateur a été chassé du bureau de vote, pour n’y revenir que quelque temps plus tard, sur son insistance...

Du fait des fraudes électorales massives, le Parlement européen a décidé de ne pas reconnaître l’élection de Faure Gnassingbé. Dès le 12 mai 2005, les eurodéputés adoptent la résolution B6-0282/2005 qui constate que « selon les organisations nationales et internationales indépendantes de défense des droits de l’Homme, le déroulement du scrutin a été entaché par des fraudes massives en violation du droit à des élections libres et pluralistes consacré par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, de nature à remettre en cause la validité du processus électoral ».

Parailleurs, la résolution stigmatise dans les détails « la répression violente [exercée] par les forces de l’ordre contre les personnes contestant la régularité du scrutin ». La résolution du Parlement européen considère alors que « les conditions dans lesquelles s’est déroulée l’élection du 24 avril ne respectent pas les principes de transparence, de pluralisme et de libre détermination du peuple garantis par les instruments régionaux et internationaux en la matière, et ne permet pas de reconnaître la légitimité des autorités issues de ce scrutin »  (...)

1.1. Les cas d’exécutions sommaires

a. Une répression ciblée : des personnes « doigtées »

Madame A. C., du quartier For ever à Lomé, est mère d’un jeune enfant d’un an et demi. Elle indique à la mission que : « Mon mari était un des responsables de la sécurité du parti de l’UFC. En 2000, mon mari assurait la sécurité de Gilchrist. Pendant ses déplacements, je me trouvais à mon domicile avec mon enfant d’un an et demi. À plusieurs reprises, j’ai eu la visite des forces de l’ordre. J’ai donc fui ma maison pour aller chez ma mère à Kodjoviakopé. Nous avons été doigtés par un membre du RPT. [...] Le 21 avril 2005, je me trouvais à mon domicile. Entendant un bruit de voiture, je me suis cachée dans les toilettes. Je précise qu’il était 21h30 et que mon enfant, ainsi qu’une femme enceinte de 5 mois, se trouvaient à mon domicile. Des personnes se sont introduites dans la pièce où couchait mon enfant et l’ont battu à mort. La femme enceinte est également décédée de ses blessures. Après l’enterrement de mon enfant le 22 avril, j’ai quitté le Togo pour me rendre au Bénin ».

Monsieur S. L., commerçant, était membre de la garde de sécurité de Bob Akitani, candidat officiel de l’opposition. Il habitait dans le quartier de Tokoin Hôpital à Lomé. Il témoigne de l’assassinat de son père : « Le samedi 23, nous sommes restés à la maison et le

dimanche, jour du vote, nous avons voté normalement avec Bob (Akitani) et nous étions rentrés sans problème. Le mardi 26 avril 2005, après les résultats, les militaires s’étaient mis à tirer et nous avons été pour cacher Bob. Ensuite je revenais à la maison quand ma mère m’a dit que les militaires étaient venus me chercher avec ma photo. Je ne pouvais plus continuer ma route et j’ai dû escalader un mur pour parvenir dans une maison. Les militaires tiraient, ils sont entrés dans ma maison à ma recherche. Mon père est sorti pour leur dire que je n’étais pas à la maison et ils l’ont fusillé. J’étais dans une maison voisine de la nôtre. Les militaires ont brûlé notre maison, tué mon père. Ma femme et mes enfants, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus ».

Monsieur L. T., 48 ans et originaire de Lomé, témoigne : « Le jour de la proclamation des résultats, j’étais avec Jean-Pierre Fabre, le secrétaire général de l’UFC. Craignant pour notre sécurité, nous nous sommes réfugiés à l’ambassade d’Allemagne pendant trois jours. Le troisième jour, Jean-Pierre Fabre est parti à Accra (au Ghana) et moi je suis rentré à la maison. Ma femme m’a confirmé que les militaires sont venus me chercher. Le lendemain dans la nuit, j’ai vu des militaires encercler ma maison et d’autres sur le mur. Je me suis caché dans les fleurs. Ils sont entrés dans la maison pour me chercher. Ne m’ayant pas trouvé, ils ont saccagé mon laboratoire de photos et balancé plusieurs grenades lacrymogènes dans la maison »

b. Une répression aveugle : des personnes tuées lors des tirs dans la foule, contre les fuyards, dans les maisons

Madame A. A., âgée de 30 ans, vivait dans le quartier de Forever à Lomé. Elle a été le témoin direct du décès de sa mère : « Le 27 février 2005, après la manifestation, je revenais à mon domicile dans le quartier de Forever. Les Bérets rouges sont arrivés à plusieurs, certains portaient même des casques anti-émeute et se sont dirigés vers mon domicile en tirant des gaz lacrymogènes. Ma mère a absorbé ces gaz et a perdu connaissance. Je précise que ma mère s’appelait Azianba Kpodjina et est décédée à l’hôpital du CHU de Tokoin. Elle était âgée de 55-56 ans. Nous avons procédé à ses obsèques le 5 avril 2005. »

Monsieur P. J., du quartier d’Adoboukome à Lomé, témoigne de la violence des forces de l’ordre : « Nous avons organisé une marche avant les élections pour réclamer nos cartes d’électeur. Nous allions vers la mairie avec tous les membres de la coalition de l’opposition. Les militaires ont bloqué la route pour mettre fin à notre marche. Ils nous ont alors dispersés avec les grenades lacrymogènes.

Nous avons résisté et ils ont arrêté quelques-uns dont moi-même. Ils nous ont alors sauvagement torturés. [...] Le jour des élections, le 24 avril, j’étais vigile dans le bureau de vote 1018 EPC de St Augustin d’Amoutive. Au moment du dépouillement, les prêtres sont venus nous informer qu’il y avait des coups de fusil et des morts à Baguida. Les prêtres ont eu peur et ont fermé les portails de l’église catholique St-Augustin. Tout de suite après nous avons vu des militaires armés sur deux jeeps de l’armée forcer le portail. D’autres militaires les ont rejoints dans la cour et ils ont commencé à frapper tous ceux qui étaient dans le bureau de dépouillement. Ils ont tué plusieurs personnes ce jour-là. J’ai même perdu un neveu de trois ans ce jour-là qui a été tué par une grenade lacrymogène et par fusil. Monsieur B. B., 33 ans, était journaliste dans une radio privée togolaise. Il a souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. Ayant échappé à un attentat, il craint toujours pour sa sécurité. Son témoignage effectué à l’hôpital de Comé est accablant : « Le 24 avril 2005, suite à l’annonce des résultats, il nous était interdit formellement par la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) de passer les radios étrangères (RFI, BBC). Par devoir d’information, nous décidons de capter les radios étrangères. Nous décidons d’organiser un débat avec des collègues journalistes sur la sécurité des citoyens. Le directeur de la HAAC, M. Georges Combévi Agbodjan, nous ordonne d’interrompre toutes les émissions. Nous nous exécutons et interrompons tout débat. Par peur, nous quittons provisoirement le Togo pour mettre à l’abri nos familles. De retour à Aneho, nous constatons la marche d’une manifestation. Les émeutiers s’en prennent aux lieux publics et administratifs. Je constate 11 morts dont MM. Akoli, Eto, Lawson et Azouma. C’est le lieutenant Casimir qui avait donné l’ordre de tirer. Les forces de l’ordre n’ont pas hésité à tirer sur la foule de façon aveugle sur ordre du ministre de la Défense, M. Assani Tidjani. Ce dernier avait d’ailleurs indiqué sur Radio Lumière qu’en cas de non-vote pour le RPT, les gens compteront les morts. Nous, journalistes, nous étions la voix des sans-voix. Le 25 avril, je constate le quadrillage des quartiers. Les Bérets rouges criaient : ‘Où sont-ils ?’ et tiraient dans toutes les directions. Tout le monde était pris de peur et se cachait. »

