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Editorial  
16 juillet 2004

Ma petite Kara craque sous le vice du sexe
Justin Hèzu Tiyé

Plusieurs fois je suis arrivé à Kara. Toujours chétive, je l’ai trouvée. Aussi chetive que depuis ma naissance et mes années d'adolescence. Même chose. Mon seul soulagement, c'est que c'est mon milieu naturel.  Fainéants et badauds, travailleurs ou désoeuvrés, on lit sur notre visage la peur. la peur de mourir et la peur du néant ambiant. C'est tout.  Aller noyer tous les soirs cette peur dans le tchouc (boisson locale), tellement prisée surtout si elle est accompagnée de la viande du porc, voilà un meilleur moyen de ne plus penser à rien. Et pour les plus fortunés, la bière industrielle est signe de réussite. Mon pire cauchemar c'est la dépravation galopante des moeurs et la poussée éhontée de la prostitution soutenue par une pauvreté indicible.

Depuis une semaine maintenant, la ville de Kara a fait son plein de monde. Elle craque sous la présence de tous ceux qui portent le masque des faux-semblants. Les quelques hôtels sont bondés. Tout ce qu’il y a d’indécrottables valetailles, sans distinction de race ni d’ethnie, autour du dictateur a rappliqué à Kara. Parce qu’à Kara se tiennent les jeux olympiques du kozaland.  

Les rues étroites supportent mal les nombreuses voitures arrivées de partout pour célébrer les luttes Evala. Surtout pour se rendre intéressants. Les voitures et les motos des parvenus, "des veulent parvenir", des déjà parvenus et tombés en disgrâce donnent un infernal concert de klaxons. On est venu de partout pour se faire présent et se faire voir. Surtout se faire voire présent même si dans le fond on n'approuve pas les luttes traditionnelles en pays Kabyè. Le prix à payer pour l’assujettissement. J'ai été Evalu dans mes 18 ans et je pense que la meilleure politique d'Eyadema à ce sujet aurait été d'en faire un sport national ouvert à toute les autres préfectures du Togo au lieu de la confiner à Kara.   

A relever comme situation grave, la pollution. C’est vrai ce n’est pas encore un sujet urgent dans le registre des prêt à parer du RPT. Mais les nombreuses rues non bitumées de la ville de Kara sont poussiéreuses surtout que depuis deux (2) jours la pluie n’est pas tombée. Ce sont d’épaisses couches de nuages qui accompagnent les véhicules. Les piétons se bouchent les narines pour éviter d’avaler toutes les poussières.  La poussière dans la réalité n’est pas un souci majeur.  Elle n’est pas un phénomène nouveau.  

Ce qui retient l’attention et qui est également une pollution c’est la prostitution galopante qui accompagne les luttes traditionnelles. Il y a certes des travailleuses de sexe sur place. Des homosexuels autant que des hétéro-sexuels. J’étais dans le hall de l’hôtel Kara lorsqu’un monsieur baraqué, maquillé à outrance, cheveux nattés, est venu me demander la chambre du directeur général de … Désolé de ne pas trouver son prétendant, il revient et me demande si j’étais intéressé par … Ou si quelqu’un dans mon entourage était intéressé par …Sans vergogne ! J’avoue que si je n’ignore pas cette déviance sexuelle, je ne m’étais jamais attendu à me voir proposer l’amour avec un homme du même sexe. Passe encore que ce soit une femme qui propose ses faveurs! Un homme ? Je vous en prie !    

Pendant ces luttes, une marchandise considérable arrive de Lomé compte tenu de la demande, blanche et noire. D’un côté, particulièrement, à l’hôtel Kara, les jeunes filles affichent leur photos et numéros de portables. Ceux à qui les photos plaisent appellent et les filles arrivent illico presto. J’ai essayé un numéro, celui d’une fille au teint douteux. Et je me suis entendu répondre qu’elle était avec un client et qu’elle serait libre dans deux heures. Il devait sonner 23 heures TU. Formidable ! Combien d’hommes passent-elles les soirs ? Le sexe se vend sans pudeur et sans regard sur le VIH/SIDA. Les grosses légumes préfèrent décupler les prix pour faire l’amour sans préservatif. Et voguent les infections sexuellement transmissibles. 

De l’autre il existe des jeunes garçons souteneurs qui proposent des filles aux délinquants séniles moyennant payement. Pour eux cela est devenu un business.  

La blague c’est que pendant ces luttes, Dieu, le fils, le saint Esprit et les anges désertent la ville de Kara qui craque sous les vices. Kara est la somme de Sodome et Gomorrhe.

Jusqu’à la finale à Pya, dans le canton du général Eyadema. Cette finale a eu lieu hier  jeudi 15 juillet 2004. Dès aujourd'hui, vendredi, ils repartiront. Le travail du sexe continuera. Le mal restera. Les rues seront vides mais le vertige de la fête et des folies ne quittera pas les populations. Toutefois que Eyadema arrive à Kara, c’est avec cette horde de vicieux.

Prisonniers  Po. de Kara

 

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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