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19 Nov. 2004

La coopération entre l'Union européenne et le Togo sera-t-elle reprise ou pas?
Joseph Takeli

Par une décision ambiguë rendue, selon toute vraisemblance sur la pointe des pieds, le conseil de l’Union Européenne aurait pris la décision de conclure les consultations avec le Togo relancées dans le cadre de l’accord de Cotonou. Selon un texte non daté et rendu public par la presse togolaise tant de l’opposition que du pouvoir, «Les consultations engagées avec la République togolaise conformément à l'article 96, paragraphe 2, point a, de l'accord de Cotonou sont terminées.»

Le site du gouvernement togolais quant à lui a sevré le texte en circulation de son dispositif en ne publiant que la lettre de l'UE adressée au PM Koffi Sama, qui est une annexe à la decision elle-même. Dans le texte publié par l'opposition, il y a un rappel qui n'existe nulle par dans les commentaires faits par le gouvernement: «1) Les règles circonscrites par les éléments essentiels de l'accord de Cotonou, visés à son article 9, ont été violées par le gouvernement de la République togolaise.»

Le texte qui n’a encore fait l’objet d’aucune publication officielle par l’UE fait  donc l’objet de toutes les interprétations au Togo. Selon Maître Agboyibo, « à ce jour, on ne peut pas parler de reprise de la coopération.» A travers le territoire togolais pourtant, le pouvoir organise des manifestations pour saluer la reprise de la coopération avec le Togo. L’AFP, d’habitude très prolixe sur ce genre d’événements est toujours muette. Seul Didier Samson a osé un texte intitulée «Reprise d'une coopération sous surveillance» publié sur le site de RFI.  

Au matin du 17 Novembre, Togoforum
.com a contacté la représentation de l’Union européenne à Lomé pour en savoir plus. Le chargé à l’information a déclaré que la décision en circulation n’est pas en sa possession. Il s'est dit surpris des réactions notées ça et là  et a ajouté qu’il ne pouvait en dire plus et que dès que la décision sera officielle, elle sera mise à la disposition de la presse.

Nous plaçant dans l'optique d'une décision vraiment rendue par l'UE, nous avons recueilli les reactions des leaders politique du Togo.  

Réaction de Me Agboyibo, Président National du CAR

TOGOFORUM: Me Agboyibo, le Conseil des ministres de l’UE vient de rendre sa décision sur le Togo. Cette décision est déjà perçue par le parti au pouvoir comme une victoire sur les forces du mal ; en témoignent les différentes manifestations, des marches et  des déclarations organisées à travers tout le pays.  Quelle est votre réaction  par rapport  à cette décision et à cet état de chose.

Maître Agboyibo: C’est une décision qui me paraît assez claire même si dans sa formulation elle est quelque peu diplomatique. Parce que, c’est vrai que quelque part, l’UE dit qu’elle lève dans le principe la décision de suspension de l’aide. Mais dans le même temps, toute la liste des conditionnalités laisse entrevoir qu’en réalité, l’UE ne bouge pas du tout, pas d’un iota. C’est cela qui me paraît extrêmement important, parce que c’est clairement dit que tant que le gouvernement n’aura pas apporté la preuve de sa disponibilité à respecter les principes démocratiques, les fonds actuellement gelés ne seront pas débloqués. Alors disons en terme d’interprétation, aujourd’hui que le grand problème que le Togo  a posé et continue de poser à la communauté internationale comme aux populations togolaises, c’est celui de sa disponibilité à respecter les principes démocratiques. Sur ce plan, l’UE ne se fait pas de doute. Donc, à ce jour, on ne peut pas parler de reprise de la coopération. Tout le monde est obligé d’attendre ce qui va se passer d’abord à propos de la question cruciale de l’élaboration d’un cadre électoral. Tout le monde attend ce que le gouvernement va faire. Etant donné que la position exprimée par Bruxelles vient bien après le 14 août, cela signifie que à ce jour on n’a pas encore de cadre électoral consensuel accepté par toutes les parties.

Secundo, il faut que les élections législatives soient organisées de manière régulière et  transparente avant que la reprise n’intervienne. Or, à ce jour il n’y a aucun signe qui puisse laisser entrevoir que les élections législatives seront organisées dans la perspective prévue par l’UE.

