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CONSEIL DE
L'UNION EUROPÉENNE
(Texte fourni par
l'opposition togolaise)
Bruxelles,
le 4 novembre 2004
(OR. fr)
12744/04
ACP 138
COAFR 118
ACTES
LÉGISLATIFS ET AUTRES INSTRUMENTS
Objet: Décision du Conseil
portant conclusion de la procédure de consultation
avec la République togolaise au titre de l'article
96 de l'accord de Cotonou.
DÉCISION DU
CONSEIL
portant conclusion de la procédure de consultation
avec la République togolaise au titre de l'article
96 de l'accord de Cotonou
LE CONSEIL DE L'UNION
EUROPÉENNE,
vu le traité instituant la Communauté européenne,
vu l'accord de
Partenariat ACP-CE signé à Cotonou le 23 juin 20001
("accord de Cotonou"), et notamment son article 96,
vu l'accord
interne relatif aux mesures à prendre et aux
procédures à suivre pour l'application de l'accord
de partenariat ACP-CE2, et notamment son article 3,
vu la
proposition de la Commission,
1 JO L 317 du
15.12.2000, p. 3.
2 JO L 317 du
15.12.2000, p. 376.
considérant ce
qui suit:
(1) Les
règles circonscrites par les éléments essentiels de
l'accord de Cotonou, visés à son article 9, ont été
violées par le gouvernement de la République
togolaise.
(2)
Conformément à l'article 96 de cet accord, des
consultations ont été engagées le 14 avril 2004 avec
les pays ACP et la République togolaise, à
l'occasion desquelles les autorités togolaises ont
pris des engagements spécifiques visant à remédier
aux problèmes exposés par l'Union Européenne, à
mettre en oeuvre au cours d'une période de dialogue
approfondi de trois mois.
(3) À l'issue
de cette période, il apparaît que certains des
engagements précités ont donné lieu à des
initiatives concrètes et que d'autres ont été
remplis. Néanmoins, plusieurs mesures importantes au
regard des éléments essentiels de l'accord de
Cotonou doivent encore être mises en œuvre,
DÉCIDE:
Article
premier
Les consultations engagées avec la République
togolaise conformément à l'article 96, paragraphe 2,
point a, de l'accord de
Cotonou sont terminées.
Article 2
Les mesures précisées dans le projet de lettre
figurant à l'annexe sont adoptées au titre des
mesures appropriées visées à l'article 96,
paragraphe 2, point c), de l'accord de Cotonou.
12744/04 PR/clg 3
Article 3
La décision d'adresser au gouvernement de la
République togolaise la lettre du Conseil et de la
Commission du 14 décembre 1998 est abrogée.
Article 4
La présente décision entre en vigueur le jour de son
adoption. Elle est publiée au Journal officiel de
l'Union Européenne.
Sa validité est
de vingt-quatre mois à compter de sa date d'adoption
par le Conseil. Elle sera réexaminée régulièrement
au moins tous les six mois.
Fait à
Bruxelles, le
Par le Conseil
Le président
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ANNEXE
À l'attention
du Premier ministre, chef du gouvernement de la
République togolaise
Monsieur le Premier ministre,
L'Union européenne attache
une grande importance aux dispositions de l'article
9 de l'accord de Cotonou. Le respect des droits de
l'homme, des principes démocratiques et de l'Etat de
droit, sur lesquels se fonde le partenariat ACP-UE
constituent des éléments essentiels dudit accord et,
par conséquent, le fondement de nos relations.
L'Union
européenne a considéré que la situation politique
togolaise actuelle se caractérise par un blocage et
que le déficit démocratique et le faible respect des
droits de l'homme et des libertés fondamentales
continuent de constituer une violation des éléments
essentiels repris à l'article 9 de l'accord précité.
Au regard de
cet article et de la situation de blocage politique
actuelle au Togo, l'Union européenne a décidé, le 30
mars 2004, d'engager des consultations au titre de
l'article 96 de l'accord afin d'examiner de façon
approfondie la situation et, le cas échéant, d'y
remédier.
Ces
consultations ont été engagées à Bruxelles le 14
avril 2004. À cette occasion, plusieurs questions
fondamentales ont été abordées, et vous avez pu
présenter le point de vue et l'analyse de la
situation des autorités togolaises. L'Union
Européenne a noté avec satisfaction que la partie
togolaise a pris certains engagements tels
qu'indiqué en annexe, et a donné des éléments
positifs pour un renforcement du climat démocratique
et de l'Etat de droit dans le pays.
