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28 Oct. 2004

Le despote du Togo reçoit le "prix honorifique du Mérite et du courage"
Samuel Batchati


Monsieur Eyadema a reçu vendredi 22 octobre 2004, le Prix honorifique du Mérite et du Courage. Pour ce qu’«il a favorisé l’épanouissement de l’homme dans toute sa plénitude», selon le président de l’ONG International Oxygène 7, Laurent Piffeteau. Piffeteau aurait certainement tôt piffé les disgrâces et les déboires du généralissime Eyadema pour lui décerner un pareil prix.

Que diable ne suis-je caricaturiste ! Ou portraitiste, peintre, dessinateur. J’aurais dessiné monsieur Eyadema, en tant que président usurpateur du Togo, debout sur un amas d’os, noyé dans ses 27 prix et distinctions et brandissant le dernier Prix honorifique du Mérite et du Courage. Puis à ses pieds des gueux pleurant de faim et de soif. Toujours à ses pieds, des familles entières réclamant leurs enfants, leurs parents disparus. Entre ses hommes qui pleurent et le TIMONIER un fleuve de sang. Et lui, Eyadema, braillant : «Ceux vous aident à casser, ne vous aideront pas à construire.» Chirac dans son dos en train d’applaudir. Le tableau est possible. Surtout réaliste. Je n’y vois rien de monstrueux ni d’exorbitant. Aucune démesure n’accompagne ce tableau. Funeste hélas ! Lugubre, mais réaliste. Je ne me serais même pas laissé tenter par quelque anamorphose pour fatiguer la patience du spectateur. Avis aux dessinateurs et peintres!

Eyadema a reçu ce prix pour «ses actions permanentes en faveur de la paix ». Lesdites actions permanentes en faveur de la paix n’évoquent pas les fiascos de ses médiations en Sierra Léone, au Libéria, au Tchad, et aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Une paix made by Eyadema, pour reprendre le titre d’une interview accordée par Monsieur Eyadema au journal Newsweek du 18 octobre 2004, une paix en forme de prison, de cimetière, d’exil et de pourriture sur place.

Dans l’esprit de cet homme de guerre, et certainement de ses mentors dont il sert et dessert les intérêts divers et obscurs, la paix signifierait l’absence de conflit armé. Comme dans bien de pays. La notion fondamentale de paix qui appelle une quiétude morale et matérielle, (moins matérielle que morale), toutes les deux à la fois qui concourent à l’équilibre d’une personne, cette notion échappe à l’esprit de cet ancien  de la coloniale bombardé sergent-chef en 1958, lieutenant en février 1963, capitaine en octobre 1963, général de brigade le 1er décembre 1967, général de division en 1971 et général d’armée en 1976. Aussi peut-il bien appeler paix l'atroce diktat imposé par le bâillon posé de force même sur les libertés des intellectuels. Cet homme peut bien appeler paix, la vermine, la racaille qui va le louanger et bénéficier de ses faveurs présidentielles en billets craquants et neufs. Il peut certes avoir l’excuse de ne s’intéresser aux dictionnaires que pour garnir les rayons de sa bibliothèque et jamais en nulle autre occasion.

La vertu se gargarise de crimes et menteries. Ce prix récompense Eyadema pour sa dévotion au crime, à la filouterie et au terrorisme. Lorsqu’on a écouté le président de l’ONG Oxygène 7 et le guinéen Lansana Kouyaté, représentant de la Francophonie en Côte d’Ivoire, on ne peut douter que Monsieur Eyadema, le rameau de l’olivier fièrement accroché aux décorations sur sa tenue de général des armées, bousculerait Jésus à la droite de Dieu. Parce que le roi des Juifs n’a jamais eu autant d’éloges, ni des principaux sacrificateurs, ni des pharisiens. «C’est la connaissance de la guerre qui la fait chérir, la paix» (Lansana Kouyaté).

