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5 octobre 1990,
gésine d'un Togo libre: 14
ans après
Samuel Batchati
La télévision togolaise, n’a pas manqué cette
occasion, ce 5 octobre de lacérer l’opposition,
"cette bande d’aventuriers, ces marchands
d’illusions, ces trafiquants de miroirs aux
alouettes". En effet il y a 14 ans, le 5 octobre
1990, les verrous de la peur, du silence, de la
dictature sautaient, déversant dans les rues de
Lomé, des hordes hurlantes d’hommes en colère,
d’hommes étouffés depuis le règne inique du
général Eyadema. L’étincelle qui mit feu aux
poudres tient de la fantaisie juridico-politique.
Il s’agit du procès des
organisateurs des manifestations estudiantines
d’août 1990, Logo Dossouvi et Doglo Agbelengo,
ce 5 octobre1990. Des manifestations durement
réprimées par les militaires, agissants sur
ordre des caciques du RPT qui n’entendaient pas
voir les étudiants se donner beaucoup de liberté.
Ce qu’on a appelé perfidement « vent de l’est »,
à cause de la chute du mur de Berlin 1989 et les
velléités de liberté qui enflaient les cœurs des
anciens communistes, semble souffler sur le
Togo. Ces velléités semblaient ramper
souterrainement depuis des années. Surtout
depuis cette conférence donnée par l’avocat
Djovi Gally au centre culturel américain au
cours de laquelle il évoque incidemment « l’indépendance
de la magistrature américaine, ciment de la
démocratie américaine ». Les ténors du parti
unique n’avaient pas du tout
apprécié ce discours et taxé l’avocat de faire
de la politique. Résultat, le 26 décembre 1989,
les avocats sont réunis au palais des congrès
avec à l’ordre du jour « la
sensibilisation des
avocats à leurs responsabilités dans un pays ».
Ça c’était l’ordre du jour officiel. En fait les
ténors du parti unique, se sentant menacés,
tenaient à faire comprendre aux avocats que le
pays était toujours sous le verrou du régime du
parti-Etat et qu'il
n’était pas temps que l’ordre institutionnel
soit changé. Les sujets reviennent au 7ème
congrès du RPT en mai 1990. Congrès au cours
duquel le chef de l’Etat ignorant tout des
dimensions d’une démocratie, décide la
séparation du RPT de l’Etat.
Tous ces événements déblaient le terrain. Et
lorsque les militaires chargent au palais de
justice ce fatidique 5 octobre 1990, le régime
se met à dos toute une brochette d’avocats et la
population des étudiants. Ceux-ci créent des
associations : Aped (Association pour la
Promotion de l’Etat de Droit) par Djovi Gally ;
Me Agboyibor prend la tête de la CNDH,
(Commission Nationale des Droits de l’Homme) ;
ATLT (Association Togolaise de lutte contre la
torture) par Me Jean Yaovi Degli. Et lorsque le
général annonce le 30 octobre 1990 que le « Togo
est mûr pour faire l’expérience d’un
multipartisme discipliné et contrôlé », il est
trop tard, la démocratie est en marche et les
libertés déchaînées s’expriment de mille
manières, dans les rues à travers des
manifestations.
La violence des militaires répond à la violence
des manifestants. Maisons brûlées, voitures
volées ou brûlées, commissariats pris d’assaut
et les policiers tortionnaires d’hier sont
devenus victimes des torturés d’hier. C’est le
chaos jusqu’à l’intronisation de l’avocat Kokou
Koffigoh comme premier ministre après une
conférence nationale fantoche. Si l’histoire
faisait une marche arrière dans le temps, le
choix d’un premier ministre ne serait pas allé à
Koffigoh. La déliquescence actuelle de ce pays
est en grande partie due à sa gestion
calamiteuse d’une transition permanente.
Koffigoh se trahi lui même.
Il déserte la lutte de façon, on ne peut plus
perfide,
en revêtant le
gilet du RPT jusqu’à son auto-éjection.
Un gilet pour défendre sa seule tête au
détriment d'un peuple qui avait à un moment cru
en lui. Un peuple qui souffre toujours.
14 ans sont passés. Le chemin parcouru est un
bien triste chemin. C’est à peine si un chemin a
été même parcouru. Au moment où notre démocratie
devrait entrer dans l’adolescence, il est
regrettable qu’elle soit encore au biberon des
nations occidentales. Opposition et parti au
pouvoir rivalisent de niaiseries. Tout le monde
se chamaille. Pour des virgules, des pets
d’impression, des présences et des absences. On
se chamaille. Des gamineries d’écoliers morveux
et mal torchés mécontents du pensum que vient de
leur infliger la radicale institutrice UE. La
vie politique au Togo est aujourd’hui ralentie.
