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3 déc . 2004

Hausse des prix du carburant: les Togolais vont garer motos et voitures
Justin Hèzu Tiyé

Le gouvernement togolais a procédé, en catimini, à partir de minuit du 1er décembre, à l’augmentation du prix du carburant à la pompe. Aucun avis ne prévenait les consommateurs d’une pareille augmentation. Mais les Togolais ont été surpris le 1er décembre au matin d’une telle augmentation. Les prix de l’essence ordinaire passe de 360F /litre à 415F /litre ; le prix du Super passe de 365F/litre à 420F / litre ; le prix du Mélange passe de 395F/ litre à 490F/ litre.

Et les justifications commentées par les journalistes sont presque fallacieuses. On avance les prix du carburant élevé dans la sous région Dakar, Cotonou, Accra...) alors que ceux du Togo sont les plus bas. La flambée des prix du pétrole sur le marché international justifierait une telle augmentation. Mais la hausse des prix de carburant au Togo devait tenir compte du pouvoir d’achat et des revenus du Togolais. Tous les prix sont en hausse (carburant, sucre, matériaux de construction, l’électricité, l’eau) alors que les salaires stagnent. Depuis la grotesque augmentation de 5% d’Edem Kodjo en décembre 1995, rien n’a été fait dans ce domaine. Les avancements sur salaires sont interrompus. Les primes et autres avantages ne vont qu’aux dignitaires du régime. D’ailleurs eux n’achètent ni carburant, ne paient ni loyer, ni eau, ni électricité. Ils sont vaccinés contre les taxes.

L’échec de l’instauration des systèmes de péage tient de la cherté du carburant. Un responsable de l’UNISYNDICTO, l’un des syndicats de transporteurs du Togo, que nous avons approché a expliqué qu’en fait, le prix réel du carburant ne dépasse pas 160 F/litre. Le reste du prix du litre prend en compte les péages, les salaires des cantonniers, (ceux qui sont chargés de tailler les abords des routes), la consommation en carburant de tous ceux qui se servent au ticket. « C’est nous qui payons leur eau, leur électricité, leur carburant. Quand ils fixent le prix du kilowattheure, ils prennent en compte leur consommation à eux. », s’est indigné ce responsable avant de poursuivre : « Nous avons expliqué au ministre du commerce que s’il institue le péage, qu’il réduise le prix du carburant », a expliqué ce responsable. C’est pourquoi les postes de péage construits sur la route de Kpalimé et à Sotouboua ne sont pas opérationnels. Et les chauffeurs s’étonnent qu’on construise un troisième péage à Davié.

Cette nouvelle hausse du prix du carburant aura des conséquences désastreuses : tous les prix vont connaître une hausse par une simple logique commerciale : les chauffeurs vont augmenter les frais de transports. Il faut près de 10 000 francs pour aller de Dapaong à Lomé. Les commerçants vont également augmenter les prix des consommables proportionnellement au capital investit, frais de transport et prix d’achat y compris. C’est le panier de la ménagère qui va encore couiner de détresse. Surtout la ménagère de l’enseignant contractuel. Le service de contrôle de prix n’a d’existence qu’administrative. L’association des consommateurs est une aile bavarde du RPT.

L’enseignant contractuel gagne près de 35 000 F par mois avec le niveau BEPC, 50 000 / mois avec le niveau BAC, 90 000/ mois avec une Maîtrise, sans pension retraite, sans couverture sociale. Le loyer exorbitant exige parfois une avance sur loyer de près de 10 mois. Certains logeurs poussent la fantaisie jusqu’à réclamer une avance sur loyer de 3 à 5 ans. Les logeurs font leur loi et le gouvernement s’en fout. Puisqu’ils sont eux-mêmes propriétaires de logements. Avec un salaire pareil, on tient à peine un mois. Le salaire arrive en retard alors qu’on est déjà endetté. C’est avec ce salaire qu’il faudra payer la scolarité de ses enfants, 50 000 pour l’Université de Lomé, 25 000 pour l’Université de Kara. Dans certaines écoles de formation, il faut payer entre 250 000 et 500 000 par an pendant 2 ans pour obtenir un BTS. C’est avec ce salaire qu’il faut se soigner, soigner sa famille, se nourrir, épargner avec le rêve de pouvoir construire sa maison un jour.  Ce rêve n’est plus permis pour les salariés. Un prêt bancaire est un suicide.

Cette augmentation du prix du carburant devait amener les syndicats des transporteurs à protester, à exprimer leur amertume. Comme le mois dernier au Nigeria. Mais depuis hier, aucun mouvement ne profile à l’horizon. Chacun semble décidé à s’enrichir sur le dos des salariés. La logique « puisqu’ils ont augmenté, nous augmentons » fait son petit bonhomme de chemin. Et vogue la République dirigée de manière criminelle par le général Eyadema, depuis quarante ans. Hier matin à la pompe Texaco, au niveau de Ramco, un motocycliste a ironisé : « Si la reprise de l’aide (sic) de l’Union Européenne doit entraîner l’augmentation des prix, que l’Union Européenne retourne avec ses aides », et de s’entendre répondre par un autre « C’est toi qui les écoutes. Ce ne sont que des menteurs et des voleurs ». Le gouvernement d’Eyadema est un gouvernement de menteurs et de voleurs qui a coopté la kleptocratie comme système de gouvernment.

 

 
   

 
 
 

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