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La coopération entre l'Union
européenne et le Togo sera-t-elle reprise ou pas?
Joseph Takeli
Par une décision ambiguë rendue,
selon toute vraisemblance sur la pointe des pieds,
le conseil de l’Union Européenne aurait pris la
décision de conclure les consultations avec le Togo
relancées dans le cadre de l’accord de Cotonou.
Selon un texte non daté et rendu public par la
presse togolaise tant de l’opposition que du pouvoir,
«Les
consultations engagées avec la République togolaise
conformément à l'article 96, paragraphe 2, point a,
de l'accord de Cotonou sont terminées.»
Le site du gouvernement togolais quant à lui a sevré
le texte en circulation de son dispositif en ne
publiant que la lettre de l'UE adressée au PM Koffi
Sama, qui est une annexe à la decision elle-même.
Dans le texte publié par l'opposition, il y a un
rappel qui n'existe nulle par dans les commentaires
faits par le gouvernement:
«1) Les
règles circonscrites par les éléments essentiels de
l'accord de Cotonou, visés à son article 9, ont été
violées par le gouvernement de la République
togolaise.»
Le texte qui n’a encore fait l’objet d’aucune
publication officielle par l’UE fait donc
l’objet de toutes les interprétations au Togo.
Selon Maître Agboyibo, «
à ce jour, on ne peut pas parler de reprise de la
coopération.»
A travers le territoire togolais
pourtant,
le pouvoir organise des manifestations pour saluer
la reprise de la coopération avec le Togo. L’AFP,
d’habitude
très
prolixe sur ce genre d’événements est toujours
muette. Seul Didier Samson a osé un texte intitulée
«Reprise d'une
coopération sous surveillance»
publié sur le site de RFI.
Au matin du 17 Novembre, Togoforum.com
a contacté la représentation de l’Union européenne à
Lomé pour en savoir plus. Le chargé à l’information
a déclaré que la décision en circulation n’est pas
en sa possession.
Il s'est dit
surpris des réactions notées ça et là et a ajouté
qu’il ne pouvait en dire plus et que dès que la
décision sera officielle, elle sera mise à la
disposition de la presse.
Nous plaçant dans l'optique d'une décision vraiment
rendue par l'UE, nous
avons recueilli les reactions des leaders politique
du Togo.
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Réaction de Me
Agboyibo, Président National du CAR
TOGOFORUM:
Me Agboyibo, le
Conseil des ministres de l’UE vient de rendre sa
décision sur le Togo. Cette décision est déjà perçue
par le parti au pouvoir comme une victoire sur les
forces du mal ; en témoignent les différentes
manifestations, des marches et des déclarations
organisées à travers tout le pays. Quelle
est votre
réaction
par rapport à cette décision
et à cet état de chose.
Maître Agboyibo:
C’est une décision qui me paraît assez claire même
si dans sa formulation elle est quelque peu
diplomatique. Parce que, c’est vrai que quelque
part, l’UE dit qu’elle lève dans le principe la
décision de suspension de l’aide. Mais dans le même
temps, toute la liste des conditionnalités laisse
entrevoir qu’en réalité, l’UE ne bouge pas du tout,
pas d’un iota. C’est cela qui me paraît extrêmement
important, parce que c’est clairement dit que tant
que le gouvernement n’aura pas apporté la preuve de
sa disponibilité à respecter les principes
démocratiques, les fonds actuellement gelés ne
seront pas débloqués. Alors disons en terme
d’interprétation, aujourd’hui
que le grand problème que le
Togo a posé et continue
de poser à la communauté
internationale comme aux populations togolaises,
c’est celui de sa disponibilité à respecter les
principes démocratiques. Sur ce plan, l’UE ne se
fait pas de doute. Donc, à ce jour, on ne peut
pas parler de reprise de la coopération. Tout le
monde est obligé d’attendre ce qui va se passer
d’abord à propos de la question cruciale de
l’élaboration d’un cadre électoral. Tout le monde
attend ce que le gouvernement va faire. Etant donné
que la position exprimée par Bruxelles vient bien
après le 14 août, cela signifie que à ce jour on n’a
pas encore de cadre électoral consensuel accepté
par toutes les parties.
Secundo, il faut que les élections
législatives soient organisées de manière régulière
et transparente avant que la reprise n’intervienne.
Or, à ce jour il n’y a aucun signe qui puisse
laisser entrevoir que les élections législatives
seront organisées dans la perspective prévue par l’UE.