Il a été
convenu qu'un dialogue approfondi se déroulerait au
Togo sur les divers points soulevés pendant une
période de trois mois, et qu'un point de la
situation serait fait à la fin de cette période.
Ce dialogue approfondi et
régulier, fondé sur une liste de mesures à prendre
en vue de la réalisation des engagements convenus a
effectivement eu lieu.
Il ressort de
ce bilan que des initiatives notables ont été prises
par les autorités togolaises. On notera en
particulier que:
– les autorités
ont organisé des réunions d'information et de
sensibilisation avec les Préfets et les Forces de
l'ordre portant sur les différents aspects des
droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les
autorités ont distribué des instructions et
circulaires rappelant les directives et règles
existantes. Des résultats positifs ont pu être
constatés et ont été confirmés par l'opposition;
– les autorités ont instruit
les juges pour que tous les dossiers des personnes
se trouvant en détention préventive, dont
l'instruction est clôturée soient rapidement jugés.
Cet appel à une accélération a permis la
programmation de 214 jugements parmi lesquels les
dossiers d'un certain nombre de prisonniers
considérés comme politiques. Le gouvernement a
garanti l'accès des avocats à leurs clients lors de
la phase des enquêtes préliminaires. En août, près
de 500 prisonniers ont été libérés, bénéficiant soit
d'une remise de peine, soit d'une mise en liberté
provisoire;
– l'accès aux médias publics, jusqu'à récemment
réservé au gouvernement et au parti au pouvoir, en
dehors de la période de campagne électorale, a été
élargi ces dernières semaines aux partis de
l'opposition, bien que l'accès ne soit pas encore
équilibré;
– le gouvernement a initié la réforme de la
Commission nationale des Droits de l'Homme et de la
Haute Autorité de l'Audiovisuel et de la
Communication;
– un nouveau code de la presse a été adopté par
l'Assemblée Nationale, le 24 août;
– un diagnostic du système judiciaire a été préparé
avec l'assistance du Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD);
– le gouvernement poursuit ses activités dans le
domaine de la décentralisation et a récemment adopté
la Lettre de Politique en la matière;
– une première réunion avec l'opposition
traditionnelle s'est tenue le 25 août, en vue
d'instaurer un dialogue national dans un cadre
structuré et transparent.
Il ne fait pas de doute que
ces initiatives ont contribué à un renforcement du
respect des droits de l'homme et des libertés
fondamentales dans votre pays. Néanmoins, des
points de préoccupation demeurent en particulier
dans le domaine de la restauration de la démocratie.
Dans ce contexte, les mesures
concrètes suivantes, qui sont conformes aux
engagements figurant à l'annexe à cette annexe, sont
particulièrement attendues par l'Union Européenne:
– la mise en œuvre du
dialogue national dans un cadre structuré et
transparent conformément à l'engagement n° 1.1;
– dans le
contexte de ce dialogue, la révision du cadre
électoral garantissant un processus transparent et
démocratique conformément à l'engagement n° 1.3;
– la définition d'un cadre
juridique organisant le financement des partis
politiques conformément à l'engagement n° 1.4;
– l'organisation des scrutins
pour les élections législatives et locales
conformément aux engagements n° 1.5 et 1.6;
– la poursuite
du processus de décentralisation selon l'engagement
n° 1.7;
– la poursuite du règlement
de la question des prisonniers politiques et leur
libération le cas échéant comme stipulée à
l'engagement n° 2.2;
– la révision des mandats et
statuts de la Commission nationale des Droits de
l'Homme et de
la Haute Autorité de l'Audiovisuel
et de la Communication selon les engagements n° 2.5
et 3.6;
– la poursuite
de la réforme du secteur juridique et judiciaire
conformément aux recommandations contenues dans le
rapport diagnostic du PNUD.
L'Union européenne attache
également une grande importance à la poursuite et à
la consolidation des activités déjà entreprises dans
le cadre des engagements n° 1.2, 1.4, 2.1, 2.3, 2.4,
2.6, 3.2, 3.3, 3.4 et 3.5.
