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Tiens, revoila Gilchrist Olympio…!
Samuel Batchati
«"Je
suis prêt à rencontrer M. Eyadéma pour
discuter de la situation au Togo, en nous
mettant d'accord sur le cadre du dialogue,
les thèmes à discuter, comment les
discuter et où...
Mais aller tout simplement pour
serrer la main de M. Eyadéma n'a aucune
nécessité»
Gilchrist
Olympio à l'AFP le 14 juillet 2004.
J’aimerais
reprendre ce titre à la Une du PARISIEN de
la semaine du 8 juillet 2004 au sujet du
voyage de Jacques Chirac dans le village
de Chambon-sur-Lignon, dans la
Haute-Loire : « Tiens, revoilà Chirac… ».
Reprendre ce titre fort éloquent pour
marteler dans les oreilles encore bouchées
par le cérumen d’abâtardissement, de
désespérance et d’espoirs violés,
d’espérance volée. Marteler que l’heure
n’est plus aux leurres. Et il ne se faut
surtout pas tromper de combat ni de
guerre. Le peuple togolais seul se débat
depuis plus de quarante années pour sortir
de la séquestration dans laquelle le
régime totalitaire du général Eyadema l’a
enfermé. Il sue sang et eau. Il pleure et
gémit. Il vit les mille malheurs. Les
sévices psychologiques, corporels,
culturels et économiques dont il est
victime sont exponentiellement
proportionnels à la cadavérisation
intellectuelle qui paralyse l’action
véritable de libération. Sans libations
sacrificatoires.
Tiens, revoilà
Gilchrist Olympio… !
Il paraît que le gouvernement togolais
s’est surpassé pour donner un titre de
voyage à ce monsieur qui cent fois est
revenu chez lui au Togo et qui cent fois a
quitté le pays d’Eyadema à cause d’une
dictature immonde, abjecte. Syndrome
paranoïaque ou réel mobile de sauve qui
peut ? On ne peut vraiment savoir depuis
l’attentat sur lui manqué à Soudou.
L’homme allie populisme et démagogie. Il a
certes hérité de l’aura de son père,
Sylvanus Olympio, mais il semble faire du
combat démocratique, une vendetta
familiale. A maintes reprises il a osé
contre le tombeur de son père, prenant
même les armes. A son grand dam ou au dam
d’un peuple embastillé, Eyadema n’est pas
mort. Mais sont morts ceux qui ont cru en
lui. Sont morts ceux qui croyaient faire
un combat démocratique en faisant leur le
combat de Gilchrist. Mais sont morts aussi
tous ceux qui croyaient à la camaraderie
en politique. Sont embastillés ceux qui
l’ont pris pour protecteur. Il est même
arrivé à ce Saint Pierre de la politique
togolaise de renier ou de ne pas savoir
partager les douleurs de prisonniers dont
la seule faute était d’avoir cru en lui et
de l’avoir proclamé haut et fort. Ce fut
le cas par exemple du vieil instituteur
Romain Toguibare KABASSIMA, arrêté après
les élections de juin 2003 à Tchébébé dans
la prefecture de Sotouboua.
Toutefois qu’il a senti sa
vie en danger, il a allègrement franchi
la frontière du Ghana laissant derrière
ses partisans pantelants devant la
barbarie des militaires du général
Eyadema. Il vient drainer après des foules
qui voient en lui l’arrivée du messie.
Mais ce messie-ci à la vue du crucifix
prend les jambes à son cou. Et va gueuler
sur les ondes des radios internationales
pendant que sur place, ses membres
meurent. L’œil de son père est toujours
dans la tombe qui regarde Eyadema
tremblotant, mais le bras qui brandit
l’épée vengeresse n’a pas la poigne
paternelle :
« Gilchrist as-tu du cœur ?
Tout autre que Eyadema l’éprouverait sur
l’heure. »
L’arrivée de ce trublion
fait certainement frissonner de rage et
d’effroi le timonier national qui se rince
en ce moment les yeux des luttes
traditionnelles en pays Kabyè. Mais il
n’en a cure. A Lomé 2 on crie sa bonne
volonté. Jamais on n’a refusé à Gilchrist
de revenir au Togo. Jamais on ne l’a
contraint à l’exil. Jamais. On dit que
c’est en février 1992 qu’il a demandé et
obtenu une nationalité togolaise et un
passeport qui a été prorogé le 16 juillet
1999 « sur instruction du chef de l’Etat ».
Quelle attention particulière pour un
nouveau citoyen ! Cependant on murmure
qu’on ne sait vraiment pas s’il est
Togolais, Brésilien, ou Ghanéen. Il voyage
avec tous ces passeports.
