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Voici le document que les trois partis CAR, CDPA
et UFC ont remis ce matin au premier ministre
DECLARATION du CAR, de LA CDPA et de l’UFC
Par
lettre en date du 07 octobre 2004, vous avez,
Monsieur le Premier Ministre, invité entre
autres organisations, le CAR, la CDPA et l’UFC à
prendre part à la réunion que vous organisiez ce
jeudi le 14 octobre 2004 à la salle Entente du
CASEF pour examiner un document intitulé
‘’ avant projet de loi portant modification du
Code Electoral’’
Les trois partis déplorent tout d’abord que vous ayez initié la présente
rencontre sans avoir répondu à leur lettre du 21
septembre 2004 par laquelle ils ont attiré votre
attention sur la nécessité d’un accord sur les
modalités du dialogue national et la désignation
d’un médiateur neutre pour le règlement des
points de divergence.
Ils s’étonnent ensuite que le Gouvernement n’ait inscrit à l’ordre du
jour de la rencontre que l’examen du projet de
loi portant modification du Code électoral,
alors que ce projet devrait être examiné
ensemble avec les autres réformes à opérer
en application de l’engagement n° 1.3, pour
instaurer un cadre propice à des élections
régulières aux résultats acceptables par tous.
Les trois partis demandent en conséquence au Gouvernement
de verser au dossier des discussions afférentes
à l’engagement 1-3, les modifications à apporter
à la Constitution en vue de garantir l’équité
des consultations électorales, notamment, celles
concernant le rétablissement du mode de scrutin
à deux tours, la suppression des mesures
discriminatoires, la nomination du tiers des
sénateurs par le Chef de l’Etat. Ils attendent
de même d’avoir connaissance des projets de texteS visant à garantir l’impartialité des
institutions appelées à concourir à l’équité et
à la régularité des élections : la Haute
Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication
(HAAC), la Cour Constitutionnelle, les
Magistrats, etc.…
Ils considèrent que l’examen du projet de modification du code électoral
ne saurait être dissocié de celui des autres
mesures touchant de près ou de loin le cadre
électoral à revoir sur la base des dispositions
de l’engagement n°1-3.
Les trois partis politiques ne s’associeront à l’examen de ces mesures,
qu’une fois qu’ils se seront accordés avec la
délégation du pouvoir, sur les conditions de
démarrage du dialogue national.
Néanmoins, ils voudraient d’ores et déjà exprimer solennellement leur
désaccord sur l’avant projet de loi portant
modification du Code électoral.
Les partis signataires de la présente déclaration tiennent à souligner
que les modifications à apporter au Code
électoral ne sauraient être crédibles et
acceptables que dans la mesure où elles sont de
nature à éviter à notre pays les fraudes
massives et les graves incidents qui ont entaché
les précédentes consultations.
Ils rappellent à cet effet que les fraudes électorales constatées
dans le passé se situent généralement à trois
niveaux :
1)
D’abord, au state de la révision des
listes, des électeurs sont omis des listes ou
inscrits au contraire sur plusieurs, suivant
leur appartenance politique.
2)
Dans le prolongement de cette première
étape, des électeurs, quoique inscrits, sont
privés de leur carte tandis que d’autres se
retrouvent avec plusieurs.
3)
Enfin, le jour de vote constitue le
troisième niveau souvent caractérisé par le
bourrage des urnes, les votes multiples, les
falsifications des procès-verbaux etc.…
A-
Mesures de prévention instituées par
l’Accord Cadre
C’est
en vue de prévenir ces fraudes, qu’à la suite du
scrutin présidentiel du 21 juin 1998, l’Accord
cadre du 29 juillet 1999 à prévu, entre autres,
que le pouvoir et
l’opposition préparent conjointement les
élections en mettant en place :
1) ‘’une Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI),
chargée d’organiser et de superviser les
élections, en liaison avec le Ministère de
l’Intérieur et d’autres services de l’Etat’’ ;
laquelle ‘’ CENI sera composée de façon
paritaire entre la mouvance présidentielle et
les partis d’opposition’’
2) ‘’ des bureaux de vote composés de manière paritaire’’ ; les
parties ayant précisé par la suite dans le Code
consensuel du 05 avril 2000, que ces bureaux de
vote doivent fonctionner :
a) dans un premier temps en comités de révision des listes
électorales et de distribution des cartes ; la
coordination de ces comités étant assurée au
niveau de chaque préfecture et commune par
une commission des listes et cartes à
composition également paritaire ;
b) dans un deuxième temps comme structures
chargées des opérations de vote au jour du
scrutin.