À la suite des consultations,
reconnaissant les engagements réalisés à ce stade et
vu les importantes activités encore à mettre en
oeuvre, il a été décidé d'arrêter les mesures
appropriées suivantes au titre de l'article 96,
paragraphe 2, point c) de l'accord de Cotonou:
1) la mise en œuvre des
projets financés sur les reliquats des 6e et 7e
Fonds européen de développement (FED) et qui ont
pour objectif de répondre aux besoins de la
population ainsi que ceux qui encouragent le respect
des éléments essentiels de l'accord de Cotonou, à
savoir le respect des droits de l'homme et des
principes démocratiques et l'Etat de droit, est
poursuivie. Aussi, le Programme national d'actions
décentralisées pour la gestion de l’environnement
ainsi que le Cadre d'Obligations Mutuelles pour les
fonds Stabex 1990-1994 seront mis en œuvre;
2) une aide aux institutions
destinée à permettre la mise en œuvre des mesures
visant à remplir les engagements contractés dans le
cadre des consultations peut être fournie sur les
reliquats des 6e et 7e FED. A ce titre, la
Commission procédera entre autres à l'adoption de la
décision de financement du Programme "4ème
recensement général de la population et de
l'habitat";
3) la notification de
l'allocation au titre du 9e FED sera réalisée une
fois que le cadre électoral, garantissant un
processus électoral transparent et démocratique, et
acceptable par toutes les parties, a été établi et
que la date pour l'organisation des élections
législatives a été fixée. La programmation des ces
ressources commencera à ce moment;
4) suivant la notification du
9e FED, un soutien pour la préparation des élections
pourra être fourni sous réserve que soient
respectées les conditions fixées au titre du cadre
électoral mentionné ci-dessus;
5) une fois que des élections
législatives libres et régulières auront eu lieu, la
coopération avec l'Union Européenne reprendra
pleinement avec la mise en œuvre du 9e FED et du
Cadre d'Obligations Mutuelles pour les fonds Stabex
1995-1999;
6) les contributions aux
projets régionaux seront examinées au cas par cas;
7) les actions à caractère
humanitaire, la coopération commerciale et les
préférences dans les domaines liés au commerce ne
sont pas affectées.
Des revues régulières,
associant la présidence de l'Union européenne et la
Commission européenne, seront effectuées avec une
périodicité ne dépassant pas six mois.
L'Union
européenne continuera à suivre la situation au Togo
de près et, pendant une période de suivi de vingt
quatre mois, un dialogue politique renforcé sera
maintenu avec votre gouvernement afin de s'assurer
qu'il continue la ligne d'actions déjà entreprises
en vue de rétablir la démocratie et l'État de droit
et de poursuivre et consolider ses efforts dans les
domaines des droits de l'homme et des libertés
fondamentales.
Dans le cas
d'une accélération de la mise en œuvre des
engagements pris par les autorités togolaises ou, au
contraire, dans le cas d'une rupture, l'Union
européenne se réserve le droit de modifier les
mesures appropriées.
Veuillez agréer, Monsieur le
Premier Ministre, l'expression de notre haute
considération.
Fait à Bruxelles, le…
Pour la Commission, Pour le Conseil |
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Liste des engagements pris par la République
togolaise.
Le gouvernement de la République togolaise a pris
les engagements suivants devant l'Union Européenne
dans le cadre des consultations menées en
application de l'article 96 de l'accord de Cotonou.
Engagement n° 1.1:
D'annoncer sans délai, dans le but d'assurer le
plein respect des principes démocratiques, une
reprise ouverte et crédible du dialogue national
avec l'opposition traditionnelle et la société
civile, dans un cadre structuré et transparent.
Engagement n° 1.2:
De garantir, sans délai, l'action libre de tout
parti politique, à l'abri de tout acte de
harcèlement, d'intimidation ou de censure.
Engagement n° 1.3:
De procéder, sur la base de l'accord-cadre de Lomé,
à une révision du cadre électoral, garantissant un
processus électoral transparent et démocratique, et
acceptable pour toutes les parties, dans un délai de
6 mois.
Engagement n° 1.4:
De garantir à tous les partis politiques l'accès
équitable aux média publics et d'instaurer un
système, équilibré d'accès aux fonds publics prévus
pour le financement des partis politiques.
Engagement n° 1.5:
D'organiser de nouvelles élections législatives,
dans des conditions transparentes et en acceptant
des observateurs internationaux à tous les stades du
processus, dès que possible et suivant le cadre
prévu à l'engagement n° 1.3 précité.
Engagement n° 1.6:
D'organiser des élections locales, dans un délai de
12 mois, dans des conditions transparentes et en
acceptant des observateurs à tous les stades du
processus.
