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29 déc . 2004

Le commissaire européen Louis Michel a rencontré la classe politique togolaise
Mathias Akoulansa 
La reprise de la coopération et du dialogue national au centre des discussions
Réaction des leaders politiques
Déclaration de M. Louis Michel

Le Commissaire européen au Développement et à l’Action Humanitaire, l’ancien chef de la diplomatie belge M. Louis Michel  a quitté  Lomé Lundi soir après une journée marathon de discussions avec l’ensemble de la classe politique togolaise élargie à deux associations féminines représentant la société civile. Cette visite au Togo de Louis Michel s’inscrit dans le cadre la mise en œuvre des 22 engagements que le gouvernement Sama a pris le 14 avril dernier pour corriger le déficit démocratique au Togo.

Accueilli à l’aéroport international de Niamtougou vers 7 heures  du matin brumeux de lundi par le Premier Ministre Koffi Sama,  l’hôte togolais a eu droit à un accueilli qualifié de "chaleureux, de populaire et d'authentique" des populations de Doufelgou et de la Kozah. Rien n’a été laissé au hasard. Des groupes folkloriques en passant par les groupes d’animation politique, Louis Michel aura goûté à ce dont Eyadema aura habitué son peuple à faire le mieux, la danse, les folklore de tous genre. Ce qu'on appelle abusisement au Togo, les richesses culturelles. C’est après cet accueil "authentiquement togolais" que le Commissaire européen au Développement et à l’Action Humanitaire a eu une séance de travail avec le chef de l’Etat à son domicile à Pya.

Le Général Président était pour la circonstance entouré du Premier Ministre Koffi Sama, du Président de l’Assemblée Nationale Fambaré Ouattara Natchaba et
de plusieurs membres du gouvernement. A l’issue de cette séance de travail, le commissaire Louis Michel "après avoir enregistré chez le président Eyadema  une réelle volonté politique d’ouverture", a rassuré à celui-ci que les 20 % de l’aide de l’UE au titre du 9e FED qui auraient dû être perdus, ne le seront pas. « En tout état de cause, même si on n’a pas le temps de le notifier en cette fin d’année, je peux déjà dire que les 20% qui auraient dû être perdus par le Togo, ne le seront pas. Je peux rassurer le président sur cette question. Ces 20% seront mis à la disposition du Togo dès qu’on le notifiera et c’est probablement au début de l’année prochaine », a-t-il déclaré à la presse. Cette séance de travail fut suivie d’un déjeuner offert par le président Eyadema toujours dans sa résidence de Pya.

Après l’étape de Kara qui a duré plus de sept heures d’horloge, l’hôte togolais est arrivé à Lomé vers 14 heures pour y rencontrer les cinq partis de l’opposition traditionnelle et les deux associations féminines représentant la société civile.

La séance de travail a eu pour cadre l’Hôtel Corinthia 2 Février (au 33e étage.) Assisté du Délégué de l’UE au Togo avec résidence à Accra M. Stefan Frowein et de son directeur de cabinet, M. Louis Michel, apparemment épuisé par les sept heures de temps passé dans la Kozah, a tant bien que mal  commencé sa séance de travail à 15h20mn. Il a, en premier et à leur demande, reçu les trois partis dits radicaux de l’opposition à savoir le CAR, la CDPA et l’UFC. Suivront ensuite la CPP conduite par Edem Kodjo, le PDR de M. Zarifou Ayéva, du GFDD conduite par Mme Amendah et du REFAMP-Togo conduite par Mme Kissem Tchangaï-Walla. Il était prévu que chaque parti ou associations devait avoir droit à 30mn, mais compte de l’importance des sujets et des préoccupations des uns et des autres, certaines délégations sont allées au-delà des 50mn. Les discussions, semble-t-il, ont été franches, sincères et empreintes de ferveur et de courtoisie. En tout cas, les différents représentants des partis ont tenu à l’exprimer à leur sortie et espèrent que cette rencontre permette la reprise du dialogue.

C’est vers 21h45 que Louis Michel s’est envolé pour Accra après avoir rencontré dans les salons de l’aéroport international de Lomé Tokoin, pour quelques minutes,  les ambassadeurs de l’UE au Togo.   

Voici les réactions à chaud des leaders politiques recueillies à  leur sortie de la rencontre. Louis Michel a également fait une déclaration à la fin de la rencontre que nous vous présentons également.

