|
Douze ans
après sa triste disparition :
La NDP rend hommage à Tavio Amorin
Alain Nococo
Le
23 juillet 1992, Tavio Yawo Amorin, leader
du Parti Socialiste Panafricain (PSP)
tombait sous les balles assassines des
ennemis de la démocratie en plein centre
de la capitale togolaise. Transporté par
avion médical sur Paris, Tavio Amorin ne
survivra plus de ses blessures. Il décéda
six jours plus tard, c’est-à-dire le 29
juillet 1992. Douze ans après ce crime non
élucidé, la jeunesse togolaise s’en
souvient.
Pour commémorer la mémoire
de
cet infatigable combattant
de la démocratie, la jeunesse togolaise
regroupée au sein de la Nouvelle Dynamique
Populaire (NDP) a initié une série de
manifestations dont le clou a été la
journée de réflexion qu’elle a organisée
samedi 31 juillet dernier au Foyer Pie XII
de Lomé.
Déjà le jeudi 29 juillet
2004 à 6 h, une messe a été dite à la
Cathédrale de Lomé en mémoire de
l’illustre disparu.
Placée sous le thème La
Jeunesse Togolaise contre l’impunité et
l’injustice, cette journée de
réflexion a vu la participation de
plusieurs jeunes, militants et
sympathisants de la NDP venus de plusieurs
quartiers de Lomé et de ses banlieues, des
représentants des associations de défense
des droits de l’homme, de jeunesse ainsi
que des journalistes de la presse privée
et publique. La
journée de
réflexion a été rehaussée par la présence
du Secretaire
Général
de la CDPA, le
Professeur
Léopold Messan GNININVI.
Après la prière de
circonstance, pour implorer la bénédiction
de Dieu sur les travaux et
après
l’exécution de l’hymne
national, le président de la NDP
Monsieur Gilbert Atsu
a, dans son mot de
bienvenu, remercié tous les participants
pour avoir accepté de sacrifier leur temps
afin d'assister
d'assister à cette
journée de réflexion placée sous le double
aspect de l’engagement de la jeunesse et
de la mobilisation contre l’injustice et
l’impunité. Après avoir relevé les
qualités intrinsèques de Tavio Amorin
dont la disparition a été pour la jeunesse
togolaise un véritable traumatisme, M.
Gilbert Atsu a exhorté la jeunesse à
reprendre la flambeau de la lutte pour
l’avènement de la démocratie et de l’Etat
de droit et à se mobiliser contre
l’impunité et l’injustice qui
caractérisent les mœurs politiques au
Togo. Il a par ailleurs invité les
associations de défense des droits de
l’homme, de la société et des journalistes
à engager une réflexion sur la situation
des droits de l’homme au Togo afin de
mettre sur pied un collectif de lutte
contre l’impunité et l’injustice.
Après le mot de bienvenue
du président de la NDP, l’honneur est
revenu au président de la LTDH
d’entretenir les participants sur ce
qu’est l’impunité.
En effet,
M. Adoté Akwei Ghandi a,
avant toute chose, relevé que la mort de
Tavio Amorin a été une grande perte non
seulement pour le Togo, mais pour
l’Afrique.
Revenant sur le thème à
développer, l’orateur, après avoir défini
l’impunité comme tout acte posé en
violation de la loi, a relevé trois cas
d’impunité.
Le premier cas, c’est
quand la personne auteur du crime est
identifiée et connue mais circule
librement sans être inquiété. Ce qui
signifie selon le président de la LTDH que
la personne bénéficierait de la
protection du pouvoir public. Il a relevé
de ce type d’imputé correspond bien au cas
de l’assassinat de Tavio Amorin puisque
les auteurs de l’acte avaient été
identifiés, les cartes d’identité et les
munitions ayant été retrouvées sur les
lieux.
Le
deuxième cas, c’est quand la personne
auteur de l’acte n’est pas identifiée et
connue. Et dans ce cas, c’est la justice
qui est saisie pour diligenter une enquête
et retrouver l’auteur de l’acte. Mais,
a-t-il fait observer, dans la plupart du
temps, l’enquête ouverte ne s’achève
jamais ou n’aboutit à aucun résultat. Il
a alors cité en exemple l’attentat de
Soudou dont le leader de l’UFC a été
victime le 05 mai 1992 et tout près de
nous, le cas du journaliste Norbert Zongo
au Burkina Faso.
