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L'Université de Kara devient un amer goulag
Justin Hèzu Tiyé
Nous vous invitons ici à une balade à
travers l'Université de Kara. Notre
constat est que le sort des étudiants de
Kara n'est pas plus enviable. Mais
avant, quelques mots raffraichissants
s'imposent:
L'éducation nationale dans un pays étant un
investissement pour le développement et
non un luxe, il était plus que normal de
se poser des questions sur le serieux
derrière la création d'une université à
Kara, dès lors que les autorités
togolaises venaient de
détruire volontairement les bases de l'unique Université
du Togo, celle de Lomé.
Lorsqu'à l'ouverture de cette université
nous avons osé un texte
critique, nous
nous sommes attiré la colère de "certains
tribalistes du Nord" et la joie
"d'autres
tribalistes du Sud" du Togo. Pour les premiers, togoforum
serait contre une université au
Nord et se livrerait à de l'extrémisme et à du
sensationnel pour s'attirer les faveurs
d'une certaine opposition togolaise. Pour les seconds, togoforum avait
bien parlé puisqu'il est question que Lomé
démeure une sorte "d'unique quartier latin" du Togo. A ce jour, certains
proches du pouvoir ne rattent
pas l'occasion de nous reprocher d'avoir
osé critiquer les bases pourtant sablonneuses de
l'alma mater de Kara. C'est clair, en osant
un écrit aussi "impopulaire" nous ne visions
pas à plaîre ou à
irriter ni l'un ni l'autre de ces deux
groupes d'esprits étroits. Nous pensons que c'est
notre droit naturel de rêver du bien du
Togo comme un tout et surtout d'un Togo où la quête
du savoir ne dépendra plus "du bon vouloir"
d'un tyran ni de celui de ses détracteurs
peu éclairés. Car, il faut le dire, tous
les deux groupes sont porteurs
d'obscurantisme et d'asservissement.
De notre mémoire, l'idée d'une université
à Kara fut le fer de lance des étudiants
du HACAME en 1991. A l'époque la mauvaise
foi qui caractérisait la révendication
n'avait pas à être démontrée puisqu'il
était question de trouver un point de
ralliement des populations septentronnales
du Togo et non d'une intention sérieuse de
créer une deuxième université qui serait
vraiment soulageante pour plusieurs
étudiants. Lorsqu'Eyadema reconquit son
pouvoir après la transition chaotique de
Maître Joseph Kokou Koffigoh, l'idée fut
oubliée et l'on n'en a enttendu parlé que
12 ans plus tard, alors que le pouvoir du
général est plus fragilisé que jamais. On
a donc créé une université dans la
précipitation et les locaux de l'ancienne
Ecole normale des instituteurs (ENI) de
Kara ont été requisitionnés pour ouvrir
l'université et le recrutement des
enseignants a laissé des questions sans
réponses.
C'est le lieu, s'il en est besoin, de préciser que les journalistes de togoforum
ne sont nullement contre l'idée
d'une université à Kara, pas plus qu'ils
ne seraient contre la création d'une
université dans une ville autre que Lomé
ou Kara.
En réalité nous pensons que le Togo est en
retard de plusieurs institutions de
formation supérieure. Nous déplorons
simplement que l'on nous invite à nous
taire au regard de l'improvisation et de
l'instrumentalisation politique et tribale
des institutions de l'enseignement
superieur au Togo. Le sort en étant jeté,
nous ne pouvons souhaiter que beaucoup de
succès à la jeune université de Kara. Mais
que l'on nous permette de déplorer et de
dire haut qu'elle a été créée sur des
bases peu sures et que nous suspectons que derrière l'initiative
se trouve la secrète volonté de diviser
la jeunesse du Togo en refusant de régler
les difficultés soulevées par les
étudiants de l'Université de Lomé. |
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Au fond du goulag de
Kara
Les étudiants de l’Alma
Mater de Kara
sont enfin parvenus à
la fin de leur calvaire qui a duré quand
même plus de huit mois. Leur chemin de
croix a été on ne peut plus éprouvant. La
plupart des facultés ont fini leurs
premiers partiels. Les « juristes » sont
pratiquement les derniers à
avoir fini
le jeudi
5 août 2004. Déjà l’université est vide.
Les étudiants ont vidé les lieux comme
d’une zone pestiférée. La raison en est
toute simple : ils ont faim. Ils crèvent
de faim.
Depuis que l’Université a ouvert ses
portes, les étudiants n’ont eu droit qu’à
deux fois l’aide, soit un total de 40 000
F CFA. De quoi ne pas s’acheter un pain tous
les jours pendant 10 mois. La littérature
qui envahit les murs des cités et des
directions dit largement leurs tourments.
On peut y lire « No
Jesus, no life ». Un certain St
Fiacre excelle dans cette littérature
murale revendicatrice : « C’est à cause
d’un seul arbre qui n’a ni fleurs ni
fruits qu’il faut couper les palmiers
mâles ? » Allusion aux événements du
28 avril 2004 à l’Université de Lomé.