Réaction des leaders
politiques:

Me Agboyibo
Nous avons été reçus par le commissaire au développement et à l’action humanitaire de l’UE. On lui a exposé avec détail les onze propositions de nos trois partis. On les a approfondi, il a réagi. Globalement, il s’est montré compréhensif. Et nous pouvons dire que son passage va être déterminant pour la reprise du dialogue national. Je crois que c’est ça qui est le plus important pour la séance de ce jour.

Prof. Gnininvi
Comme l’a dit Me Agboyibo, nous avons passé en revue les 11 points. Vous êtes tous  au courant, la semaine dernière la presse les a publiés, nous les avons passé en revue et puis nous avons fait nos observations pour les justifier et je pense que bonne note a été prise. Et je ne vais pas dire que le commissaire nous a promis des miracles. Mais au moins, nous lui avons fourni des arguments pour pouvoir plaider ces onze propositions.

Vous n’avez pas parlé des 22 engagements ?

Effectivement, nous avons parlé de ces 22 engagements aussi. Mais c’est sur la base de ces 22 engagements que nous avons déposé sur la table du gouvernement ces 11 propositions qui constituent notre contribution.

Mais selon certaines informations, les propositions ont été rejetées par le RPT

Aujourd’hui, nous avons rencontré le commissaire,  nous n’avons pas rencontré le RPT. Nous avons fait part de nos inquiétudes quant à cette façon de réagir du RPT mais, je pense comme je vous disais, il a pris note de nos arguments pour essayer de les porter là où il faut.

Est-ce que vous êtes prêts à aller à des élections ? 

Et ce n’est jamais de gaîté de cœur qu’un parti s’abstienne d’aller aux élections parce que c’est une perte sèche pour un parti politique de refuser d’aller aux élections. A condition que ce ne soit pas des élections gagnées d’avance par celui qui les organise.

Akitani-Bob   
Pourquoi avoir été reçu ensemble
(c-à-d, pourquoi les trois partis CAR, CDPA et UFC ont préféré être reçus ensemble): Parce que nous avons des points de vue communs et nous pensons pouvoir avancer dans cette voie

Edem Kodjo: Eh bien, je viens de rencontrer le commissaire européen Louis Michel dans le cadre de sa mission, vous savez très bien pourquoi il est ici. Il est venu ici pour voir et entendre les Togolais. Il a vu et il a entendu. Et je crois que désormais il lui appartient de tirer les conclusions qui s’imposent. Et c’est ce que nous avons fait. J’ai eu à exprimer au nom de mon parti, un certain nombre de préoccupations qui sont des préoccupations qui sont liées à la mise en œuvre des 22 engagements. Ces 22 engagements ont été à mon sens convenablement et correctement appliqués jusqu’à présent. Et nous avons même vu que le chef de l’Etat a décidé de procéder à la dissolution anticipée de l’assemblée nationale et d’organiser les élections législatives avant la fin du 1er semestre. Ce qui est l’une des revendications, si j’ose m’exprimer ainsi, de l’UE. Donc, c’est tout cela que nous avons vu le commissaire Louis Michel. Je vous dis clairement qu’il lui appartient désormais de tirer les conclusions qui s’imposent.

Je vous remercie

Zarifou Ayéva: Le commissaire Louis Michel est en visite au Togo essentiellement pour se faire une idée de la situation que vit notre pays. Voilà en gros. De quoi avez-vous discuté concrètement?

Oh ! De beaucoup de choses. Vous savez, lorsque nous nous retrouvons devant une personnalité de ce rang, nous sommes obligés de dire ce que nous pensons, ce que nous savons de la situation dans notre pays. Nous avons passé en revue le passé un peu lointain du pays, le présent et nous avons débordé sur le futur, l’avenir. Qu’est-ce que nous voulons faire de notre pays,   tout cela, nous l’avons expliqué au commissaire Louis Michel.

Des 22 engagements ?

Bien sûr !

 Et le code électoral ?

