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14 Oct. 2004

Comme prévu: Un dialogue de sourds ce jeudi au CASEF :
La coalition CAR-CDPA-UFC quitte la salle et  le gouvernement RPT et ses alliés adoptent l’avant projet de loi électorale 
Daniel Garidan

Notre reportate
Ce qu'ils ont dit à leur sorti de la rencontre
Déclaration du CAR, de  LA CDPA et de  l’UFC

S’achemine-t-on encore vers des élections unilatérales sans la participation de l’opposition représentative ? En tout cas c'est ce qui semble se dessiner à l’issue de la rencontre de ce jeudi matin entre l’opposition traditionnelle représentée par le CAR, la CDPA et l’UFC et le Gouvernement RPT.  La rencontre de ce matin, comme nous l’annoncions dans notre précédente édition, se situe dans le cadre du dialogue national et avait pour principal point à l’ordre du jour l’examen de l’avant projet de loi portant modification du code élaboré par un comité mis en place  à cet effet. Comme nous l’indiquions dans notre article, il s’agissait d’une énième rencontre de sourds, étant donné qu’il existe une profonde divergence sur le texte devant servir de base de discussions de ce matin. L’avant-projet de loi dont il est question a été élaboré par un comité auquel n’avait pas pris part l’opposition représentative. C’est sans surprise donc  que nous avons assisté  ce matin à d’interminables discussions de sourds qui ont duré plus de quatre heures d’horloge.

La  délégation gouvernementale  était conduite par le Premier Ministre Koffi Sama  qui avait à ses côtés le président de l’assemblée nationale M. Fambaré Natchaba, les  ministres de la communication et de la formation civique M. Pitang Tchalla, de l’intérieur M. Akila-Esso Boko, de la justice M. Foli-Bazi Katari, des droits de l’homme M. Yao Roland Kpotsra.

Du côté de l’opposition traditionnelle, il y avait  le CAR conduit par son président national Me Agboyibo, la CDPA dirigée par son secrétaire général adjoint  M. Martin Aduayom, l’UFC conduite par son secrétaire général Jean Pierre Fabre, le PDR par son président M. Zarifou Ayéva et la CPP par M. Edem Kodjo
. Il y avait également les deux associations féminines représentant la société civile à savoir le GF2D et le REFAMP. 

Pendant plus de quatre heures de discussions, les différentes délégations  n’ont pas pu se mettre d’accord sur l’avant projet de loi portant modification du code électoral soumis à leur examen. Cons
tatant l’obstination et le refus du gouvernement RPT de tout compromis malgré les observations  contenues dans un  document  qu’ils lui ont préalablement transmis, les trois  partis politiques (CAR, CDPA et UFC), considérés comme le souffre douleur du RPT, ont dû quitter la salle laissant le RPT et ses alliés ainsi que les deux associations continuer l’examen et l’adoption de l'avant projet de loi électorale.

Comme nous le disions dans notre article précédent, la France pèse de tout son poids pour l'adoption d'un code électoral «acceptable» et non «accepté» par tous. Un nouvel épisode du feuilleton togolais vient d’être entamé avec l’adoption de l’avant projet de loi électorale par une partie non représentative, le RPT et «ses alliés naturels», comme se plaisent à les appeler certains. Dans la nouvelle feuille, l’UE conditionnerait la reprise de son aide à l’organisation d'élections libres, transparentes et démocratiques dans un cadre électoral «accepté» ou «acceptable» par tous, selon les cas. Le tout se joue donc dans la nuance entre les deux mots. Anne-Marie Mouradian de RFI aura attiré l'attention sur l'importance de la nuance.

A leur  sortie de la rencontre de ce jeudi matin, certains leaders se sont prononcés sur cette rencontre.

M. Martin Aduayom de la CDPA
Dites-nous de quoi vous avez discuté  ce matin

On a été invité ce matin par le premier ministre et l’ordre du jour était l’examen de l’avant projet de loi portant sur le code électoral. Et je peux vous dire que nous avons eu une réunion assez pénible, pénible parce que nous n’avons pas la même approche des problèmes. Vous savez dans quelles conditions cet avant projet a été élaboré. Vous savez aussi que nous estimons que le dialogue n’a pas encore commencé. Nous avons écrit au
premier au ministre pour faire des propositions concrètes afin que ce dialogue puisse démarrer dans de bonnes conditions. Nous avons été invités à cette réunion d’aujourd’hui sans que le Premier ministre ait pris la peine de répondre à nos préoccupations. Pour faire preuve de bonne volonté, nos trois partis c’est-à-dire le CAR, la CDPA et l’UFC ont élaboré un document pour exprimer leur position.

