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Hausse des prix du carburant:
les Togolais vont garer motos et voitures
Justin
Hèzu Tiyé
Le gouvernement togolais a
procédé, en catimini, à partir de minuit du 1er
décembre, à l’augmentation du prix du carburant à la
pompe. Aucun avis ne prévenait les consommateurs
d’une pareille augmentation. Mais les Togolais ont
été surpris le 1er décembre au matin
d’une telle augmentation. Les prix de l’essence
ordinaire passe de 360F /litre
à 415F /litre ; le prix du
Super passe de 365F/litre
à 420F / litre ; le prix
du Mélange passe de 395F/
litre à 490F/ litre.
Et les justifications commentées par les
journalistes sont presque
fallacieuses. On avance les prix du carburant élevé
dans la sous région Dakar, Cotonou, Accra...) alors
que ceux du Togo sont les plus bas. La flambée des
prix du pétrole sur le marché international
justifierait une telle augmentation. Mais la hausse
des prix de carburant au Togo devait tenir compte du
pouvoir d’achat et des revenus du Togolais. Tous les
prix sont en hausse (carburant, sucre, matériaux de
construction, l’électricité, l’eau) alors que les
salaires stagnent. Depuis la grotesque augmentation
de 5% d’Edem Kodjo en décembre 1995, rien n’a été
fait dans ce domaine. Les avancements sur salaires
sont interrompus. Les primes et autres avantages ne
vont qu’aux dignitaires du régime. D’ailleurs eux
n’achètent ni carburant, ne paient ni loyer, ni eau,
ni électricité. Ils sont vaccinés contre les taxes.
L’échec de l’instauration des systèmes de péage
tient de la cherté du carburant. Un responsable de
l’UNISYNDICTO, l’un des syndicats de transporteurs
du Togo, que nous avons approché a expliqué qu’en
fait, le prix réel du carburant ne dépasse pas 160
F/litre. Le reste du prix du litre prend en compte
les péages, les salaires des cantonniers, (ceux qui
sont chargés de tailler les abords des routes), la
consommation en carburant de tous ceux qui se
servent au ticket. « C’est nous qui payons leur
eau, leur électricité, leur carburant. Quand ils
fixent le prix du kilowattheure, ils prennent en
compte leur consommation à eux. », s’est indigné
ce responsable avant de poursuivre : « Nous avons
expliqué au ministre du commerce que s’il institue
le péage, qu’il réduise le prix du carburant »,
a expliqué ce responsable. C’est pourquoi les postes
de péage construits sur la route de Kpalimé et à
Sotouboua ne sont pas opérationnels. Et les
chauffeurs s’étonnent qu’on construise un troisième
péage à Davié.
Cette nouvelle hausse du prix du carburant aura des
conséquences désastreuses : tous les prix vont
connaître une hausse par une simple logique
commerciale : les chauffeurs vont augmenter les
frais de transports. Il faut près de 10 000 francs
pour aller de Dapaong à Lomé. Les commerçants vont
également augmenter les prix des consommables
proportionnellement au capital investit, frais de
transport et prix d’achat y compris. C’est le panier
de la ménagère qui va encore couiner de détresse.
Surtout la ménagère de l’enseignant contractuel. Le
service de contrôle de prix n’a d’existence
qu’administrative. L’association des consommateurs
est une aile bavarde du RPT.
L’enseignant contractuel gagne près de 35 000
F par mois avec le niveau
BEPC, 50 000 / mois avec le niveau BAC, 90 000/ mois
avec une Maîtrise, sans pension retraite, sans
couverture sociale. Le loyer exorbitant exige
parfois une avance sur loyer de près de 10 mois.
Certains logeurs poussent la fantaisie jusqu’à
réclamer une avance sur loyer de 3 à 5 ans. Les
logeurs font leur loi et le gouvernement s’en fout.
Puisqu’ils sont eux-mêmes propriétaires de logements.
Avec un salaire pareil, on tient à peine un mois. Le
salaire arrive en retard alors qu’on est déjà
endetté. C’est avec ce salaire qu’il faudra payer la
scolarité de ses enfants, 50 000 pour l’Université
de Lomé, 25 000 pour l’Université de Kara. Dans
certaines écoles de formation, il faut payer entre
250 000 et 500 000 par an pendant 2 ans pour obtenir
un BTS. C’est avec ce salaire qu’il faut se soigner,
soigner sa famille, se nourrir, épargner avec le
rêve de pouvoir construire sa maison un jour. Ce
rêve n’est plus permis pour les salariés. Un prêt
bancaire est un suicide.
Cette augmentation du prix du carburant devait
amener les syndicats des transporteurs à protester,
à exprimer leur amertume. Comme le mois dernier au
Nigeria. Mais depuis hier, aucun mouvement ne
profile à l’horizon. Chacun semble décidé à
s’enrichir sur le dos des salariés. La logique « puisqu’ils
ont augmenté, nous augmentons » fait son petit
bonhomme de chemin. Et vogue la République dirigée
de manière criminelle par le général Eyadema, depuis
quarante ans. Hier matin à la pompe Texaco, au
niveau de Ramco, un motocycliste a ironisé : « Si
la reprise de l’aide (sic) de l’Union
Européenne doit entraîner l’augmentation des prix,
que l’Union Européenne retourne avec ses aides »,
et de s’entendre répondre par un autre « C’est
toi qui les écoutes. Ce ne sont que des menteurs et
des voleurs ». Le gouvernement d’Eyadema est un
gouvernement de menteurs et de voleurs qui a coopté
la kleptocratie comme système de gouvernment. |