Le 24 avril 2005, monsieur V. K., habitant du quartier de Bè, témoigne de la violence des répressions des forces armées : « Quand j’ai été informé des faits [le viol de sa petite soeur], j’ai organisé, avec un groupe de 32 personnes, des barricades pour empêcher les militaires d’accéder dans notre quartier. La foule est donc venue s’ajouter au groupe des 32. Après, les militaires sont venus et rentraient dans chaque maison. Tout le monde était sorti dans la rue. C’est ainsi que les militaires sont venus nous rejoindre dans la rue et ont commencé à tirer des balles réelles sur nous. Le premier groupe qui était devant a été complètement décapité. Il y a eu 42 morts ce jour-là. Ils ont emporté par la suite les cadavres dans leurs camions. »

Monsieur L. P. était chef opérateur de son état dans une radio privée. Il raconte que : « Après la proclamation des résultats, la population a placé des barricades pour manifester son mécontentement. Malheureusement, les barricades ont été placées devant notre maison ce qui a fait que les militaires, dans la répression, sont entrés directement chez nous. Ils ont tout de suite commencé à tirer des coups de feu partout dans la maison [...]. Pendant ce temps, un hélicoptère dans lequel se trouvaient des militaires commandés par le Général Tidjani Assani nous a aperçus et a commencé à tirer sur nous. Il y a eu beaucoup de morts et Dieu seul sait combien de personnes sont mortes. »

Madame A. D., du quartier Bè à Lomé, avait la garde d’un nouveau-né de 22 jours. Elle précise que :

« Après la proclamation des résultats et les incidents qui s’en sont suivis, les militaires en béret rouge sont entrés dans notre maison pour la répression. Ils m’ont demandé après mon cousin K. C. Ils sont entrés dans toutes les pièces de la maison pour le rechercher. Pendant ce temps, j’avais entre les mains un bébé de 22 jours d’une voisine locataire qui était dans les toilettes. Ils m’ont demandé à plusieurs reprises où était K. C., mais je leur ai répondu qu’il était absent. Ils m’ont alors pris l’enfant d’entre mes mains. Les militaires l’ont pris par les pieds et ont tapé sa tête contre le mur jusqu’à ce qu’il meure. Il n’avait que 22 jours. Ils croyaient que c’était mon enfant. »

Monsieur A. B., habitant du quartier Jéricho à Aného, est témoin de l’assassinat d’un enfant de 16 ans. Il déclare : « [...] Le jour de la proclamation des résultats, vers 14 heures, j’étais dans la rue avec d’autres personnes, et nous avons érigé des barricades en guise de protestation contre le faux résultat des élections proclamé par le pouvoir. À notre grande surprise, les gendarmes de la compagnie ne nous lançaient plus des gaz lacrymogènes comme auparavant, mais nous pourchassaient et tiraient des balles réelles. Un enfant de 16 ans a été abattu à côté de ma porte. »

Monsieur M. K., infirmier, a été témoin de l’assassinat de son épouse. Les chargés de mission ont pu obtenir une copie de l’acte de décès établissant la mort par arme à feu : « Ce jour-là, je suis parti au service à 7 heures du matin. Vers 10 heures, on a proclamé les résultats. Après, on a entendu dire au niveau de la préfecture ‘Prenez vos armes’. C’étaient les militaires entre eux. Dix minutes après le chef de brigade de la gendarmerie d’Aneho nous a appelé pour venir prendre des blessés et des cadavres. Nous avons ramassé 28 cadavres dont plusieurs étudiants. [...] À peine cinq minutes après, j’ai vu les militaires arriver dans la voiture de l’inspecteur du 2e degré, Monsieur Dossavi. Lorsque j’ai aperçu les militaires qui étaient dans le véhicule et avec ce

qui s’était passé dans la journée, j’ai dit à ma famille de rentrer. Les militaires sont alors descendus du véhicule et ont commencé à tirer sur la foule. J’ai fermé le portail et le salon.

Les militaires sont entrés dans la maison après avoir défoncé toutes les portes. Ils criaient qu’ils allaient tuer tout le monde. Je suis sorti pour les supplier d’arrêter. Ils ont commencé à me torturer et lorsque mes enfants sont sortis, ils les ont maltraités. Les militaires étaient plus de treize. Finalement, les militaires sont sortis et lorsque je suis rentré dans la deuxième chambre, j’ai vu que mon épouse avait été tuée d’une balle au niveau de la poitrine. La balle a traversé sa

poitrine pour sortir par derrière et se loger au mur. Elle est morte sur-le-champ et n’a pas pu dire mot. Je suis resté à côté d’elle à l’appeler jusqu’au lendemain »

Monsieur N. D. habitait le quartier d’Amadoté à Aneho. Il déclare les faits suivants : « Le 26 avril 2005, nous étions allés voir le Préfet de Zebé pour lui dire : comment a-t-on fait pour truquer les élections et déclarer Faure Gnassingbé vainqueur alors que les élections se sont déroulées dans la plus grande transparence et que c’est l’opposition qui est déclarée majoritaire ? Nous avons rencontré le secrétaire général de la préfecture et lorsque nous lui avons fait part de l’objet de notre visite, il a fait signe aux militaires qui ont commencé à tirer des balles réelles sur nous. Beaucoup de personnes ont été tuées sur le coup. Dans la confusion je ne pouvais pas connaître le nombre exact. Quant à moi, j’ai reçu deux balles de fusil au niveau du mollet. Jusqu’à ce jour, la balle n’a pas été extraite.  Après avoir reçu la balle, je suis tombé à terre et c’est la Croix- Rouge togolaise qui m’a pris pour m’amener à l’hôpital. À l’hôpital, les militaires sont encore venus tirer sur les malades et il y a eu encore plusieurs morts. »

Monsieur I. K., du quartier de Lom Nava à Atakpamé, confirme que des groupes armés du RPT soutenaient la répression des forces armées : « Le 26 avril 2005, vers 15 heures, les miliciens du RPT ont quitté leur siège de Agbonou pour venir s’opposer aux jeunes qui contestaient les résultats. Il y a eu des tirs de fusils, des coups de machettes de la part de la milice du RPT de la ville. Il y a eu des morts et des blessés sur la colline de Atchrémikomé. Plus tard, des militaires sont venus du camp de Témédja avec des chars et des voitures mitrailleuses. Ils tiraient et abattaient les gens, ce qui a créé la panique au niveau de la population, qui fuyait vers les églises et la gendarmerie. »

Monsieur D. A., photographe-reporter, a pu filmer plusieurs événements étayant les témoignages d’exécutions arbitraires. Une cassette vidéo a été remise aux chargés de mission. Il témoigne : « Chaque semaine, il y avait des marches de l’opposition que je filmais avec ma caméra. Pendant une marche des femmes, un dimanche, les militaires ont tué des personnes qu’ils jetaient dans la lagune [ce témoignage est corroboré par la bande vidéo remise aux chargés de mission de la FIDH]. J’ai pris toutes ces images. Quand ils ont appris que j’étais le seul à avoir ces images, ils m’ont poursuivi et ils m’ont frappé et ont pris ma caméra. [...] Pendant ces manifestations, la répression des forces de l’ordre était féroce et aveugle. Il y a eu beaucoup de morts et de blessés. Personne n’était épargné, ils frappaient et tiraient sur les enfants, les femmes et les vieux sans distinction. »

