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Quatorze
chefs d'Etat en France le 15 aoùt 2004:
sujetion ou devoir de mémoire?
Samuel Batchati
Que n’avaient-ils
laissé cette France trop fière et
cocardière sous la botte boche ! Certes
ils n’avaient pas le choix, ces pauvres
tirailleurs. Mais ces ancêtres, je me
retiens d’avoir un mot malheureux et
désagréable à leur endroit. Qu’ils
reposent en paix sous n’importe quelle
terre où qu’ils soient !
Abdelaziz Bouteflika,
président de l’Algérie, Mathieu Kérékou
du Bénin, Blaise Compaoré du Burkina
Faso, Paul Biya, du Cameroun, François
Bozizé de la Centrafrique, Azali
Assoumani des Comores, Ismaël Omar
Guelleh de Djibouti, Marc Ravlomanana de
Madagascar, Amadou Toumani Touré du
Mali, Mohammed VI, roi du Maroc, Tandja
Mamadou du Niger, Abdoulaye Wade du
Sénégal, Idriss Deby du Tchad,
Gnassingbé Eyadéma du Togo et Zine El
Abidine Ben Ali de la Tunisie. Tous
chefs d’Etats souverains ont couru
ventres à terre en France dès que le
Chirac a à peine levé le petit doigt en
signe d’invitation. Prompte réponse des
adeptes à l’appel du grand Gourou.
Chirac a tiré les ficelles et les
pantins épouvantails, pères fouettards
dictateurs ubuesques qu’il a hissés à la
tête des anciennes colonies françaises
se sont mis à bouger de tout le corps :
ministres, directeurs, corps militaires,
toute racaille de forbans. Pour une
séquence de pitres.
Pour certains, ils
n’étaient pas encore nés entre 1939 –
1945. Pour d’autres tel Eyadema du Togo,
sa campagne d’Indochine et d’Algérie le
fait ancien militaire et combattant
Français. Le débarquement de Normandie
le 6 juin 1944 ? Le débarquement de
Toulouse le 15 Août 1944 ? Il a dû
l’apprendre sur le tard. Pas
certainement en suivant les cours
d’histoire en classe de troisième.
Néanmoins tous iront se vautrer dans la
forfanterie de l’inextinguible amitié
franco-africaine, supposée séculaire et
légendaire. Amitié de sorciers de
francs-maçons sans foi mais guidés par
la loi de l’omerta. Ils oublieront que
chez eux, en Afrique, la noire misère
sous toutes ses formes et de toutes ses
forces, a envahi les cités.
Le plus ridicule,
c’est qu’ils vont fêter le 60ème
anniversaire de la reconquête de la
liberté et de la démocratie d’une France
qui a planifié l’extermination des
populations africaines par les guerres
tribales et par le pillage des
ressources des sous-sols. Liberté et
démocratie d’une France arrogante,
colonialiste, impérialiste et fasciste,
qui durant plusieurs siècles a asservis,
soit dans la traite négrière ou dans le
colonialisme le plus sombre, nos grands-parents.
Une France qui a confisqué les
indépendances en Afrique. Liberté et
démocratie sacrifiées dans leur pays sur
l’autel de l’argent et du culte de la
personnalité. Si ma mémoire ne me joue
pas des tours, il me semble même que le
soi-disant père du général Eyadema a été
tué dans un chantier de travaux forcés.
Il faut avoir une courte mémoire pour
aller jubiler avec les assassins des ses
parents. L’affaire Alpha Wissi, supposé
meurtrier du supposé père d’Eyadema
avait défrayé la chronique dans les
années 1970, quelques années après la
prise de pouvoir du sergent Etienne
Eyadema. Il faut aussi avoir une
minuscule mémoire pour oublier tous les
coups d’Etat tenter par la France en
Afrique : au Bénin, au Togo, au Tchad,
au Niger…
Jacques Chirac avait
invité les chefs d’Etat de 22 pays, dont
vingt d’Afrique : Algérie, Bénin,
Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte
d’Ivoire, Djibouti, Etats-Unis, Gabon,
Guinée, Comores, Madagascar, Mali, Maroc,
Mauritanie, Niger, Afrique du Sud,
Royaume-Uni, Sénégal, Tchad, Togo et
Tunisie. Tous n’y sont pas allés. Pour
des raisons diverses. Lansana Conté de
la Guinée Conakry dictateur grabataire,
incapable de faire 100 mètres à pied.
Maaouiya Ould Taya de la Mauritanie, en
raison des agitations liées au supposé
coup d’Etat déjoué par les autorités de
ce pays, préférerait rester en sécurité
dans son palais. Laurent Gbagbo a fait
savoir qu'il n'avait " aucune raison
de fêter la fraternité d'armes avec la
France " tout en déclarant
qu’il restait au pays pour encadrer le
processus de paix. Omar Bongo du Gabon
évoque l’indépendance de son pays et
Sassou N’Guesso est resté muet comme une
carpe.
La Grande-Bretagne et
les Etats-Unis d’Amérique se sont fait
représenter respectivement par le
ministre des Anciens Combattants, Ivor
Caplin et Daniel L. Cooper le
sous-secrétaire d'Etat chargé des
Anciens Combattants alors qu’on
attendait le premier ministre Tony Blair
et le vice-président Dick Cheney. Mépris
ou calendrier très chargé ? Il est
probable que les deux pays ont encore en
travers de la gorge, le refus de la
France de participer à la guerre en Irak
contre le dictateur Saddam Hussein.
