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Le
despote du Togo reçoit le "prix honorifique du
Mérite et du courage"
Samuel Batchati
Monsieur Eyadema a reçu vendredi 22 octobre 2004, le
Prix honorifique du Mérite et du Courage.
Pour ce qu’«il a
favorisé l’épanouissement de l’homme dans toute sa
plénitude», selon le
président de l’ONG International Oxygène 7, Laurent
Piffeteau. Piffeteau aurait certainement tôt piffé
les disgrâces et les déboires du généralissime
Eyadema pour lui décerner un pareil prix.
Que diable ne suis-je caricaturiste ! Ou
portraitiste, peintre, dessinateur. J’aurais dessiné
monsieur Eyadema, en tant que président usurpateur
du Togo, debout sur un amas d’os, noyé dans ses 27
prix et distinctions et brandissant le dernier Prix
honorifique du Mérite et du Courage. Puis à ses
pieds des gueux pleurant de faim et de soif.
Toujours à ses pieds, des familles entières
réclamant leurs enfants, leurs parents disparus.
Entre ses hommes qui pleurent et le
TIMONIER un fleuve de
sang. Et lui, Eyadema, braillant :
«Ceux vous aident à casser,
ne vous aideront pas à construire.»
Chirac dans son dos en train d’applaudir. Le
tableau est possible. Surtout réaliste. Je n’y vois
rien de monstrueux ni d’exorbitant. Aucune démesure
n’accompagne ce tableau. Funeste hélas ! Lugubre,
mais réaliste. Je ne me serais même pas laissé
tenter par quelque anamorphose pour fatiguer la
patience du spectateur. Avis aux
dessinateurs et peintres!
Eyadema a reçu ce prix
pour «ses actions
permanentes en faveur de la paix
». Lesdites actions permanentes en faveur de
la paix n’évoquent pas les fiascos de ses médiations
en Sierra Léone, au Libéria, au Tchad, et
aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Une paix
made by Eyadema, pour reprendre le titre d’une
interview accordée par Monsieur
Eyadema au journal Newsweek du 18 octobre 2004, une
paix en forme de prison, de cimetière, d’exil et de
pourriture sur place.
Dans l’esprit de cet
homme de guerre, et certainement de ses mentors dont
il sert et dessert les intérêts divers et obscurs,
la paix signifierait l’absence de conflit armé.
Comme dans bien de pays. La notion fondamentale de
paix qui appelle une quiétude morale et matérielle,
(moins matérielle que morale), toutes les deux à la
fois qui concourent à l’équilibre d’une personne,
cette notion échappe à l’esprit de cet ancien
de la coloniale bombardé
sergent-chef en 1958, lieutenant en février 1963,
capitaine en octobre 1963, général de brigade le 1er
décembre 1967, général de division en 1971 et
général d’armée en 1976. Aussi peut-il bien appeler
paix l'atroce diktat imposé par le bâillon posé de
force même sur les libertés des intellectuels. Cet
homme peut bien appeler paix, la vermine, la
racaille qui va le louanger et bénéficier de ses
faveurs présidentielles en billets craquants et
neufs. Il peut certes avoir l’excuse de ne
s’intéresser aux dictionnaires que pour garnir les
rayons de sa bibliothèque et jamais en nulle autre
occasion.
La vertu se gargarise
de crimes et menteries. Ce prix récompense Eyadema
pour sa dévotion au crime, à la filouterie et au
terrorisme. Lorsqu’on a écouté le président de l’ONG
Oxygène 7 et le guinéen Lansana Kouyaté,
représentant de la Francophonie en Côte d’Ivoire, on
ne peut douter que Monsieur
Eyadema, le rameau de l’olivier fièrement accroché
aux décorations sur sa tenue de général des armées,
bousculerait Jésus à la droite de Dieu. Parce que le
roi des Juifs n’a jamais eu autant d’éloges, ni des
principaux sacrificateurs, ni des pharisiens.
«C’est la connaissance de
la guerre qui la fait chérir,
la paix» (Lansana Kouyaté).