Déplorer  d’abord le fait que nous n’ayons pas reçu de réponse à notre lettre du 21 septembre. Et à ce sujet, nous avons estimé qu’il était nécessaire que nos préoccupations soient prises en compte pour que nous travaillions dans de bonnes conditions.

Ensuite,  nous avons fait des observations sur l’avant projet. Nous avons estimé qu’il n’était pas normal d’élaborer un code électoral alors même que des discussions n’ont pas eu lieu sur le cadre électoral. Et nous avons suggéré dans ce document que, en tout état de cause, il soit tenu compte de nos préoccupations et que des dispositions soient prises pour que ce soit le code électoral issu de l’Accord cadre de Lomé, c’est-à-dire le code électoral de 2000 qui serve de base de discussions  à l’élaboration d’un code consensuel qui soit acceptable pour tout le monde. Mais nous n’avons pas été écoutés et nous avons discuté ce matin pendant longtemps mais le pouvoir est resté dans sa logique, et nous avons estimé dans ce cas que nous ne pouvons pas nous associer à de telles pratiques. Nous l’avons affirmé, nous l’avons  dit parce que nous estimons que nous associer à une telles pratiques, c’est déjà prendre option pour que les résultats qui seront issus des discussions connaissent le même sort que celui qui a été réservé aux acquis de l’accord cadre de Lomé et du CPS. Donc, c’est sur un constat de divergence, de désaccord que nous, nous avons estimé que nous devons quitter la salle. En tout état de cause, nous avons l’impression que la logique dans laquelle le gouvernement travaille aujourd’hui, c’est de faire tout pour  que l’opposition la plus représentative ne participe pas au débat, à la mise en place d’abord d’un cadre électoral crédible et l’élaboration d’un code électoral susceptible de nous conduire à des scrutins fiables. C’est pour cela que nous nous sommes retirés.

Me Agboyibo du CAR  
Pouvez-vous nous dire ce qui s’est passé ce matin dans la salle ?

Oui ! Le premier ministre nous a adressé des lettres pour l’examen d’un projet de révision du code électoral. En fait, vous savez, ce projet émane d’un comité dans lequel n’avaient pas siégé trois partis pour les raisons que vous connaissez, le CAR, l’UFC et la CDPA. Donc, nous nous sommes concertés entre ces trois partis et nous sommes parvenus à une position commune formulée dans une déclaration qui a été remise ce jour au premier ministre. Ce document traduit  donc  notre position. En clair, nous disons ceci : d’abord le cadre électoral qui est visé par l’engagement 1.1, 1.3 ne peut pas être réduit au code électoral ;  le cadre électoral c’est un certain  nombre de mesures touchant aussi bien la constitution que les institutions de sauvegarde de la régularité des élections. Donc, le gouvernement aurait  pu amener l’ensemble de ces mesures pour qu’on en discute. Et si ce n’est pas fait, il y a problème.

La seconde difficulté concerne le concours d’un  médiateur parce que nous savons que les points dont on va discuter sont tellement importants qu’il faut s’attendre à des désaccords. Alors, on ne voit pas dans l’état actuel des choses comment on peut directement avec le pouvoir, arriver à des compromis sans le concours d’un médiateur. Donc, nous considérons que,  pour que ces discussions démarrent, il nous faut un médiateur neutre, ce qui n’a pas été accepté par le pouvoir. Donc en principe, les discussions à ce jour ne pouvaient pas s’ouvrir. Mais, nous avons tenu tout de même à exprimer au niveau des trois partis notre désaccord par rapport au projet de révision du code électoral.

