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Propositions du CAR, de la CDPA et de l’UFC
A
Monsieur le Premier Ministre de la République
Togolaise
Nos trois partis, le CAR,
la CDPA et l’UFC ont reçu la lettre en date du 13
décembre 2004 par laquelle vous avez bien voulu les
inviter à prendre part à une réunion le mercredi 15
décembre 2004 à 9 heures à la Salle Entente du CASEF
avec pour ordre du jour, l’examen du cadre
électoral.
Il s’agit là , nous en
convenons tous , du thème central des 22
engagements. Et ce n’est pas par hasard. Car si
depuis 1990, nos populations se sont battues avec
d’immenses sacrifices en vies humaines, en intégrité
physique, de dégâts matériels et de départs massifs
en exil, c’est pour pouvoir jouir d’un cadre
électoral qui leur permette de choisir librement
leurs dirigeants.
Le sujet mérite donc d’être
abordé avec tout le sérieux qu’il faut. C’est
pourquoi nos trois partis tiennent à déplorer à
nouveau que cette rencontre ait été initiée sans
qu’un accord soit intervenu sur les modalités du
dialogue national, notamment sur la procédure de
règlement des points de divergence.
Ce d’autant plus que le cadre
électoral auquel vous vous étiez engagé le 14 avril
2004 à Bruxelles et que le Conseil de l’UE a rappelé
dans sa décision du 15 novembre 2004, nécessite
l’adhésion de toutes les parties prenantes au
dialogue national.
C’est à cet effet que nous
avons précédemment proposé qu’un médiateur neutre
soit désigné d’un commun accord. C’est la seule
façon d’éviter que le dialogue national ne continue
à être un dialogue de sourds.
Malheureusement, votre
délégation a rejeté l’idée. C’est pour cette raison
que les discussions n’ont pas jusqu’à ce jour ,
démarré.
Nous voudrions toutefois,
dans le prolongement de notre déclaration du 14
octobre 2004, exposer les grandes lignes de nos
propositions afférentes au cadre électoral.
Il va de soi qu’en cas de
désaccord de votre délégation, les propositions que
nous formulerons à l’instant ne sauraient être
soumises à des discussions de fond qu’une fois que
nous nous serions entendus avec vous sur la manière
de régler les points de divergence.
Ces propositions sont
inspirées par le souci de trouver des solutions
consensuelles aux préoccupations que nos trois
partis n’ont cessé d’exprimer depuis des années.
Les préoccupations en
question portent essentiellement sur onze points :
1. la CENI et les structures
électorales locales
2. les conditions d’éligibilité aux
différentes élections
3. les cas d’incompatibilité avec le
mandat de député
4. le mode de désignation des
sénateurs
5. le mode de scrutin
6. le découpage électoral
7. le montant du cautionnement pour
les diverses élections
8. le recensement électoral
9. le règlement du contentieux
électoral
10. l’observation des élections
11. l’environnement institutionnel
Les propositions afférentes à chacun de ces points
sont les suivantes :
-
S’agissant
de la CENI et des structures électorales locales :

a)
il importe que la CENI soit rétablie, en
application des indications de l’engagement n° 1-3,
dans les fonctions d’organisatrice des élections qui
lui ont été assignées par l’Accord cadre de Lomé.
Cela implique le rétablissement des articles 9, 10,
11, 12 et 13 du code électoral du 05 avril 2000 et
des articles qui en sont dérivés, avec pour
conséquence, l’abrogation des dispositions
correspondantes des lois modificatives du 12 mars
2002 et du 7 février 2003.
b)
il convient de rétablir dans les mêmes
conditions, les commissions électorales locales, les
commissions des listes et cartes, les comités des
listes et cartes, les structures de gestion du vote
au jour du scrutin :
-
dans leur composition paritaire entre le
pouvoir et l’Opposition
-
dans leurs attributions garantissant la
préparation conjointe des élections par le pouvoir
et l’opposition.
Il y a lieu de rétablir à cet
effet les articles 21 à 34 du code électoral du 5
avril 2000 et les articles qui en sont dérivés avec
l’abrogation subséquente des dispositions
correspondantes des lois modificatives susvisées du
12 mars 2002 et du 7 février 2003.
c)
Il importe, pour une composition appropriée
de la CENI et des structures électorales locales, de
préciser les contours de la notion d’opposition.
