Retard des pluies
dans le Doufelgou: On sanctionne les "prêtres
des eaux"
Hilaire Laba
Une
famille qui est reconnue comme celle qui
chaque année doit faire des cérémonies
coutumières capables d'attirer
la pluie sur toute la préfecture de
Doufelgou a été gardée sous le chaud
soleil pour n’avoir pas
accompli son
devoir de prêtresse
coutumière
dans ce sens. Il
faut peut-être indiquer que dans la
société traditionnelle Nawda, la maîtrise
et l'exercice de chaque grande tâche
sociale revient à des spécialistes qui ne
sont autres que des familles entières.
C'est ainsi qu'il y a la famille des
forgerons, des guerrisseurs de telle ou
telle maladie specificique, etc...
A l’école
élémentaire nous
avons appris que la pluie
survient après
la formation en nuages
de gouttelettes contenues dans l'air
ascendant. Refroidies, devenues lourdes et
dénommées nuages, elles retombent sous
forme de pluies. C’est donc un
phénomène naturel que les
géo-physiciens expliquent
clairement. Dans
certains milieux africains
pourtant, on
a une autre
vision de ce fait climatique.
C’est depuis le début du mois de juillet
que Doufelgou a connu
ses premières vraies pluies de cette année.
Plus précisement
dans la journée du dimanche 4
juillet 2004.
Le
24 juin 2004, les responsables de
"la
famille
des pluies" ont été
convoqués aux bureaux de la préfecture
pour être séchés comme du maïs sous un
soleil accablant ce
dernier jeudi du moi de juin.
Accusation:
Ladite famille n'a pas
réussi à provoquer la pluie au moment
opportun. Pour la circonstance, les
autorités de la préfecture avaient fourni
de l’argent à la famille coutumière pour
l’achat des chèvres , moutons et
autres volailles.
C'est ce qui se dit un peu partout à
Niamtougou.
Curieusement,
après le
supplice subi par
des vieux fatigués
de la famille concernée,
Doufelgou a eu droit à quelques
goûtes d’eau de pluie
ce même jour.
Simple coiïncidence
ou signe approbateur des dieux de la pluie?
Pas du tout facile d'en tirer une
conclusion. Après ces gouttes d'eau, plus
rien jusqu'au 4 juillet 2004. Soit 10
jours plus tard.
Selon
certains inconditionnels
et adeptes des forces
et dieux traditionnels, cet incident, si
on peut ainsi l'appeler, temoigne de
l'existence des Dieux de la pluie. Ceci
fait sans nul doute songer au vieux et
célèbre film africain "Toula ou le
genie des eaux" qui vit la
sacrification de la plus belle fille d'un
village malien pour apaiser les genies des
eaux, qui après avoir avalé la belle Toula,
remplirent d'eau le village et son lac
déséchés depuis des mois.
D'un autre côté il y a à Niamtougou (Chef
lieu de la préfecture de Doufelgou), ceux
qui ne croient pas en l'existence de
quelque genie des eaux. Pour eux, il s'est
agi d'une simple coincidence. Ils se
demandent où est donc partie
la raison, celle qui doit emmener à
réfléchir scientifiquement ?
Ils disent comme cet
professeur de philosophie que nous avons
rencontré:
«Je n'ai
pas pitié de ces pauvres charlattans. En
d'autres circonstances ils se targuent de
maîtriser les forces des eaux. C'est
normal que ceux qui croient en eux les
chatient. Au moment où tout le
monde se bat à résoudre ses problèmes,
dans un monde entièrement envaïhi par la
science et la technologie en faisant
recours au bon sens,
il y en a encore qui réfléchissent peu et
cherchent des boucs émissaires
à tout.»
A notre avis, si les genies des eaux
existaient vraiment, le Sahara
n'existerait pas! |