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 8 Aoùt 2004

L'Université de Kara devient un amer goulag
Justin Hèzu Tiyé


Nous vous invitons ici à une balade à travers l'Université de Kara. Notre constat est que le sort des étudiants de Kara n'est pas plus enviable. Mais avant, quelques mots raffraichissants s'imposent:

L'éducation nationale dans un pays étant un investissement pour le développement et non un luxe, il était plus que normal de se poser des questions sur le serieux derrière la création d'une université à Kara, dès lors que les autorités togolaises venaient de détruire volontairement les bases de l'unique Université du Togo, celle de Lomé.

Lorsqu'à l'ouverture de cette université nous avons osé un texte critique, nous nous sommes attiré la colère de "certains tribalistes du Nord" et la joie "d'autres tribalistes du Sud" du Togo. Pour les premiers, togoforum serait contre une université au Nord et se livrerait à de l'extrémisme et à du sensationnel pour s'attirer les faveurs d'une certaine opposition togolaise. Pour les seconds, togoforum avait bien parlé puisqu'il est question que Lomé démeure une sorte "d'unique quartier latin" du Togo. A ce jour, certains proches du pouvoir ne rattent pas l'occasion de nous reprocher d'avoir osé critiquer les bases pourtant sablonneuses de l'alma mater de Kara. C'est clair, en osant un écrit aussi "impopulaire" nous ne visions pas à plaîre ou à irriter ni l'un ni l'autre de ces deux groupes d'esprits étroits. Nous pensons que c'est notre droit naturel de rêver du bien du Togo comme un tout et surtout d'un Togo où la quête du savoir ne dépendra plus "du bon vouloir" d'un tyran ni de celui de ses détracteurs peu éclairés. Car, il faut le dire, tous les deux groupes sont porteurs d'obscurantisme et d'asservissement.

De notre mémoire, l'idée d'une université à Kara fut le fer de lance des étudiants du HACAME en 1991. A l'époque la mauvaise foi qui caractérisait la révendication n'avait pas à être démontrée puisqu'il était question de trouver un point de ralliement des populations septentronnales du Togo et non d'une intention sérieuse de créer une deuxième université qui serait vraiment soulageante pour plusieurs étudiants. Lorsqu'Eyadema reconquit son pouvoir après la transition chaotique de Maître Joseph Kokou Koffigoh, l'idée fut oubliée et l'on n'en a enttendu parlé que 12 ans plus tard, alors que le pouvoir du général est plus fragilisé que jamais. On a donc créé une université dans la précipitation et les locaux de l'ancienne Ecole normale des instituteurs (ENI) de Kara ont été requisitionnés pour ouvrir l'université et le recrutement des enseignants a laissé des questions sans réponses.

C'est le lieu, s'il en est besoin, de préciser que les journalistes de togoforum ne sont nullement  contre l'idée d'une université à Kara, pas plus qu'ils ne seraient contre la création d'une université dans une ville autre que Lomé ou Kara. En réalité nous pensons que le Togo est en retard de plusieurs institutions de formation supérieure. Nous déplorons simplement que l'on nous invite à nous taire au regard de l'improvisation et de l'instrumentalisation politique et tribale des institutions de l'enseignement superieur au Togo. Le sort en étant jeté, nous ne pouvons souhaiter que beaucoup de succès à la jeune université de Kara. Mais que l'on nous permette de déplorer et de dire haut qu'elle a été créée sur des bases peu sures et que nous suspectons que derrière l'initiative se trouve la secrète volonté de diviser la jeunesse du Togo en refusant de régler les difficultés soulevées par les étudiants de l'Université de Lomé.

Au fond du goulag de Kara
Les étudiants de l’Alma Mater de Kara sont enfin parvenus à la fin de leur calvaire qui a duré quand même plus de huit mois. Leur chemin de croix a été on ne peut plus éprouvant. La plupart des facultés ont fini leurs premiers partiels. Les « juristes » sont pratiquement les derniers à avoir fini le jeudi 5 août 2004. Déjà l’université est vide. Les étudiants ont vidé les lieux comme d’une zone pestiférée. La raison en est toute simple : ils ont faim. Ils crèvent  de faim.

Depuis que l’Université a ouvert ses portes, les étudiants n’ont eu droit qu’à deux fois l’aide, soit un total de 40 000 F CFA. De quoi ne pas s’acheter un pain tous les jours pendant 10 mois. La littérature qui envahit les murs des cités et des directions dit largement leurs tourments. On peut y lire « No Jesus, no life ». Un certain St Fiacre excelle dans cette littérature murale revendicatrice : « C’est à cause d’un seul arbre qui n’a ni fleurs ni fruits qu’il faut couper les palmiers mâles ? »  Allusion aux événements du 28 avril 2004 à l’Université de Lomé. « Ce n’est pas celui qu’on arrête et enchaîne de force qui est le vrai esclave, mais c’est celui qui accepte de l’être par son silence et sa léthargie. » C’est toujours signé St Fiacre. Amer n'est-ce pas?   

