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Otages français en
Irak:
Fiasco de Didier
Julia dans son escapade solitaire dans l’affaire
des otages français
Samuel Batchati
Les journalistes Christian Chesnot et Georges
Malbrunot, détenus en Irak depuis 50 jours
aujourd’hui ont fait la une des journaux
internationaux et surtout des journaux français.
Mais le gros scandale qui a marqué la presse
française le week-end
dernier est l’équipée
solitaire d’un député français : Didier Julia,
député de Seine et Marne, gaulliste de l’UMP. En
fin de semaine dernière, le parlementaire avait
redonné espoir à toute une France frileuse,
recroquevillée dans une diplomatie cul-de-jatte :
sa médiation à lui était sur le point de
permettre la libération des journalistes en
captivité. Le parlementaire a décrit son trajet
de Damas à Bagdad, relaté les
résultats de ses entretiens avec les ravisseurs
et conclu à une libération prochaine et certaine
de Christian Chesnot et Georges Malbrunot.
Toute la France a semblé soudain
retrouver le messie libérateur d’otages, le 007
des missions impossibles. Surtout que les deux
humanitaires italiennes venaient d’être libérées,
on a espéré que les ravisseurs ouvriraient le
cloaque pour laisser s’échapper les deux otages
français.
Mais voilà ! Du canular ! De l’arnaque:
Le député est un vrai bonimenteur. Les tirages
de la presse française en début de semaine ont
tiré à boulets rouges sur le député bonimenteur.
Il se trouve même que Didier Julia n’a jamais
mis pied en Irak et qu’il
n’aurait entamé aucune médiation. Le député de
Seine et Marne n’a pas eu l’intelligence
d’équarrir ses propos. Les services secrets
syriens, libanais, saoudiens et israéliens se
sont tout de suite rendus compte du subterfuge
de la grossière arnaque. Ces services ont situé
avec exactitude les lieux desquels le
parlementaire a donné ses coups de fil : à Damas.
Le pot aux roses découvert, le parlementaire
s’en défend. Il dénonce la léthargie et
l’inefficacité du ministre des affaires
étrangères et estime que son action s’inscrit
dans la logique d’une dynamique contraire à
l’incompétence, à la mollesse et la fainéantise
du chargé des affaires étrangères. Le langage de
bois caractéristique du fin politique français.
Entre lui et Michel Barnier s’est engagée une
guerre de pot de terre contre le pot de taire :
la fragilité de sa démarche contre le silence du
ministre.
Après en avoir dit des vertes, Didier Julia ne
doit pas s’attendre à la médaille d’honneur. Ses
collègues parlementaires parlent déjà de « farce
tragique » et il n’est pas exclu que le député
encourt de lourdes sanctions. L’Elysée désavoue
la médiation personnelle du député et ne se
reconnaît pas dans cette équipée solitaire.
Alors, quelle vilaine mouche a bien piqué ce
parlementaire au point qu’il baratine de la
sorte ? Qu’il embarque les familles des otages
français et la France entière vers les chimères
d’un espoir en bulles de savon ? Rentré le 4
octobre en France, Didier Julia a avoué avoir
perdu contact avec les otages, leur chauffeur
syrien et leurs ravisseurs. Les Français, la
douleur ravivée, ne lui pardonneront jamais
cette plaisanterie de goujat poivrot mal fagoté.
Didier Julia vient de donner une peinture
pourriture nature de la diplomatie française.
Une diplomatie vicieusement impérialiste où
chaque farfelu, criminel en France qui débarque
dans quelque partie de la terre se trouve des
capacités messianiques. La liberté des
parlementaires tourne carrément à la débauche et
au brigandage politiques, à l’escroquerie aux
compromissions, aux bakchichs. La France
s’effiloche, impuissante à sauver deux
concitoyens coincés en Irak entre Charybde et
Scylla. La ferveur presque sacrée et
l’effervescence qui avaient caractérisé les
débuts des négociations dans l’affaire Christian
Chesnot et Georges Malbrunot,
ont fait place à des hésitations, à des
balbutiements incertains, peu sûrs, qui rasent
les sens des mots. L’ineptie dans cette crise
dit à loisir la fainéantise d’un Etat qui jusque
là n’a tiré sa fierté et ses richesses
que des autres nations colonisées. Chirac
devrait mettre des laisses à ses députés.
Pourquoi Chirac ne viendrait-il pas en Afrique
chercher des médiateurs pour la libération de
Christian Chesnot et Georges Malbrunot. On se
querelle bien pour des médiations en Afrique. Il
suffit de se rappeler les altercations d’Eyadema
et d’Abdoulaye Wade dans la crise ivoirienne. Il
y a aussi Omar Bongo du Gabon. Tous ces
dictateurs en mal d’honneur et de zoom des
caméras voudraient bien jouer aux clowns
médiateurs en Irak s’ils avaient mandat de
Chirac. Mais le plus curieux est que la France
qui a toujours offert Colmar et Linas Marcoussis
aux Africains se retrouve sans voix dans une
prise d’otage. Certes il ne s’agit pas des mêmes
crises. A l’évidence, la France se sent mieux
dans les crises africaines que dans les crises
du proche et moyen orient. Chirac aurait
certainement besoin de s’inscrire à l’école de
Georges W. Bush ou de suivre des
travaux pratiques d'Abou Moussab al-Zarqaoui en
prise et exécution présidents africains au lieu
de semer des conflits armés dans toute l’Afrique.
La génération Bob Denard est bien passée. Il
faut combiner maintenant le numérique et le fer.
Ça peut mieux servir quand on est président
d’un pays aux députés délinquants.
Nonobstant, Didier Julia ne paraît pas être
cette sorte de « député délinquant ». Il affirme
qu’il n’a pas été missionné par le gouvernement
mais que l’Elysée qui le désavoue aujourd’hui
est au courant et aurait favorisé l’obtention de
son visa auprès des services syriens de
l’immigration. Le 4 Octobre Matignon a écouté
ses ministres. Le 5 Octobre, Matignon a entendu
les chefs des délégations parlementaires. Ce
fracas médiatique qui discrédite l’Elysée et
Matignon tombe mal. Tombe à la veille de la
rentrée parlementaire. Alors que l’UMP, comptait
faire peau neuve à cette rentrée parlementaire,
Didier Julia qui siège au parlement depuis 1967,
vient de bousculer la syntaxe politique de la
majorité au pouvoir. Le PS fera sa vendange de
critiques ; et à l’échelle internationale, la
France est devenue la risée des Américains et
des Anglais. Si 007, le triste
Bond, avait réussi, pour sûr Chirac lui aurait
déroulé le tapis rouge. Mais son échec
éclabousse la majorité de Chirac et la France
entière. Didier Julia ne parle pas lui de
fiasco. Il compte apporter les preuves devant la
commission parlementaire des affaires étrangères
que sa démarche n’a pas été loin s’en faut, un
échec. Mais des preuves apportées rien n’en a
filtré. Le temps de Jean-Pierre Thierry, le
petit juge du Mans, est révolu. L’honnêteté n’a
pas suivi certains Français dans ce millénaire. |