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1er déc . 2004

La francophonie: une cocotte-minute pour une ratatouille de cultures
Samuel Batchati

« Et j’ai beau avaler sept gorgées d’eau
trois à quatre fois par vingt-quatre heures
me revient mon enfance
dans un hoquet secouant
mon instinct
tel le flic le voyou
Désastre
parlez-moi du désastre
parlez-m’en
(…)
Ma mère voulant d’un fils mémorandum  
(…)
Taisez-vous
Vous ai-je ou non dit qu’il vous fallait parler français
le français de France
le français du français
le français français »

Avis à Jacques Chirac: « les colonies sont faites pour être perdues »

Après Beyrouth en 2002, la Francophonie a transporté ses pénates à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, dont le président Blaise Compaoré est en puante harmonie avec ses voisins du Togo, de la Mauritanie et de la Côte d’ Ivoire. Ainsi donc, du 26 au 27 novembre s’est tenue la messe basse des locuteurs de la langue française. Le grand gourou Jacques Chirac a atterri dans la capitale burkinabé le 25 novembre en provenance de Tripoli, où il avait été alléché par l’odeur du pétrole. Pour deux jours, les Burkinabés vont oublier le Moré, le Malinké, le Houssa, le peulh, et conjuguer le verbe parler à l’imparfait du subjonctif au pas de la syntaxe française : malédiction de malédiction que nous parlassions français, le français de France, le français français. Parce que c’est en fait ça la francophonie : une faune où l’ogre gaulois traque et croque les dialectes et les « culturettes ». Les identités.

Qu’on en juge par les prolégomènes d’Onésime Reclus, le fondateur de cette barbarie linguistique où des différents sommets il apparaît tout de suite cette image allégorique d’une grosse cocotte-minute pour une ratatouille de cultures et d’identités. Les cordons bleus sont bien entendu, ces naïfs professeurs de français, les écrivains et autres bricoleurs de la langue de Voltaire. Les vraies convives, qui ne se querellent pas pour cette ratatouille, sont les présidents qui eux se partagent les dividendes du pétrole, du cacao, du café, de la vente d’armements, du diamant et autres pierreries qui font glousser d’appétit et donnent aux cupides les yeux rotatoires du caméléon.

Lors même que leurs peuples croupissent dans une noire misère de crotte-vie. Aussi les sommets de la francophonie sont-ils le thermomètre de l’allégeance des fieffés médiocrates à leur gourou suprême de France. Qu'on l'ait appelé Charles de Gaule, Georges Pompidou, Valery Giscard d'Estaing, François Mitterrand, ou qu'on l'appelle aujourd'hui Jacques Chirac. A la réalité la francophonie est un alambic où se distillent tous les coups foireux, où se planifient les pillages des ressources agricoles et minières par une France flibustière pendant que les benêts roitelets de cinéma d’animation, fascinés par l’éloquence chiraquienne, bradent sols, sous-sols, peuples et cultures pour demeurer au pouvoir encore et toujours.

C’est dans ce contexte de marché aux puces où se troquent bimbeloteries  contre raison d’Etat, drogue contre armes, pétrole contre une accolade à l’Elysée, cacao contre le tapis rouge que se tient ce 10ème sommet de la Francophonie , de cette franconnerie qui embobine même le Moro Naba.   10ème sommet placé sous le thème « Développement durable » : espace solidaire pour un développement durable, comme pour faire la nique à tous ces crève-de-faim, insectes méprisables que la police écarte à l’arrivée du touriste. Développement durable : une autre mystification après la lutte contre la pauvreté, une chausse-trappe définitionnelle, un labyrinthe d’objectifs tellement subjectifs, de rhétoriques fumeuses, de programmes creux, de plans d’action stériles, d’indicateurs objectivement vérifiables qui en fait indiquent le plein des poches et des ventres.

Toutefois selon certains experts, le développement humain durable serait « une approche intégrée et fonctionnelle fondée sur les réalités socioculturelles du milieu et qui par l’information, l’éducation, la communication et la formation, tente de développer la prise de conscience critique, et des attitudes responsables afin de permettre aux individus et aux groupes d’agir d’une manière rationnelle sur des questions de populations et d’environnement en vue d’un développement soutenu et durable centré sur l’homme. »  Allez demander au Bédouin de reboiser le Sahara ou au Bushman de reboiser le Kalahari et il vous regardera ainsi qu’un insecte martien. Conseillez au paysan du Sertão de consommer du biodégradable au risque de voir un jour tomber sur sa tête tout le ciel et son plafond d’ozone !