3)’’ au niveau de la Commission Electorale Nationale Indépendante,
une Sous-Commission Electorale du Contentieux
habilitée à recevoir les plaintes électorales, à
tenter de les régler à l’amiable, et à les
transmettre, en cas d’échec, à la Cour
Constitutionnelle’’
Telles sont les clauses électorales de l’Accord
Cadre de Lomé, à partir desquelles a été élaboré
le Code électoral du 05 avril 2000 accepté aussi
bien par la mouvance présidentielle que par les
cinq partis de ‘’l’opposition traditionnelle ‘’
En instituant la
participation de l’opposition aux différentes
phases de préparation et de déroulement des
élections (révision des listes, distribution des
cartes, opérations au jour du scrutin), l’Accord
Cadre de Lomé et le Code consensuel du 05 avril
2000 avaient largement mis notre pays à l’abri
des fraudes électorales.

B-
Rétablissement par le pouvoir des
mécanismes de fraude
Le
Gouvernement a malheureusement remis en cause le
code électoral consensuel du 05 avril 2000 par
le biais d’une série de modifications
unilatérales, notamment celles ayant fait
l’objet de la loi promulguée le 07 février 2003.
Ces
textes modificatifs ont substitué au code
électoral consensuel un mécanisme institutionnel
de fraudes caractérisé par plusieurs manœuvres
dont six méritent d’être signalées :
1)
le transfert au Ministère de l’Intérieur
de l’organisation des élections, avec pour effet
la marginalisation de la CENI ;
2)
les comités des listes et cartes ainsi
que les bureaux de vote au jour du scrutin sont
soustraits de la tutelle de la CENI et relèvent
désormais de l’autorité exclusive du Ministère
de l’Intérieur ;
3)
les membres des Comités des listes et
cartes ainsi que le personnel des bureaux de
vote au jour du scrutin sont exclusivement
nommés, sur proposition des Préfets par le
Ministère de l’Intérieur, parmi les militants du
parti au pouvoir ;
4)
l’opposition a été ainsi exclue purement
et simplement des opérations de révision des
listes électorales et de distribution des cartes
d’électeurs ;
5)
les commissions des listes et cartes
(devenues commissions administratives) sont
composées à base de critères de nature à n’y
faire admettre que des militants du parti au
pouvoir alors que ce sont ces commissions qui,
au niveau des préfectures et communes, dirigent
les opérations de révision des listes et de
distribution des cartes, et sont chargées de
régler, s’il y a lieu, les cas de contestation ;
6)
la Sous-Commission Nationale du
Contentieux habilitée à tenter de régler à
l’amiable les plaintes formulées par les
candidats aux consultations électorales a été
purement et simplement supprimée, le président
de la CENI devant désormais se borner à
transmettre sans délai à la Cour
Constitutionnelle, les plaintes reçues.
C’est
le mécanisme institutionnel constitué par ces
divers changements introduits dans le Code
consensuel du 05 avril 2000 qui est à l’origine
des fraudes massives constatées lors du scrutin
présidentiel du 1er juin 2003.
A
présent que le Gouvernement s’est engagé à
garantir, en partant de l’Accord Cadre de Lomé,
la transparence et la régularité des futures
élections, la question est de savoir comment il
entend y parvenir.
Les
solutions proposées dénotent que le Gouvernement
n’a pas en réalité la volonté de remettre en
cause le système de fraudes mis en place.
C-
Solutions équivalant au maintien des
mécanismes de fraude.
Il
est significatif que le Gouvernement n’ait
soumis à l’examen des participants de la
présente réunion que l4 des 280 articles du code
électoral remanié par la loi du 07 février 2003.
Les
trois partis signataires constatent que les 14
articles modifiés ont trait, pour l’essentiel :
-
à la réaffirmation du transfert au
Ministère de l’Intérieur des attributions
dévolues la
CENI par le Code consensuel du 05
avril 2000 ;
-
à la composition et aux modalités de
fonctionnement de la CENI ;
-
à la composition des CELI
-
à l’organisation du secrétariat
administratif permanent de la CENI.