1.2. Les cas de blessés par balles

Monsieur L. B., du quartier d’Abobokomé de Lomé et témoin d’un vol d’urnes par les Bérets rouges, a été victime des faits suivants : « Le 24 avril 2005, vers 14 heures, je me trouvais dans la cour de l’école primaire EPP de Boubacar, qui était un centre de vote, avec des amis. Les militaires sont venus et sont entrés dans le bureau de vote. Ils sont ressortis quelques minutes après pour partir. Trente minutes après, les Bérets rouges sont venus et ont tout de suite commencé à tirer pour prendre les urnes. J’ai voulu prendre la fuite et un militaire m’a tiré cinq balles sur le corps, une au niveau de l’avant-bras gauche, deux dans la jambe droite et deux dans la jambe gauche. »

Un réfugié, M. A. A., habitant du quartier de Bè, se souvient des événements qui se sont déroulés le 26 avril 2005 à Lomé : « Ce jour-là, vers 14 heures, j’étais dans ma maison et un groupe de militaires a commencé à entrer dans chaque maison dans notre quartier. Dès qu’ils sont entrés dans notre maison, ils ont commencé à nous frapper avec des bâtons et des crosses de fusil. Quand j’ai voulu fuir, un militaire a tiré au fusil sur moi à bout portant. J’ai reçu la balle au   coeur mais heureusement pour moi que la balle est restée au niveau du thorax. Le militaire cherchait visiblement à me tuer. [...] Me croyant mort, les militaires sont partis et mes parents m’ont pris pour m’emmener dans une clinique proche de notre maison pour les premiers soins. La balle n’a pas été extraite et jusqu’à présent elle est restée au niveau du thorax. »

M. B. E., âgé de 35 ans, raconte : « C’était le 26 avril 2005, lors de la proclamation des résultats. J’étais dans la maison familiale à Lomé et j’ai vu deux gendarmes regarder la cour à partir de l’extérieur. Il y avait ce jour-là plusieurs manifestations de la population qui avait érigé des barricades. Lorsque les gendarmes m’ont vu dans la cour, ils ont escaladé le mur de la maison. J’étais en train de lire et ils m’ont demandé ce que je faisais. Je leur ai répondu que j’étais bien chez moi. Ils m’ont demandé de les suivre et j’ai dit non car je n’avais rien fait. Ils m’ont fouillé et pris mon argent (3 700 F CFA) et mon portable qu’ils ont jeté dans l’eau. C’est à ce moment qu’un troisième a forcé la porte et sans rien dire m’a tiré deux balles de fusil au niveau du ventre et de l’avant-bras. [...] »

Le récit d’une autre réfugiée, madame A. A., aide-soignante et originaire du quartier Yessuvito à Aného, témoigne à son tour : « Le 26 avril 2005, j’étais dans mon service à l’hôpital d’Aneho lorsque les résultats ont été publiés. Les jeunes sont alors sortis pour brûler des pneus. Tout de suite les militaires ont commencé à tirer sur les foules. J’étais toujours au service et on a commencé à nous amener les blessés par balles et les cadavres. [...] Arrivée au niveau de la pharmacie d’État TOGO PHARMA, j’ai rencontré mon cousin avec qui je discutais. Tout de suite après, j’ai vu des militaires devant nous à quelques mètres. Avant même de réaliser de quoi il s’agissait, ils ont commencé à tirer sur nous. J’ai reçu des balles au niveau des deux mollets. J’ai d’ailleurs toujours la balle au niveau du mollet droit. »

La jeune réfugiée D. L., âgée de 19 ans, raconte comment elle a été blessée, le 26 avril 2005, par une balle perdue alors qu’elle se rendait à son domicile de Lomé. Elle rentrait du marché sur une moto-taxi lorsqu’à son arrivée, à hauteur de la brasserie « Meet me there », elle a reçu une balle qui s’est logée dans son abdomen. Gravement blessée, elle a pu être opérée à l’hôpital d’Aného. L. J., père de cinq enfants, résidait dans le quartier d’Adakpamé à Lomé. Il explique à la FIDH comment il a été blessé par les forces armées togolaises : « Le 26 avril 2005, vers 11 heures, les militaires ont ouvert le portail de ma maison. En les voyant, j’ai fermé la porte du salon. Du salon, je suis rentré dans la chambre à coucher et j’ai fermé la porte. Les enfants étaient dans la cour. Mais ils ont eux aussi détalé. De la chambre, j’ai défoncé la fenêtre avec un marteau et suis sorti. Les militaires m’attendaient déjà et m’ont accueilli par un coup de feu qui m’a atteint au poignet droit. »

Une autre femme, madame A. A., d’Aneho, déclare quant à elle que : « Le 27 avril 2005, vers 10 heures lorsque nous avons constaté que les forces de l’ordre ont commencé à tirer, les populations de notre quartier ont commencé à fuir. J’ai fui aussi. Nous avons embarqué dans des barques, environ 50 personnes dans plusieurs barques. Pendant que nous fuyons, nous avons vu venir les forces de l’ordre. Elles ont tiré sur nos barques. Nous avons été deux à recevoir les balles. Une balle est rentrée dans mon dos et est sortie par l’aisselle. »

Madame S. A., mère de six enfants, a été atteinte d’une balle dans le dos alors qu’elle tentait de fuir la manifestation. Elle témoigne : « Après des coups de feu tirés par des militaires dans notre localité (Aneho), nous avons tous pris la fuite. Nous sommes rentrés dans l’eau, 50 personnes à peu près. Nous avons pensé qu’une fois dans ce lac de Glidji à Aneho nous étions à l’abri. Au contraire, des militaires ont ouvert le feu sur nous. Nous étions deux à être atteints. J’ai reçu le coup au dos qui a traversé jusqu’à l’aisselle droite. La seconde personne qui a reçu le coup est actuellement à l’hôpital de zone de Comé. »

Les jeunes E. Y. et A. K. de Lomé témoignent : « Le 27 avril, vers midi, j’ai entendu des coups de feu. J’ai vu des soldats armés qui se dirigeaient vers nous. Ils ont tiré sans sommation dans la foule qui s’apprêtait à traverser la lagune. J’ai été touché à la main gauche. »

 Le jeune A. K. précise également : « j’étais parmi les manifestants qui avaient érigé des barricades au niveau de la lagune de Bé. Les militaires, Bérets rouges, étaient nombreux à venir sur les lieux. Ils tiraient sur les manifestants. Un jeune innocent de 30 ans environ qui ne s’était pas mêlé aux manifestants est décédé. » 

1.3. Les cas de viols

À l’occasion de la répression des manifestations, certains éléments des Bérets rouges, de l’unité des forces spéciales togolaises, ainsi que des forces de l’ordre (police et gendarmerie nationales), dispersés en petits groupes, ont commis des viols dans plusieurs quartiers de Lomé et d’Aného. La méthode utilisée par les criminels est souvent identique : effraction du domicile privé, exécutions sommaires et viols collectifs. Le HCR présent sur les deux camps de réfugiés a pu confirmer que des cas de viols avaient bien eu lieu. Des victimes ont été présentées aux chargés de mission qui ont pu recueillir leurs témoignages. Un membre de la Croix-Rouge béninoise a indiqué aux chargés de mission que compte tenu de l’ancienneté du viol, il était difficile de procéder à des examens approfondis en vue d’établir des certificats médicaux. Trois exemples accablants

Témoignage de Madame A. C., âgée de 23 ans, recueilli par les chargés de mission le 24 juin 2005 au camp de réfugiés d’Agamé (province de Lokossa). Ces faits se sont déroulés dans le quartier de Mesenh Condji à Aneho : « Le 28 avril 2005, vers 14 heures, alors que je me trouvais à mon domicile, [...] des militaires, en tenue de couleur verte, sont entrés chez moi. Je me trouvais sous la douche. Un d’entre eux est arrivé vers moi. Il m’a battu avec un gourdin au visage. Je me suis alors écroulée. J’ai été violée par le premier puis les deux autres sont arrivés à leur tour. Je précise qu’il y avait deux Bérets verts et un Béret rouge portant deux insignes en forme de V. Ma grand-mère m’a alors transportée dans ma chambre. Je précise que je saignais abondamment. À 18 heures, j’ai été transportée à l’hôpital à Aneho. Arrivée à l’hôpital, je n’ai reçu aucun soin approprié. »