Ainsi le développement humain durable vise à contribuer à l’amélioration de la qualité de la vie et de la qualité de l’environnement à travers des actions d’éducation et de communication actives selon une perspective pluridisciplinaire.  Les indicateurs d’un tel niveau de vie seront : la santé, l’éducation, les emplois disponibles, l’accès au médias, la femme dans le développement, la bonne gouvernance et l’environnement.

La prétention de l’OIF, (Organisation Intergouvernementale de la Francophonie), n’est pas seulement hardie, elle est irresponsable, hypocrite et injurieuse à l’endroit des peuples d’Afrique francophone. Une carte africaine de la misère révèlera la densité de la pauvreté dans les pays francophones à la tête desquels, d’indécrottables dictatures imposent la logique de la gâchette. Pour concrétiser un tel idéal, il faudrait que la France recrache le pétrole, le phosphate, le diamant, l’or, le cacao, le café de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Zaïre, aujourd’hui RDC, du Congo… dont elle s’est empiffrée depuis Napoléon Bonaparte.

Au lieu de théoriser, d’idéaliser et de chimériser sur le développement durable, ce sommet a eu le courage de poser la question de l’occupation ivoirienne par les troupes françaises selon un pacte moyenâgeux mité. S’ils n’étaient des pitres de cinéma d’animation, les chefs d’Etat devaient demander à Chirac de retirer ses troupes de militaires cambrioleurs de la Côte d’Ivoire qui est un Etat souverain. Mais même les absents (Togo et Mauritanie) soutiennent que les accords de Marcoussis et d’Accra III doivent être appliqués à la lettre. L’accord de Ouagadougou est une pâle copie des accords de Marcoussis et d’Accra. Il n’est point de doute aujourd’hui : c’est l’OIF qui veut le départ de Gbagbo et les ex-rebelles ne sont que la main exécutrice de la sentence. Pour quelques barres de chocolats. Ces niquedouilles de présidents devraient rappeler à Chirac cette assertion d’Henry de Montherlant : « les colonies sont faites pour être perdues ». La Côte d’Ivoire a cessé d’être une colonie alors que Chirac biberonnait en politique. En 1960. Si Chirac n'était pas de cette espèce d'esclavagistes en voie de disparition, il refléchirait par deux fois avant d'aller détruire l'aviation d'un pays souverain, dévoilant ainsi les motivations réelles d'une guerre dont le concept bidon de l'ivoirité n'a été qu'un prétexte.

La Francophonie est cette honteuse livrée endossée par les Africains pour une perversion d’identités et de cultures.  Ou plus matériellement pour brader les pays à tout héritier de Bonaparte. Quelle culture revendiquer quand l’identité elle-même est fourvoyée, pervertie ? Si une culture n’est pas une arme revendicatrice d’identité et de liberté, elle n’est point une culture. Et si une identité ne protège pas sa culture, elle est corrompue. C'est à tort donc que certains Africains ont cru devoir combattre Sékou Touré et NKrumah en espérant qu'une allégence si minimale fût-elle au loup dans la bergerie, amènerait à un développement durable. Félix Houphouet Boigny se mord certainement les lèvres à la simple idée que Chirac a fait bombarder les palais préssidentiels de son pays!

La mort certaine de nos cultures au profit d’une sorte de Mac Do culturel, est le corollaire d’une sublimation desdites cultures africaines, leur dérivation, leur déviation vers une universalité francophone. La culture qui devait affranchir l’Africain de la tutelle française et occidentale, est une laisse par laquelle il est tenu. L’identité sui generis de l’homo africanus se définit désormais par la capacité à oublier sa langue, « son honteux patois » plutôt, véhicule de culture et se caractérise par la pauvreté. Les velléités expansionnistes, fascisantes, néo-impérialistes de la francophonie débarqueront dans les couvents à Ouidah et à Cotonou des Français franchouillards traînant après eux leur minable french cancan. Et seront finies les transes cosmiques des nubiles au dieu Vaudou.

Depuis Senghor, la culture et l’identité sont une sorte de compte bancaire dont l’avoir s’accroît de versements extérieurs et de bénéfices générés et se vide des différents remboursements et retraits.

La bambaraphonie lancée au sommet de Ouagadougou ne sera possible que lorsque le soleil sera habitable.

 

 
   

 
 
 

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