« Ce n’est pas celui qu’on arrête et
enchaîne de force qui est le vrai esclave,
mais c’est celui qui accepte de l’être par
son silence et sa léthargie. » C’est
toujours signé St Fiacre. Amer n'est-ce
pas?
En marge de ce que leurs aides ne leur
sont pas payées, les étudiants qui
s’étaient inscrits à Lomé à 50 000 F
avaient reçu promesse qu’ils leur serait
remboursé 25 000, soit la différence des
frais de l’Université de Kara qui
s’élèvent à 25 000. Depuis ils attendent.
Et sur les murs des directions des
facultés, ces étudiants promettent un « 11
septembre bis » à l’Université
Kara. Pour sûr
Michael Moore pourrait y recruter des
comédiens pour un autre « Fahrenheit 9 /
11 ».
Nous avions eu presque tous des têtes
grosses, des têtes en gros points
d’interrogation lorsque l’annonce avait
été donnée que Kara ouvrirait son
Université. La surprise était d’autant
plus gigantesque que les professeurs de
l’Université de Lomé refusaient
catégoriquement, pour la plupart d’entre
eux de venir donner les cours dans cette
Université cousue-main. Le gouvernement
avait alors lancé un recrutement, lui
aussi cousu-main, de recrutement
d’enseignants. Ceux qui avaient été
recrutés avaient le niveau de Maîtrise
plus deux ans. Le diplôme est le DEA,
Diplôme d’Etudes Approfondies. Mais
l’effectif était toujours insuffisant.
Alors ils ont pris des maîtrisards pour
assurer des travaux dirigés.
Ce qui en soi n'est pas
mauvais, puisqu'ailleurs, avec une
maitrise on peut quand même dispenser des
cours en Première et Deuxième année sous
la supervision d'un professeur. Cette année,
apprend-on, les maîtrisards
carrément donneront les cours dans
les amphithéâtres.
Nous espérons qu'on les
limitera aux Premières années pour ne pas
être surpris que l’éducation au Togo
ne continue
de battre
de plus
en plue
de l’aile, ou carrément
ne meurt.
Un étudiant plutôt curieux règne sur
l'Université de Kara:
Pendant que des étudiants mangent parfois
un pain de 50 F les soirs comme dîner, il
se trouvent d’autres qui s’engraissent
des millions du très aimé président de la
nation, le timonier qui a la lumineuse
idée de payer pour entretenir son image.
Le chef d’orchestre de cette vermine, est
un certain Aguim, étudiant en sciences
économiques et de gestion. Nul comme une
carpe tellement ses notes sont minables.
Cet apprenti démago-politicien, s’est
autoproclamé Président des étudiants de
l’Université de Kara. Il négocie les
rendez-vous à Pya pendant que les autres
suivent les cours les ventres creux.
La misère aidant, l’impertinent
Aguim aurait l’audace de se faire laver les
habits par certains
étudiants en
échange de quoi manger et de se faire
repasser les habits par d'autres dont
certaines femelles finissent dans le lit.
Il est à la tête d’une immonde chorale qui a
tout de suite trouvé dans le panégyrique
du tyran une profession rentable. Il
aurait également pris en bail, une villa
en ville alors que des étudiants meurent
de faim. Un étudiant a
cru plaisanter en nous diasnt que les étudiants de
Kara n’ont que la peau sur les os. A
l’anniversaire des 20 ans de la mort de la
très « vénérée mère », maman N’Danida,
Eyadema avait donné 10 000 000 à chaque
chorale des étudiants. Chacun des 70
étudiants qui composent la chorale de
Kara a eu 120 000. Les filles sont allées
illico presto s’acheter des mobiles, signe
pour la plupart d’une réussite sociale.
Lorsqu’il a fallu élire un conseiller des
étudiants, chargé des relations avec les
direction de la présidence, Aguim a battu
campagne avec hargne et corruption. Il
avait acheté et fait tuer, une chèvre et
un chien et régaler les étudiants par une
fête à tout casser avec alcool et la
mangeaille. A son grand dam, il n’a pas
été élu. Le pauvre ! Et il en est devenu
furax.
« Nous ne mourrons pas de faim »,
autre littérature murale. Le grondement
encore dans les cœurs des étudiants n’est
qu’embryonnaire. Elle montera un jour en
un puissant geyser de contestation qui
balayera tout sur son passage, corrompus
et vendus. En attendant cette date, le
ministre de l’enseignement supérieur, a
fait communiqué urbi et orbi que les
étudiants de Lomé et de
Kara auront une troisième tranche
d’aide pendant le mois
d'août. Ce sera une minable
consolation à côté des besoins
vitaux et
en matière
didactiques dont ils
ont besoin. Comme ils
le disent là-bas à Kara : « un chien
vaut mieux que deux chats tuent le rat ».
Comprenez : « un tien vaut mieux deux
tu l’auras ».
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