Le code électoral et le cadre électoral,  je pense que quelque part, c’est des tempêtes qu’on organise dans un verre d’eau. Pourquoi je dis cela. Le code électoral est un texte qu’on nous demandait de réviser, de revoir  pour qu’il soit acceptable et non accepté. Qu’il soit acceptable par les parties en présence. Cela veut dire que, quoi que vous fassiez, il y aura toujours des gens qui ne seront pas d’accord. Et c’est normal. Si nous étions tous d’accord, en ce moment il ne devait même plus avoir de problème. Alors, et  lorsqu’on vient parler ensuite du cadre électoral,  le cadre électoral a  été défini, précisé dans des demandes qui sont mentionnées dans les engagements. Et ça avait été dit le 25 août lors de la réunion du dialogue. Alors, lorsqu’on revient poser le problème du concept du cadre électoral et  à cela, on joint des notions comme la révision de la constitution, nous devons faire très attention. La révision de la constitution, j’ai lu et relu les différentes dispositions qui ont été convenues le 14 avril à Bruxelles. Et comme par hasard, j’y étais. Pendant les quatre heures de discussions, je n’ai pas entendu parler d’une quelconque révision de la constitution. Et il se fait qu’aujourd’hui, certains centrent le débat sur la révision de la constitution. Moi, je suis d’accord, je suis d’accord  sur tout sauf sur la faisabilité. Est-ce que dans le contexte du moment, nous avons les arguments pour pouvoir faire une révision constitutionnelle ? Pourquoi je dis cela, c’est-à-dire que, une constitution c’est comme une boîte de pandore, quand vous l’ouvrez, il vous est difficile de vite la fermer. Voilà ! Quand vous ouvrez la boîte de pandore  le diable sort et pour l’attraper, c’est tout un problème. Alors qu’est-ce qu’on refuse et qu’est-ce qu’on ne refuse pas ? Si vous demandez tel aspect, le RPT va demander tel aspect. Et ça va devenir la surenchère.  Voilà le risque que comporte la révision de la constitution. On ne prendra pas seulement en compte vos exigences. Pour faire la balance, le RPT va formuler des exigences. Est-ce que vous pouvez gérer cela ? C’est pour ça que nous avons dit ceci : il faut procéder étape par étape. Nous avons la possibilité de modifier et nous l’avons fait au niveau du code électoral. Allons aux élections législatives, créons une nouvelle légitimité. Aujourd’hui, le parlement est à 100% RPT. Est-ce qu’il est normal déjà de demander à un parlement RPT de réviser la constitution ? Moi, je considère que ce n’est pas normal. Je ne m’inscrirai pas dans cette logique parce que demain, s’il révise à moitié ou s’il révise au tiers, qu’est-ce qu’il va vous dire : c’est ce que j’ai pu faire, je ne pouvais pas faire autre chose.

 A l’état actuel du code électoral, est-ce  qu’on peut aller aux élections ?

On peut aller aux élections à tout moment, avec n’importe quel document. Le problème des élections ce n’est pas un problème de code. C’est un problème de volonté politique, il faut que tout le monde le sache.

M Ayéva, le code pose un problème, il n’y a pas de consensus là-dessus.

Mais, je vous ai dit, c’est comme si vous ne me suivez pas. Je dis que le code, il doit être acceptable par tous, il ne sera jamais accepté par tous. Est-ce que c’est parce que certains ne l’acceptent pas, il n’est pas bon ? Aucun code au monde n’est bon. On ne sait pas faire un document qui obtienne l’unanimité de ceux à qui il s’adresse. Non ! Ça n’existe pas. Nous devons dans notre pays, faire l’effort de modérer nos exigences. C’est ça que nous appelons avancer étape par étape. Nous devons  aller d’abord aux législatives. Et aujourd’hui, il y a moyen d’y aller. Nous devons continuer à nous battre. Il y a encore des choses à discuter pour organiser les élections. Et lorsque cette assemblée législative est mise en place, il faut que l’opposition soit bien représentée là-bas. Et c’est à nous de nous battre. Et en ce moment là, les présidentielles qui arrivent, on s’attachera aux révisions constitutionnelles parce que les révisions constitutionnelles fondamentales concernent les présidentielles et non les législatives.     

Monsieur Ayéva, vous n’êtes pas sans savoir que le code contient des dispositions qui ne permettent pas la transparence des élections

Comme quoi ? Citez-moi

La CENI face au ministère de l’intérieur.