En marge de ce que leurs aides ne leur sont pas payées, les étudiants qui s’étaient inscrits à Lomé à 50 000 F avaient reçu promesse qu’ils leur serait remboursé 25 000, soit la différence des frais de l’Université de Kara qui s’élèvent à 25 000. Depuis ils attendent. Et sur les murs des directions des facultés, ces étudiants promettent un « 11 septembre bis » à l’Université Kara. Pour sûr Michael Moore pourrait y recruter des comédiens pour un autre « Fahrenheit 9 / 11 ». 

Nous avions eu presque tous des têtes grosses, des têtes en gros points d’interrogation lorsque l’annonce avait été donnée que Kara ouvrirait son Université. La surprise était d’autant plus gigantesque que les professeurs de l’Université de Lomé refusaient catégoriquement, pour la plupart d’entre eux de venir donner les cours dans cette Université cousue-main. Le gouvernement avait alors lancé un recrutement, lui aussi cousu-main, de recrutement d’enseignants. Ceux qui avaient été recrutés avaient le niveau de Maîtrise plus deux ans. Le diplôme est le DEA, Diplôme d’Etudes Approfondies. Mais l’effectif était toujours insuffisant. Alors ils ont pris des maîtrisards pour assurer des travaux dirigés. Ce qui en soi n'est pas mauvais, puisqu'ailleurs, avec une maitrise on peut quand même dispenser des cours en Première et Deuxième année sous la supervision d'un professeur. Cette année, apprend-on, les maîtrisards carrément donneront les cours dans les amphithéâtres.  Nous espérons qu'on les limitera aux Premières années pour ne pas être surpris que l’éducation au Togo ne continue de battre de plus en plue de l’aile, ou carrément ne meurt.

Un étudiant plutôt curieux règne sur l'Université de Kara:
Pendant que des étudiants mangent parfois un pain de 50 F les soirs comme dîner, il se trouvent d’autres qui  s’engraissent des millions du très aimé président de la nation, le timonier qui a la lumineuse idée de payer pour entretenir son image. Le chef d’orchestre de cette vermine, est un certain Aguim, étudiant en sciences économiques et de gestion. Nul comme une carpe tellement ses notes sont minables. Cet apprenti démago-politicien, s’est autoproclamé Président des étudiants de l’Université de Kara. Il négocie les rendez-vous à Pya pendant que les autres suivent les cours les ventres creux.

La misère aidant, l’impertinent Aguim aurait l’audace de se faire laver les habits par certains étudiants en échange de quoi manger et de se faire repasser les habits par d'autres dont certaines femelles finissent dans le lit. Il est à la tête d’une immonde chorale qui a tout de suite trouvé dans le panégyrique du tyran une profession rentable. Il  aurait également pris en bail, une villa en ville alors que des étudiants meurent de faim. Un étudiant a cru plaisanter en nous diasnt que les étudiants de Kara n’ont que la peau sur les os. A l’anniversaire des 20 ans de la mort de la très « vénérée mère », maman N’Danida, Eyadema avait donné 10 000 000 à chaque chorale des étudiants.  Chacun des 70 étudiants qui composent la chorale de Kara  a eu 120 000. Les filles sont allées illico presto s’acheter des mobiles, signe pour la plupart d’une réussite sociale.  

Lorsqu’il a fallu élire un conseiller des étudiants, chargé des relations avec les direction de la présidence, Aguim a battu campagne avec hargne et corruption. Il avait acheté  et fait tuer, une chèvre et un chien et régaler les étudiants par une fête à tout casser avec alcool et la mangeaille. A son grand dam, il n’a pas été élu. Le pauvre ! Et il en est devenu furax.

« Nous ne mourrons pas de faim », autre littérature murale. Le grondement encore dans les cœurs des étudiants n’est qu’embryonnaire. Elle montera un jour  en un puissant geyser de contestation qui balayera tout sur son passage, corrompus et vendus. En attendant cette date, le ministre de l’enseignement supérieur, a fait communiqué urbi et orbi que les étudiants de Lomé et de Kara auront une troisième tranche d’aide pendant le mois d'août. Ce sera une minable consolation à côté des besoins vitaux et en matière didactiques dont ils ont besoin. Comme ils le disent là-bas à Kara : « un chien vaut mieux que deux chats tuent le rat ». Comprenez : « un tien vaut mieux deux tu l’auras ».

Prisonniers  Po. de Kara

 

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 
 

 
 
 

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