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Editorial

22 Sept. 2004

Les militaires de l'opération Licorne donnent un bain d’avanie à toute la France
Samuel Batchati 
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« Plusieurs jours pour le voleur, un seul jour pour le propriétaire ».

Qu’elle est bien juste cette phrase des comédiens du groupe ivoirien "Faux pas facher" dans la comédie « L’esprit Babi Zoto. » Combien ont-il déjà volé sans qu'on n'en sache nib de nib, ces "sauveurs" de la force Licorne? Déjà en janvier, des militaires du dispositif Licorne avaient été impliqués dans le casse de Bouaké. Quatre militaires français avaient profité du pillage de la BCEAO de Bouaké pour dérober 38 millions de francs CFA (57.000 euros) qu’ils ont tenté d’échanger en France contre les diamants du sang, alors qu'ils avaient la garde des locaux.

Sacrée France ! L’armée française ne formerait-elle que des voleurs ? La France montre son véritable visage d’hyène, qui ne se nourrit que de charognes, qui s’enrichit du chaos. Le chaos en Afrique est une veine de richesse pour la France : c’est évident. L’interventionnisme outré de la France en Côte d’Ivoire n’est que le prétexte fallacieux pour une hémorragie financière et économique. 

Enfin une explication se dessine sur l’opération de toilettage à la BCEAO, le retrait des billets de banque de la série 1992 entamée le 15 septembre 2004 dans toutes les agences de la BCEAO dans la zone de l’UEMOA : arrêter le blanchiment de billets de banques volés dans les succursales de Korhogo en août 2004 et à Bouaké en septembre 2003. Cette opération que les commerçants redoutaient peut trouver une satisfaction. Quant au casse des militaires, c'est tout bêtement un non voyant qui se fait prendre sa miche de pain rassie par le fils du magnat du quartier.

Un vilain pan vient de tomber dévoilant l’hideux visage  de la France, la très fanfaronne et esbroufeuse France. Ce que cette France chauvine distillait dans l’ombre vient de s’éclater, éclaboussant le président Jacques Chirac qui n’a pu poursuivre son séjour à New York, éclaboussant la Marseillaise, éclaboussant le drapeau tricolore, éclaboussant la devise française. Spluch ! Un infect bain putrescent de gadoue d’avanie: ah, sommes nous vraiment une nation de filous? Ces pauvres africains viennent de nous découvrir.

Le casse des  12 soldats de l’opération Licorne, basée en Côte d’Ivoire,  est l’image hautement et fortement représentative de la politique française de l’Afrique. 65 millions de francs CFA, (100 000 euros) volés à Man, à 570 Km d’Abidjan. Des citoyens d’une « grande nation » occidentale, voler un pays du tiers-monde qui plus est en guerre ! C’est d’une épouvante invraisemblable.  Et pourtant ! 

Ainsi donc les 4 000 soldats français de l’opération Licorne ne sont en Côte d’Ivoire que pour piller, tuer et voler. 4 000 voleurs lâchés dans un pays en guerre. 4000 cambrioleurs sans foi ni loi, chargés par le ténébreux Chirac de parachever l’œuvre de sape commencée par les vendus nationaux.  Chirac ne pouvait mieux « aider » la Côte d’Ivoire de Félix Houphouët-Boigny, lui le plus Africains des Français. Dans le  Rapport de 100 pages  N°87, 2001-2002, (Rapport spécial sur l’aide au développement, Sénat, Commission des finances), l’ancien ministre du Budget de François Mitterrand, Michel Charasse se réjouit de la présence de l’armée française qui permet d’ « assurer un minimum d’ordre et de service publics ». Service public ! (Sic). 