Dans les pays comme le nôtre, vous ne pouvez pas faire des élections en mettant le ministère de l’intérieur entre parenthèse. Nous devons nous dire la vérité. Quelle que soit l’organisation qu’on mettra en place, la CENI n’est pas outillée pour résoudre tous les problèmes électoraux. C’est pourquoi, on a mis la CENI  en liaison ou en accord avec le ministère de l’intérieur. Il appartient aux gens qui sont en place de prendre leur responsabilité et d’agir. Lorsqu’on demande à l’opposition de nommer des gens dans ces instances-là, on ne peut pas nommer un élève de CEG pour diriger une commission électorale ou de diriger une commission de carte. Il appartient aux partis politiques de prendre leur responsabilité et de nommer des gens qui sont capables de faire le travail et de rendre compte.

M. Dama Dramani RPT: Nous venons de rencontrer le commissaire européen chargé du développement et de l’action humanitaire dans le cadre du dialogue qui se poursuit. Nous avons fait une discussion très franche et sincère. Le RPT a exposé sa vision du dialogue national et sa position sur les différents points qui sont en discussion au niveau du dialogue national. Et le commissaire européen nous a donné également son point de vue qui n’est pas du tout différent de la position du RPT. Donc, c’est une discussion qui s’est bien très bien déroulée.

Quelle est la position de votre parti sur les points soulevés  par  certains  partis politiques, en ce qui concerne le code électoral et le cadre électoral

Oui les partis de l’opposition, le CAR, l’UFC, la CDPA ont adressé au premier ministre une déclaration contenant leur point de vue sur ces questions là. Le RPT a pris connaissance de ces points et a formulé également sa réaction par rapport à tous ces points. C’est le premier qui était destinataire des propositions. Le RPT a adressé sa réaction au premier ministre et le premier ministre doit diffuser la réaction du RPT.

Est-ce à dire que dans les prochains jours l’assemblée nationale va adopter le code électoral tel que élaboré par le RPT ?

Ce que je peux vous dire, c’est que le président de la République a annoncé son intention de dissoudre l’assemblée pour permettre d’aller aux élections anticipées. C’est parce que nous avons fait suffisamment d’avancée ; vous savez que tout ce qui est fait aujourd’hui en ce qui concerne le cadre électoral, offre des conditions de transparence et de régularité qui permettent effectivement d’aller aux élections législatives anticipées et le RPT se prépare à cela.

Déclaration de M. Louis Michel:  Ma visite au Togo et de mes rencontres avec les autorités gouvernementales et le Président en particulier de même que le Premier ministre, j’ai vraiment le sentiment qu’il existe un espace pour positiver les relations, pour essayer de véritablement, dont le chef du gouvernement,  rencontrer les attentes de l’UE et les attentes aussi de l’opposition  dont le chef de l’opposition.  Je crois aussi que il y a une assez grande compréhension pour  vouloir véritablement aller vers des relations apaisées entre les autorités gouvernementales et l’opposition de manière à répondre à ce que l’UE a demandé.

D’abord, j’ai pris acte avec beaucoup de satisfaction  de l’annonce par le président qu’il y avait des élections législatives soit en mars ou en avril, je crois que c’est un élément important que l’UE attendait. Je pense que dans le camp du président il y a aussi une volonté de rencontrer les attentes de l’UE par rapport au dialogue politique et  par rapport au code électoral, et donc là aussi, il y a  un espace pour se faire  rencontrer les points de vue. Pour ce qui concerne l’opposition, il y a une opposition qui est évidemment un peu plus radicale que l’autre mais je pense avoir compris que elle est aussi disposée à aller positivement vers le dialogue politique. Maintenant j’espère de toutes mes forces que cela va se faire. Je resterai en tout cas extrêmement  proche de ce processus, je resterai extrêmement engagé dans ce processus pour faire en sorte que très très rapidement nous puissions reprendre une coopération pleine et entière. J’espère pouvoir maintenant assez rapidement notifié la tranche du FED, c’est-à-dire la reprise de la coopération avec le Togo dès que les conditions sont remplies, mais on n’est pas loin de ces conditions, donc je suis assez optimiste. Pour le moment, je resterai à la disposition du Togo, des autorités gouvernementales et des autorités de l’opposition pour faire en sorte que les points de vue se rapprochent, pour que l’on puisse avoir des attitudes convergentes, ce qui est important pour la population du Togo. Ce qui est important, c’est que la coopération reprenne le plus vite   possible,   que le Togo ait des relations normalisées avec l’UE. C’est le vœu de l’UE, en tout cas, c’est  aussi mon  vœu le plus cher.

 

 

 
   

 
 
 

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