En fin de compte, moi je peux vous dire que ce que  Bruxelles a dit est capital, c’est une contribution de poids. Mais le plus important reste encore à faire, et c’est aux Togolais dans leur ensemble, toute sensibilité confondue de se mettre au travail. Parce que si on continue à tourner en round comme on le fait actuellement dans un jeu de prestige où chacun se croit plus fort que l’autre, nous n’avancerons pas. Bruxelles a fait ce qu’il peut faire,  aux Togolais de compléter, d’aller plus lion, d’améliorer en créant les conditions qui rendent possible l’application des recommandations de Bruxelles, en commençant par la question du cadre électoral. Je ne vois pas comment aujourd’hui, on peut arriver à ce cadre électoral sans passer par une transition, parce que la transition c’est un moment clé où les forces politiques du pays, forces différentes peuvent s’accepter. Et en s’acceptant, faire en sorte que,  un cadre électoral quelque soit celui qui en sort vainqueur, on est rassuré qu’il travaillera pour l’ensemble du pays. Dans ce cas, l’idéal recherché peut être atteint. Il en va de même pour les élections législatives. Dans le climat actuel de tension entre les formations politiques de l’opposition et du pouvoir, je ne vois pas comment cette aspiration d’élections régulières peut être assurée au mieux pour nos populations. Je dis donc que la solution, c’est la transition. Je ne cesse de le répéter. Tant que nous n’aurions pas fait le sacrifice de part et d’autre et le sacrifice incombe avant tout à ceux qui sont au pouvoir. C’est à eux d’être prêts à se de dessaisir d’une partie de leurs prérogatives, de leurs privilèges. Une fois qu’ils l’auront fait dans l’intérêt du pays, l’autre partie que nous sommes, l’opposition, nous devons aussi faire le nécessaire ce qui nous incombe pour qu’en fin de compte, ce pays entre dans une ère de reconstruction. Parce que c’est aux Togolais eux-mêmes de poser les bases de leur développement ; Bruxelles est pour nous, disons,  un appoint de poids,  mais c’est après tout un appoint. Bruxelles ne peut apporter qu’une contribution, le plus important incombe aux Togolais. 

 TOGOFORUM: Nous sommes revenus à la cause de départ, Me Agboyibo. Seriez-vous prêts, eu égard aux échecs répétés des négociations,   à reprendre le dialogue avec le pouvoir si l’invitation vous est adressée.

Maître Agboyibo: Dire qu’on est prêt à s’engager de nouveau au dialogue, c’est comme si à un moment donné on  a pu  douter de notre volonté à dialoguer avec le pouvoir. Cette volonté existe, continue d’exister. Et il s’agit d’aller à un vrai dialogue, le vrai dialogue, nous l’avons déjà défini. Il n’y avait pas de désaccord, il n’y aura pas de dialogue. C’est parce que les gens sont en désaccord que le dialogue est incontournable. Et une fois qu’on en est conscient, il faut trouver des mécanismes pour remonter ces points de désaccord. Et si jusqu’ici le dialogue n’a pas démarré, c’est que sur le principe, le gouvernement le premier ministre notamment, veut être à la fois partie au dialogue et arbitre des points de désaccord ; ce que nous n’avons pas accepté et qui fait qu’on traîne. Je pense qu’avec la décision que vient de prendre Bruxelles, si demain le gouvernement accepte qu’on mette en place un mécanisme de règlement de points de désaccord le dialogue va démarrer, mais si le premier ministre continue à dire ah ! moi je suis la patron, je prends les décisions, vous devez vous soumettre, je crains qu’on ne continue à faire le surplace.

Merci !

Réaction du Professeur Ginininvi de la CDPA
TOGOFORUM: Monsieur le Professeur, le conseil des ministres de l’UE vient de rendre publique sa décision sur le dossier  togolais. A l’analyse de la décision et de l’annexe, qui est une sorte de feuille de route adressée au Premier ministre, il semble qu’on est encore loin de la reprise de la coopération (un certain nombre de mesures concrètes devant être remplies). Pourtant, du côté du pouvoir, on semble dire que l’UE a décidé de reprendre sa coopération avec le Togo. Les différentes manifestations à travers tout le pays en disent long. Quelle est votre réaction par rapport à cette décision ?

