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Troisième édition du Gospel & Racines:
Le retour par
la porte du non retour
Ted Hangui
Ouidah, Porto-Novo, Cotonou. Pour six
jours : du 2 au 8 août 2004:
Fusions de sonorités, infusions
de rythmes pour une thérapie réconciliatrice.
Car le festival Gospel & Racines c’est
d’abord la réconciliation. Une
réconciliation triangulaire : entre les
descendants de ceux qui sont partis, les
descendants de ceux qui sont restés et les
descendants des esclavagistes blancs.
Alchimie conjuratoire du mauvais sort. Pour
oublier le honteux commerce triangulaire.
Depuis la conférence Internationale des
Leaders pour la Réconciliation et le
Développement en 1999, ils sont revenus par
deux fois (2002, 2003) et pour une troisième
fois en 2004. Pour cette troisième édition,
ils sont revenus les descendants de ceux qui
avaient franchi honteusement la porte du non
retour. Troisième édition du Gospel &
Racines qui tient ses promesses d’offrir aux
festivaliers, son meilleurs cru, son
Millésime. Des rythmes langoureux, suaves,
rythmes magiques, enchanteurs, envoûtants,
envahissent les sentiers, les ruelles, les
rues, les avenues et les boulevards,
bousculent au passage les flots continuels
de conducteurs de taxi-moto et des taxis
jaunes et verts, franchissent les portes des
maisons, s’installent dans les oreilles,
s’incrustent dans le plus petit recoin des
cœurs et font danser ou pleurer de joie.
Et ils sont nombreux ceux qui sont venus.
Des célébrités et des moins connus :
Apollinaire Soglo, Daughthers, Diane
Cameron, Esteem, Jeanne Viegbe, la chorale
Maîtrise Notre Dame, Soul Gospel avec Johnny
Sanders et l’Evangéliste Margaret Reynolds
et le grand Manu Dibango et je passe du
reste, excusez du peu. Il n’ y aura pas de
jaloux. Des artistes plasticiens de la
Martinique (Valérie John et Ernest Breleur)
de la Guadeloupe (Bruno Pédurand, Marielle
Plaisir). D’autres illustres personnalités
ont signé par leur présence cette troisième
édition de Gospel & Racines :
Son Excellence
l’Ambassadeur américain Andrew YOUNG,
Madame Hope SULLIVAN, américaine,
Présidente de la Fondation Léon SULLIVAN,
organisatrice des célèbres Sommets LEON
SULLIVAN, Madame Christiane
TAUBIRA-DELANON, Députée guyanaise à
l’Assemblée Nationale Française, initiatrice
de la loi du 10 mai 2001, votée par
l’Assemblée Nationale Française, qui
reconnaît l’esclavage comme crime contre
l’humanité ; Monsieur Patrick CHAMOISEAU,
écrivain martiniquais, Prix GONCOURT de
Littérature en 1992 ; Monsieur Félix
IROKO, historien béninois, Professeur à
l’Université Nationale du Bénin, Monsieur
Noureini TIDJANI-SERPOS, Adjoint au
Directeur Général de l’UNESCO pour l’Afrique.
Tous pour des conférences, des formations,
des animations, des vernissages …
Du beau monde pour une juste et noble cause.
Comme le dit Manu Dibango à la fin de son
concert dans la nuit du jeudi 5 Août, nous
sommes tous témoins. Soyez témoins de vos
frères. Aimez-vous comme nous autres nous
aimons sur la scène (lui et ses musiciens,
blacks and white mens). Si l’amour pouvait
avoir la vitesse de propagation du VIH /
SIDA, ou panser les plaies des guerres de
faciès le monde serait un havre de paix.
L’Eden reviendrait et l’on oublierait le
Rwanda, le Kosovo, la Somalie, la RDC,
l’Irak… Et tous les hommes en un seul
chanteront la farandole du genre humain :
nous sommes frères et fiers.
On s’était dit :
plus jamais on ne les reverrait. Plus jamais
ils ne reviendraient. Car ils étaient partis
vers on ne savait
où. Sur les eaux agitées de nos eaux.
Personne ne pouvait imaginer l’abominable
enfer qu’ils allaient vivre, qu’ils ont
vécu dans les cales des bateaux. Personne ne
pouvait imaginer que la mer fut leur
sépulture. Qu’ils ont fini dans les ventres
des requins. Qu’ils ont fini dans les champs
de cotonniers, dans les champs de cannes à
sucre. Qu’ils sont morts à la tâche. Morts
fièrement. Loin de leur terre natale.
Personne. Ni Dahomey. Ni Ouidah. Cruelle
abomination. humiliante perte. Ils étaient
partis. Partis vers nulle part. Franchissant
une porte, cette porte, la Porte du Non
Retour. Fascinante image d’une artère
tranchée qui n’en finit pas de se vider de
son sang. Rupture cosmique. Greffe du
sordide et du comique sur le tragique.
Témoins les eaux des océans Atlantique et
Pacifique.
Une porte s’ouvre et se ferme. Le regard
hagard devant, fixant l’immensité des eaux,
l’infini liquide étendu, toutes eaux ou
furieuses ou calmes, les dos tournés, ils
n’avaient pas vu nos larmes. Nos larmes de
lâcheté pour certains de n’avoir pas réagi
au rapt de nos frères, de s’être enfuis
devant les blancs. Pour d’autres, des larmes
de joie puisqu’ils avaient du tabac, du
sucre, des miroirs et des fusils. Fi donc !
Ceux qui s’en vont, s’en vont. Et diable !
Qu’ils foutent le camp et vite. Pourtant nos
plaintes au Dieu Vaudou imploraient sa pitié
pour ceux qui partent. Toujours les
grondements de tonnerre dans le ciel
répétaient : « Ola gbo va ! Ola gbo va ! »
Ils reviendront ! Ils reviendront.
Et pour sûr ils reviennent. Ceux qui sont
partis vivent par marcottage. ‘cause
les morts ne sont pas morts. Ils meurent et
vident en leur fils dans lesquels vibre le
sang des racines. Chantent les chants
mélodieux et vengeurs des amazones, les
chants ensorcelants des pêcheurs. Dans
lesquels gronde la fâcherie ancestrale. Le
chemin du sang ne s’efface jamais. Ils
reviennent blancs de peau et de mode de vie
et fiers d’être blacks.
Blacks and proud. On les sent d’ici.
On les sent nôtres. Car leurs bouches quand
elles s’ouvrent répètent des chants, nos
chants, nos mélopées, nos complaintes, nos
chants de guerre, nos chants de gloire, nos
chants des fêtes de moisson, des fêtes du
Dieu Vaudou. Identité commune quoique
falsifiée. Identité impérissable. Identité
rythmique.
Ils reviennent de partout : des Antilles,
des Amériques, des Indes, de l’Asie de
l’Europe, de cette errance où la cupidité
des esclavagistes les avaient plongés, ils
reviennent retrouver tous qui sont restés.
Pour un ressourcement d’identité.
Dissémination inséminatrice. Et pour
célébrer ce retour des damnés de la terre,
des spoliés, une somme d’authenticité :
Gospel & Racines. Roots, le chemin d’Alex
Haley vers ses racines. Gospel, car seul le
Almighty God peut sauver. Suprême
recours. Ultime secours, le chant qui monte
haut dans les cieux et qui pleure, qui
pleure Hosanna, Hosanna du plus haut des
cieux. Qui chante Alléluia ! Alléluia !
Jésus est sauveur.
In the name of Jesus, I trust!
Alléluia !
Alléluia ! |