Les
trois formations politiques tiennent à souligner
qu’aucune de ces modifications ne touche au
mécanisme de fraudes institué par la loi du 07
février 2003. Le Gouvernement a procédé comme
s’il lui suffit d’assurer une égalité de façade
à l’opposition et au pouvoir dans la composition
de la CENI et des CELI pour être en conformité
avec les clauses électorales de l’Accord Cadre.
Or, c’est la suppression des prérogatives initialement dévolues à ces
structures qui constitue le véritable problème
auquel on attendait des solutions.
L’Accord Cadre n’a dit que c’est au Ministère de
l’Intérieur d’organiser les élections et que la
CENI doit être confinée dans un rôle
d’accompagnement et de suivi. Il a au contraire
prévu que c’est à la CENI d’organiser et de
superviser les élections en liaison avec le
Ministère de l’Intérieur.
Il est révoltant que le Gouvernement ne se soit même pas efforcé de
mettre à profit l’occasion que lui offre
l’application de l’engagement 1-3 pour ouvrir le
processus électoral à l’implication de
l’opposition dans les opérations de révision des
lises électorales et de distribution des cartes
d’électeurs
De
sorte qu’en définitive, force est de constater
que l’avant projet de révision du Code électoral
en question, n’est qu’une manœuvre de camouflage
du système de fraudes en vigueur.
Dans
ces conditions, que faire ? La réponse à cette
question se trouve dans l’engagement 1-3

D-
Pour une révision du Code électoral
fondée sur les clauses
électorales de l’Accord Cadre de Lomé
Les
trois partis rappellent que le Gouvernement
s’est engagé le 14 avril 2004 à Bruxelles à ‘’procéder,
en partant de l’Accord Cadre de Lomé, à une
révision du cadre électoral, garantissant un
processus électoral transparent et
démocratique, acceptable pour toutes les
parties, dans un délai de 6 mois’’
De
cet engagement dont le libellé se passe de toute
interprétation, il ressort que la révision du
Code électoral doit s’effectuer à partir des
clauses électorales de l’Accord Cadre de Lomé ;
étant acquis que ce
sont ces clauses qui ont servi à l’élaboration
du Code électoral du 05 avril 2000 accepté par
toutes les parties.
La
version initiale de ce Code électoral n’est
certes pas intangible. Mais il revient à la
partie qui entend y introduire des
modifications, de les faire valoir dans les
formes qui préservent le processus de dialogue
et l’esprit de consensus.
Les
modifications y apportées unilatéralement par le
Gouvernement sont d’autant plus inacceptables
que demeurent toujours valables les raisons pour
lesquelles le pouvoir et l’opposition avaient
accepté d’un commun accord en 1999 de charger
‘’une Commission Electorale Nationale
Indépendante d’organiser et de superviser les
élections en liaison avec le ministère de
l’Intérieur et d’autres services de l’Etat’’,
et de co-préparer les différentes phases des
élections en s’impliquant conjointement dans les
structures créées à cet effet.
C’est
de mauvaise foi que le Gouvernement tente après
coup, de renier sa parole sous prétexte qu’il ne
se serait pas engagé à Bruxelles à ‘’mettre en
veilleuse’’ les institutions de l’Etat.
Pour
les trois partis politiques, il est indéniable
qu’au regard de la gouvernance politique
actuelle du pays, l’Administration RPT n’est
pas d’une neutralité pouvant l’habiliter à
organiser des compétions électorales auxquelles
le RPT est partie prenante. C’est parce qu’elle
en est consciente qu’elle a accepté en 1999 que
l’organisation des élections soit confiée à une
structure indépendante. Les données qui étaient
à la base du consensus de 1999 n’ont pas à ce
jour changé. Bien au contraire
La seule révision susceptible de
supprimer les mécanismes de fraude et de
déboucher sur un Code électoral acceptable par
toutes les parties est celle fondée sur les
clauses de l’Accord Cadre de Lomé.
Le CAR, la CDPA et l’UFC
déclarent en conséquence inacceptable la
révision du Code électoral proposée par le
gouvernement.

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