Surtout que la résistance française
pendant la guerre de 1939 – 1945 s’est
organisée en Grande-Bretagne. Les
différents débarquements en France qui
l’ont libérée de la tutelle allemande,
n’ont été possibles que grâce à la force
des Alliés composés en grande partie des
Américains et des Britanniques. Le refus
de la France avait été perçu chez
l’Oncle Sam comme la marque évidente
d’une ingratitude. Pourquoi Tony Blair
et Dick Cheney iraient-ils jouer aux
zouaves dans un pays qui ne reconnaît
pas leur contribution dans sa libération
de 1944 et dans sa prospérité
d’aujourd’hui ? La France peut-elle
imaginer sa situation si l’Allemagne
d’Hitler avait gagné la guerre ?
Les chefs d’Etats
africains auraient eu la même attitude.
Au nom de tous les Africains qui ont
servi dans l’armée française depuis le
décret signé le 21 juillet 1857 par
Napoléon III créant " au Sénégal un
corps d’infanterie indigène sous la
dénomination de tirailleurs sénégalais ".
Depuis cette date on a compté 15 000
hommes en 1913. Entre 1942 et 1945, ils
étaient plus de 500 000 contre 416 000
pendant la Grande Guerre. 40 000 furent
tués, 72 000 blessés. Les chefs d’Etats
africains seraient restés dans leur pays
allumer des bougies et dire des messes
en mémoire des 10 000 soldats tués au
cours de la bataille décisive de France,
en mai et juin 1940. Et surtout des
7 500 sur les 11 000 qui moururent dans
les camps de prisonniers de guerre,
prisonniers africains, gradés et simples
soldats, sommairement exécutés par les
Allemands. Mais non ! Ils vont fêter la
mort de leurs parents, morts pour un
drapeau qui ne vaut pas la peine qu’on
verse du sang pour lui.
Du moins
aideraient-ils le Colonel Pierre Bovy
de
l’Onac, (l’Office national
des anciens combattants) à revendiquer
les droits des 50 000 anciens
combattants d’Afrique subsaharienne et
du Maghreb encore vivants. 50 000 qui
risquent de disparaître d’ici à une
dizaine d’années à la plus grande joie
de la France ingrate et méprisante.
Alors qu’un ancien combattant français
touche 417 euros par an, le Djiboutien
en touche la moitié, le Sénégalais le
quart et le douzième pour le Marocain.
" Une discrimination indigne d’un
pays qui se veut la patrie des Droits de
l’homme ", s’indigne le colonel
Pierre Bovy, vice-président délégué de
l’Union fédérale des associations
françaises d’anciens combattants.
De Gaulle qui avait
eu besoin de ces Harkis, Spahis,
Tirailleurs et Goumiers pour sauver la
France est l’artisan de cet ignoble
traitement des anciens combattants
africains. A la veille des indépendances,
le 26 décembre 1959, de Gaulle faisait
voter la loi dite de " cristallisation "
qui gèle les pensions des militaires et
anciens combattants des colonies
française. Jusqu’en 2000 où le fameux
arrêt du sergent-chef Omar Diop vient
faire reconsidérer l’infâme
reconnaissance de la dette de sang.
Pourtant il a fallu attendre quatre
années, en mars 2004 pour voir cette
réévaluation prendre corps et de façon
disproportionnelle avec des
augmentations allant de 20% à près de
172 % en Tunisie.
Tous ces présidents
iront parader sur l’immense porte-avion
Charles de Gaulle et sur le Jules Verne
de la marine française sans avoir de
mémoire à partager. N’ayant en mémoire
que le pillage de leurs pétrole, diamant
du sang, phosphate, or, bois qu’ils
offrent à leur grand Gourou, Jacques
Chirac, le plus grand Africain. N’ayant
en mémoire que le massacre de leurs
populations en honneur à leur gourou
Chirac. La race noire de toute éternité
vilipendée autant par les siens que par
les autres races n’aura de répit que
lorsque nos dirigeants cesseront de
jouer aux faire-valoir des présidents
français. Pourquoi tant de servilité à
l’endroit de Chirac ? Pourquoi cette
allégeance ? Au nom de quoi ? Ah ! Si
monsieur Adolphe Massimy, ministre de
colonies à l’époque pouvait répéter à
ces présidents assujettis à la France ce
qu’il écrivait en 1909: " L’Afrique
nous a coûté des monceaux d’or, des
milliers de soldats et des flots de
sang. Mais les hommes et le sang, elle
doit nous les rendre avec usure ".
L’Afrique ne finira
donc jamais de rendre ce qu’elle a coûté
à la France. En tout cas Abdelaziz
Bouteflika, président de l’Algérie peut
se contenter de sa Légion d’Honneur
décerné à titre exceptionnel à la ville
d’Alger parce qu’en 1943, cette ville a
abrité les institutions de la France
combattante. Une France en déroute sans
repère qui a trouvé asile en terre
africaine. Terre que cette France
continue de profaner, de souiller, de
piller sans aucun devoir de mémoire.
Exigeant comme tribut, toujours du sang,
de l’or, du diamant, du sang du pétrole.
Avec la complicité des prêtres sur
place : nos présidents que nous n’avons
pas élus mais qui s’imposent à nous par
la force de la baïonnette.
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