CAN Junior 2007 : Le Togo en est-il capable ?
Samuel Batchati
La CAF (Confédération Africaine de Football) a
désigné la semaine dernière le Togo pour organiser
la coupe d’Afrique junior de 2007. Ce choix qui
n’indique pas les critères de désignation, soulève
de grosses interrogations sur les capacités
réelles du Togo à organiser un événement
footballistique d’une envergure continentale.
Le Togo est certes passé
champion dans l’organisation des rencontres
politiques internationales,
surtout les très fameuses rencontres ACP /
CEE (les conventions de Lomé I, Lomé II, Lomé III…) ; les
rencontres continentales et sous-régionales (OUA
aujourd’hui UA, CEDEAO et Conseil de l’Entente
etc.. Jamais le Togo n’a organisé ou co-organisé un
événement footballistique
d'envergure et pour cause: Pendant longtemps le
Togo ne disposait pas d'un stade digne de ce nom;
le championnat national
va de déboires en déboires, son organisation faite
au pif et à la hâte. Le tour cycliste du Togo est
un autre registre et ne peut servir de référence
événementielle. Le football exige plus.
D’abord les stades:
Parce que
le foot se joue sur des stades. A ce jour le Togo
ne compte qu’un seul stade digne d’accueillir une
compétition internationale : le stade de Kégué.
Toutefois la tragédie du 10 Octobre 2004
qui vit la mort de 4 personnes à la fin du match qui
opposait les Aigles du Mali aux Eperviers du Togo
avec une victoire des Eperviers, peut inquiéter et
remettre en cause la gestion de ce stade. L’ancien
stade Gnassingbé Eyadema n’est qu’un vestige mité.
Le stade d’Agoényvé est une cour de récréation
pour écoliers. A l’intérieur, le panorama n’est
guère des
meilleurs. Les stades de Gomido (Kpalimé), IFODJE
(Atakpamé), Maranatha (Fiokpo), Abou-Ossé (Anié),
Sémassi (Sokodé), Sarah (Bafilo), Asko (Kara),
Kakadle (Défalé), Doumbé (Mango) et tous les
autres n’ont de stades que l’aire de jeu et les
cages. Ce sont des terrains en friche
vite transformés en pâturages en saisons mortes. Les tribunes sont
inexistantes ou s’il y en a, elles sont pareilles
au vestibule d’un chef de village. Cet état
lamentable de nos stades n’implique pas une simple
réfection. Il exige au contraire que de nouveaux
stades soient construits. La construction de ces
stades devra obéir à plusieurs paramètres, entre
autres l’hôtellerie et les entrées des stades.
L’hôtellerie très répandue au
Togo ne peut tout de même pas revendiquer la
mention bien, hormis certains hôtels de la
capitale qui peuvent se frapper d’une
ou de cinq étoiles. Ce
n’est pas le cas à l’intérieur du pays. En dehors
des hôtels construits par le pouvoir en place et
qui remontent à l’époque bénie du RPT, (hôtel du
30 Août à Kpalimé, hôtel Central à Sokodé et
l’hôtel Kara). Les autres structures hôtelières
sous la férule des particuliers ne sont pas des
hôtels mais des auberges, des pensions.
Au Togo, Sokodé est connu pour
son enthousiasme et son fanatisme du ballon rond.
De ce côté, les entrées sont assurées et les
recettes pareilles. Sokodé a toujours été désigné
pour abriter les compétitions footballistiques des
firmes de cigarettes (la Royal Coupe) et celles de
Western Union. Toutefois l’hôtellerie n’est pas
encore à la hauteur d’un tel événement. A Sokodé
l’hôtel Central ne peut pas accueillir plusieurs
équipes. Les autres structures (hôtel Aléhéri,
hôtel Fraternité, hôtel Tchaodjo, hôtel de
l’Amitié et la Bonne Auberge) n’ont d’hôtel que
le nom. L’image est identique à Kara. En outre à
Kara les entrées au stade sont tristes
lorsqu’elles sont payantes.
Et quand bien même on
ferait fi de ces considérations somme toute importantes
dans ce genre de compétition, la grosse question
est celle-ci : quelle équipe junior le Togo
présentera-t-il ? Au jour d’aujourd’hui, il n’y a
aucune équipe junior. Comment appelle-t-on les
petits des Eperviers ? Cette absence d’équipe
junior explique les incuries des Togolais à
évoluer dans des compétions internationales.
Pourtant la FTA (Fédération Togolaise de Football)
fondée en 1960, a adhéré à la CAF en 1963, un an
après son adhésion à la FIFA en 1962, ne présente
aucun signe de maturité. Aujourd’hui dirigée par
le Capitaine Rock Gnassingbé, fils du général
Gnassingbé Eyadema, la FTA est devenue une sorte
de réseau avec des trafics d’influence et de
circuit de pot-de-vin.
Voici le bureau de la
Fédération togolaise de football:
-
Président : Gnassingbé
Balakiyém Rock
-
Vice-président : Dogbatsè
Winny
-
Secrétaire Général :
Assogbavi Komla Espoir
-
Trésorier : Adjete Tino Edoé
Messa
Tous ces constats interrogent
la capacité du Togo à organiser une coupe
d’Afrique Junior en 2007. On peut se dire qu'on
a encore trois (3) ans,
de 2004 à 2007. En trois ans le
Togo peut-il construire deux ou trois stades ?
Avec quel budget ? Il est temps que le Togo aille
s’instruire au Bénin, car Cotonou possède
plusieurs longueurs d’avance sur le Togo. Cotonou
organise la Coupe junior du 15
au 29 janvier 2005.
Les huit équipes qualifiées se connaissent déjà :
Angola, Bénin, Côte d’Ivoire, Egypte, Lesotho,
Mali, Maroc, Nigeria.
C’est peut-être l’occasion de
tester la prétendue bonne volonté des dirigeants
togolais à promouvoir le domaine culturel. Ils
peuvent avoir la lâcheté de se rebiffer car d’ici
à 2007, le visage politique togolais peut avoir
changé. Aux générations futures les ruines et le
chaos.
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