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27 Sept. 2004

L’opposition togolaise propose la désignation d’un médiateur neutre
Mathias Akoulansa

Le dialogue inter togolais ouvert en grande pompe le 27 mai dernier par le Général Président Gnassingbé Eyadema bat de l’aile. Le dialogue qui se voulait crédible et ouvert dans un cadre structuré et transparent a pris l’allure de consultations, le gouvernement convoquant qui il veut et quand il le veut et  se réservant le droit du sort des décisions qui seront issues  de ces consultations.

L’on avait cru que le gouvernement togolais, après avoir tenté de noyauté le dialogue dans une kyrielle de partis potiches à sa solde, a changé de fusil d’épaule en revenant au cadre de l’engagement 1.1 avec la rencontre du 25 août 2004. Mais, c’était mal connaître le pouvoir quarantenaire habitué aux pratiques de fuite en avant et de  retournement des situations. L’espoir suscité par la rencontre du 25 août où tout semblait partir pour de bon n’a été que de courte durée. La rencontre du 10 septembre dernier et le communiqué fleuve du RPT accusant les leaders de l’opposition d’être responsables de tous les maux dont souffre le Togo sont manifestement la preuve du refus de tout dialogue avec l’opposition.

Alors  que les conditionnalités posées par l’UE dans sa nouvelle de feuille pour une reprise pleine de sa coopération  avec le Togo sont claires et sans équivoques, le PM Koffi Sama, après l’échec de la rencontre du 10 septembre, s’est envolé pour l’Europe pour tenter une énième fois de quémander la reprise de la coopération. Mais is est revenu sur la pointe des pieds sans tambours battant ni trompette et a assisté aux côtés de son mentor à la célébration du 18e anniversaire de l’agression terroriste du 23 septembre 1986. Les Eurodéputés lui ayant simplement signifié qu’à l’étape actuelle, ils ne peuvent rien.

Prenant leur courage à deux mains, malgré les campagnes de dénigrement orchestrées contre eux et face à la souffrance des populations, les trois partis dits radicaux, CAR, CDPA et UFC viennent d’adresser une correspondance au PM dans laquelle ils demandent au Gouvernement et à sa  formation politique de reconsidérer leur position en vue de favoriser le processus de dialogue conformément à l’engagement 1.1.

Certainement instruites des expériences passées et face à la grave crise de confiance qui existe entre les protagonistes de la crise, les trois formations politiques proposent la désignation d’un médiateur neutre (et c’est là la nouveauté ; plusieurs voix s’étaient fait entendre pour réclamer la désignation d’un médiateur, mais en vain) sous le parrainage de l’UE pour conduire les négociations.

Nous vous proposons la substance de la lettre
:

 

Lomé, le 21 septembre 2004

A                                                                         Monsieur Koffi SAMA

Premier Ministre de la
République Togolaise

Monsieur le Premier Ministre,

            Nous voudrions par la présente lettre, vous réitérer notre désapprobation des manœuvres par lesquelles, à la rencontre du 10 septembre 2004 au CASEF, les délégations du Gouvernement et du RPT se sont employé à travestir le dialogue national en de simples consultations qui les délient du devoir de consentir les concessions nécessaires au dénouement de la crise que traverse le pays.

            Nous vous rappelons que lors de cette rencontre qui a réuni outre les deux délégations du pouvoir, les cinq partis de ‘’l’opposition traditionnelle’’ et deux associations de la société civile (GF2D et REFAMPT), nos trois formations politiques (le CAR, la CDPA,  et l’UFC) ont soutenu que le dialogue national que le Gouvernement semble finalement accepter de reprendre après près de cinq mois de réticence, doit avoir lieu suivant les termes du point n° 1.1 des 22 engagements.

            Pour ces trois partis, ce dialogue doit se dérouler entre d’une part, le Pouvoir comprenant le RPT et le Gouvernement, d’autre part, ‘’l’Opposition traditionnelle’’ représentée par les cinq partis qui ont pris part au dialogue inter togolais de 1999, avec la participation de la société civile. Il  revient aux protagonistes  ainsi identifier, de s’accorder sur la présidence des travaux, l’ordre du jour ou la liste des sujets à discuter, les modalités de prise de décisions, le sort des décisions prises, etc.…

            A cette conception du dialogue national, les délégations du pouvoir ont opposé une autre basée sur l’idée qu’il faut, pour la configuration du cadre du dialogue national, dissocier le parti RPT du Gouvernement-RPT. Selon cette configuration, le RPT participerait au dialogue indépendament du Gouvernement, en tant que sixième parti aux côtés des cinq de ‘’l’opposition traditionnelle’’. Face à ces six partis politiques et aux deux associations de la société civile, le Gouvernement jouerait d’office le rôle de ‘’maître d’œuvre’’ au motif que c’est lui qui a pris les engagements à Bruxelles. Il lui reviendrait en cette qualité, de déterminer à sa guise  le cadre et l’ordre du jour des discussions, de diriger les travaux, de définir les autres modalités, et de décider du sort à réserver aux décisions prises.

            Par ce positionnement tactique du RPT et le rôle que lui-même s’est assigné, le Gouvernement chercherait manifestement à faire échec au dialogue national en le transformant en consultations libres des partis politiques et de la société civile.

            Le CAR, la CDAP et l’UFC  ne pouvaient pas de toute évidence souscrire à une telle manœuvre et se sont affrontés pendant plus de quatre heures avec les délégations du Gouvernement –RPT et du RPT.

