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Actualité  
3 Aoùt 2004

Douze ans après sa triste disparition : La NDP rend hommage à Tavio Amorin
Alain Nococo

Le 23 juillet 1992, Tavio Yawo Amorin, leader du Parti Socialiste Panafricain (PSP) tombait sous les balles assassines des ennemis de la démocratie en plein centre de la capitale togolaise. Transporté par avion médical sur Paris, Tavio Amorin ne survivra plus de ses blessures. Il décéda six jours plus tard, c’est-à-dire le 29 juillet 1992. Douze ans après ce crime non élucidé, la jeunesse togolaise s’en souvient.

Pour commémorer la mémoire de cet infatigable combattant de la démocratie, la jeunesse togolaise regroupée au sein de la Nouvelle Dynamique Populaire (NDP) a initié une série de manifestations dont le clou a été la journée de réflexion qu’elle a organisée samedi 31 juillet dernier au Foyer Pie XII de Lomé. Déjà le jeudi 29 juillet 2004 à 6 h, une messe a été dite à la Cathédrale de Lomé en mémoire de l’illustre disparu.

Placée sous le thème La Jeunesse Togolaise contre l’impunité et l’injustice, cette  journée de réflexion a vu la participation de plusieurs jeunes, militants et sympathisants de la NDP venus de plusieurs quartiers de Lomé et de ses banlieues, des représentants des associations de défense des droits de l’homme, de jeunesse ainsi que des journalistes de la presse privée et publique. La journée de réflexion a été rehaussée par la présence du Secretaire Général de la CDPA, le Professeur Léopold Messan GNININVI.

Après la prière de circonstance, pour implorer la bénédiction de Dieu sur les travaux et après l’exécution de l’hymne national, le président de la NDP Monsieur Gilbert Atsu a, dans son mot de bienvenu, remercié tous les participants pour avoir accepté de sacrifier leur temps afin d'assister d'assister à cette journée de réflexion placée sous le double aspect de l’engagement de la jeunesse et de la mobilisation contre l’injustice et l’impunité. Après avoir relevé les qualités intrinsèques de Tavio Amorin  dont la disparition a été pour la jeunesse togolaise un véritable traumatisme, M. Gilbert Atsu a exhorté la jeunesse à reprendre la flambeau de la lutte pour l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit et à se mobiliser contre l’impunité et l’injustice qui caractérisent les mœurs politiques au Togo. Il a par ailleurs invité les associations de défense des droits de l’homme, de la société et des journalistes à engager une  réflexion sur la situation des droits de l’homme au Togo afin de mettre sur pied un collectif de lutte contre l’impunité et l’injustice.

Après le mot de bienvenue du président de la NDP, l’honneur est revenu au président de la LTDH d’entretenir les participants sur ce qu’est l’impunité. En effet, M. Adoté Akwei Ghandi a, avant toute chose, relevé que la mort de Tavio Amorin a été une grande perte non seulement pour le Togo, mais pour l’Afrique.  

Revenant sur le thème à développer, l’orateur, après avoir défini l’impunité comme tout acte posé en violation de la loi, a relevé trois  cas d’impunité.

Le premier cas, c’est quand la personne auteur du crime est identifiée et connue mais circule librement sans être inquiété.  Ce qui signifie selon le président de la LTDH que la personne bénéficierait  de la protection du pouvoir public. Il a relevé de ce type d’imputé correspond bien au cas de l’assassinat de Tavio Amorin puisque les auteurs de l’acte avaient été identifiés, les cartes d’identité et les munitions ayant été retrouvées sur les lieux.

Le deuxième cas, c’est quand la personne auteur de l’acte n’est pas identifiée et connue. Et dans ce cas, c’est la justice qui est saisie pour diligenter une enquête et retrouver l’auteur de l’acte. Mais, a-t-il fait observer, dans la plupart du temps, l’enquête ouverte ne s’achève jamais ou  n’aboutit à aucun résultat. Il a alors cité en exemple l’attentat de Soudou dont le leader de l’UFC a été victime le 05 mai 1992 et tout près de nous, le cas du journaliste Norbert Zongo au Burkina Faso.

Enfin le troisième cas  c’est quand un crime a été commis et dont aucune enquête n’a été ouverte pour retrouver les auteurs du crime.  En guise d’exemple, il a évoqué le cas de M. Tengué Kouma retrouvé mort, les testicules broyés dans la cour du commissariat de la ville de Kévé alors qu’il avait été arrêté et gardé dans ce commissariat pour une banale affaire. Le président de la LTDH indiquera que malgré l’interpellation du gouvernement par les organisations de défense des droits de l’homme sur cette affaire, aucune enquête n’a été diligentée pour élucider les circonstances de la mort de ce pauvre qui a laissé derrière lui veuves et orphelins.

Tous ces cas constituent des exemples d’impunité puisque les auteurs de ces actes n’ont  jamais été retrouvés et sanctionnés conformément à la loi.