Disons d’abord que le désaccord est très très profond parce que nous passons d’un système à un autre. Vous savez, le code électoral sur lequel nous avions tous marqué notre accord à un moment donné, est un code conçu pour prévenir les fraudes. Sur  la base des dispositions de l’accord cadre, le système tel que l’accord cadre avait aménagé, c’ était clair qu’à tous les niveaux de préparation des élections et de déroulement, l’opposition devait être présente dans les comités de listes et cartes, dans les bureaux, etc. Il s’est trouvé que par une série de modifications de cette loi de départ, aujourd’hui, la totalité de la maîtrise de la préparation et de la tenue des élections se trouve entre les mains du régime au pouvoir. Ce qui fait que les fraudes qu’on a constatées lors des précédentes élections sont essentiellement les conséquences d’un système délibérément mis en place. Si l’on veut aujourd’hui revoir le code électoral, c’est avant tout savoir comment on peut remédier à ces fraudes et cela suppose  un bouleversement du système électoral actuel. Alors, tout naturellement il faut s’attendre à un refus du pouvoir, ce qui a eu lieu. Et en fin de compte, pendant près de deux ou trois heures on en a discuté et le désaccord étant consommé, pour le moment nos trois partis se sont retirés de la salle. Voilà !

Jean- Pierre Fabre de l’UFC  

….Pour le règlement juste et durable de la crise togolaise et pour réaffirmer  trois points à savoir  que nous tenons à un cadre efficace de ce dialogue, un cadre sérieux avec configuration pouvoir opposition pour discuter. Vous connaissez les autres problèmes : contenu du dialogue, direction des travaux, nous maintenons nos positions sur ces points. Mais, nous avons tenu à venir pour qu’on
ne nous dise pas que nous faisons la politique de  la chaise vide. Nous sommes venus avec une déclaration pour exprimer  donc cette position sur le code électoral que nous rejetons intégralement. Lorsque le débat réel va commencer, quand le dialogue réel va s’installer, nous donnerons nos positions, mais d’ores et déjà nous disons que nous ne pouvons pas accepter un code électoral qui consacre le ministère de l’intérieur comme organisateur des élections alors que ce même ministère a fait ses preuves l’année dernière en matière de fraude électorale. Mais ce n’est pas le point le plus important, c’est l’un des points du sujet ; nous disons que le code électoral ne peut pas être débattu en dehors du cadre électoral et en dehors du dialogue. Donc,  voilà ce que nous disons et nous faisons appel au sens patriotique du gouvernement pour que le gouvernement se penche sur le texte que nous lui avons remis ce matin pour que réellement le dialogue puisse commencer. Chacun invoque ou évoque la misère des populations togolaises. Mais, nous sommes sensibles à la situation dans laquelle  nos populations  se trouvent,  nous-mêmes, nous en souffrons et c’est pour ça que nous réclamons des élections transparentes et équitables pour que cessent les contestations et  pour que la crise togolaise puisse trouver une fin.

Nous manifestons notre bonne volonté mais nous ne pouvons pas examiner un texte qui fait de la loi électorale un sujet à part en dehors du cadre électoral, parce que le code électoral est compris dans le cadre électoral qui renferme également la constitution, la loi sur la haute autorité de l’audiovisuel, la loi sur la cour constitution et toutes ces choses. On ne peut pas sans s’être mis d’accord sur le contenu du cadre électoral commencer à discuter du code électoral et commencer à en discuter en dehors du dialogue parce que nous estimons que le dialogue n’a pas commencé.

Eh bien,
M. JP Fabre,  supposons que l’avant projet de loi électorale venait à être voter demain par exemple ?  
Mais, je demande au gouvernement de ne pas s’engager dans cette voie parce que cette voie serait lourde de conséquences pour l’avenir de notre pays. La crise actuelle va plus s’aggraver et il n’est de l’intérêt de personne que cette crise dure. Nous sommes de bonne volonté, nous sommes de bonne foi et nous demandons donc au gouvernement de revenir sur sa position, d’installer un dialogue crédible afin que nous puissions discuter sérieusement.

Quelle est la position de la CPP et du PDR par rapport à la décision que vous avez prise ? 
Mais je crois que la chose la plus sage serait de leur poser la question lorsqu’ils sortiront de la salle.