Il vient prendre part au
dialogue inter togolais prescrit par les
médecins de l’UE. Potion que le
gouvernement togolais et ses opposants
doivent boire s’ils veulent que l’aide
reprenne. Un dialogue sur lequel de
grosses rumeurs circulent sur son échec
évident. Le CAR, l’UFC, et la CDPA ont
refusé de participer au comité de travail
sur l’amélioration du code électoral et le
financement des partis politiques installé
lundi 12 juillet 2004 à Lomé. A quel
dialogue vient-il participer ? Dans une
correspondance adressée au premier
ministre Koffi Sama,, on peut notamment
lire :
« l’UFC considère que la décision de la
mise en place d’une telle commission
relève du dialogue national et ne peut
être de la seule compétence du
gouvernement partie, tout comme «
l’opposition traditionnelle », à ce
dialogue qui, du reste, n’a pas commencé
et n’est même pas encore préparé ;
dans
le fond, l’UFC dénonce l’entendement
volontairement biaisé que votre
gouvernement affiche de l’engagement 1.3,
dans le but inavoué d’empêcher
l’inéluctable abrogation des dispositions,
notamment d’exclusion, introduites
unilatéralement dans le cadre électoral
(Constitution, Code électoral) par le
régime RPT ».
En revanche, la
Convergence patriotique panafricaine d’Edem
Kodjo prend part à ces travaux. Il faut
préciser qu’il était dans la délégation
qui s’est rendue à Bruxelles le 14 avril
dernier. On se demande quelles royalities
il attend de Lomé 2. L’hypothèse qui a
court aujourd’hui décrit un schéma des
plus sordides. Aux termes de ce dialogue,
le gouvernement sera dissout, un nouveau
chef de gouvernement issu de l’opposition
sera nommé. Devinez qui : Edem Kodjo. Il
formera son gouvernement et la République
continuera par tourner. L’UE exprimera sa
satisfaction et la coopération reprendra.
« Tiens, revoilà Gilchrist… »
Il arrive portant
la besace des espoirs mités. Certainement
des inconditionnels vont hurler à sa
suite. La foule va brailler « le
Palmier ! Le Palmier ! Le Palmier ! … ».
Jetées aux oubliettes les mille
mortifications, les mille morts de ceux
qui ne répondront plus présents. Pourtant
l’urgence des impératifs à
tirer le peuple togolais fourbu, exténué
de discours tordus, d’insipides galéjades,
d’infectes coquecigrues démagogiques
tartinés de projets démocratiques mal
torchés, doit convoquer une stratégie
pragmatique et active, des solutions
d’urgence fussent-elles au forceps. Le
temps n’est plus aux querelles
cocardières, guère aux guéguerres. Les
Togolais sont entre l’enclume et le
marteau, entre le parti au pouvoir
tyrannique et une opposition versatile,
inconsistante, sans détermination et sans
plan de conquête du pouvoir et
d’instauration d’une démocratie véritable
qui prenne en compte les droits les plus
élémentaires de l’homme.
Dès 1990, tout le monde
s’est jeté dans le combat démocratique se
gargarisant de la brèche ouverte pour
chasser le dictateur trentenaire. La
conférence nationale souveraine a
requinqué les fiertés de certains
taciturnes depuis les sombres années du
potentat. On brandit aujourd’hui les
restes de l’accord cadre de Lomé, la
constitution manipulée, le code électoral
taillé à la mesure du RPT telles les
reliques d’un talisman de quelque sorcier
qui devait en chassant Eyadema du pouvoir,
guérir le Togo de ses maux que sont le
tribalisme, l’insécurité, la pauvreté,
l’analphabétisme. On s’accroche
spasmodiquement à ses textes comme à des
formules dogmatiques, hiératiques, becs
et ongles crochés dans les moindres
virgules et moindres sens. Les contraintes
d’hier ne sont pas celles d’aujourd’hui et
les accords d’hier peuvent être revus et
améliorés. Il s’agit en somme de voir dans
tous ces textes, ce qu’il faut tronquer et
ce qu’il faut adjoindre dans le strict
respect des règles démocratiques sans
léser le peuple togolais souverain, acteur
de et pour son développement. Car la
démocratie ne se gargarise pas des
produits finis. Elle est en construction
permanente.
Méditons sur ce passage
d’Edouard CLAPAREDE, sur la démocratie
dans
L’éducation fonctionnelle,
« Son
avènement nécessite des vertus positives
chez les citoyens qui la composent. Elle
est une œuvre sociale dont la réussite
implique des bonnes volontés, des
sacrifices individuels librement acceptés,
un effort constant de compréhension
mutuelle et de tolérance. La démocratie,
ce n’est pas un état stable, une forme
inerte acquise une fois pour toute,
quelque chose de statique. C’est au
contraire la
résultante de processus
essentiellement dynamique : de la part du
citoyen, un déploiement ininterrompu
d’énergies tendues vers un but supérieur,
une victoire continuelle de l’individu sur
lui-même dans l’intérêt de la Communauté ;
de la part de la communauté, le souci
constant d’assurer le libre déploiement de
ces énergies individuelles, de ces valeurs
personnelles dont résultera le bonheur
commun. »
La démocratie que nous appelons de tous
nos vœux, n’exclura pas Eyadema. La
démocratie n’est pas contre Eyadema. Elle
est pour lui, pour nous tous, pour le Togo
et pour les Togolais. Elle n’est pas
voulue par quelques individus qui
réclament un brevet. Elle découle
naturellement de l’évolution des hommes.
Personne ne viendra nous en faire
accroire. Elle exige des serviteurs que
sont les leaders des partis politiques. Il
ne faut surtout pas qu’ils se prennent
pour des messies sauveurs. Sinon nous
déshabillons Pierre aujourd’hui pour
habiller Paul demain. On aura fait que
régresser. |