En fin de
compte, moi je peux vous dire que ce que Bruxelles
a dit est capital, c’est une contribution de poids.
Mais le plus important reste encore à faire, et
c’est aux Togolais dans leur ensemble, toute
sensibilité confondue de se mettre au travail. Parce
que si on continue à tourner en round comme on le
fait actuellement dans un jeu de prestige où chacun
se croit plus fort que l’autre, nous n’avancerons
pas. Bruxelles a fait ce qu’il peut faire, aux
Togolais de compléter, d’aller plus lion,
d’améliorer en créant les conditions qui rendent
possible l’application des recommandations de
Bruxelles, en commençant par la question du cadre
électoral. Je ne vois pas comment aujourd’hui, on
peut arriver à ce cadre électoral sans passer par
une transition, parce que la transition c’est un
moment clé où les forces politiques du pays, forces
différentes peuvent s’accepter. Et en s’acceptant,
faire en sorte que, un cadre électoral quelque soit
celui qui en sort vainqueur, on est rassuré qu’il
travaillera pour l’ensemble du pays. Dans ce cas,
l’idéal recherché peut être atteint. Il en va de
même pour les élections législatives. Dans le climat
actuel de tension entre les formations politiques de
l’opposition et du pouvoir, je ne vois pas comment
cette aspiration d’élections régulières peut être
assurée au mieux pour nos populations. Je dis
donc que la solution, c’est la transition. Je ne
cesse de le répéter. Tant que nous n’aurions pas
fait le sacrifice de part et d’autre et le sacrifice
incombe avant tout à ceux qui sont au pouvoir. C’est
à eux d’être prêts à se de dessaisir d’une partie de
leurs prérogatives, de leurs privilèges. Une fois
qu’ils l’auront fait dans l’intérêt du pays, l’autre
partie que nous sommes, l’opposition, nous devons
aussi faire le nécessaire ce qui nous incombe pour
qu’en fin de compte, ce pays entre dans une ère de
reconstruction. Parce que c’est aux Togolais
eux-mêmes de poser les bases de leur développement ;
Bruxelles est pour nous, disons, un appoint de
poids, mais c’est après tout un appoint. Bruxelles
ne peut apporter qu’une contribution, le plus
important incombe aux Togolais.
TOGOFORUM:
Nous sommes revenus à
la cause de départ, Me
Agboyibo. Seriez-vous prêts,
eu égard aux échecs répétés
des négociations, à reprendre le dialogue avec le
pouvoir si l’invitation vous est adressée.
Maître Agboyibo:
Dire qu’on est prêt à
s’engager de nouveau au dialogue, c’est comme si à
un moment donné on a
pu douter de notre volonté à
dialoguer avec le pouvoir. Cette volonté existe,
continue d’exister. Et il s’agit d’aller à un vrai
dialogue, le vrai dialogue, nous l’avons déjà
défini. Il n’y avait pas de désaccord, il n’y aura
pas de dialogue. C’est parce que les gens sont en
désaccord que le dialogue est incontournable. Et une
fois qu’on en est conscient, il faut trouver des
mécanismes pour remonter ces points de désaccord. Et
si jusqu’ici le dialogue n’a pas démarré, c’est que
sur le principe, le gouvernement le premier ministre
notamment, veut être à la fois partie au dialogue et
arbitre des points de désaccord ; ce que nous
n’avons pas accepté et qui fait qu’on traîne. Je
pense qu’avec la décision que vient de prendre
Bruxelles, si demain le gouvernement accepte qu’on
mette en place un mécanisme de règlement de points
de désaccord le dialogue va démarrer, mais si le
premier ministre continue à dire ah ! moi je suis la
patron, je prends les décisions, vous devez vous
soumettre, je crains qu’on ne continue à faire le
surplace.
Merci ! |
Réaction du Professeur Ginininvi de la CDPA
TOGOFORUM:
Monsieur le Professeur, le
conseil des ministres de l’UE vient de rendre
publique sa décision sur le dossier togolais. A
l’analyse de la décision et de l’annexe,
qui est une sorte de feuille
de route
adressée au Premier ministre, il
semble qu’on est encore loin de la reprise de la
coopération (un certain nombre de mesures concrètes
devant être remplies). Pourtant, du côté du pouvoir,
on semble dire que l’UE a décidé de reprendre sa
coopération avec le Togo. Les différentes
manifestations à travers tout le pays en disent
long. Quelle est votre réaction par rapport à cette
décision ?