Madame K. B. est âgée de 26 ans. Ces faits se sont déroulés le 27 avril 2005 vers 20 heures à Lomé dans le quartier de Tokoin Soted : « Ce jour-là, les tirs avaient débuté dès 15 heures. Vers 20 h, on frappe à ma porte. Mon mari, E. E., âgé de 29 ans, et ma fille, âgée de 6 ans, étaient présents. Les militaires, en tenue de civils, défoncent ma porte. Ils commencent par saccager la maison et nous menacent de tirer si nous ne sortons pas. Nous nous trouvions tous dans notre chambre à coucher, allongés à même le sol. Les cinq militaires se jettent sur moi. Mon mari tente de s’interposer mais il est abattu sur-lechamp. Deux m’agrippent les pieds, deux autres les bras et le cinquième me viole. Ma jeune fille criait : ‘Maman ! Maman !’ Avant de partir, nos deux téléphones portables sont saisis. »

Monsieur V. K., témoin direct du viol de sa jeune soeur âgée de 15 ans. Il habitait le quartier de Bé à Lomé : « Le 24 avril 2005, après la proclamation des résultats, les militaires sont venus chez moi pour réclamer les procès verbaux des bureaux de vote dont j’étais le coordinateur. Par chance, j’étais pas présent sur les lieux. Ils ont trouvé sur place ma petite soeur qui s’appelle Victoire et est âgée de 15 ans. Après m’avoir demandé, elle a été violée par trois militaires. Son vagin a été complètement déchiré et elle perdait beaucoup de sang. »  

1.4. Les cas de tortures, de traitements dégradants ou inhumains

Monsieur G. F., 46 ans et père de deux enfants, raconte : « C’était le 26 avril 2005, les résultats étaient donnés. Les enfants criaient. J’étais en ville. Une dame m’avait informé que les résultats étaient donnés et Faure était proclamé vainqueur. J’ai protesté. Je courais pour me rendre chez moi. Une fois rentré, j’ai demandé aux miens de fermer le portail car j’ai commencé à entendre des coups de fusil. Les balles tombaient dans la chambre. Ma mère a commencé à crier. Nous avons décidé de sortir et de fuir. Nous avons vu des personnes en tenue civile mais armées qui nous ont demandé de retourner à la maison. Ce que nous avons fait. C’est alors qu’ils ont forcé la porte, sont rentrées, m’ont pris par le col, m’ont fait conduire dehors. L’arme était braquée sur moi. Ils ont commencé par nous frapper à coups de machette et de gourdin. J’ai reçu des coups à la main, au bras, sur le corps, sur la tête. J’ai pu me relever et j’ai couru. Ils m’ont rattrapé et m’ont terrassé. Quand j’étais par terre, ils ont pris le couteau pour me faire des entailles sur le dos. Ils se sont dit : ‘il est mort’ et ils sont partis. Ils sont ensuite allés chez mon voisin, M. D. O., et ils l’ont tué. »

Le récit d’un autre réfugié qui résidait dans le quartier de Habitat à Aneho témoigne à son tour : « Le 26 avril 2005, à 11 heures du matin, les résultats ont été proclamés et on nous a dit que c’est Faure Gnassingbé qui a gagné les élections. Les résultats ont été truqués au niveau de notre bureau de vote. Nous avons alors à notre tour proclamé notre victoire. Les gendarmes sont venus nous trouver dans le quartier pour nous frapper et ont commencé à casser et brûler toutes les maisons. Ils tiraient aussi des balles réelles sur la population. »

Suite du témoignage de M. B. E., âgé de 35 ans, qui raconte : « Le 28, les gendarmes sont revenus dans le quartier où j’étais chez ma nièce et entraient dans chaque maison pour torturer les populations afin de les amener à dégager les barricades dans les rues. »

Parfois, les actes de torture prennent la forme d’un refus systématique des agents hospitaliers de soigner les blessés amenés à la hâte dans les centres de soins publics ou privés. Ces refus doivent être qualifiés d’actes de torture, conformément aux dispositions de l’article premier de la Convention internationale contre la torture.  Suite du témoignage de Monsieur L. B., victime d’une tentative d’assassinat : « J’ai escaladé le mur pour aller me faire soigner à l’hôpital CHU de Tokoin. Ils n’ont pas voulu me soigner car ils refusaient systématiquement de donner des soins aux militants de l’opposition ou aux blessés des manifestations quelle que soit la gravité de la blessure. [...] Le soir, les militaires sont venus me chercher chez moi pour m’arrêter mais heureusement, j’avais dormi chez des amis. Ne m’ayant pas trouvé, ils ont frappé mon grand frère jusqu’à lui casser complètement la jambe. Le soir, j’ai vu une personne de race blanche et dont j’ignore la nationalité qui a été sauvagement battu pour avoir voulu filmer les événements. »

Le 28 avril 2005, M. K. O. se trouve dans le quartier de l’Ocam à Lomé. Il est alors témoin de l’acharnement des Bérets rouges sur la population civile. Il raconte : « Le président de la HAAC, M. Agbodjan Combévi, habite dans mon quartier à l’Ocam. Ce président a ‘doigté’ des jeunes de l’opposition qui manifestaient. Les militaires, dont certains Bérets rouges, ont alors investi les maisons des jeunes. La répression était violente et aveugle. Certains membres des familles étaient battus violemment. Le lendemain, le jeune G. O. se trouvait à moto près de la résidence du président de la HAAC. À ce moment-là, des militaires se jettent sur lui et le tabassent à l’aide de gourdins cloutés. Les coups sont violents. Le chauffeur du taxi-moto est également battu. Les deux victimes sont abandonnées dans une mare de sang. J’ai pu leur porter secours et les amener à l’hôpital de Bé. Là, les agents hospitaliers ont refusé leur admission. »

Monsieur K. K., du quartier de Gnikonakpoe, témoigne de l’acharnement des Bérets rouges sur la population civile : « Les militaires étaient venus mais à cause des tranchées ils n’ont pas pu pénétrer. Soudain, les Bérets rouges sont arrivés et tous se sont mis à tirer. Les militaires escaladaient les murs, entraient dans les maisons, frappaient les gens avec des cordelettes, des bâtons, des rangers, ils sortaient les gens des maisons pour venir remblayer les tranchées et enlever les barricades. [...] Je me suis caché dans une maison chez un vieux. Deux garçons m’ont rejoint et nous avons fermé les portes. Les soldats sont rentrés dans la maison, frappaient les gens et défonçaient les portes. J’entendais les cris et les pleurs dehors. Les soldats ont menacé de tirer si on ne sortait pas. Le vieux était venu ouvrir la porte. Les soldats ont récupéré les deux garçons et se sont mis à les tabasser. J’ai été repéré aussi. Les soldats nous ont frappé 15 à 20 minutes. »

