Togo :
scénario catastrophe:
En
attendant que le nouveau code électoral soit publié au
JO, l’opposition semble inexistante
Samuel Batchati
Tout paraît tassé depuis l’échec
du second round des négociations du dialogue
inter-togolais. La vie politique semble aller de
soi. Comme si tout allait bien. Comme si les
objectifs poursuivis par les uns et les autres
sont atteints. A l’évidence, le RPT, parti au
pouvoir a atteint ses objectifs : faire traîner
les négociations et jouer des prolongations dans
un dialogue de sourds. Pendant ce temps le conseil
des ministres du
mercredi 27 octobre a adopté un nouveau projet de
code électoral. Bien entendu l’opposition n’a pas
participé à l’adoption de ce code électoral. En ce
moment le parlement étudie le nouveau code
électoral pour son adoption. Et rien ne prévoit
que l’Assemblée nationale rejette ce que le
gouvernement a adopté en conseil des
ministres. Cela ne s’est jamais produit, et ce
n’est pas demain la veille que l’Assemblée RPT
rejettera un projet de code électoral proposé par
le gouvernement RPT.
Dans ce nouveau projet de code
électoral, le gouvernement déclare avoir doté la
CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante)
" davantage de prérogatives dans le contrôle et la
supervision du processus électoral ". Désormais la
CENI se compose de treize (13), membres au lieu de
neuf (9) précédemment, dont 5 du parti au pouvoir,
cinq de l’opposition, un magistrat de la Cour
d’Appel et deux représentants de la société civile.
Allez farfouiller du côté du choix de ces deux
représentants de la société civile et vous verrez
bien qu’il s’agira d’une affaire de camaraderie.
Du reste, Monsieur Edem Kodjo estime que le code
électoral adopté est meilleur à celui sur la base
duquel ont été organisées les élections
présidentielle de juin 2003: «La
nouveauté de ce texte est que la CENI a de vrais
pouvoirs. Le renforcement et l’amélioration des
moyens de contrôle de la CENI sont remarquables.
Il s’agit d’une répartition des tâches entre le
Ministère de l’Intérieur et la CENI. Contrairement
à ce que les détracteurs du texte affirment, le
Ministère de l’Intérieur ne dispose pas de la
haute main sur les opérations électorales de
manière exclusive»
(voir Interview)
Si des questions essentielles
se dégagent par rapport à la composition de cette
CENI, on peut se demander pourquoi un parti
politique peut s’arroger le droit de fournir 4
membres et réserver 4 autres membres pour une
dizaine de partis de l’opposition, une opposition
qui se fait la guerre à l’intérieur. Comment le
choix de ces 4 membres se fera-t-il ? Il flotte à
l’horizon comme des pugilats de discours et de
communiqués. Pendant que l’opposition se livrera
son éternelle guéguerre, le RPT,
avec plusieurs longueurs
d’avance, fourbira d’autres armes pour d’autres
coups tordus.
Il s’agit là d’un nouveau
traquenard qui se prépare pour le peuple togolais
tout entier. Le peuple déchiré entre l’opposition
et le parti au pouvoir est victime de la technique
" Split-the-cat " suggérée aux couples qui
se séparent et qui ne savent pas qui du mari ou de
l’épouse partira avec le chat. Alors chaque partie,
de chaque côté de la chambre propose au chat au
centre une boite de Ron-Ron. Le chat ira à la
boite de Ron-Ron qui aiguise ses appétits. Dans le
cadre du peuple togolais, Eyadema semble bien
avoir belle partie avec tous les millions qu’il
distribue à tour de bras. En retour Eyadema se
gargarise des dithyrambes nauséeuses de la vermine
qui plus le loue plus ramasse des billets de
banque. Il est clair le peuple va à Eyadema parce
que Eyadema a la boite d’argent qui attire le
peuple affamé. Cette logique "ploutomaniaque"
amènerait à déduire que " le peuple togolais aime
Eyadema "
Quant à l’opposition,
calfeutrée dans un égocentrisme suicidaire, elle
ne tente même pas une reconquête de ce peuple qui
l’a soutenu aux premiers moments du combat
démocratique. Aucune action pour fouetter l’ardeur
de ce peuple et l’encourager à moins de
résignation. Aujourd’hui le peuple s’inquiète-il
toujours des notions abstraites de justice,
d’égalité, de sécurité sociale, de droits de
l’homme ? Le Togolais lambda réfléchit maintenant
minimum vital. Jeté dans un combat de survie, il
préfère la logique du ventre à celle de l’honneur.
Depuis plus de 10 ans, l’opposition a toujours
posé l’incertaine équation propagandiste :
DEMOCRATIE = BONHEUR / RICHESSE. La dialectique " conquête
de la démocratie c’est faire la guerre à la
pauvreté " n’a pas marché. La merveilleuse machine
de l’opposition qui promettait le nirvana au
peuple togolais est rouillée et la mécanique
bloquée. L’attelage d’inefficacités, de couardise
et de guéguerre n’a engendré qu’échecs, exil et
licenciement; n’a
conduit qu’au désespoir et au dégoût de soi.
L’amertume a inhibé la confiance et l’ardeur à
supporter le combat politique s’est estompée.
En attendant que ce code électoral soit
publié au journal officiel, l’opposition semble
inexistante. Inactive. Au fait qui de l’opposition
ou du pouvoir devait s’activer pour relancer le
dialogue puisqu’il a semblé que le dialogue était
le seul remède au mal togolais ? L’inaction et le
silence de l’opposition sont plus que déplorables.
L’opposition est bien naïve de rester engoncée
dans une logique caduque des augures de l’UE.
L’euphorie béate d’un attentisme teinté de
farniente fait le malheur du peuple togolais.
Aucune tactique n’a remplacé celle ringarde des
discours aux contenus kafkaïens d’un Togo
déliquescent, véritable château hanté, saccagé par
Eyadema et sa clique. La politique ne s’encombre
pas d’éthique, certes, et tous les coups bas sont
donnés même s’ils ne sont pas permis. Jusque-là
l’opposition a décrié les crimes avérés du despote
de Lomé 2 sans parvenir à élaborer une
stratégie claire de
prise de pouvoir. Parce
qu’une politique sans stratégie
viable est vouée à l’échec.
Et pourtant on apprend dans les couloirs que
l'opposition dite traditionnelle participara aux
élections législatives si celles-ci venaient à être
organisées sur la base d'un code électoral adopté
sans elle.
Dans ce contexte d’action souterraine du
parti au pouvoir en vue de
caresser l’opinion
internationale dans le sens du poil et d’inaction
consternante de l’opposition, l’UE,
l'ultime recours, doit rester
vigilante. Car l’observation brute que tente
d’imposer le parti au pouvoir est celle d’une
opposition involontaire, inconsciente, de mauvaise
foi et décidée à saboter la vie politique au Togo.
Si l’UE tombe dans cette logique désastreuse, et
donne le satisfecit d’une reprise de la
coopération avec la dictature d’Eyadema, ce sera
l’apocalypse assurée pour les Togolais. Eyadema et
sa chapelle se frotteront bien les mains. Car ils
auront réussi à flouer L’UE. Une victoire
inestimable. Victoire du mal sur le bien. Le
Prométhée de l’enfer.