Professeur Gnininvi: C’est vrai que nous tous, nous souhaitons la reprise de la coopération. A la limite, nous avons clairement dit depuis le début que notre crise politique, c’est l’affaire des Togolais et les Togolais voudraient que cette crise soit résolue une fois pour toute pour avoir une vie politique normale dans notre pays aussi. Nous nous sommes réjouis du fait que l’UE nous donne une incitation à aller dans ce sens là. Et nous avons répondu volontiers aux premières invitations du gouvernement pour participer aux  discussions. La décision de l’UE  ne nous surprend pas. Je dois tout d’abord les remercier, les féliciter pour la lucidité avec laquelle ils ont examiné le cas togolais parce  que au-delà du fruit, du tintamarre, de tout le boucan que le gouvernement a pu orchestrer autour de cette affaire, ils ont gardé sérénité pour essayer de voir le fond des dossiers, voir là où il y a eu  des progrès, là il n’y a en pas. Les progrès qui ont été notés par l’UE, on ne peut pas les contester mais ce sont des progrès qui sont réversibles, à savoir que le  pouvoir a toujours les moyens de recommencer dès le lendemain les mêmes exactions si bien que la vigilance est de mise et surtout,  je pense que l’opposition doit s’organiser pour gagner les élections de manière à empêcher définitivement la réédition de ces exactions-là. |

Donc, l’UE a été assez sobre dans sa déclaration pour ne pas léser l’une des parties. Si bien que la première partie du texte reprend un peu les analyses ou les conclusions que le gouvernement lui a transmises, mais la deuxième partie du texte réitère les exigences depuis le départ, à savoir, faire en sorte que la vie démocratique reprenne aussi au Togo ; et donc ils insistent en particulier sur le cadre électoral  acceptable par toutes les parties, je pense que ce sont des idées qui sont quand même positives. Et le gouvernement devrait en toute modestie tendre la main maintenant à l’opposition de manière qu’on discute d’une manière plus sereine. Il faudrait que les violences verbales cessent, les agressions non justifiées cessent et les montages dans les médias publics cessent aussi. Nous pouvons rebâtir ce pays ensemble, nous avons suffisamment de culture politique les uns et les autres pour savoir ce qu’il faut pour que ce pays avance.

TOGOFORUM: Le pouvoir célèbre à travers le pays ce qu’il appelle la victoire des forces du bien sur les forces du mal. Qu’avez-vous à dire ?

Professeur Gnininvi: Je voudrais dire que c’est normal un peu que dans un règlement comme ceci, chacune des parties se félicite des conclusions déposées par le médiateur, si tant est-il qu’on puisse appeler l’UE médiateur dans cette affaire. C’est de bonne guerre mais il faudrait le faire avec tact pour ne pas compromettre la suite parce que comme le dit si bien ce rapport, nous avons encore beaucoup d’efforts  à fournir de part et d’autre.

Réaction de JP Fabre SG de l’UFC
TOGOFORUM: Monsieur le SG, le conseil des ministres de l’UE vient de rendre sa copie sur le dossier togolais. Quelle analyse faites-vous de cette décision et quelles impressions vous inspirent ces scènes de liesses observées chez les partisans du pouvoir

JP Fabre: D’abord, je vais donner l’impression de mon parti sur le fond du texte adressé par l’UE au premier ministre.  Oui, quand on lit cette lettre, on se rend compte que l’UE n’est pas dupe de l’attitude des autorités togolaises qui essaient de montrer qu’elles exécutent les engagements mais  en réalité ne font rien s’agissant des mesures concrètes à prendre en matière de démocratie. Et donc, nous sommes satisfaits que l’UE constate avec nous que le dialogue national n’a pas réellement démarré et que la révision du cadre électoral n’a pas encore lieu. En ce qui nous concerne donc, nous ne pouvons que en appeler au sens de la responsabilité des autorités pour que très rapidement, tenant compte des conclusions de l’UE qui sont conformes aux positions que nous exprimons depuis à peu près deux mois, que donc ces autorités nous invitent rapidement autour de la table, qu’on se mette d’accord sur le fonctionnement du dialogue, sur les modalités de règlement des points de divergence et de désaccord, que le dialogue démarre réellement afin que nous puissions nous atteler à la révision du cadre électoral en partant de l’accord cadre de Lomé. C’est tout l’appel que nous pouvons lancer aux autorités togolaises.