De Colmar à Ouagadougou en passant par Cotonou,
des accords signés aux 22 engagements pris par
le gouvernement de Koffi Sama, le pays n’a fait
que du sur-place. Plutôt on fait une monstrueuse
reculade. On procède par un raisonnement par
régression. On commence par un
dialogue. Ce dialogue a besoin d’un médiateur.
Pour désigner ce médiateur chaque partie veut
avoir le satisfecit d’un autre médiateur. Le
dialogue qui devait
être entamé, qui n’est pas entamé piétine.
C’est la preuve que ce pays est dirigé au pif
par un régime qui s’accroche vaille que vaille
aux orgiaques privilèges gargantuesques.
Aujourd’hui personne ne sait vers quel avenir
politique la classe de l’opposition veut
conduire le peuple togolais. Eyadema et son clan
sont installés
confortablement dans dans leur rôle de
prêcheurs de la haine
tribalo-politique. Il ne rate aucune occasion
pour brandir l’étendard de la paix stoïquement
cultivée et maintenue au prix de sa vie, une
paix que des aventuriers
politiques tentent d’occire. Il agite la peur
d’un pogrom au cas où lui Eyadema ne serait pas
au pouvoir. Alors la peur s’empare des plus
téméraires velléitaires. Pour l’opposition,
Eyadema et sa coterie ont un projet luciférien
pour le Togo et il urge que ce projet
s’interrompe. De sorte que pour les premiers, le
5 octobre 1990 est la date de décès d’un Togo
prospère, de la Suisse d’Afrique, de cette
période de vaches grasses où les salaires
étaient régulièrement versés, où un treizième
mois était versé aux fonctionnaires remboursé
sans intérêts. Le 5 octobre 1990 est mort ce
Togo de sécurité, où tout le monde pouvait
dormir partout sans se faire égorger ni voler.
Pour les seconds, le 5 octobre 1990 marque la
date de naissance d’un Togo démocratique, ouvert
sur plus de liberté.
Toutefois, sur le
visage politique actuel du Togo, rien n’a
véritablement changé. Eyadema use des mêmes
pratiques dictatoriales, pratique une gestion
scandaleuse des finances du pays, sème l’effroi.
Même s’il existe des partis politiques, leur
action et leur envergure que leur avait
conférées l’effervescence des premières heures
sont aujourd’hui inexistantes. Les partis de
l’opposition agissent au Togo par procuration
à l'UE. En clair, sans
les sanctions de l'UE, plus de combat pour la
liberté au Togo. L’action du RPT, parti
au pouvoir, se confond avec l’action du
gouvernement. Une campagne de vaccination de la
poliomyélite est une propagande pour le RPT et
son général de président. Une cérémonie de
remise de dons aux pouponnières et aux
orphelinats s’élève au dithyrambe, à
l’apologétique. C’est dire que la séparation du
parti de l’Etat ne s’est véritablement pas
opérée dans le mental des dirigeants. Il ne
suffisait pas seulement de dissoudre les caisses
du RPT parti-Etat et conserver les pratiques
ringardes de ce parti-Etat.
Autrefois les motions étaient lues contre de
virtuels et fantomatiques valets locaux vendus
des impérialistes. Aujourd’hui, la cible est
désignée et la flagellation médiatique de ces
partis et de leurs leaders est devenue chose
courante. Le CAR et son leader sont flagellés.
L’UFC et son leader,
Gilchrist Olympio sont flagellés. Il n’y
a aucun qui échappe à cette lapidation
médiatique. Au grand bonheur du général
président. Pourtant il serait grand temps que
ces pratiques décadentes et dégradantes du plus
obscure ère disparaissent de notre quotidien. La
démocratie ne s’inscrit pas dans l’utilisation
des médias pour l’insulte de l’adversaire
politique. Tout au moins les médias d’Etat
peuvent, au grand dam du peuple, utiliser les
canaux des médias pour la propagande. Les médias
ne sont pas en démocratie, le tribunal des
supposées erreurs de l’adversaire politique. Ils
doivent véhiculer l’idéologie du parti au
pouvoir.
Les liseurs de motions, les insulteurs et autres
ergoteurs d’insipides calomnies devraient
arrêter leur messe. L’adolescence est plutôt
conquérante. L’UE, puisque
c'est notre seul espoir, dans son
évaluation des 22 engagements,
devrait également regarder du côté de ces rites
obsolètes, avilissants et anti-démocratiques. Le
5 octobre 1990, le Togo n’est ni mort ni décédé.
Il a piqué nez devant vers un précipite
démoniaque. Les chicaneries actuelles ne
peuvent l’en sortir, si dans la divergence de
points de vue, personne ne veut poser les bases
d’une vraie synergie, une synergie inscrite dans
la dynamique d’un redressement du pays
sur les plans
économique et social. |