A tout cela devait poursuivre l’orateur,  s’ajoute le cas de la justice togolaise qui, au lieu d’aider à éradiquer l’impunité au Togo, encourage malheureusement cette impunité qui pose par ricochet  le problème de la réparation. Pour le président de la LTDH, depuis la mort de Tavio Amorin et de bien d’autres cas, personne ne sait comment ces familles vivent alors que dans la constitution togolaise, il est prévu des dédommagements dans ce genre de situation. C’est pourquoi l’orateur a affirmé avec force qu’au Togo on vit une situation de non droit où l’impunité est érigée en règle. Ainsi, il a demandé à tout Togolais à ne pas croire au fatalisme et à ne pas se laisser au découragement. ‘’Nous devons arracher notre liberté dans l’ordre, la discipline et avec détermination’’, a conclut le président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) en guise d’appel à l’endroit de la jeunesse togolaise.

Intervenant à son tour, le SG de la CDPA le Prof. Léopold Messan Gnininvi a d’abord tenu à remercier la NDP pour l’honneur qu’elle lui fait en l’invitant à venir apporter son témoignage sur Tavio Amorin qui fut l’un de ses proches collaborateurs au sein du COD II. Il a ensuite rappelé les circonstances dans lesquelles  il a fait la connaissance de  ce garçon. Le prof. Gnininvi a dit que c’était au cours d’une réunion politique qu’il a vu l’image de ce jeune garçon qui s’était fait distinguer par ses interventions précises et très construites. Il  s’est alors rendu compte que ce garçon avait du caractère et pouvait aller loin. C’est ce qui l’amènera plus tard  à le proposer au poste de SG du COD II.  Il a aussi rappelé les différentes tentatives de regroupement des forces démocratiques qui sont à mettre à l’actif de Tavio Amorin. C’est lui qui a été à la base de la conférence sur les transitions démocratiques tenue à Dakar. Pour tout dire, Tavio avait de l’ambition pour son pays, raison laquelle il avait abandonné son travail à Abidjan pour venir participer à la lutte, a fait remarquer le prof Gnininvi.

Le prof. Gnininvi est ensuite revenu sur les circonstances de ce lâche attentat dont a été victime le leader du PSP et a dit avoir ce jour entendu  d’un téléphone le crépitement de la rafale qui a fauché Tavio Amorin et regretté que ce crime soit jusqu’à ce jour impuni malgré les éléments de preuve déposés au domicile de Tavio Amorin. Il a, pour terminer, remercié la NPD pour l’initiative qu’elle prise de se rappeler de ce triste événement car, dira-t-il, la famille, la femme et le petit de Tavio trouveront un réconfort moral.

Les débats qui ont suivi l’intervention du prof. Gnininvi ont essentiellement porté sur la stratégie à adopter pour la rémobilisation de la jeunesse, la place de la jeunesse dans les débats politiques, la LTDH et la jeunesse dans la lutte contre l’injustice et l’impunité, la responsabilité des leaders politiques dans l’enlisement de la crise politique etc.

Clôturant la série des débats, le représentant de la Solidarité Citoyenne SOLIDA a fait une observation qui a suscité des applaudissements. L’intervenant a fait observer qu’au Togo, c’est la jeunesse qui veut le changement et non les leaders politiques qui relèvent d’une autre génération. Sinon, a-t-il fait remarquer, pourquoi les leaders politiques ne veulent pas l’émergence d’un jeune leader politique. Il a alors demandé que chacun ait confiance en lui-même et que la jeunesse prenne conscience de son avenir et n’attende pas que certains décident à sa place.

Cette journée de réflexion a pris fin vers 18h 30mn avec le mot de remerciement du SG de la NDP suivi de l’exécution de la chanson la Marche Républicaine L’Eternel bénisse le Togo.                       

Des officiers fâchés ont failli tout gater

La journée de réflexion organisée par les jeunes de la NDP pour rendre un hommage à celui qui représentait l’espoir de la jeunesse, a failli tourné au vinaigre par le comportement de  certains corps habillés  présents dans la salle du Foyer Pie XII  de Lomé pour, on ne sait quel but. Etaient-ils venus participer de bonne foi à la journée de réflexion de la NDP ou étaient ils en mission ? Personne ne peut le savoir. Mais, toujours est-ils que des agents  de police (trois au total) en civil, des officiers comme ils le laissaient croire, arrivés en catimini pour se fondre dans la foule sans que les organisateurs de la rencontre ne se rendent compte, ont dû se faire découvrir avant même la fin de la journée de réflexion lorsque, dans une colère noire, ils exigeaient du SG de la NDP des excuses pour avoir tenus des propos portant offense à leur honneur sans quoi, il allait être arrêté. Très fâchés, les trois compères ont quitté la salle et ont interpellé le président de la NDP qui a dû interrompre les travaux pour aller négocier avec ces officiers un terrain d’entente afin que la journée puisse se poursuivre.  Après supplication et prenant leur mal en patience les trois mercenaires sont partis sur la pointe des pieds. Quant à Ayité Ferdinand, déterminé qu’il soit, il a dit qu’il ne présentera aucune  excuse à qui que ce soit parce qu’il n’a offensé personne. ‘’Cul d’officiers, je ne me laisserai pas intimider par qui que ce soit ; d’ailleurs est-ce que je savais qu’ils étaient dans la salle lors je le disais, ils peuvent faire de moi ce qu’ils veulent, je m’en fous’’ a martelé le SG de la NDP.    Le crime de M. Ferdinand Ayité, c’est d’avoir tenu ces propos :

En Allemagne, il y avait des Nazi qui avaient commis des crimes abominables. A la chute du régime d’Hitler, certains ont été arrêtés et traduits devant les tribunaux en Nuremberg. D’autres, ont fui pour se réfugier en Amérique Latine ;  mais 50 ans plus tard, ils sont arrêtés et jugés.