Professeur Gnininvi:
C’est vrai que nous tous, nous
souhaitons la reprise de la coopération. A la
limite, nous avons clairement dit depuis le début
que notre crise politique, c’est l’affaire des
Togolais et les Togolais voudraient que cette crise
soit résolue une fois pour toute pour avoir une vie
politique normale dans notre pays aussi. Nous nous
sommes réjouis du fait que l’UE nous donne une
incitation à aller dans ce sens là. Et nous avons
répondu volontiers aux premières invitations du
gouvernement pour participer aux discussions. La
décision de l’UE ne nous surprend pas. Je dois tout
d’abord les remercier, les féliciter pour la
lucidité avec laquelle ils ont examiné le cas
togolais parce que au-delà du fruit, du tintamarre,
de tout le boucan que le gouvernement a pu
orchestrer autour de cette affaire, ils ont gardé
sérénité pour essayer de voir le fond des dossiers,
voir là où il y a eu des progrès, là il n’y a en
pas. Les progrès qui ont été notés par l’UE, on ne
peut pas les contester mais ce sont des progrès qui
sont réversibles, à savoir que le pouvoir a
toujours les moyens de recommencer dès le lendemain
les mêmes exactions si bien que la vigilance est de
mise et surtout, je pense que l’opposition doit
s’organiser pour gagner les élections de manière à
empêcher définitivement la réédition de ces
exactions-là.
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Donc, l’UE a été assez sobre
dans sa déclaration pour ne pas léser l’une des
parties. Si bien que la première partie du texte
reprend un peu les analyses ou les conclusions que
le gouvernement lui a transmises, mais la deuxième
partie du texte réitère les exigences depuis le
départ, à savoir, faire en sorte que la vie
démocratique reprenne aussi au Togo ; et donc ils
insistent en particulier sur le cadre électoral
acceptable par toutes les parties, je pense que ce
sont des idées qui sont quand même positives. Et le
gouvernement devrait en toute modestie tendre la
main maintenant à l’opposition de manière qu’on
discute d’une manière plus sereine. Il faudrait que
les violences verbales cessent, les agressions non
justifiées cessent et les montages dans les médias
publics cessent aussi. Nous pouvons rebâtir ce pays
ensemble, nous avons suffisamment de culture
politique les uns et les autres pour savoir ce qu’il
faut pour que ce pays avance.
TOGOFORUM: Le
pouvoir célèbre à travers le pays ce qu’il
appelle la victoire des
forces du bien sur les forces du mal. Qu’avez-vous à
dire ?
Professeur Gnininvi:
Je voudrais dire que c’est normal un peu que dans un
règlement comme ceci, chacune des parties se
félicite des conclusions déposées par le médiateur,
si tant est-il qu’on puisse appeler l’UE médiateur
dans cette affaire. C’est de bonne guerre mais il
faudrait le faire avec tact pour ne pas compromettre
la suite parce que comme le dit si bien ce rapport,
nous avons encore beaucoup d’efforts à fournir de
part et d’autre. |
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Réaction de JP
Fabre SG de l’UFC
TOGOFORUM:
Monsieur le SG, le conseil des
ministres de l’UE vient de rendre sa copie sur le
dossier togolais. Quelle analyse faites-vous de
cette décision et quelles impressions vous inspirent
ces scènes de liesses observées chez les partisans
du pouvoir
JP Fabre:
D’abord, je vais donner l’impression de mon parti
sur le fond du texte adressé par l’UE au premier
ministre. Oui, quand on lit cette lettre,
on se rend compte que l’UE n’est pas dupe de
l’attitude des autorités togolaises qui essaient de
montrer qu’elles exécutent les engagements mais en
réalité ne font rien s’agissant des mesures
concrètes à prendre en matière de démocratie. Et
donc, nous sommes satisfaits que l’UE constate avec
nous que le dialogue national n’a pas réellement
démarré et que la révision du cadre électoral n’a
pas encore lieu. En ce qui nous concerne donc, nous
ne pouvons que en appeler au sens de la
responsabilité des autorités pour que très
rapidement, tenant compte des conclusions de l’UE
qui sont conformes aux positions que nous exprimons
depuis à peu près deux mois, que donc ces autorités
nous invitent rapidement autour de la table, qu’on
se mette d’accord sur le fonctionnement du dialogue,
sur les modalités de règlement des points de
divergence et de désaccord, que le dialogue démarre
réellement afin que nous puissions nous atteler à la
révision du cadre électoral en partant de l’accord
cadre de Lomé. C’est tout l’appel que nous pouvons
lancer aux autorités togolaises.