Un jeune Togolais, membre de l’Église catholique, raconte comment les forces armées parquaient les militants de l’opposition dans des centres : « Je suis membre de l’Église catholique. Notre église a toujours constaté des irrégularités électorales dans les précédentes élections. Pour toutes ces raisons, nous avons décidé d’établir une grille de l’observateur de l’élection présidentielle (voir copie en annexe). Les autorités togolaises ont refusé la présence d’observateurs catholiques [...]. Lors du dépouillement, les soldats sont arrivés dans le bureau de vote N° 2071. [...] J’ai été battu à coups de bâton. Ils ont ensuite tiré sur la foule. Trois personnes ont été atteintes par des balles. J’ai été ensuite arrêté par les Bérets rouges. J’ai été emmené dans un lieu où étaient détenues plusieurs personnes de l’opposition. J’ai été ensuite passé à tabac et blessé à la jambe droite. J’ai pu fuir le lieu de détention et me rendre à Hilla Condji au Bénin. »

Un autre réfugié, Monsieur L. F., du quartier de Bé Apeyeme à Lomé, témoigne du caractère systématique des destructions : « Le 29 avril 2005, nous nous sommes retrouvés le matin au niveau du marché de Bé. J’ai aperçu des militaires en face de moi ; sans me poser aucune question, ils ont commencé à me battre. J’ai eu plusieurs blessures au corps. J’ai reçu plusieurs coups de crosse. Lorsque j’ai eu l’opportunité, j’ai tout de suite pris la fuite. Ils m’ont poursuivi jusqu’à ce que je sois rentré chez moi pour ressortir par l’entrée de derrière. Ne m’ayant pas trouvé sur place, ils sont saccagé toute la maison et battu tous ses occupants. »

Dès la constatation des premières violences par les forces de sécurité togolaises contre la population civile, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) a tenté de recenser les victimes dans les différents quartiers de Lomé, mais aussi dans d’autres localités du pays. La Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) présente une liste macabre, reproduite en annexe12, de 275 personnes tuées par les forces de sécurité togolaises entre février et juin 2005. Sur ces 275 personnes, 244 ont été exécutées sommairement ou ont succombé aux tortures entre le 24 avril et le 29 avril 2005, dont 67 dans la ville de Lomé. Plusieurs d’entre elles ont été assassinées par les forces de l’ordre à leur domicile. Du fait de l’insécurité ambiante, de l’interdiction par les forces de l’ordre de se rendre dans les morgues, de la peur des victimes de représailles et des menaces et harcèlements subis par les membres de la LTDH, le recensement des décès reproduit en annexe de ce rapport n’est pas exhaustif.

Néanmoins, il présente un document essentiel pour rendre compte de l’ampleur de la répression et la typologie des violations des droits de l’Homme. Il confirme froidement les nombreux témoignages recueillis par les chargés de mission auprès des réfugiés togolais au Bénin. Le rapport de la mission d’établissement des faits du Haut- Commissariat aux droits de l’Homme13, publié en août 2005, mettra d’ailleurs fin à la polémique sur les chiffres en indiquant que selon des listes et témoignages particulièrement crédibles, « le nombre de personnes décédées se situe entre 400 et 500 ».

La LTDH a également fourni à la FIDH une liste des blessés également édifiante. Dans la période entre le 28 mars et le 5 mai 2005, la LTDH recense 932 blessés, dont 390 à Lomé. La grande majorité des victimes présentent des blessures par balles, les autres ont subi des tortures et autres actes inhumains et dégradants.  (...)

La liste des victimes

1. RÉGION MARITIME

PRÉFECTURE DU GOLFE

Décès de la ville de Lomé et ses environs

1 AGBESSI Kokouvi M 16/04/05

2 DOSSOU Koudjo M 16/04/05

3 ABDOUHMANA Lamine M 24/04/05

4 DERMANE Leamine M 24/04/05

5 OUGBEDJO Idrissou M 24/04/05

6 AKOUTOR Komi Agbéko M 26/04/05

7 ATTITSO Noutekpo M 26/04/05

8 DAMESSI Anani (25 ans) M 26/04/05

9 DOTCHE Kossi M 26/04/05

10 DOTSE Welbeck Foulani M 26/04/05

11 DOUVON Beau-Gars M 26/04/05

12 ESSOUGBO Kokou M 26/04/05 Poignardé

13 HOUSSOUKPEVI Yacinthe (12 ans) F 26/04/05

14 NOUTEKPO Kossi M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre, enterré

à Tchêkpo Dédékpoè

15 PATOUA Patrick M 26/04/05

16 SOULEY Abdou (37 ans) M 26/04/05

17 Yovo M 26/04/05

18 ADAMOU Sombeze (Malien) M 27/04/05

19 DANDARGOU Laré (38 ans) M 27/04/05

20 MONDZRO Etsou M 27/04/05

21 PRINCE-AGBODJAN Rodrigue Séwa M 27/04/05 (27 ans)

22 AFANLETE Kokou (15 ans) M 28/04/05

23 LAÏSON Ayi (27 ans) M 28/04/05

24 ZUNGA Ayaovi M 07/05/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Quartier Kodjoviakopé

25 HOUNGA Simon Ayawovi M 07/05/05

(27 ans, transitaire à Kodjoviakopé)

26 KLINSSIKOUNOU Anani M 15/05/05 Tué par les forces de l’ordre au quartier Kodjoviakopé

27 ZAMENOU Anani M 18/05/05 Torturé dans sa maison par la police nationale et les membres de la brigade anti-gang, le 14/05/05, arrêté et détenu à la sûreté nationale où il est décédé

28 Un bébé 26/04/05 Enfermé dans un congélateur dans son domicile par les forces de l’ordre, retrouvé mort 3 jours après par ses parents  

Annexe 8 - Liste non exhaustive des décès de février à juin 2005

Quartier Nyékonakpoè

29 Koffi M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre près de l’École française après la proclamation des résultats 30 SANTA Biham (35 ans, policier, M 26/04/05 Lynché par des jeunes sur lesquels il a tiré sous-brigadier, garde du corps à Nyékonakopè-Boka du Procureur de la République)

31 LAWSON PLACCA Latévi Tchékpoto M 14/05/05 Arrêté dans son quartier, à Nyékonakpoè, (né en 1940) par les forces de l’ordre le 13 mai 2005, enlevé, sauvagement torturé notamment en l’obligeant à ramasser un pneu brûlé, relâché, mourant, à côté de son domicile le lendemain matin et décédé lors de son transport à l’hôpital

32 Une femme (non identifiée) F 26/04/05 Enlevée à Nyekonakpoé par les miliciens du RPT, violée et torturée pendant 3 jours dans la brousse, quelque part sur la route de Kpalimé et tuée

33 Un homme (non identifié) M 27/04/05 Enlevé à Nyekonakpoé par les miliciens du RPT, torturé pendant 3 jours dans la brousse, quelque part sur la route de Kpalimé

Canton de Bè et ses environs

34 AGBODJAN Séwa M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre à Bè Château après la proclamation des résultats

35 AMEGANVI Komlan M Tué par les forces de l’ordre à Bè-Hédjé

36 GAITO (étudiant en 1ère année) M 26/04/05 Tué par balles, en plein coeur, par les forces de l’ordre devant le CHR de Bè

37 Un jeune M 26/04/05 Abattu par balles à Bè, en bas de la Lagune, par un soldat français

38 Un autre jeune M 26/04/05 Abattu par balles à Bè, en bas de la Lagune, par un soldat français

39 YOVO Folly Ayi Agbomassou M 26/04/05 Décédé le 04/06/05 au CHU Tokoin des suites des coups qui lui ont été portés à la tête et sur tout le corps par les forces de l’ordre qui l’ont sauvagement passé à tabac à son domicile, au quartier Kpéhénou, où ils ont pénétré en escaladant le mur.

