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 5 Aoùt 2004
Retard des pluies dans le Doufelgou: On sanctionne les "prêtres des eaux"
Hilaire Laba

Une famille qui est reconnue comme celle qui chaque année doit faire des cérémonies coutumières capables d'attirer la pluie sur toute la préfecture de Doufelgou a été gardée sous le chaud soleil pour n’avoir pas accompli son devoir de prêtresse coutumière dans ce sens. Il faut peut-être indiquer que dans la société traditionnelle Nawda, la maîtrise et l'exercice de chaque grande tâche sociale revient à des spécialistes qui ne sont autres que des familles entières. C'est ainsi qu'il y a la famille des forgerons, des guerrisseurs de telle ou telle maladie specificique, etc...

A l’école élémentaire nous avons appris que la pluie survient après la formation en nuages de gouttelettes contenues dans l'air ascendant. Refroidies, devenues lourdes et dénommées nuages, elles retombent sous forme de pluies. C’est donc un phénomène naturel que les géo-physiciens expliquent clairement. Dans certains milieux africains pourtant, on a une autre vision de ce fait climatique.

C’est depuis le début du mois de juillet que Doufelgou a connu ses premières vraies pluies de cette année. Plus précisement dans la journée du dimanche 4 juillet 2004.

Le 24 juin 2004, les responsables de "la famille des pluies" ont été convoqués aux bureaux de la préfecture pour être séchés comme du maïs sous un soleil accablant ce  dernier jeudi du moi de juin. Accusation: Ladite famille n'a pas réussi à provoquer la pluie au moment opportun. Pour la circonstance, les autorités de la préfecture avaient fourni de l’argent à la famille coutumière pour l’achat des chèvres , moutons et autres volailles. C'est ce qui se dit un peu partout à Niamtougou.

Curieusement, après le supplice subi par des vieux fatigués de la famille concernée, Doufelgou a eu droit à quelques goûtes d’eau de pluie ce même jour. Simple coiïncidence ou signe approbateur des dieux de la pluie? Pas du tout facile d'en tirer une conclusion. Après ces gouttes d'eau, plus rien jusqu'au 4 juillet 2004. Soit 10 jours plus tard.

Selon certains inconditionnels et adeptes des forces et dieux traditionnels, cet incident, si on peut ainsi l'appeler, temoigne de l'existence des Dieux de la pluie. Ceci fait sans nul doute songer au vieux et célèbre film africain "Toula ou le genie des eaux" qui vit la sacrification de la plus belle fille d'un village malien pour apaiser les genies des eaux, qui après avoir avalé la belle Toula, remplirent d'eau le village et son lac déséchés depuis des mois.

D'un autre côté il y a à Niamtougou (Chef lieu de la préfecture de Doufelgou), ceux qui ne croient pas en l'existence de quelque genie des eaux. Pour eux, il s'est agi d'une simple coincidence. Ils se demandent o
ù est donc partie la raison, celle qui doit emmener à réfléchir scientifiquement ? Ils disent comme cet professeur de philosophie que nous avons rencontré:

«
Je n'ai pas pitié de ces pauvres charlattans. En d'autres circonstances ils se targuent de maîtriser les forces des eaux. C'est normal que ceux qui croient en eux les chatient. Au moment où tout le monde se bat à résoudre ses problèmes, dans un monde entièrement envaïhi par la science et la technologie en faisant recours au bon sens, il y en a encore qui réfléchissent peu et cherchent des boucs émissaires à tout.»

A notre avis, si les genies des eaux existaient vraiment, le Sahara n'existerait pas!

Prisonniers  Po. de Kara

 

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