Maintenant, je peux exprimer également un sentiment.
Je
ne veux pas
parler
de
déception,
mais
je pense que l’UE aurait dû se montrer un peu plus
ferme vis-à-vis des autorités togolaises. Si elles
ne sont pas dupes, si elle constate que ces
autorités rechignent à appliquer les engagements
pris le 14 avril dernier, elle aurait dû, peut-être,
aller dans le sens des sanctions ciblées pour que
les autorités togolaises se rendent compte que l’UE
n’est pas dupe de leur attitude. Mais, je pense que
nous pouvons nous montrer globalement satisfaits.
Oui, je ne sais pas ce que les autorités togolaises
considèrent comme une victoire. Si le fait que l’UE
soit d’accord avec l’UFC, le CAR et la CDPA qui
disent depuis deux mois que le dialogue n’a pas
commencé et que la révision du cadre électoral n’as
pas eu lieu, si ce constat est une victoire pour les
autorités togolaises, alors je ne comprends plus
rien. Moi, je ne vais pas analyser la situation en
termes de victoire des uns et de défaite des autres,
je dis simplement qu’il y a l’avenir de notre pays
en jeu et que nous devons nous montrer responsables.
Il nous faut rapidement dépasser les positions
politiciennes.
Je
crois que l’attitude aujourd’hui du pouvoir relève
de la pure politique, de la manœuvre politicienne et
donc que nous devons nous départir de cette attitude
là rapidement et nous atteler réellement au travail
afin que notre pays sorte de cette crise qu’il
traverse depuis maintenant une quinzaine d’années.
Merci. |
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Déclaration de la
CPP (Convergence Patriotique Panafricaine)
Le lundi 15 novembre 2004,
l’UE, par une déclaration du conseil des ministres,
a pris la décision de renouer son partenariat
économique avec le Togo et de redynamiser les
relations de notre pays avec la communauté des
bailleurs de fonds.
La CPP (Convergence Patriotique
Panafricaine) se félicite de cette décision et
souhaite que l’UE continue d’encourager le
gouvernement togolais à aller encore plus loin dans
la voie ouverte par les 22 engagements pris à
Bruxelles le 14 avril 2004.
La CPP dès le lendemain de l’élection
présidentielle de juin 2003 a exprimé publiquement
la nécessité d’un dialogue et a fait le choix de
l’action positive et courageuse, seule capable selon
elle, de soulager le peuple togolais face aux
réalités politiques de notre pays.
La CPP, avec sincérité et détermination,
compte aller au bout du travail entrepris depuis 15
ans afin que chaque Togolais reprenne confiance,
retrouve son amour propre et sa dignité.
Nous sommes désormais devant des enjeux
clairs et il nous faut assez d’assurance pour
refuser la facilité et les voies qui manquent de
force et de caractère face aux défis auxquels les
Togolais sont confrontés. Il y a tant à faire ;
nous devons le reconnaître et donner au débat des
élans de patriotisme, seuls susceptibles de
mobiliser le peuple pour la bataille du
développement.
La CPP s’associera à toutes les
initiatives de l’UE et du Gouvernement togolais si
elles vont dans le sens des intérêts de nos
populations et du redressement de la nation.
Fait à Lomé le 15 novembre 2004
Le Comité directeur |
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Communiqué du
gouvernement
Le gouvernement
togolais se félicite de la décision de l’UE de
rétablir sa coopération avec le Togo.
Il
tient à remercier tous les acteurs de cette
décision : les décideurs de l’UE, les gouvernements
amis et le Comité des Ambassadeurs ACP qui ont
soutenu la reprise de la coopération, les partis
politiques et les acteurs de la société civile qui
se sont dépensés sans compter pour mettre un terme à
la souffrance du peuple togolais.
Le
gouvernement togolais souhaite que cette décision
appelle chacune et chacun à un effort sur soi-même
pour plus de tolérance et de respect dans les
rapports entre tous les fils et filles du Togo.
Sous la conduite éclairée du président de la
République, son Excellence Gnassingbé Eyadema, le
gouvernement togolais continuera la mise en œuvre
des progrès démocratiques pour permettre au peuple
togolais de poursuivre sa marche vers le
développement dans le respect des institutions et
de la libre participation de chacun dans la paix et
l’unité nationale.
Fait à Lomé, le 15 novembre 2004
Le gouvernement |
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