M. Zarifou Ayéva du PDR
M.  Zarifou Ayéva racontez-nous ce qui s’est passé dans salle. C’est dans le bon sens ?

Il y a une partie de l’opposition qui est partie, il y a une partie de l’opposition qui est restée, il y a d’autres délégations qui sont restées. Il faut faire la part des choses. On peut amener son âne à la rivière, on ne peut pas l’obliger à boire. Si des délégations viennent pour discuter d’un sujet, qu’à un moment donné ces délégations s’aperçoivent  ou ne veulent pas discuter, elles sont libres de partir, c’est ce qui s’est passé.

Peut-on parler d’échec ?  
Nous venons d’adopter le texte de l’avant projet de code.

Ça été adopté ?
Ça été adopté en séance plénière du dialogue. Et ce texte va être envoyé au gouvernement et ensuite à l’assemblée.

Mais, il y a trois partis qui disent qui ne se reconnaissent pas en ce code...
Mais oui,  est-ce que les trois partis font le peuple togolais ?

Qu’est-ce qui a précipité leur départ ?  
Prenons-en connaissance d’abord ! Je ne suis pas un expert en matière de code. Mais, ce code,  cet avant projet a été rédigé en tenant compte des impératifs de l’engagement 1.3. C’est à ça que je vous renvoie et lisez attentivement. Merci !


M. Dama Dramani  du RPT
M. le SG du RPT, est-ce que l'on peut parler d’échec ?

Je vous remercie. La réunion n’a pas été un échec comme vous le dites. Après les discussions, nous avons adopté le texte proposé par le gouvernement tendant à modifier le code électoral. Le RPT a voté pour l’adoption de ce texte parce que comme le souhaite tout le monde c’est un texte  fait d’un compromis entre le code de 2000 et le code de 2003. Le code de 2000, c’est le code qui est issu des travaux du CPS. Le code de 2003 c’est ce qui a été modifié à l’assemblée nationale. Aujourd’hui, l’engagement 1.3 nous demande de réviser le code électoral en partant de l’accord cadre donc,  nous avons bien tenu compte des travaux en commission, bien tenu compte de cet impératif qu’il faut  partir de l’accord cadre pour modifier le code électoral. Il s’agissait donc de prendre tous les éléments contenus dans le code électoral de 2000 et de les confronter avec le code modifié en  2003 pour obtenir un compromis,  c’est ce qui a été fait  largement. Mais vous, vous   dites qu’il y a certains qui ont quitté la salle, nous déplorons leur départ parce qu’on sait
ce qu’ils voulaient. Ils voulaient qu’on débatte de l’accord cadre et c’est ce que nous avons fait. S’ils avaient au moins le soin d’examiner attentivement le texte qui est proposé, ils verront que leurs préoccupations essentielles sont prises  en compte dans les attributions de la CENI qui se voit renforcer son pouvoir de contrôle puisqu’elle a la possibilité de se faire représenter à toutes les étapes. Les préoccupations avancées par l’UFC, le CAR et la CDPA sont prises en compte.

Néanmoins, nous avons dit que ces trois partis devaient donc accepter de discuter le texte en apportant leurs réflexions dans l’analyse du texte, article par article. Ce jeu là qui est démocratique, cette confrontation des idées dans l’analyse du texte, concrètement ils devaient être là pour apporter leurs amendements que nous n’avons pas refusé d’examiner. Mais comme ils ne sont pas toujours disponibles puis que c’est dans leur stratégie de blocage de dialogue, ils posent des conditions de démarrage du dialogue alors que le 25 août on était d’accord sur le cadre et le contenu du dialogue. Pour nous, nous sommes déjà dans le dialogue et c’est ce qui nous a permis de continuer le travail et d’adopter finalement le texte. Nous lirez le texte et vous verrez que la CENI a des moyens d’assurer la transparence  des élections au Togo.
Je vous remercie!  


Nous n’avons pas pu recueillir la réaction du leader de la CPP M. Edem Kodjo qui est sorti de la salle plutôt laissant ses lieutenants avec la délégation gouvernementale et qui s’est refusé à toute déclaration à la presse. M. Ahoomey-Zunu de la CPP s’est toutefois confié à certains de nos confrères au moment où nous étions en train de recueillir la réaction d’un autre leader. C’est ce qui explique que nous ne sommes pas en mesure de faire connaître la position de la CPP sur cette rencontre de ce jeudi. Quant aux représentantes des deux associations, nous n’avons pas pu  recueillir leur réaction.  