Enfin le troisième cas
c’est quand un crime a été commis et dont
aucune enquête n’a été ouverte pour
retrouver les auteurs du crime. En guise
d’exemple, il a évoqué le cas de M. Tengué
Kouma retrouvé mort, les testicules broyés
dans la cour du commissariat de la ville
de Kévé alors qu’il avait été arrêté et
gardé dans ce commissariat pour une banale
affaire. Le président de la LTDH indiquera
que malgré l’interpellation du
gouvernement par les organisations de
défense des droits de l’homme sur cette
affaire, aucune enquête n’a été diligentée
pour élucider les circonstances de la mort
de ce pauvre qui a laissé derrière lui
veuves et orphelins.
Tous ces cas constituent
des exemples d’impunité puisque les
auteurs de ces actes n’ont jamais été
retrouvés et sanctionnés conformément à la
loi.
A tout cela devait
poursuivre l’orateur, s’ajoute le cas de
la justice togolaise qui, au lieu d’aider
à éradiquer l’impunité au Togo, encourage
malheureusement cette impunité qui pose
par ricochet le problème de la
réparation. Pour le président de la LTDH,
depuis la mort de Tavio Amorin et de bien
d’autres cas, personne ne sait comment ces
familles vivent alors que dans la
constitution togolaise, il est prévu des
dédommagements dans ce genre de situation.
C’est pourquoi l’orateur a affirmé avec
force qu’au Togo on vit une situation de
non droit où l’impunité est érigée en
règle. Ainsi, il a demandé à tout Togolais
à ne pas croire au fatalisme et à ne pas
se laisser au découragement. ‘’Nous devons
arracher notre liberté dans l’ordre, la
discipline et avec détermination’’, a
conclut le président de la Ligue Togolaise
des Droits de l’Homme (LTDH) en guise
d’appel à l’endroit de la jeunesse
togolaise.
Intervenant à son tour, le
SG de la CDPA le Prof. Léopold Messan
Gnininvi a d’abord tenu à remercier la NDP
pour l’honneur qu’elle lui fait en
l’invitant à venir apporter son témoignage
sur Tavio Amorin qui fut l’un de ses
proches collaborateurs au sein du COD II.
Il a ensuite rappelé les circonstances
dans lesquelles il a fait la connaissance
de ce garçon. Le prof. Gnininvi a
dit que c’était au cours d’une réunion
politique qu’il a vu l’image de ce
jeune garçon qui s’était fait
distinguer par ses interventions précises
et très construites. Il s’est alors rendu
compte que ce garçon avait du caractère et
pouvait aller loin. C’est ce qui l’amènera
plus tard à le proposer au poste de SG du
COD II. Il a
aussi rappelé les
différentes tentatives de regroupement des
forces démocratiques qui sont à mettre à
l’actif de Tavio Amorin. C’est lui qui a
été à la base de la conférence sur les
transitions démocratiques tenue à Dakar.
Pour tout dire, Tavio avait de l’ambition
pour son pays, raison laquelle il avait
abandonné son travail à Abidjan pour venir
participer à la lutte, a fait remarquer le
prof Gnininvi.
Le prof. Gnininvi est
ensuite revenu sur les circonstances de ce
lâche attentat dont a été victime le
leader du PSP et a dit avoir ce jour
entendu d’un téléphone le crépitement de
la rafale qui a fauché Tavio Amorin et
regretté que ce crime soit jusqu’à ce jour
impuni malgré les éléments de preuve
déposés au domicile de Tavio Amorin. Il a,
pour terminer, remercié la NPD pour
l’initiative qu’elle prise de se rappeler
de ce triste événement car, dira-t-il, la
famille, la femme et le petit de Tavio
trouveront un réconfort moral.
Les débats qui ont suivi
l’intervention du prof. Gnininvi ont
essentiellement porté sur la stratégie à
adopter pour la rémobilisation de la
jeunesse, la place de la jeunesse dans les
débats politiques, la LTDH et la jeunesse
dans la lutte contre l’injustice et
l’impunité, la responsabilité des leaders
politiques dans l’enlisement de la crise
politique etc.