Ceux qui prennent le vilain plaisir d’épier les gens à travers meetings et réunions politiques, ceux qui prennent le plaisir d’assassiner froidement des Togolais, doivent comprendre que tôt au tard la justice finira par les rattraper.

En fait, que cherchaient ces trois officiers dans une réunion  autorisée et en civil. Etait ce pour assurer la sécurité des lieux ? Dans ce cas, ils devaient être en tenue de travail et identifiés comme tels par les organisateurs. Dans tous les cas, sans aucune réponse ne doit donnée, ces officiers n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. Paraît-il même que ces officiers sont connus dans certains milieux de l’opposition comme des agents de renseignement du pouvoir. On les retrouverait à tous les meetings politiques et réunions de l’opposition. Qu’à ne tienne ! Ils auraient pu faire leur boulot en toute discrétion et rendre compte à qui de droit. 

HOMMAGE  de la NDP  à Tavio AMORIN 

En ce jour anniversaire de votre disparition  la NDP  a l’insigne honneur de vous rendre hommage en s’inclinant devant votre mémoire et se permet de faire  un bilan du processus démocratique que vous avez si bien enclenché en communion avec le peuple Togolais, à l’aube des années 1990. 

Cher combattant, vous avez répondu à un appel ; celui de la cause des peuples africains face aux grands enjeux géopolitiques auxquels était confrontée l’humanité toute entière après la chute du mur de Berlin.


Révolutionnaire, vous l’aviez été et votre engagement a été à la hauteur des espérances requises pour être à ce rang.

Cher combattant, tout comme les dévoués au changement des systèmes politiques très enracinés à l’image des régimes  autoritaires contemporains, vous n’avez pas échappé au sacrifice suprême que le plus froid des monstres glacés s’offre du sang des révolutionnaires de votre classe .

Le paradoxe est que vous en étiez conscient voire convaincu que cela devrait arriver un jour. Vous  n’avez  pas fuit vos responsabilités comme l’ont fait certains de vos compagnons de lutte aux premiers bruits des mitrailleuses. Quel don de soi au service de la cause nationale ?  Vous forcez l’admiration et la déférence. Puisse l’histoire élucider les raisons profondes de votre assassinat ce soir du 23 juillet 1992 ; en identifier les véritables commanditaires afin que justice vous soit rendue.


A l’heure du bilan, permettez nous de nous interroger toujours sur votre estimation des forces réelles de votre adversaire. En attendant, sachez que votre précieuse  contribution se révèle comme la première pierre  d’une construction démocratique à très long terme, compte tenu des réalités de l’histoire politique de notre jeune nation.

Tavio vous disiez ; nous citons : « on peut tuer un homme ; mais jamais ses idées. »  Oui, vos idées ont fait du chemin et ; elles ont été récupérées par la dictature afin de mettre en place une démocratie de façade pour la pérennité de son pouvoir. Mais comme le disait VICTOR HUGO nous citons : 

«  quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que des tyrans des consciences, l’homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d’accomplir son devoir tout entier. La toute-puissance du mal n’a jamais abouti qu’à des efforts inutiles. La pensée échappe toujours à qui tente de l’étouffer. Elle est insaisissable à la compression, elle se réfugie d’une forme dans l’autre. Le flambeau rayonne ; si on l’éteint, si on l’engloutit dans les ténèbres, le flambeau devient une voix, et l’on ne fait pas la nuit sur la parole. Si on met un bâillon à la bouche qui parle, la parole se change en lumière, et l’on ne bâillonne pas la lumière. Rien ne dompte la conscience de l’homme, car la conscience de l’homme c’est la pensée de Dieu. »
 

La NDP, en prenant le relais, considère votre parcours comme l’éclaireur de son action pour qu’elle puisse distinguer le réalisable de l’irréversible ; et avec pour mission de bâtir une nation de tolérance sans exclusion  et solidaire pour le bien être des populations qui ont assez payé le lourd tribu à cette lutte politique  atypique. 

La NDP termine son hommage en vous dédiant cette citation d’un journaliste malgache à  THOMAS SANKARA « Ancêtre tu es devenu ; depuis ta tombe, veille sur les vivants. »
 

Fait à Lomé le 31 juillet 2004
La NDP  
Le Président

Gilbert K. ATSU

Prisonniers  Po. de Kara

 

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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