Personne n’a eu la décence ce vendredi de réclamer une minute de silence, ni pour Tavio Amorin, ni pour tous les Togolais morts depuis 1967 sous le rouleau compresseur de la dictature et depuis 1990 par le culture de l’intolérance, de l’ethno-intimidation, des prisonniers. Personne ! Tous les discours acrobatiques en trompe-l’œil, jongleries de mots et pirouettes d’attributs laudatifs à l’endroit de ce monsieur puent le folklore, la représentation d’une séquence théâtrale trop bien répétée dans un dessein séducteur.

La séduction d’une Union Européenne empêtrée dans une pudeur de politique internationale picrocholine. Témoin cette exhibition d’oripeaux d’une immonde dictature qui hante toujours l’esprit des victimes de cette ignoble machine à bouffer de l’homme : " Nous avons connu un Togo prospère que vous avez placé sur l’orbite du développement. Ensuite, happé par des concepts conçus ailleurs, le pays s’enlisa dans le tumulte, le tourment voire le chaos. Votre œuvre de tant d’années s’estompa devant vos yeux compassés mais lucides. " C’est signé monsieur Lansana Kouyaté, de l’Organisation Internationale de la Francophonie. Aussi l’épisode du palais des congrès de Kara prendrait-il le titre de " Cour assidue à l’UE ". Et en Ndlr, (Note de la rédaction), le syllogisme suivant :

«L’UE a coupé les aides avec le Togo pour déficit démocratique
Or Eyadema vient de recevoir le Prix du Mérite et du Courage
Donc le Togo a fait une avancée notoire en démocratie et liberté individuelle. »

Sous-entendez que l’UE doit reprendre sa coopération avec le pays d’Eyadema.

Ne devra-t-il jamais rendre compte auprès des Togolais de tous ceux qu’ils a tués et fait tuer, de tout ce qu’il a pillé et laissé piller par ses acolytes, plus gourmands les uns que les autres. Alors que l’UE, que le gouvernement tente de séduire depuis le 14 avril 2004, date de la signature des 22 engagements, se prononce fin octobre sur une éventuelle normalisation de ses relations avec le Togo. La décision prévue pour le 18 octobre a été repoussée pour des " raisons techniques " a indiqué une source diplomatique à Lomé. Si l’UE normalisait ses relations avec Lomé 2, dans l’état actuel de la vie politique, ne reviendrait-it pas à envoyer les Togolais qui ont affiché quelques velléités démocratiques lors de ces 15 dernières années à l’abattoir d’Eyadema.

L’opposition qui s’accrochait à ces sanctions pour se donner une existence, perdrait sa bouée de sauvetage. Ce sera la noyade assurée. Leur impuissance depuis 15 ans maintenant à contrer le pouvoir tyrannique et démoniaque du général Eyadema est devenu un cas clinique désespéré. Comme dans toute dictature, le monarque se sert des guéguerres, des hésitations et des atermoiements de ses adversaires politiques qui souvent avaient servi dans la machine dictatoriale. Cette classe de diplômés n’a jamais su ni pu valoriser ses connaissances au service des peuples.

Certes diplômes n’impliquent pas engagements politiques. Mais le choix d’une action politique, d’un combat politique national, ne permet aucune rétraction ni démission. Seule la mort est le terme d’un tel choix. Sans pousser nos opposants au suicide, aucune action jusque-là n’a eu le mérite de contrebalancer le timonier. A chaque échec, chacun se rétracte dans son coin et attend que l’UE ou quelques observateurs viennent donner l’occasion à Eyadema de valoriser sa politique " de main tendue " et de " table ronde ".

Des mignardises qui lui valent aujourd’hui le Prix honorifique du Mérite et du Courage, même si ce prix vient d'une
l’ONG International aussi douteuse que Oxygène 7. Eyadema devait en attendre plus, lui si friand d’honneur : le Prix Nobel de la Paix.

Dommage, celui-ci est allé à une battante, à une femme de courage, la Kenyane
Wangari Muta Thaathai

 

 
 
 

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