-
Pour ce qui
concerne les conditions d’éligibilité :
a)
il faut s’en tenir
aux dispositions de l’article 62 de la Constitution
du 14 octobre 1992 qui stipule : être « de
nationalité togolaise de naissance ».
b)
supprimer le délai de résidence pour les
élections aussi bien législatives que
présidentielles pour tenir compte du départ de
nombreux Togolais contraints à l’exil par la
situation politique du Togo.
-
Les cas
d’incompatibilité :
L’interdiction de cumul de la
profession d’avocat avec le mandat de député ou de
sénateur est abusive et discriminatoire en tant
qu’elle ne se justifie guère et ne s’applique pas
aux pratiquants des autres professions libérales
(architectes, notaires, huissiers, médecins,
vétérinaires…)
4.Pour ce qui concerne le Sénat, au
cas où sa création serait jugée opportune par le
dialogue national, il conviendrait :
a)
d’abroger les innovations de la constitution
habilitant le Chef de l’Etat à nommer d’autorité le
tiers de ses membres
b)
de faire élire ses membres au suffrage
direct
c)
de réexaminer ses prérogatives
5. Pour le mode de scrutin
Il faut revenir au
système uninominal majoritaire à deux tours pour les
élections présidentielles et législatives.
6. Concernant le découpage
national pour les élections législatives :
Il convient de le revoir
pour l’ajuster à la configuration démographique du
pays et la continuité territoriale.
7. S’agissant du
cautionnement :
Il est nécessaire de le ramener :
a)
pour les élections présidentielles, à
5.000.000 F CFA
b)
pour les élections législatives, à 100.000 F
CFA
c)
pour les élections locales :
-à 50 000 F CFA par liste de
conseillers au nombre inférieur ou égal à 10
-à 75 000 F CFA par liste de conseillers au nombre
compris entre 10 et 25
-à 100 000 F CFA par liste de conseillers au nombre
supérieur à 25
8. Règlement du
contentieux électoral :
Il convient :
a)
de rétablir la procédure préliminaire de
règlement à l’amiable des plaintes électorales par
la sous-commission du contentieux
b)
de recomposer la Cour Constitutionnelle
9. Observation des
élections :
Conformément à l’article
9 (12è tiret) du Code électoral du 05 avril 2000, il
importe de rétablir l’implication des observateurs
nationaux dans les processus électoraux.
10. Recensement
électoral :
Compte tenu des
contestations multiples du ficher électoral
(radiations injustifiées, gonflement des listes,
maintien des noms de personnes décédées, refus
d’inscription de certains citoyens ne se trouvant
pas sur la liste à leur majorité), il s’avère
nécessaire de procéder à un recensement électoral
pour obtenir un fichier fiable.
11. Environnement
institutionnel :
Il ne peut y avoir
d’élections régulières, susceptibles de déboucher
sur un gouvernement apte à imprimer un nouvelle
orientation à la gestion du pays sans un
environnement institutionnel propice à cet effet.
C’est pourquoi les trois
partis auteurs des présentes propositions estiment
qu’il est indispensable d’abroger les diverses
modifications constitutionnelles de décembre 2002
visant à dépouiller à l’ avance, le gouvernement
éventuel de cohabitation de ses prérogatives par le
renforcement des pouvoirs du Président de la
République et sa mainmise sur toutes les
institutions de l’Etat.
Il importe notamment de garantir :
-
la nomination du Premier ministre au sein de
la majorité,
-
le rétablissement au Premier Ministre du
pouvoir de nomination aux emplois d’Etat pour la
mise en œuvre de son programme de gouvernement
-
le libre fonctionnement des institutions :
les Cours et Tribunaux, la HAAC, la Cour
Constitutionnelle…
Tels sont, Monsieur le Premier Ministre, les divers
aspects sur lesquels le cadre électoral en vigueur
doit être révisé pour que les élections à venir
soient régulières et opportunes.
Fait à Lomé, le 15
décembre 2004
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