On disait et savait la Françafrique inhumaine, néo-fasciste, néo- impérialiste et responsable de tous les conflits armés en Afrique. Partout où ses colossaux appétits de pétrole, de diamant de sang, d’or, de cacao et de café ; de toutes ces richesses africaines mal gérées par des dictateurs d’opérette ubuesques, sujets d’une métropole sangsue,  ont été menacés, la France a fait sauter le couvercle de la boite de Pandore. Au Congo lorsque Lissouba négociait des marchés de pétrole avec des compagnies pétrolières américaines, les dirigeants français ont allumé un brasier, armant tour à tour milices rebelles et soldats royalistes et installant enfin leur marionnette. Mais le Congo n'est pas la Côte d'Ivoire et Gbagbo n'est pas Lissouba.

C’est la même stratégie du « tout à moi ou cendre pour tous » que Chirac a rééditée en Côte d’Ivoire alors que le président Laurent Gbagbo négociait des marchés avec les Italiens, les Asiatiques et les Américains. Parce qu’en réalité, les marchés offerts gratuitement par la momie qu’était devenue Félix Houphouët-Boigny, symbole vivant du  félon délateur, « piaillant et susurrant et plastronnant dans les salons de la condescendance » (David Diop), tous ces marchés se sont révélés improductifs pour les Ivoiriens. Il s’avérait opportun que le Président renégocie d’autres marchés bénéfiques à la Côte d’Ivoire et non à la seule France. Chirac avait vu rouge et déclaré la guerre à Gbagbo via une « Force nouvelle », armée pour combattre « la force ancienne ». Même après le coup d’Etat de Linas Marcoussis, même quand Gbagbo avait confié d’importants marchés au groupe Bolloré, l’appétit d’ogre de Chirac n’avait pas été assouvi.

Quand au sommet de la Pauvreté le même Chirac déclare à New York que « lutter contre la guerre, c’est lutter contre la pauvreté », on ne peut avoir qu’un sourire amer et douter de sa bonne foi quand on sait toutes les guerres que  la France manigance, allume et entretient pour tous ses réseaux françafricains. Et lorsque Michel Charasse triomphe avec 432,8 millions d’euros d’aide à la Côte d’Ivoire, en 2002, au nom de la « Doctrine d’Abidjan », on peut dire que la guerre a été déclarée en Côte d’Ivoire pour récupérer les millions d’euros d’aide apportés à ce pays.

Combien de milliers d’euros ont-ils déjà pillés auxquels iront s’ajouter les 100 000 euros volés par des soldats français ? Et Michel Charasse s’offusque et conditionne « la reprise des relations de l’Etat ivoirien avec les institutions financières internationales » à   l’établissement d’une réelle transparence sur les importants flux financiers. Ceux-ci, environ 210 millions de francs CFA, selon les conclusions d’un audit réalisé à la demande des bailleurs internationaux, sont le produit des prélèvements sur la filière stratégique "café-cacao" et dont l’utilisation demeurait inexpliqué ». Un riche voleur qui est choqué qu’un cul-terreux soit corrompu.

La France a gelé la majorité de ses engagements de l’Aide Française au Développement (AFD), au nom de cette « Doctrine d’Abidjan » et envoie  ses mercenaires voler les coffres de la BCEAO à Mans. Une agence que ces militaires étaient justement chargés  de surveiller.  

Les douze militaires détrousseurs de la succursale de la BCEAO, ont été rapatriés en France pour être entendus par la justice française. Pourquoi ? La justice ivoirienne n’est-elle pas en mesure de régler un crime commis sur son territoire ? A la disparition du journaliste Guy-André Kieffer, c’est la police française qui a entendu, perquisitionné et saisi l’ordinateur et plusieurs documents de Léonard Guédé-Pépé, présumé premier responsable de la disparition du journaliste franco-canadien. Il faut rappeler que celui-ci enquêtait sur une fumeuse affaire de transfert d’argent entre la Côte d’Ivoire et la Guinée-Bissau. Pourquoi ne laisse-t-on pas les douze forbans répondre de leur forfait devant la justice ivoirienne ? Qui est le plaignant dans ce délit ? L’Etat français ou la république de Côte d’Ivoire ? ou la BCEAO? 

 

 
 
 

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