Engagement n° 1.7:
De mettre en place les conditions nécessaires pour
que les Assemblées municipales, démocratiquement
élues, disposent du mandat et des ressources
nécessaires pour assurer une administration locale
efficace et démocratiquement légitimée dans un délai
de 12 mois.
Engagement n° 2.1:
De garantir à tout moment l'absence d'exécutions
extrajudiciaires, de torture et d'autres actes
inhumains et dégradants sur le territoire togolais,
y compris par la formation adéquate des cadres des
forces de l'ordre et du système judiciaire.
Engagement n° 2.2:
De libérer l'ensemble des prisonniers politiques,
clairement détenus en raison de leur opposition
politique, de propos critiques à l'égard du
gouvernement ou d'autres raisons qui ne justifient
pas une détention. La liste des détenus concernés
par cette mesure devrait être établie en
collaboration avec, une ou plusieurs ONG reconnue,
compétente en la matière et acceptée par toutes les
parties. Cet engagement devrait être respecté dans
un délai ne dépassant pas 6 semaines.
Engagement n° 2.3:
De transmettre au parquet dans un délai de trois
mois tous les dossiers de personnes qui sont en
détention préventive ou en liberté provisoire en vue
d'une clarification de leur cas en conformité avec
la législation en vigueur.
Engagement n° 2.4:
De permettre l'accès libre aux détenus par des
avocats et par des ONG humanitaires et de droits de
l'homme, accompagnés d'un médecin de leur choix, à
tous les lieux de détention (prisons, casernes de
gendarmerie, police etc.), leur permettant de
vérifier l'absence de torture et d'autres
traitements inhumains, avant la fin des
consultations.
Engagement n° 2.5:
De revoir le mandat et le statut de la Commission
nationale des droits de l'Homme, en vue de garantir
son indépendance effective par rapport aux autorités
administratives, dans un délai de 9 mois.
Engagement n° 2.6:
De faire poursuivre, par des mesures juridiques ou
disciplinaires, les auteurs avérés des exécutions
extrajudiciaires, des actes de torture et de
traitements dégradants et inhumains. Cet engagement
devrait aussi comprendre l'amendement des textes
législatifs et réglementaires respectifs là où cela
est nécessaire.
Engagement n° 2.7:
D'assurer, par des mesures adéquates à préciser
ultérieurement, un fonctionnement de la justice
impartial et indépendant du pouvoir exécutif. Un
diagnostic permettant l'établissement d'un plan
d'action est attendu avant la fin des consultations.
Engagement n° 3.1:
De revoir le code de la presse et de la
communication pour l'amener à un niveau conforme aux
standards internationaux, dans un délai de 6 mois.
En particulier, il est attendu que les peines
d'emprisonnement pour des délits de "diffamation et
d'atteinte à l'honneur", actuellement prévues par le
code de la presse, soient supprimées.
Engagement n° 3.2:
De garantir, sans délai, aux média, ONG et
représentants de la société civile l'absence de tout
harcèlement, censure ou intimidation.
Engagement n° 3.3:
De garantir, sans délai, à tous les acteurs
politiques et de la société civile et à tout citoyen
le droit à la libre expression, à participer aux
réunions et aux manifestations pacifiques, en public
et sur tout le territoire national, en l'absence de
tout harcèlement, censure ou intimidation.
Engagement n° 3.4:
De garantir, à tous les acteurs politiques et de la
société civile, la libre circulation en tant que
citoyens et dans le cadre de l'exercice de leurs
fonctions politiques ou de représentation de la
société civile.
Engagement n° 3.5:
De garantir, avant la fin des consultations, à tout
citoyen l'accès libre aux informations des media, y
compris les sites web des partis de l'opposition,
des ONG, etc.
Engagement n° 3.6:
De revoir, dans un délai de 6 mois, le mandat et le
statut de la Haute Autorité de l'Audiovisuel et de
la Communication, en vue de garantir son
indépendance effective par rapport aux autorités
administratives et à toutes les forces politiques.
Engagement n° 4.1:
De fournir des rapports, le 1er juin et le 1er
juillet 2004, aux instances de l'Union européenne,
portant sur les progrès réalisés dans les différents
domaines du dialogue, et sur l'accomplissement des
engagements pris.
Engagement n° 4.2:
De participer, en ce qui concerne les autorités
togolaises, au dialogue sur place et de faciliter
des missions éventuelles des fonctionnaires de la
Commission et de la Présidence au Togo, dans le
cadre du dialogue entamé. |
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