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Ma
petite Kara craque sous le vice du sexe
Justin Hèzu Tiyé
Plusieurs fois je
suis arrivé à Kara. Toujours chétive, je
l’ai trouvée.
Aussi chetive que depuis ma naissance et
mes années d'adolescence. Même chose. Mon
seul soulagement, c'est que c'est mon
milieu naturel.
Fainéants et badauds,
travailleurs ou
désoeuvrés, on lit sur notre visage la
peur.
la peur de mourir et la
peur du néant ambiant. C'est tout.
Aller
noyer
tous les
soirs
cette peur dans le
tchouc (boisson
locale),
tellement prisée surtout si elle est
accompagnée de la viande du porc,
voilà un meilleur moyen de ne plus penser
à rien. Et pour les
plus fortunés, la bière industrielle est
signe de réussite. Mon
pire cauchemar c'est la dépravation
galopante des moeurs et la poussée éhontée
de la prostitution soutenue par une
pauvreté indicible.
Depuis une semaine
maintenant, la ville de Kara a fait son
plein de monde. Elle craque sous la
présence de tous ceux qui portent le
masque des faux-semblants. Les quelques
hôtels sont bondés. Tout ce qu’il y a
d’indécrottables valetailles, sans
distinction de race ni d’ethnie, autour du
dictateur a rappliqué à Kara. Parce qu’à
Kara se tiennent les jeux olympiques du
kozaland.
Les rues étroites
supportent mal les nombreuses voitures
arrivées de partout pour célébrer les
luttes Evala. Surtout pour se rendre
intéressants. Les voitures et les motos
des parvenus, "des
veulent parvenir",
des déjà parvenus et tombés en disgrâce
donnent un infernal concert de klaxons. On
est venu de partout pour se faire présent
et se faire voir. Surtout se faire voire
présent même si dans le fond on
n'approuve
pas les luttes traditionnelles en pays
Kabyè. Le prix
à payer pour l’assujettissement.
J'ai été Evalu dans mes 18 ans et je pense
que la meilleure politique d'Eyadema à ce
sujet aurait été d'en faire un sport
national ouvert à toute les autres
préfectures du Togo au lieu de la confiner
à Kara.
A relever comme situation
grave, la pollution. C’est vrai ce n’est
pas encore un sujet urgent dans le
registre des prêt à parer
du
RPT. Mais les nombreuses
rues non bitumées de la ville de Kara sont
poussiéreuses surtout que depuis deux (2)
jours la pluie n’est pas tombée. Ce sont
d’épaisses couches de nuages qui
accompagnent les véhicules. Les piétons se
bouchent les narines pour éviter d’avaler
toutes les poussières. La poussière dans
la réalité n’est pas un souci majeur.
Elle n’est pas un phénomène nouveau.
Ce qui retient l’attention
et qui est également une pollution c’est
la prostitution galopante qui accompagne
les luttes traditionnelles. Il y a certes
des travailleuses de sexe sur place. Des
homosexuels autant que des hétéro-sexuels.
J’étais dans le hall de l’hôtel Kara
lorsqu’un monsieur baraqué, maquillé à
outrance, cheveux nattés, est venu me
demander la
chambre du directeur général de … Désolé
de ne pas trouver son prétendant, il
revient et me demande si j’étais intéressé
par … Ou si quelqu’un dans mon entourage
était intéressé par …Sans vergogne !
J’avoue que si je n’ignore pas cette
déviance sexuelle, je ne m’étais jamais
attendu à me voir proposer l’amour avec
un homme du même sexe. Passe
encore que ce soit une femme qui propose
ses faveurs! Un homme ? Je vous en prie !
Pendant ces luttes, une
marchandise considérable arrive de Lomé
compte tenu de la demande, blanche et
noire. D’un côté, particulièrement, à
l’hôtel Kara, les jeunes filles affichent
leur photos et numéros de portables. Ceux
à qui les photos plaisent appellent et les
filles arrivent illico presto. J’ai essayé
un numéro, celui d’une fille au teint
douteux. Et je me suis entendu répondre
qu’elle était avec un client et qu’elle
serait libre dans deux heures. Il devait
sonner 23 heures TU. Formidable ! Combien
d’hommes passent-elles les soirs ? Le sexe
se vend sans pudeur et sans regard sur le
VIH/SIDA. Les grosses légumes préfèrent
décupler les prix pour faire l’amour sans
préservatif. Et voguent les infections
sexuellement transmissibles.
De l’autre il existe des
jeunes garçons souteneurs qui proposent
des filles aux délinquants séniles
moyennant payement. Pour eux cela est
devenu un business.
La blague c’est que
pendant ces luttes, Dieu, le fils, le
saint Esprit et les anges désertent la
ville de Kara qui craque sous les vices.
Kara est la somme de Sodome et Gomorrhe.
Jusqu’à la finale à
Pya, dans le canton du général Eyadema.
Cette finale a eu lieu
hier jeudi 15
juillet 2004. Dès
aujourd'hui, vendredi,
ils repartiront. Le travail du sexe
continuera. Le mal restera. Les rues
seront vides mais le vertige de la fête et
des folies ne quittera pas les
populations. Toutefois que Eyadema arrive
à Kara, c’est avec cette horde de vicieux.
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