Personne n’a eu la
décence ce vendredi de réclamer une minute de
silence, ni pour Tavio Amorin, ni pour tous les
Togolais morts depuis 1967 sous le rouleau
compresseur de la dictature et depuis 1990 par le
culture de l’intolérance, de l’ethno-intimidation,
des prisonniers. Personne ! Tous les discours
acrobatiques en trompe-l’œil, jongleries de mots et
pirouettes d’attributs laudatifs à l’endroit de ce
monsieur puent le folklore, la représentation d’une
séquence théâtrale trop bien répétée dans un dessein
séducteur.
La séduction d’une Union Européenne empêtrée dans
une pudeur de politique internationale picrocholine.
Témoin cette exhibition d’oripeaux d’une immonde
dictature qui hante toujours l’esprit des victimes
de cette ignoble machine à bouffer de l’homme :
" Nous avons connu un Togo prospère que vous avez
placé sur l’orbite du développement. Ensuite, happé
par des concepts conçus ailleurs, le pays s’enlisa
dans le tumulte, le tourment voire le chaos. Votre
œuvre de tant d’années s’estompa devant vos yeux
compassés mais lucides. " C’est signé
monsieur Lansana Kouyaté, de l’Organisation
Internationale de la Francophonie. Aussi l’épisode
du palais des congrès de Kara prendrait-il le titre
de " Cour assidue à l’UE ". Et en Ndlr, (Note de la
rédaction), le syllogisme suivant :
«L’UE a coupé les aides
avec le Togo pour déficit démocratique
Or Eyadema vient de recevoir le Prix du
Mérite et du Courage
Donc le Togo a fait une avancée notoire en
démocratie et liberté individuelle.
»
Sous-entendez que l’UE doit reprendre sa
coopération avec le pays d’Eyadema.
Ne devra-t-il jamais
rendre compte auprès des Togolais de tous ceux
qu’ils a tués et fait tuer, de tout ce qu’il a pillé
et laissé piller par ses acolytes, plus gourmands
les uns que les autres. Alors que l’UE, que le
gouvernement tente de séduire depuis le 14 avril
2004, date de la signature des 22
engagements, se prononce fin octobre sur une
éventuelle normalisation de ses relations avec le
Togo. La décision prévue pour le 18 octobre a été
repoussée pour des " raisons techniques " a indiqué
une source diplomatique à Lomé. Si l’UE normalisait
ses relations avec Lomé 2, dans l’état actuel de la
vie politique, ne
reviendrait-it pas à
envoyer les Togolais qui ont affiché quelques
velléités démocratiques lors de ces 15 dernières
années à l’abattoir d’Eyadema.
L’opposition qui
s’accrochait à ces sanctions pour se donner une
existence, perdrait sa bouée de sauvetage. Ce sera
la noyade assurée. Leur impuissance depuis 15 ans
maintenant à contrer le pouvoir tyrannique et
démoniaque du général Eyadema est devenu un cas
clinique désespéré. Comme dans toute dictature, le
monarque se sert des guéguerres, des hésitations et
des atermoiements de ses adversaires politiques qui
souvent avaient servi dans la machine dictatoriale.
Cette classe de diplômés n’a jamais su ni pu
valoriser ses connaissances au service des peuples.
Certes diplômes
n’impliquent pas engagements politiques. Mais le
choix d’une action politique, d’un combat politique
national, ne permet aucune rétraction ni démission.
Seule la mort est le terme d’un tel choix. Sans
pousser nos opposants au suicide, aucune action
jusque-là n’a eu le mérite de contrebalancer le
timonier. A chaque échec, chacun se rétracte dans
son coin et attend que l’UE ou quelques observateurs
viennent donner l’occasion à Eyadema de valoriser sa
politique " de main tendue " et de " table ronde ".
Des mignardises qui lui valent aujourd’hui le Prix
honorifique du Mérite et du Courage,
même si ce prix vient d'une
l’ONG International
aussi douteuse que Oxygène
7.
Eyadema devait en attendre
plus, lui si friand d’honneur : le Prix Nobel de la
Paix.
Dommage, celui-ci est allé
à une battante, à une femme de courage,
la Kenyane Wangari
Muta Thaathai |