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Après
Beyrouth en 2002, la Francophonie
a transporté ses pénates à
Ouagadougou, capitale du Burkina
Faso, dont le président Blaise
Compaoré est en puante harmonie
avec ses voisins du Togo, de la
Mauritanie et de la Côte d’ Ivoire.
Ainsi donc, du 26 au 27 novembre
s’est tenue la messe basse des
locuteurs de la langue française.
Le grand gourou Jacques Chirac a
atterri dans la capitale burkinabé
le 25 novembre en provenance de
Tripoli, où il avait été alléché
par l’odeur du pétrole. Pour deux
jours, les Burkinabés vont oublier
le Moré, le Malinké, le Houssa, le
peulh, et conjuguer le verbe
parler à l’imparfait du subjonctif au
pas de la syntaxe française :
malédiction de malédiction que
nous parlassions français, le
français de France, le français
français. Parce que c’est en fait
ça la francophonie : une faune où
l’ogre gaulois traque et croque
les dialectes et les « culturettes ».
Les identités.
Qu’on en juge
par les prolégomènes d’Onésime
Reclus, le fondateur de cette
barbarie linguistique où des
différents sommets il apparaît
tout de suite cette image
allégorique d’une grosse
cocotte-minute pour une
ratatouille de cultures et
d’identités. Les cordons bleus
sont bien entendu, ces naïfs
professeurs de français, les
écrivains et autres bricoleurs de
la langue de Voltaire. Les vraies
convives, qui ne se querellent pas
pour cette ratatouille, sont les
présidents qui eux se partagent
les dividendes du pétrole, du
cacao, du café, de la vente
d’armements, du diamant et autres
pierreries qui font glousser
d’appétit et donnent aux cupides
les yeux rotatoires du caméléon.
Lors même que leurs peuples
croupissent dans une noire misère
de crotte-vie. Aussi les sommets
de la francophonie sont-ils le
thermomètre de l’allégeance des
fieffés médiocrates à leur gourou
suprême de
France. Qu'on l'ait appelé Charles
de Gaule, Georges Pompidou, Valery
Giscard d'Estaing, François
Mitterrand, ou qu'on l'appelle
aujourd'hui Jacques Chirac. A la
réalité la francophonie est un
alambic où se distillent tous les
coups foireux, où se planifient
les pillages des ressources
agricoles et minières par une
France flibustière pendant
que les benêts roitelets de cinéma
d’animation, fascinés par
l’éloquence chiraquienne, bradent
sols, sous-sols, peuples et
cultures pour demeurer au pouvoir
encore et toujours.
C’est dans ce
contexte de marché aux puces où se
troquent bimbeloteries contre
raison d’Etat, drogue contre armes,
pétrole contre une accolade à
l’Elysée, cacao contre le tapis
rouge que se tient ce 10ème
sommet de la Francophonie , de
cette franconnerie qui
embobine même le Moro Naba. 10ème
sommet placé sous le thème « Développement
durable » : espace solidaire pour
un développement durable, comme
pour faire la nique à tous ces
crève-de-faim, insectes
méprisables que la police écarte à
l’arrivée du touriste.
Développement durable : une autre
mystification après la lutte
contre la pauvreté, une
chausse-trappe définitionnelle, un
labyrinthe d’objectifs tellement
subjectifs, de rhétoriques
fumeuses, de programmes creux, de
plans d’action stériles,
d’indicateurs objectivement
vérifiables qui en fait indiquent
le plein des poches et des ventres.
Toutefois selon certains experts,
le développement humain durable
serait « une approche intégrée
et fonctionnelle fondée sur les
réalités socioculturelles du
milieu et qui par l’information,
l’éducation, la communication et
la formation, tente de développer
la prise de conscience critique,
et des attitudes responsables afin
de permettre aux individus et aux
groupes d’agir d’une manière
rationnelle sur des questions de
populations et d’environnement en
vue d’un développement soutenu et
durable centré sur l’homme. » Allez demander au Bédouin de
reboiser le Sahara ou au Bushman
de reboiser le Kalahari et il vous
regardera ainsi qu’un insecte
martien. Conseillez au paysan du
Sertão de consommer du
biodégradable au risque de voir un
jour tomber sur sa tête tout le
ciel et son plafond d’ozone !
Ainsi le
développement humain durable vise
à contribuer à l’amélioration de
la qualité de la vie et de la
qualité de l’environnement à
travers des actions d’éducation et
de communication actives selon une
perspective pluridisciplinaire.