40 EKLOU François Doussé M 27/04/05 Tué par balles par M. AGBODJAN à Bè Klouvi Kondji

41 IBOKOU Aholouvi Emile M 27/04/05 Tué par balles par M. AGBODJAN à Bè Klouvi Kondji

42 ASSOUVI M 27/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè château après le supermarché Tigre

43 AKHOU Edoh M Tué par balles par les forces de l’ordre

44 AWANOU Nandjaré, gardien à Bè M 12/02/05 Tué par balles par les forces de l’ordre au retour du service

45 ALLOFA Bruno, élève au Collège M 12/02/05 Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota le Savoir de Bè Kpota Atsantimé

46 AGBATI Komlanvi M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

47 AZIAMATI Yao M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

48 NYAMLEY Folly, Docker M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

49 DOKOU Koudzo, mécanicien auto M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

50 ZUNGA Ayaovi M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

51 DANDRAKOU Laré M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

52 SANTOR Biham M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

53 SOULEY Abdou M Tué par balles par les forces de l’ordre à Bè Kpota Atsantimé

54 DAMESSI Anani M Tué par balles par les forces de l’ordre

55 SOSSOU Wonekou M 12/02/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

56 KOUDI Koffi, à Bè M 27/02/05 Battu, jeté dans la lagune de Bè et mort par noyade

57 SEDONOU Yao, menuisier à Bè M 27/02/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

58 Un jeune homme non identifié M 27/02/05 Battu, jeté dans la lagune de Bè et mort par noyade

59 GBADOE Nicolas Gnazo à Bè M 27/02/05 Battu, jeté dans la lagune de Bè et mort par noyade

60 TEKO M 27/02/05 Battu, jeté dans la lagune de Bè et mort par noyade

61 EZE Efoé, élève à Bè M 27/02/05 Battu, jeté dans la lagune de Bè et mort par noyade

62 DAMBRE Antoine (artiste M Abattu d’une balle dans la nuque à Bè Kpota, chorégraphe à Adakpamé)

63 DADZIE Kossi Jean M 12/02/05 Décédé suite à une blessure par balles au CHU Tokoin

64 KOUGBLENOU Masso M 12/02/05 Tué par balles par les forces de l’ordre à Doulassamé

65 AKOHOUE Kodjo Edoh M 6/04/05

66 AZIAMADI Koffi Jérôme M Tué selon les témoignages concordants (25 ans, Peintre) par un groupe de miliciens du RPT

Quartier Tokoin

67 Un soldat membre de la FOSEP 2005 M 24/04/05 Tué par des militaires qui ont fait irruption dans l’enceinte du Collège Protestant

68 FANNOU Marcelin (6 ans) M 25/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT à domicile, à Tokoin-Gbadago

69 MATREVI Kokou Doh M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre devant l’ambassade du Ghana à Tokoin-Kodomé

70 SOGOYOU Éric Tcha M 26/04/05 Membre du RPT abattu, à Tokoin-Casablanca à côté (élève au CERFER) du Stade d’Agaza, par d’autres miliciens du RPT qui l’ont pris pour un opposant parce qu’il fuyait lorsqu’ils arrivaient en tirant sur la population lors du soulèvement après la proclamation des résultats.

71 Un bébé de 2 mois M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre qui l’ont trempé dans de l’eau bouillante à Tokoin Gbadago.

Quartier Hédjranawoé

72 AGBATI Komlanvi M 24/04/05 Abattu par les forces de l’ordre devant le bureau de vote de Hédjranawoé, il a reçu 17 balles dans le corps.

Quartier Adakpamé

73 AKOUESSON Adoté Germain (bébé de 3 mois)  M 26/04/05 Alors qu’il dormait, a été pris par les 2 pieds par un militaire qui a fracassé sa tête contre un mur, à Adakpamé

74 AKOUESSON Adoté Philippe (22 ans, élève en classe de 1ère) M 26/04/05 Sommairement abattu par balles par les forces de  l’ordre alors qu’il protestait contre l’assassinat bestial de son neveu, bébé de 3 mois

75 AKOUESSON Adovi Norbert (20 ans, élève en classe de 6e) M 26/04/05 Sommairement abattu par balles par les forces de  l’ordre alors qu’il protestait contre l’assassinat bestial de son neveu, bébé de 3 mois

Quartier Adidogomé

76 ATABOU Kossi François (30 ans) M 26/04/05 Chauffeur de taxi-moto, froidement abattu par les forces de l’ordre devant sa maison à Adidogomé- Avatamé par des tirs au pied et à l’abdomen. Son corps, enlevé dans un premier temps par les militaires du 2e RIA d’Adidogomé, a été déposé ensuite à la morgue sur instruction de son chef, le Commandant Kabia

77 Kodjo (30 ans, coiffeur) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre à Adidogomé, à côté du bar La Pampa

78 AVITY Venyo Kokou (25 ans, maintenancier informatique) M 26/04/05 Tué au Bar Petit à Petit par un milicien du RPT habillé  d’un T-Shirt à l’effigie de Faure Gnassingbé à Adidogomé-Soviépé, après la proclamation des résultats

79 Un homme (2 bras coupés) M 26/04/05 S’est fait couper les deux bras par les miliciens du RPT, vraisemblablement aidés par des miliciens libériens. Évacué au Ghana, il y est décédé des suites de ses blessures

80 ABOTCHIVI Kodjo (coiffeur) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Quartier Djidjolé

81 OLIVIER (étudiant) M 26/04/05 Tué par balles à Djidjolé par des miliciens du RPT

Quartier Agoènyivé

82 PARANI Abalo Wéléssiourèm (42 ans, employé au ministère fusillades en arrivant à Lomé, venant de Kara de la Communication) M 13/05/05 Tué par balles par les forces de l’ordre.

82 BATOMA Patrice M 29/04/05 Tué par les forces de l’ordre après avoir été pris au piège des fusillades en venant de la ville d’Atakpamé

83 AWOUDJI Komlavi M 26/04/05 Tué par balles par  les forces de l’ordre (conducteur de taxi moto)

84 MONDJRO Etou M 26/04/05 (travailleur à Togo Électricité)

Quartier Baguida

85 ADJEGO Agbeko (62 ans) M 26/04/05 Abattu dans son domicile à Baguida

86 ADIGO Jean-Marie Mitonwoahu M 01/05/05 Tué par balles et découpé à la hache par les miliciens du RPT à Baguida

87 Kossivi  Agbéko dit «Gabonais» M 8/05/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT à Baguida

Décès de la localité de Avépozo

88 AHAMA Koffi M 27/04/05 Sauvagement passé à tabac dans son domicile par les forces de l’ordre, le 26 avril 2005, alors qu’il était déjà gravement malade, il est décédé le lendemain. Informé de sa situation, le Commandant KABIA aurait donné 100 000 F CFA pour faire taire sa famille mais il est décédé le lendemain des suites de ses traumatismes

89 YAGBOTE Komla M 26/04/05 Tué par balles à son domicile par les forces de l’ordre.

Le Commandant KABIA aurait également donné de l’argent pour faire taire sa famille.

PRÉFECTURE DES LACS

Décès de la ville d’Anèho

90 ADJAWA Mokpokpo (19 ans) 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles dans le ventre

91 AGBODAN Tété (25 ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles à l’abdomen

92 AKLADJA Kodjo (22 ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balle explosive en pleine tête (explosée)

93 ANANI Kodjo Franck (25 ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles en plein visage

94 ATTISSOH Akolly (28 ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles en pleine poitrine

95 AZIAWOR Mokpokpo (19 ans) 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles au flanc gauche

96 BRUCE Etoname 26/04/05

97 DJOKO-AKO Dodji (18 ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles dans le ventre

98 LAWSON-HELLU Laté (3ans) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre par balles en pleine tête et à la poitrine

99 MESSANVI Amélé Jeanne Senavon F 26/04/05 Tuée par balles en pleine poitrine par les forces de l’ordre devant ses enfants et son mari à son domicile

100 SEFONOU Aklidja (coiffeur) M 27/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

101 AZIAGBA Komi (Délégué de la coalition M 26/04/05 Tué par balles par les militaires en bérets rouges qui  ont escaladé les murs de son domicile, défoncé  les portes

102 LAWON Latevi (55 ans), enseignant à l’EPP d’Anfoin M 27/04/05 Tué par balles devant son domicile à Aneho  par les militaires en bérets rouges et verts.

