|
Les succursales de la BCEAO attisent les
convoitises
ABIDJAN, 20 sept (AFP) -
19h13 - Les
succursales de la Banque centrale des Etats
de l'Afrique de l'ouest (BCEAO) dans le nord
de la Côte d'Ivoire, sous contrôle des
rebelles et déjà pillées plusieurs fois par
ces derniers, attisent aussi la convoitise
de soldats français, pris la main dans le
sac vendredi.
En un an quatre "casses" ont été
perpétrés dans cette zone, deux par des
éléments des rebelles et deux par des
soldats français, qui ont profité de la
confusion d'une situation de "ni guerre ni
paix" dans cette zone.
Les soldats français de Man, surpris
vendredi avec l'équivalent de 100.000 euros
en FCFA, ont essayé d'arrondir leurs soldes
- pourtant confortables en "théâtre
d'opération extérieure" - avant leur retour
en France prévu début octobre.
Les hommes du contingent français Licorne
sont relevés tous les quatre mois; au nombre
de 4.000 au total, ils sont en Côte d'Ivoire
dans le cadre d'une mission de
rétablissement de la paix dans ce pays,
coupé en deux depuis une tentative de coup
d'Etat ratée contre le président Laurent
Gbagbo en septembre 2002.
Lors des casses, les rebelles ont emporté
des millions d'euros, soit des milliards de
F.CFA, tandis que les soldats français
déorbaient un peu plus de 100 millions de
F.CFA (157.000 euros).
Ces braquages dénotent un "anarchie
certaine" dans la zone nord, souligne un
banquier d'Abidjan sous couvert d'anonymat.
Il observe qu'"aucune banque n'est ouverte
dans cette zone depuis deux ans, où
l'administration traditionnelle a disparu" à
la suite du coup d'Etat raté de la rébellion
armée des Forces Nouvelles (FN).
En septembre 2003, des rebelles avaient
pillé la BCEAO de Bouaké emportant environ
20 milliards de francs CFA (près de 30,45
millions d'euros), et celle de Korhogo (extrême
nord), en août 2004, dont le montant dérobé
n'est pas connu, selon des sources bancaires.
A Bouaké, quatre militaires français
avaient, quelques jours après, profité du
pillage pour y dérober encore 38 millions de
francs CFA (57.000 euros) alors qu'ils en
gardaient les locaux.
Vendredi dernier, à Man, une ville en
zone rebelle située à 570 km au nord-ouest
d'Abidjan, douze militaires français,
stationnés dans cette ville pour assurer la
sécurité et la préservation des biens, ont à
nouveau succombé à l'appât du gain facile en
emportant cette fois 65 millions de F
CFAeuros).
Cette zone contrôlée par les Forces
nouvelles (ex-rébellion), où se trouve
également une grande partie des 6.300
Casques bleus des Nations unies, est "un peu
une zone de non droit", indiquait récemment
à l'AFP un des rares Français résident à
Bouaké, sous couvert d'anonymat.
Il observait que "beaucoup d'habitudes
ont été prises" et qu'il est facile de
succomber "même pour des soldats" français.
Au siège de l'Opération Licorne lundi,
après ce deuxième hold-up de militaires
français, la discrétion était de rigueur.
Le porte-parole, le colonel Henry Aussavy
a donné le montant du butin, précisant
seulement que ces soldats, rapatriés lundi
par avion, avaient été l'objet de "mesures
disciplinaires" et que l'enquête en cours
était "soumise à la confidentialité de toute
enquête judiciaire".
A Paris, le porte-parole de l'état-major
des armées le colonel Gérard Dubois a
qualifié lundi ce vol d'acte "inadmissible,
grave et inacceptable".
Cette affaire intervient alors que la
BCEAO a commencé le 15 septembre de changer
les billets de francs CFA de "type 1992", en
circulation en Afrique de l'Ouest.
Cette opération a en partie pour objectif
de contrecarrer les plans de blanchiment des
organisateurs des braquages de Bouaké et
Korhogo, dont les séries volées ont été
numérotées. Certaines de ces séries ont déjà
été repérées dans des banques au Mali.
"Dans ces conditions, il aurait été
difficile pour les Français d'écouler leur
butin" en raison des mesures prises par la
BCEAO, observe encore un banquier.
|