Voici le document que les trois partis CAR, CDPA et UFC ont remis ce matin au premier ministre  

DECLARATION du CAR, de  LA CDPA et de  l’UFC

Par  lettre en date du 07 octobre 2004, vous avez, Monsieur le Premier Ministre, invité entre autres organisations, le CAR, la CDPA et l’UFC à prendre part à la réunion que vous organisiez ce jeudi le 14 octobre 2004 à la salle Entente du CASEF pour examiner un document intitulé ‘’ avant projet de loi portant modification du Code Electoral’’

Les trois partis déplorent tout d’abord que vous ayez initié la présente rencontre sans avoir répondu à leur lettre du 21 septembre 2004 par laquelle ils ont attiré votre attention sur la nécessité d’un accord sur les modalités du dialogue national et la désignation d’un médiateur neutre pour le règlement des points de divergence.

Ils s’étonnent ensuite que le Gouvernement n’ait inscrit à l’ordre du jour de la rencontre que l’examen du projet de loi portant modification du Code électoral, alors que ce projet devrait être examiné ensemble avec les autres réformes à  opérer en application de l’engagement n° 1.3, pour instaurer un cadre propice à des élections régulières aux résultats acceptables par tous.

Les trois partis demandent en conséquence au Gouvernement de verser au dossier des discussions afférentes à l’engagement 1-3, les modifications à apporter à la Constitution en vue de garantir l’équité des consultations électorales, notamment, celles concernant le rétablissement du mode de scrutin à deux tours, la suppression des mesures discriminatoires, la nomination du tiers des sénateurs par le Chef de l’Etat. Ils attendent de même d’avoir connaissance des projets de texteS visant à garantir l’impartialité des institutions appelées à concourir à l’équité et à la régularité des élections : la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), la Cour Constitutionnelle, les Magistrats, etc.…

Ils considèrent que l’examen du projet de modification du code électoral ne saurait être dissocié de celui des autres mesures touchant de près ou de loin le cadre électoral à revoir sur la base des dispositions de l’engagement n°1-3.

Les trois partis politiques ne s’associeront à l’examen de ces mesures, qu’une fois qu’ils se seront accordés avec la délégation du pouvoir, sur les conditions de démarrage du dialogue national.

Néanmoins, ils voudraient d’ores et déjà exprimer solennellement leur désaccord sur l’avant projet de loi portant modification du Code électoral.

Les partis signataires de la présente déclaration tiennent à souligner que les modifications à apporter au Code électoral ne sauraient être crédibles et acceptables que dans la mesure où elles sont de nature à éviter à notre pays les fraudes massives et les graves incidents qui ont entaché les précédentes consultations.

Ils rappellent à cet effet que les fraudes  électorales constatées dans le passé se situent généralement à trois niveaux :

 1)      D’abord, au state de la révision des listes, des électeurs sont omis des listes ou inscrits au contraire sur plusieurs, suivant leur appartenance politique.

2)      Dans le prolongement de cette première étape, des électeurs, quoique inscrits, sont privés de leur carte tandis que d’autres se retrouvent avec plusieurs.

3)      Enfin, le jour de vote constitue le troisième niveau souvent caractérisé par le bourrage des urnes, les votes multiples, les falsifications des procès-verbaux etc.…

 A-    Mesures de prévention instituées par l’Accord Cadre 

C’est en vue de prévenir ces fraudes, qu’à la suite du scrutin présidentiel du 21 juin 1998, l’Accord cadre du 29 juillet 1999 à prévu, entre autres, que le pouvoir et l’opposition préparent conjointement les élections en mettant en place :

1) ‘’une  Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), chargée d’organiser et de superviser les élections, en liaison avec le Ministère de l’Intérieur et d’autres services de l’Etat’’ ; laquelle ‘’ CENI sera composée de façon paritaire entre la mouvance présidentielle et les partis d’opposition’’ 

2) ‘’ des bureaux de vote composés de manière paritaire’’ ; les parties ayant précisé par la suite dans le Code consensuel du 05 avril 2000, que ces bureaux de vote doivent fonctionner :

a)  dans un premier temps en comités de révision des listes électorales et de distribution des cartes ; la coordination de ces comités étant assurée au niveau de chaque préfecture et commune  par une commission des listes et cartes à composition également paritaire ;

b)     dans un deuxième temps comme structures chargées des opérations de vote au jour du scrutin.