Décès de la localité d’Aklakou

103 Un homme non identifié M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Décès de la localité de Kpémé

104 SOUMAGBO K. M 27/04/05 Mort après avoir été sauvagement passé à tabac (élève en classe de 4e au CEG) par les forces de l’ordre puis contraint à inhaler des gaz lacrymogènes

105 AMENOVI Kossi M 27/04/05 Battu à mort par les forces de l’ordre qui l’ont obligé à inhaler du gaz lacrymogène

106 KOUMAVO Agossou M 26/04/2005 Torturé et asphyxié par du gaz lacrymogène avant (élève en classe de 3e) d’être abattu par balles par les forces de l’ordre

107 MALOU Assou (47 ans, M 26/04/05 Tué par balles par les militaires qui on fait irruption électricien, père de 6 enfants) dans sa maison en défonçant portes et fenêtres, l’ont fait sortir dehors, dans la nuit , l’ont torturé, et l’ont abattu de 5 balles

108 X Mensah (20 ans) M 26/04/05 Tué par balles par les militaires

109 DAKPON Koku M 26/04/05 Blessé par balles lors du dépouillement des (employé à l’IFG, ex OTP) bulletins de vote de Kpémé, la nuit du 24/04/05, suite à l’irruption des militaire dans le bureau de vote où il était délégué de la coalition des six partis de l’opposition. A rendu l’âme trois jours après, à Gukopé, faute de soins médicaux.

Décès de la localité d’Agbodan-Kopé

110 AGBODAN Tété (25 ans) M 27/04/05 Tué par balles dans le ventre par les forces de l’ordre

111 AMELE Jeanne F 27/04/05 Tuée par les forces de l’ordre par balles dans le ventre

112 AGBIDI Amévi (enceinte de 7 mois) F 27/04/05 Tuée par balles les forces de l’ordre, enterrée à Vogan

113 Un homme non identifié M 27/04/05

PRÉFECTURE DE YOTO

Décès de la ville de Tabligbo

114 NOUTSOUGA Koffi Noël M 08/04/05 Tué par balles à la gare routière (originaire de Sikakondji)

115 ATTISOVI Kodjo M 08/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre (originaire d’Atikésssimé) et les miliciens du RPT

116 KPADENOU Ayivi M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre

117 EDOH Kokou (originaire de Zouvi) M 08/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

118 KOUMASSI Tanti (Akpadjavi Kondji) F 08/04/05 Tuée par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

119 AGOSSOU Koffi (Ntifafa Komé) M 08/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

120 AZONVI Enyonam (Kpokpokondji) F 08/04/05 Tuée par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

121 HOUNKPATI Komi (Kpokpokondji) M 08/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

122 AMEGNIHA Koffi (Kpokpokondji) M 08/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre et les miliciens du RPT

123 ASSIGBE Yaovi M 08/04/05

124 MATI Fogan M 08/04/05

Décès du canton de Ahépé

125 TOKPO Koffi (12 ans à Ahépé Notsè) M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre

126 DJADE Kodjo M 26/04/05 Tué par les forces de l’ordre

PRÉFECTURE DE VO

Décès de la ville de Vogan-commune

127 AGBIDI Amévi (29 ans, 1 enfant) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

128 AMEVI Kokou (25 ans, 1 enfant) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Décès de la localité d’Akoumapé

129 YIBOKOU Kokou (25 ans, 2 enfants) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

130 TOUDEKA Togbé (27 ans, 2 enfants) M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Décès de la localité de Hahotoé

131 Un inconnu M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

132 DENOU Kokou (environ 29 ans) M 27/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

PRÉFECTURE DU ZIO

Décès de la ville de Tsévié

133 AKOUTOR Komi Agbéko M 26/04/05 Criblé de balles à l’abdomen avec éviscération par les forces de l’ordre

134 DOUVON Beau-Gard M 26/04/05

135 AZIAWO Folly M 28/04/05 Passé à tabac par les forces de l’ordre avec fracture du poignet et achevé par balles à l’abdomen

136 TOGLO Akouété Agbédidi M 26/05/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

PRÉFECTURE DU HAHO

137 GREEN Dieudonné M 27/04/05 Sauvagement passé à tabac par les forces de l’ordre, décédé à l’Hôpital et enterré le 06/05/05

2. RÉGION DES PLATEAUX

PRÉFECTURE DE KLOTO

Décès de la ville de Kpalimé

138 Un homme M 26/04/05

139 Un autre homme M 26/04/05

140 ASSIH Palababawi M 27/04/05 Décédé par crise cardiaque sous l’émotion de la vue (gardien du CHR de Kpalimé) des corps décapités et des blessés ensanglantés conduits à l’Hôpital

141 Un homme non identifié M Tué par balles par les forces de l’ordre à Kpélé Akata

142 KPELAM (18 ans, enseignant à l’EPP d’Anfoin M 25/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre élève en 1ère année DEP Kpalimé)

Décès de la localité d’Agou-Nyogbo

143 Un homme (non identifié) M 26/04/05

144 Un autre homme (non identifié M 26/04/05

Décès de la localité de Kpélé Adéta

145 GAMODJI Flora dite Guyno F 22/05/05 Tuée par balles par les forces de l’ordre

(54 ans, commerçante) sur la route Bodjé à Kpélé Adéta

146 ABOTSIVI Kodjo Magloire (chef de M 26/04/05 Lynché et décapité par la population division de gardiens de préfecture)

PRÉFECTURE DE DANYI

Décès des localités de Dayes

147 ABOTSIVI Kodjo Magloire M 26/04/05 En cours d’élaboration

148 DZOTSI Senyo M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

149 EKLU Parfaite (9 ans) F 26/04/05 Tuée par balles par les forces de l’ordre

PRÉFECTURE DE L’AMOU

Localités de Amouta I-II et Ogobé

150 AMA Kodjo M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

151 AMEGAVI Claude M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

152 STOUWOU Koadjo M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

Localités de Kpobe

153 BAKOU Donko (36 ans, M 28/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre cultivateur, père de 7 enfants)

PRÉFECTURE DE L’AKEBOU

Décès de la ville de Kougnohou

154 SEIDOU Kouma M Tué par balles par un tir des forces de l’ordre aux 2 jambes

PRÉFECTURE DU MOYEN-MONO

155 Chef Canton de Salgbe M 25/04/05 Poignardé, décédé pendant son transfert à l’hôpital

156 AMEWOUGA Apédoh à adokomé M Tué par balles par les forces de l’ordre

157 AMOUZOU Komi Kpinkpin M Tué par balles par les forces de l’ordre

PRÉFECTURE DE HAHO

158 GREEM Dieudonné M 27/04/05 Sauvagement passé à tabac par les forces de l’ordre, décédé à l’hôpital et enterré le 6/05/05

PRÉFECTURE DE L’OGOU

Décès de la ville d’Atakpamé

159 DOSSOU Yakpon (18 ans, M 24/04/05 apprenti-chauffeur à Agbo-Fon)

160 AKLOBESSI M 26/04/05 Tué à coups de gourdin près du CEG par les miliciens du RPT

161 BATOMA M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre à Agbonou, nouveau marché

162 DJAPA (brûlé vif) M 26/04/05 En cours d’élaboration

163 DOSSEH (vendeur de chaussure) M 26/04/05

164 DOSSOU (Directeur de l’école privée M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

MIGROSMAY)

165 GATO Koffi (apprenti mécanicien) M 26/04/05

166 Mme WAHABOU (couturière) F 26/04/05

167 MOUTSOU Mensah M 26/04/05 (ferrailleur-soudeur)

168 SITOU Kougbénou (chauffeur) M 26/04/05

169 TOMEKPE Papavi (chauffeur) M 26/04/05

170 Une femme enceinte F 26/04/05 Enlevée par des militaires en treillis et des miliciens du RPT. Égorgée parce qu’elle aurait farouchement refusé de se laisser violer par ses tortionnaires et de leur servir d’esclave sexuelle.