            La rencontre s’est finalement terminée sur un constat de profond désaccord dont les populations et la communauté internationale ont été tenues informées par des communiqués rendus publics par le Gouvernement, nos trois formations et le RPT.

            Il est déplorable que le RPT et le Gouvernement tentent à travers leurs communiqués, de semer la confusion dans les esprits en occultant le fond du problème et en faisant croire que le  CAR, la CDPA et l’UFC qualifiés ‘’d’extrémistes de radicaux’’ se seraient opposés à la participation du RPT au dialogue national.

C’est pourquoi nous avons jugé impératif de vous convier à amener le Gouvernement et le RPT à reconsidérer leur position de manière à favoriser la mise en œuvre de l’engagement n°1.1 dont il convient de faire le rappel.

« …Ainsi l’Union Européenne note que le Gouvernement de la République Togolaise a pris les engagements suivants :  

Engagement 1-1 :
Dans le but d’assurer le plein respect des principes démocratiques, annonce sans délais d’une reprise ouverte et crédible du dialogue national avec l’opposition traditionnelle et la société civile dans un cadre structuré et transparent
 »  

            Il ressort du libellé de l’engagement, une série d’indications claires pour l’orientation du dialogue préconisé. 

(1)   Reprise de dialogue interrompu
Il ne fait pas de doute que le dialogue à reprendre est celui commencé en 1999 et que le Gouvernement a brutalement interrompu par la suite avant de remettre en cause les acquis, par des modifications apportées unilatéralement au code électoral consensuel et à la constitution de 1992

            C’est ce dialogue qu’il est question dans l’engagement 1.1 de reprendre, dans un cadre structuré et transparent en y incluant la société civile. 

(2)   Cadre du dialogue national
Le dialogue de 1999 était une discussion politique entre les protagonistes de la crise, à savoir : la mouvance présidentielle d’une part, ‘’ l’Opposition traditionnelle’’ d’autre part.

            La reprise à laquelle le Gouvernement s’est obligé dans l’engagement 1.1 ne peut se dérouler que dans la même configuration avec, cette fois-ci, la participation de la société civile. Les trois partis, le CAR, l’UFC et la CDPA ne se sont jamais opposés à ce cadre, contrairement, à ce que dit la Mouvance présidentielle.

            Les protagonistes au dialogue préconisé, ce sont bien d’une part, le pouvoir en place ( le Gouvernement-RPT et le Parti-RPT) et d’autre part ‘’l’Opposition traditionnelle’’. La présence de Natchaba, Président de l’Assemblée Nationale-RPT au sein de la délégation gouvernementale n’est-elle pas la reconnaissance de facto de cette configuration ? 

(3)   Le Contenu du dialogue
Le dialogue préconisé étant une reprise de celui interrompu, il revient aux protagonistes d’en définir le contenu comme en 1999.

            Quel est l’objectif assigné à ce dialogue ? C’est la question à cette question qui détermine son contenu. Pour nos trois partis, il s’agit d’avoir le courage d’identifier les racines de la crise afin de d’arrêter les solutions appropriées. A cette fin, l’ensemble des préoccupations des parties doivent constituer le contenu ou la liste des sujets à discuter. Ainsi, pour nous, les sujets à discuter sont entre autres :

-         la révision du cadre électoral

-         l’assainissement de l’environnement politique

-         l’instauration d’une transition pour l’application de l’Accord issu du dialogue et l’organisation des élections

-         le calendrier des élections prévues.

Dans ces conditions, nos trois formations ne peuvent pas admettre qu’un des protagonistes décide d’autorité que l’ordre du jour sera constitué uniquement par les 22 engagements. 

(4)   La Direction des travaux  
La configuration du dialogue met face à face les deux protagonistes du dialogue. Aucun des deux protagonistes ne peut s’arroger le droit de diriger les travaux, instituant ainsi comme règle, la possibilité d’être juge et partie. Il revient aux deux protagonistes de s’accorder sur la présidence des travaux.

            La réalité de la crise de confiance, grave, profonde et inextricable entre les protagonistes recommande le choix d’un médiateur neutre qui peut être un étranger choisi avec l’appui de l’Union Européenne qui a bien voulu proposer son assistance (financière ou technique) pour la mise en œuvre des engagements.

De toutes façons, la conduite des échanges, partiale, arrogante, défensive et inutilement agressive, lors de deux réunions de 25 août et 10 septembre 2004, disqualifie la Mouvance présidentielle de diriger les travaux. 

(5)   L’application des résultats des discussions.
Compte tenu de la réalité de la crise confiance évoquée plus haut, l’opposition qui a été victime de modifications unilatérales des textes adoptées par consensus ne peut plus laisser le pouvoir appliquer tout seul, à sa guise, l’Accord politique qui sera issu du dialogue.

            Voilà pourquoi, les trois partis, le CAR, la CDPA, et l’UFC estiment nécessaire la mise en œuvre d’une structure de cogestion des décisions qui seront prises par consensus.

            Nous espérons que ces observations contribueront à faire reprendre le dialogue national conformément à l’engagement pris par votre Gouvernement à Bruxelles.           

            Veuillez agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de notre considération distinguée.

Ont signé :

Le CAR
Me Y AGBOYIBO
la CDPA
L M. GNININVI
l’UFC
E. AKITANI BOB
 

 
 
 

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