Clôturant la série des
débats, le représentant de la Solidarité
Citoyenne SOLIDA a fait une observation
qui a suscité des applaudissements.
L’intervenant a fait observer qu’au Togo,
c’est la jeunesse qui veut le changement
et non les leaders politiques qui relèvent
d’une autre génération. Sinon, a-t-il fait
remarquer, pourquoi les leaders politiques
ne veulent pas l’émergence d’un jeune
leader politique. Il a alors demandé que
chacun ait confiance en lui-même et que la
jeunesse prenne conscience de son avenir
et n’attende pas que certains décident à
sa place.
Cette journée de réflexion
a pris fin vers 18h 30mn avec le mot de
remerciement du SG de la NDP suivi de
l’exécution de la chanson la Marche
Républicaine L’Eternel bénisse le Togo.
Des officiers fâchés
ont failli tout gater
La journée de réflexion
organisée par les jeunes de la NDP pour
rendre un hommage à celui qui représentait
l’espoir de la jeunesse, a failli tourné
au vinaigre par le comportement de
certains corps habillés présents dans la
salle du Foyer Pie XII de Lomé pour, on
ne sait quel but. Etaient-ils venus
participer de bonne foi à la journée de
réflexion de la NDP ou étaient ils en
mission ? Personne ne peut le savoir.
Mais, toujours est-ils que des agents de
police (trois au total) en civil, des
officiers comme ils le laissaient
croire, arrivés en catimini pour se fondre
dans la foule sans que les organisateurs
de la rencontre ne se rendent compte, ont
dû se faire découvrir avant même la fin de
la journée de réflexion lorsque, dans une
colère noire, ils exigeaient du SG de la
NDP des excuses pour avoir tenus des
propos portant offense à leur honneur sans
quoi, il allait être arrêté. Très fâchés,
les trois compères ont quitté la salle et
ont interpellé le président de la NDP qui
a dû interrompre les travaux pour aller
négocier avec ces officiers un
terrain d’entente afin que la journée
puisse se poursuivre. Après supplication
et prenant leur mal en patience les trois
mercenaires sont partis sur la
pointe des pieds. Quant à Ayité Ferdinand,
déterminé qu’il soit, il a dit qu’il ne
présentera aucune excuse à qui que ce
soit parce qu’il n’a offensé personne.
‘’Cul d’officiers, je ne me
laisserai pas intimider par qui que ce
soit ; d’ailleurs est-ce que je savais
qu’ils étaient dans la salle lors je le
disais, ils peuvent faire de moi ce qu’ils
veulent, je m’en fous’’ a martelé le SG de
la NDP. Le crime de M. Ferdinand Ayité,
c’est d’avoir tenu ces propos :
En Allemagne, il y
avait des Nazi qui avaient commis des
crimes abominables. A la chute du régime
d’Hitler, certains ont été arrêtés et
traduits devant les tribunaux en
Nuremberg. D’autres, ont fui pour se
réfugier en Amérique Latine ; mais 50 ans
plus tard, ils sont arrêtés et jugés.
Ceux qui prennent le
vilain plaisir d’épier les gens à travers
meetings et réunions politiques, ceux qui
prennent le plaisir d’assassiner
froidement des Togolais, doivent
comprendre que tôt au tard la justice
finira par les rattraper.
En fait, que cherchaient
ces trois officiers dans une réunion
autorisée et en civil. Etait ce pour
assurer la sécurité des lieux ? Dans ce
cas, ils devaient être en tenue de travail
et identifiés comme tels par les
organisateurs. Dans tous les cas, sans
aucune réponse ne doit donnée, ces
officiers n’ont qu’à s’en prendre à
eux-mêmes. Paraît-il même que ces
officiers sont connus dans certains
milieux de l’opposition comme des agents
de renseignement du pouvoir. On les
retrouverait à tous les meetings
politiques et réunions de l’opposition.
Qu’à ne tienne ! Ils auraient pu faire
leur boulot en toute discrétion et
rendre compte à qui de droit. |