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8 Oct. 2004

Otages français en Irak:
Fiasco de Didier Julia dans son escapade solitaire dans l’affaire des otages français 
Samuel Batchati

Les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, détenus en Irak depuis 50 jours aujourd’hui ont fait la une des journaux internationaux et surtout des journaux français. Mais le gros scandale qui a marqué la presse française le week-end dernier est l’équipée solitaire d’un député français : Didier Julia, député de Seine et Marne, gaulliste de l’UMP. En fin de semaine dernière, le parlementaire avait redonné espoir à toute une France frileuse, recroquevillée dans une diplomatie cul-de-jatte : sa médiation à lui était sur le point de permettre la libération des journalistes en captivité.  Le parlementaire a décrit son trajet de Damas  à Bagdad, relaté les résultats de ses entretiens avec les ravisseurs et conclu à une libération prochaine et certaine de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Toute la France a semblé soudain retrouver le messie libérateur d’otages, le 007 des missions impossibles. Surtout que les deux humanitaires italiennes venaient d’être libérées, on a espéré que les ravisseurs ouvriraient le cloaque pour laisser s’échapper les deux otages français. 

Mais voilà ! Du canular ! De l’arnaque:  Le député est un vrai bonimenteur. Les tirages de la presse française en début de semaine ont tiré à boulets rouges sur le député bonimenteur. Il se trouve même que Didier Julia n’a jamais mis pied en Irak et  qu’il n’aurait entamé aucune médiation. Le député de Seine et Marne n’a pas eu l’intelligence d’équarrir ses propos. Les services secrets syriens, libanais, saoudiens et israéliens se sont tout de suite rendus compte du subterfuge de la grossière arnaque. Ces services ont situé avec exactitude les lieux desquels le parlementaire a donné ses coups de fil : à Damas. Le pot aux roses découvert, le parlementaire s’en défend. Il dénonce la léthargie et l’inefficacité du ministre des affaires étrangères et estime que son action s’inscrit dans la logique d’une dynamique contraire à l’incompétence, à la mollesse et la fainéantise du chargé des affaires étrangères. Le langage de bois caractéristique du fin politique français. Entre lui et Michel Barnier s’est engagée une guerre de pot de terre contre le pot de taire : la fragilité de sa démarche contre le silence du ministre.  

Après en avoir dit des vertes, Didier Julia ne doit pas s’attendre à la médaille d’honneur. Ses collègues parlementaires parlent déjà de « farce tragique » et il n’est pas exclu que le député encourt de lourdes sanctions. L’Elysée désavoue la médiation personnelle du député et ne se reconnaît pas dans cette équipée solitaire. Alors, quelle vilaine mouche a bien piqué ce parlementaire au point qu’il baratine de la sorte ? Qu’il embarque les familles des otages français et la France entière vers les chimères d’un espoir en bulles de savon ? Rentré le 4 octobre en France, Didier Julia a avoué avoir perdu contact avec les otages, leur chauffeur syrien et leurs ravisseurs. Les Français, la douleur ravivée, ne lui pardonneront jamais cette plaisanterie de goujat poivrot mal fagoté. 

Didier Julia vient de donner une peinture pourriture nature de la diplomatie française. Une diplomatie vicieusement impérialiste où chaque farfelu, criminel en France  qui débarque dans quelque partie de la terre se trouve des capacités messianiques. La liberté des parlementaires tourne carrément à la débauche et au brigandage politiques, à l’escroquerie aux compromissions, aux bakchichs. La France s’effiloche, impuissante à sauver deux concitoyens coincés en Irak entre Charybde et Scylla. La ferveur presque sacrée et l’effervescence qui avaient caractérisé les débuts des négociations dans l’affaire Christian Chesnot et Georges Malbrunot, ont fait place à des hésitations, à des balbutiements incertains, peu sûrs, qui rasent les sens des mots.  L’ineptie dans cette crise dit à loisir la fainéantise d’un Etat qui jusque là n’a tiré sa fierté et ses richesses  que des autres nations colonisées. Chirac devrait mettre des laisses à ses députés.  

Pourquoi Chirac ne viendrait-il pas en Afrique chercher des médiateurs pour la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot. On se querelle bien pour des médiations en Afrique. Il suffit de se rappeler les altercations d’Eyadema et d’Abdoulaye Wade dans la crise ivoirienne. Il y a aussi Omar Bongo du Gabon. Tous ces dictateurs en mal d’honneur et de zoom des caméras voudraient bien jouer aux clowns médiateurs en Irak s’ils avaient mandat de Chirac. Mais le plus curieux est que la France qui a toujours offert Colmar et Linas Marcoussis aux Africains se retrouve sans voix dans une prise d’otage. Certes il ne s’agit pas des mêmes crises. A l’évidence, la France se sent mieux dans les crises africaines que dans les crises du proche et  moyen orient. Chirac aurait certainement besoin de s’inscrire à l’école de Georges W. Bush  ou de suivre des travaux pratiques d'Abou Moussab al-Zarqaoui en prise et exécution présidents africains au lieu de semer des conflits armés dans toute l’Afrique. La génération Bob Denard est bien passée. Il faut combiner maintenant le numérique et le fer.  Ça peut mieux servir quand on est président d’un pays aux députés délinquants.

Nonobstant, Didier Julia ne paraît pas être cette sorte de « député délinquant ». Il affirme qu’il n’a pas été missionné par le gouvernement mais que l’Elysée qui le désavoue aujourd’hui est au courant et aurait favorisé l’obtention de son visa auprès des services syriens de l’immigration. Le 4 Octobre Matignon a écouté ses ministres. Le 5 Octobre, Matignon a entendu les chefs des délégations parlementaires. Ce fracas médiatique qui discrédite l’Elysée et Matignon tombe mal. Tombe à la veille de la rentrée parlementaire. Alors que l’UMP, comptait faire peau neuve à cette rentrée parlementaire, Didier Julia qui siège au parlement depuis 1967, vient de bousculer la syntaxe politique de la majorité au pouvoir. Le PS fera sa vendange de critiques ;  et à l’échelle internationale, la France est devenue la risée des Américains et des Anglais.  Si 007, le triste Bond, avait réussi, pour sûr Chirac lui aurait déroulé le tapis rouge. Mais son échec éclabousse la majorité de Chirac et la France entière. Didier Julia ne parle pas lui de fiasco. Il compte apporter les preuves devant la commission parlementaire des affaires étrangères que sa démarche n’a pas été loin s’en faut, un échec. Mais des preuves apportées rien n’en a filtré. Le temps de Jean-Pierre Thierry, le  petit juge du Mans, est révolu. L’honnêteté n’a pas suivi certains Français dans ce millénaire.

 

 
 
 

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