3)’’ au niveau de la Commission Electorale Nationale Indépendante, une Sous-Commission Electorale du Contentieux habilitée à recevoir les plaintes électorales, à tenter de les régler à l’amiable, et à les transmettre, en cas d’échec, à la Cour Constitutionnelle’’

Telles sont les clauses électorales de l’Accord Cadre de Lomé, à partir desquelles a été élaboré le Code électoral du 05 avril 2000 accepté aussi bien par la mouvance présidentielle que par les cinq partis de ‘’l’opposition traditionnelle ‘’

En instituant la participation de l’opposition aux différentes phases de préparation et de déroulement des élections (révision des listes, distribution des cartes, opérations au jour du scrutin), l’Accord Cadre de Lomé et le Code consensuel du 05 avril 2000 avaient largement mis notre pays à l’abri des fraudes électorales.

B-    Rétablissement par le pouvoir des mécanismes de fraude

Le Gouvernement a malheureusement remis en cause le code électoral consensuel du 05 avril 2000 par le biais d’une série de modifications unilatérales, notamment celles ayant fait l’objet de la loi promulguée le 07 février 2003.


Ces textes modificatifs ont substitué au code électoral consensuel un mécanisme institutionnel de fraudes caractérisé par plusieurs manœuvres dont six méritent d’être signalées :

1)                 le transfert au Ministère de l’Intérieur de l’organisation des élections, avec pour effet la marginalisation de la CENI ;

2)                 les comités des listes et cartes ainsi que les bureaux de vote au jour du scrutin sont soustraits de la tutelle de la CENI et relèvent désormais de l’autorité exclusive du Ministère de l’Intérieur ;

3)                 les membres des Comités des listes et cartes ainsi que le personnel des bureaux de vote au jour du scrutin sont exclusivement nommés, sur proposition des Préfets par le Ministère de l’Intérieur, parmi les militants du parti au pouvoir ;

4)                 l’opposition a été ainsi exclue purement et simplement des opérations de révision des listes électorales et de distribution des cartes d’électeurs ;

5)                 les commissions des listes et cartes (devenues commissions administratives) sont composées à base de critères de nature à n’y faire admettre  que des militants du parti au pouvoir alors que ce sont ces commissions qui, au niveau des préfectures et communes, dirigent les opérations de révision des listes et de distribution des cartes, et sont chargées de régler, s’il y a lieu, les cas de contestation ;

6)               la Sous-Commission Nationale du Contentieux habilitée à tenter de régler à l’amiable les plaintes formulées par les candidats aux consultations électorales a été purement et simplement supprimée, le président de la CENI devant désormais se borner à transmettre sans délai à la Cour Constitutionnelle, les plaintes reçues.

C’est le mécanisme institutionnel constitué par ces divers changements introduits dans le Code consensuel du 05 avril 2000 qui est à l’origine des fraudes massives constatées lors du scrutin présidentiel du 1er juin 2003.

A présent que le Gouvernement s’est engagé à garantir, en partant de l’Accord Cadre de Lomé, la transparence et la régularité des futures élections, la question est de savoir comment il entend y parvenir.

Les solutions proposées dénotent que le Gouvernement n’a pas en réalité la volonté de remettre en cause le système de fraudes mis en place.

 C-     Solutions équivalant au maintien des mécanismes de fraude.

Il est significatif que le Gouvernement n’ait soumis à l’examen des participants de la présente réunion que l4 des 280 articles du code électoral remanié par la loi du 07 février 2003.

Les trois partis signataires constatent que les 14 articles modifiés ont trait, pour l’essentiel : 

-    à la réaffirmation du transfert au Ministère de l’Intérieur des attributions dévolues la CENI par le Code consensuel du 05 avril 2000 ;

-         à la composition et aux modalités de fonctionnement de la CENI ;

-          à la composition des CELI 

-          à l’organisation du secrétariat administratif permanent de la CENI.