Les indicateurs d’un tel niveau de
vie seront : la santé, l’éducation,
les emplois disponibles, l’accès
au médias, la femme dans le
développement, la bonne
gouvernance et l’environnement.
La prétention de l’OIF, (Organisation
Intergouvernementale de la
Francophonie), n’est pas seulement
hardie, elle est irresponsable,
hypocrite et injurieuse à
l’endroit des peuples d’Afrique
francophone. Une carte africaine
de la misère révèlera la densité
de la pauvreté dans les pays
francophones à la tête desquels,
d’indécrottables dictatures
imposent la logique de la gâchette.
Pour concrétiser un tel idéal, il
faudrait que la France recrache le
pétrole, le phosphate, le diamant,
l’or, le cacao, le café de la Côte
d’Ivoire, du Togo, du Zaïre,
aujourd’hui RDC, du Congo… dont
elle s’est empiffrée depuis
Napoléon Bonaparte.
Au lieu de
théoriser, d’idéaliser et de
chimériser sur le
développement durable, ce sommet a
eu le courage de poser la question
de l’occupation ivoirienne par les
troupes françaises selon un pacte
moyenâgeux mité. S’ils n’étaient
des pitres de cinéma d’animation,
les chefs d’Etat devaient demander
à Chirac de retirer ses troupes de
militaires cambrioleurs de la Côte
d’Ivoire qui est un Etat souverain.
Mais même les absents (Togo et
Mauritanie) soutiennent que les
accords de Marcoussis et d’Accra
III doivent être appliqués à la
lettre. L’accord de Ouagadougou
est une pâle copie des accords de
Marcoussis et d’Accra. Il n’est
point de doute aujourd’hui : c’est
l’OIF qui veut le départ de Gbagbo
et les ex-rebelles ne sont que la
main exécutrice de la sentence.
Pour quelques barres de chocolats. Ces niquedouilles de présidents
devraient rappeler à Chirac cette
assertion d’Henry de Montherlant : « les
colonies sont faites pour être
perdues ». La Côte d’Ivoire a cessé d’être une colonie alors que
Chirac biberonnait en politique.
En 1960. Si
Chirac n'était pas de cette espèce
d'esclavagistes en voie de
disparition, il refléchirait par
deux fois avant d'aller détruire
l'aviation d'un pays souverain,
dévoilant ainsi les motivations
réelles d'une guerre dont le
concept bidon de l'ivoirité n'a
été qu'un prétexte.
La
Francophonie est cette honteuse
livrée endossée par les Africains
pour une perversion d’identités et
de cultures. Ou plus
matériellement pour brader les
pays à tout
héritier de Bonaparte. Quelle culture
revendiquer quand l’identité
elle-même est fourvoyée, pervertie ?
Si une culture n’est pas une arme
revendicatrice d’identité et de
liberté, elle n’est point une
culture. Et si une identité ne
protège pas sa culture, elle est
corrompue.
C'est à tort donc que certains
Africains ont cru devoir combattre
Sékou Touré et NKrumah en espérant
qu'une allégence si minimale
fût-elle au loup dans la bergerie,
amènerait à un développement
durable. Félix Houphouet Boigny se
mord certainement les lèvres à la
simple idée que Chirac a fait
bombarder les palais
préssidentiels de son pays!
La mort certaine de nos
cultures au profit d’une sorte de
Mac Do culturel, est le corollaire
d’une sublimation desdites
cultures africaines, leur
dérivation, leur déviation vers
une universalité francophone. La
culture qui devait affranchir
l’Africain de la tutelle française
et occidentale, est une laisse par
laquelle il est tenu. L’identité
sui generis de l’homo africanus se
définit désormais par la capacité
à oublier sa langue, « son honteux
patois » plutôt, véhicule de
culture et se caractérise par la
pauvreté. Les velléités
expansionnistes, fascisantes,
néo-impérialistes de la
francophonie débarqueront dans les
couvents à Ouidah et à Cotonou des
Français franchouillards traînant
après eux leur minable french
cancan. Et seront finies les
transes cosmiques des nubiles au
dieu Vaudou.
Depuis Senghor, la
culture et l’identité sont une
sorte de compte bancaire dont
l’avoir s’accroît de versements
extérieurs et de bénéfices générés
et se vide des différents
remboursements et retraits.
La
bambaraphonie lancée au sommet
de Ouagadougou ne sera possible
que lorsque le soleil sera
habitable.
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