171 Un élève M 26/04/05 Tué par le major KOULOUM lui-même

172 YAO Noël M 26/04/05 II

173 ADJIBA M 27/04/05 II

174 AFIDJIGBE F 27/04/05 II

175 BAGA Kossi M 27/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

176 AGATA Ama F Crâne défoncé

177 BALE Lassana M Blessure à la tête

178 GARBA Moumouni M Tué par les forces de l’ordre

179 ABI Mbabiniou M Cou tranché à la machette

180 AGAYI Kokou M Blessure par balles à la jambe

181 EDOH Sama M Blessure à la tête par balles

182 FOLLY Adjo F Blessure par balles à la fesse droite

183 FLESSIAMENOU Akakpo M Blessure par balles au bras

184 DOSSOU Sonou M Dépecé à la machette en petits morceaux et décapité

185 BOUKA Théodore M Blessure par balles à la tête et la cuisse droite

186 ASSOGBA Akoumy M Battu à mort

187 AMOUZOU Yaovi M Blessure par balles à la tête

188 ASSOGBA Samuel M Battu à mort

189 ATCHAFLI Madou M Blessure par balles à la tête

190 AROUNA Yacoubou M Blessure par balles à la tête et au bras gauche

191 AKLOBESSE Kokouvi M Blessure par balles à la tête

192 AKLOBESSE Koffi M Tué par balles

193 GNADO Delphin M Blessure par balles à la tête

194 AWALI Morou M Crâne défoncé

195 BATCHASSIM Berena M Blessure par balles à l’épaule gauche

196 BADJAMKOMA Essozinam M Battu à mort

197 GAGNON Folly M Blessure par balles à la tête

198 BAKOURRRA M Battu à mort

199 FIOKPOR Ata M Blessure par balles au bras gauche

200 FANGBEDJI Kokou M Crâne défoncé

201 AGOUDA K. Kossi M Blessure au bassin

202 ASSOUKOULIM Kpandja M Blessure à la tête

203 ABOTSI Yao M Blessure au bassin

204 BIAKOU Yaovi M Blessure à la tête

205 DENA Martin M Blessure par balles à la jambe

206 BAGAGA Makpé M Blessures au bras et à la jambe

207 DANGO Komlan M. M Blessures au bras et à la jambe

208 BELETI Essozimna M Blessures à l’épaule et au bras

209 GNANDOU Abdoulaziz M Blessures au crâne et au bras

210 BODY Yaovi M Crâne défoncé

211 BOBO Atsou M Blessure par balles au bras

212 AMOUZOU Komi M Blessure à l’épaule

213 Un homme non identifié M Blessure au crâne

214 ALEDI Kili M Crâne défoncé

215 ASSIH Essohana M Blessure au crâne

216 GNADOU Koffi M Blessure au crâne

217 AMEDOME Akouto F Blessures au thorax et à l’épaule

218 IHOU Akoua F Crâne défoncé

219 KARABOU M Blessures à la tête

220 PATASSE Sémmoulam M Blessures au thorax et au coude

221 YAO Bitamulé M Blessures au bras et au genou gauche

222 MOUMOUNI Komi M Blessures au ventre

223 KOUYA Kpatcha M Blessures aux jambes

224 KORE Noatchi M Tué par balles

225 Caporal KOKODJA M Blessures au crâne, à la jambe gauche et au bras droit

226 KPOTE Abraham M Blessure à la jambe

227 LAMBONI Kolani M Blessures au bras et à la hanche

228 POKOU Essodina M Blessures au bassin

229 KASSEGNE Kokou M Blessure à la jambe gauche

230 SALIFOU Moussibao M Blessure à la jambe gauche

231 KOUMEOUNOU Mawuko M Blessures au ventre et au thorax

232 SIMGBE Oscar M Blessure à la machette à la main gauche

233 TOGBE Laly M Blessures à la cuisse droite

234 NGANI Kossi M Battu à mort

235 KODJOCO Tchalim M Blessures au bras et à la cuisse

236 SOSSOU Sénadé M Blessure à la cuisse droite

237 KPATI Koffi M Crâne défoncé

238 KPATI Ahoéfa F Blessures à l’épaule et à la jambe

239 MOURA Komi M Crâne défoncé

240 HOUSSIN Kodjo M Blessure à la jambe droite

241 OURENE Kokou M Blessures par balles dans le dos et à la poitrine

242 YOVO Kodjo M Blessures par balles à la poitrine

243 KWASSI Didimê M Blessures par balles à la poitrine

244 IBRAHIM Boussari M Blessures au bras droit

245 SONDOU Essobazou M Blessures à la jambe gauche et à la poitrine

246 MAWULI Kossi M Blessure au dos

247 KOUTSETAN Epiphane M Blessures au crâne et au bras gauche

248 HODIN Eké Kokou M Blessure au front

249 SODJI Kanley M Blessure au bras droit

250 IDOTCHAOU Agbo M Blessure au bras droit

251 HODABALO Essotena M Battu à mort

252 PANTERO Kokou M Blessure par balles au genou droit

253 KASSEGNE Akouété M Blessure au dos

254 MONTCHO Komlanvi M Crâne défoncé, roué de coups

255 MISSITE Telem M Battu à mort

256 SESSIE Edoh M Battu à mort et crâne défoncé

257 SEIDOU Yao M Blessures au thorax et à l’épaule

258 TCHOKPONHOE Nestor M Blessure au front

259 MAYO Kossi M Blessures au genou, aux pieds et au thorax

260 EDOH Oklou M Crâne défoncé

261 TAKOU Mondom Oubè M Tué par balles

262 KOUGBLENOU Sitou

263 MENSAH M.

Décès de la ville d’Anié

264 Un inconnu 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

265 Un autre inconnu 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

266 KOGO Akakpo Kossivi M Tué par un certain Bernard

267 Un apprenti du Chef Canton M Tué par un certain Salami

PRÉFECTURE DU MOYEN-MONO

Décès de la ville d’Atakpamé

268 AMEWOUGA Apédoh à Adokomé M Tué par balles par les forces de l’ordre

269 Amouzou komi Kpinkpin à Adokomé M Tué par balles par les forces de l’ordre

3. RÉGION CENTRALE

PRÉFECTURE DE TCHAOUDJO

Décès de la ville de Sokodé

270 KORODOWOU Walidou M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

(21 ans, élève en classe de 4e) au quartier Salimdé

271 FOFANA Fousséni M 26/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre

(22 ans, apprenti soudeur) devant la maison du ministre Foli Bazi Katari

272 TAYIROU Koumaï (27 ans, maçon) M 27/04/05 Tué par balles par les forces de l’ordre au quartier Tchawanda

273 Une femme (nom à préciser) F 27/04/05 Tuée par balles par les forces de l’ordre au quartier Salimdè

4. RÉGION DE LA KARA

274 Un milicien du RPT M Électrocuté par le contact avec un câble électrique au départ du camion de la SOTOCO transportant les miliciens du RPT de Kara à Lomé.

 
 

 
 
 

 
 
 

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