Les trois formations politiques tiennent à souligner qu’aucune de ces modifications ne touche au mécanisme de fraudes institué par la loi du 07 février 2003. Le Gouvernement a procédé comme s’il lui suffit d’assurer une égalité de façade à l’opposition et au pouvoir dans la composition de la CENI et des CELI pour être en conformité avec les clauses électorales de l’Accord Cadre.

Or, c’est la suppression des prérogatives initialement dévolues à ces structures qui constitue le véritable problème auquel on attendait des solutions.

L’Accord Cadre n’a dit que c’est au Ministère de l’Intérieur  d’organiser les élections et que la CENI doit être confinée dans un rôle d’accompagnement et de suivi. Il a au contraire prévu que c’est à la CENI  d’organiser et de superviser les élections en liaison avec le Ministère de l’Intérieur.

Il est révoltant que le Gouvernement ne se soit même pas efforcé de mettre à profit l’occasion que lui offre l’application de l’engagement 1-3 pour ouvrir le processus électoral à l’implication de l’opposition dans les opérations de révision des lises électorales et de distribution des cartes d’électeurs

De sorte qu’en définitive, force est de constater que l’avant projet de révision du Code électoral en question, n’est qu’une manœuvre de camouflage du système de fraudes en vigueur.

Dans ces conditions, que faire ? La réponse à cette question se trouve dans l’engagement 1-3

 D-   Pour une révision du Code électoral fondée sur les clauses électorales de l’Accord Cadre de Lomé

 Les trois partis rappellent que le Gouvernement s’est engagé le 14 avril 2004 à Bruxelles à ’procéder, en partant de l’Accord Cadre de Lomé, à une révision du cadre électoral, garantissant un processus électoral  transparent et démocratique, acceptable pour toutes les parties, dans un délai de 6 mois’’

De cet engagement dont le libellé se passe de toute interprétation, il ressort que la révision du Code électoral doit s’effectuer à partir des clauses électorales de l’Accord Cadre de Lomé ; étant acquis que ce sont ces clauses qui ont servi à l’élaboration du Code électoral du 05 avril 2000 accepté par toutes les parties.

La version initiale de ce Code électoral n’est certes pas intangible. Mais il revient à la partie qui entend y introduire des modifications, de les faire valoir dans les formes qui préservent le processus de dialogue et l’esprit de consensus.

Les modifications y apportées unilatéralement par le Gouvernement sont d’autant plus inacceptables que demeurent toujours valables les raisons pour lesquelles le pouvoir et l’opposition avaient accepté d’un commun accord en 1999 de charger ‘’une Commission Electorale Nationale Indépendante d’organiser et de superviser les élections en liaison avec le ministère de l’Intérieur et d’autres services de l’Etat’’, et de co-préparer les différentes phases des élections en s’impliquant conjointement dans les structures créées à cet effet.

C’est de mauvaise foi que le Gouvernement tente après coup, de renier sa parole sous prétexte qu’il ne se serait pas engagé à Bruxelles à ‘’mettre en veilleuse’’ les institutions de l’Etat.

Pour les trois partis politiques, il est indéniable qu’au regard de la gouvernance politique actuelle du pays, l’Administration RPT n’est  pas d’une neutralité pouvant l’habiliter à organiser des compétions électorales auxquelles le RPT est partie prenante. C’est parce qu’elle en est consciente qu’elle a accepté en 1999 que  l’organisation des élections soit confiée à une structure indépendante. Les données qui étaient à la base du consensus de 1999 n’ont pas à ce jour changé. Bien au contraire

La seule révision susceptible de supprimer les mécanismes de fraude et de déboucher sur un Code électoral acceptable par toutes les parties est celle fondée sur les clauses de l’Accord Cadre de Lomé.

Le CAR, la CDPA et l’UFC déclarent en conséquence inacceptable la révision du Code électoral proposée par le gouvernement.

Fait à Lomé, le 14 octobre 2004  
Pour le CAR
Yawovi Agboyibo 
Pour la CDPA
Léoplod Gnininvi
Pour l’UFC
Bob Akitani
 
 

 
 
 

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