Maintenant, je peux exprimer également un sentiment. Je ne veux pas parler de déception, mais je pense que l’UE aurait dû se montrer un peu plus ferme vis-à-vis des autorités togolaises. Si elles ne sont pas dupes, si elle constate que ces autorités rechignent à appliquer les engagements pris le 14 avril dernier, elle aurait dû, peut-être, aller dans le sens des sanctions ciblées pour que les autorités togolaises se rendent compte que l’UE n’est pas dupe de leur attitude. Mais, je pense que nous pouvons nous montrer globalement satisfaits.

Oui, je ne sais pas ce que les autorités togolaises considèrent comme une victoire. Si le fait que l’UE soit d’accord avec l’UFC, le CAR et la CDPA qui disent depuis deux mois que le dialogue n’a pas commencé et que la révision du cadre électoral n’as pas eu lieu, si ce constat est une victoire pour les autorités togolaises, alors je ne comprends plus rien. Moi, je ne vais pas analyser la situation en termes de victoire des uns et de défaite des autres, je dis simplement qu’il y a l’avenir de notre pays en jeu et que nous devons nous montrer responsables. Il nous faut rapidement dépasser les positions politiciennes. Je crois que l’attitude aujourd’hui du pouvoir relève de la pure politique, de la manœuvre politicienne et donc que nous devons nous départir de cette attitude là rapidement et nous atteler réellement au travail afin que notre pays sorte de cette crise qu’il traverse depuis maintenant une quinzaine d’années.
Merci.

Déclaration de la CPP (Convergence Patriotique Panafricaine)
Le lundi 15 novembre 2004, l’UE, par une déclaration du conseil des ministres, a pris la décision de renouer son partenariat économique avec le Togo et de redynamiser les relations de notre pays avec la communauté des bailleurs de fonds.

          La CPP (Convergence Patriotique Panafricaine) se félicite de cette décision et souhaite que l’UE continue d’encourager le gouvernement togolais à aller encore plus loin dans la voie ouverte par les 22 engagements pris à Bruxelles le 14 avril 2004.

            La CPP dès le lendemain de l’élection présidentielle de juin 2003 a exprimé publiquement la nécessité d’un dialogue et a fait le choix de l’action positive et courageuse, seule capable selon elle, de soulager le peuple togolais face aux réalités politiques de notre pays.

            La CPP, avec sincérité et détermination, compte aller au bout du travail entrepris depuis 15 ans afin que chaque Togolais reprenne confiance, retrouve son amour propre et sa dignité.

            Nous sommes désormais devant des enjeux clairs et il nous faut assez d’assurance pour refuser la facilité et les voies qui manquent de force et de caractère face aux défis auxquels les Togolais sont confrontés. Il y a tant  à faire ; nous devons le reconnaître et donner au débat des élans de patriotisme, seuls susceptibles de mobiliser le peuple pour la bataille du développement.

            La CPP s’associera à toutes les initiatives de l’UE et du Gouvernement togolais si elles vont dans le sens des intérêts de nos populations et du redressement de la nation.

Fait à Lomé le 15 novembre 2004
Le Comité directeur

Communiqué du gouvernement  

Le gouvernement togolais se félicite de la décision de l’UE de rétablir sa coopération avec le Togo.

            Il tient à remercier tous les acteurs de cette décision : les décideurs de l’UE, les gouvernements amis et le Comité des Ambassadeurs ACP qui ont soutenu la reprise de la coopération, les partis politiques et les acteurs de la société civile qui se sont dépensés sans compter pour mettre un terme à la souffrance du peuple togolais.

            Le gouvernement togolais souhaite que cette décision appelle chacune et chacun à un effort sur soi-même pour plus de tolérance et de respect dans les rapports entre tous les fils et filles du Togo.

            Sous la conduite éclairée du président de la République, son Excellence Gnassingbé Eyadema, le gouvernement togolais continuera la mise en œuvre des progrès démocratiques pour permettre au peuple togolais de poursuivre sa marche vers le développement dans le respect des institutions  et de la libre participation de chacun dans la paix et l’unité nationale.
Fait à Lomé, le 15 novembre 2004

Le gouvernement    

 

 
   

 
 
 

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