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Actualité  
14 juillet 2004
Procès Me Agboyibo- Harry Olympio :
Le juge Kouyou confirme le réquisitoire du procureur de la République
Alain Nococo
Le verdict
Declaration du CAR
Communiqué du Collectif des avocats du CAR

Le verdict dans l’affaire Me Agboyibo- Harry Olympio est tombé ce mercredi 14 juillet 2004 à 09 03mn. Le sieur Harry et ses co-accusés ont été relaxés au bénéfice du doute. Le verdict est venu sans surpise d’autant que le réquisitoire du procureur avait suscité un tollé général, tant du côté des avocats de la partie civile que des militants du CAR qui espéraient que le juge Kouyou n’allait pas suivre le procureur.

Il sonnait 9 heures lorsque le juge Kouyou, président du tribunal de première instance de Lomé et sa suite ont fait leur entrée dans la grande salle du palais de justice à moitié pleine. Après avoir déclaré l’audience ouverte, M. Kouyou procéda à l’appel des prévenus à la barre. Un fait qui mérite d’être signalé, c’est que le sieur Akpamou, l’homme par qui est née cette affaire, n’a pas daigné se présenter et ses co- prévenus n’étaient même pas en mesure de connaître les raisons de son absence. 

 A peine deux minutes ont suffi au président Kouyou pour prononcer son verdict au grand dam des avocats qui n’en croyaient pas à leurs yeux et aux militants et sympathisants du CAR qui ont crié au scandale et à la forfaiture: Il y a des hommes dans ce pays qui sont au dessus des lois ; ce n’est pas bon, il faut que ça cesse, lance un militant du CAR dans la salle, visiblement exaspéré.

«C’est incontestablement un précédent dangereux, une jurisprudence abondante. Le président du tribunal a fondé son jugement sur le bénéfice du doute, c’est très grave, le procureur peut se permettre cela, pas le président qui est  censé dire le droit», nous a déclaré Me Jonas Sokpo, avocat du CAR

Ce verdict qui ne surprend guère, vient de donner raison à ceux qui, dès le début, avaient trouvé inutile ce procès et confirmer  l’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.  Malgré les promesses faites  à l’UE par les autorités togolaises de mettre fin aux pratiques  d’asservissement de la justice par les 22 engagements qu’elles ont pris, tout porte à croire que l’indépendance de la justice tant proclamée  et l’Etat de droit n’est pas pour demain tant que le régime RPT sera au pouvoir. Un confrère qui ne cache pas son agacement à l’issue de ce procès a déclaré : «Agboyibo s’est laissé tombé plus bas en prenant contact avec ce plaisantin. Il ne savait pas pour qui il roule ? Vous l’avez vu hier à la télé très relaxe aux côtés du Chef de l’Etat dans la Kozah suivant la lutte des Evala. Jambes croisées, lunettes noires et son éternel sourire de petit malicieux, il avait l’air de quelqu’un qui n’avait pas de soucis. Sa présence aux côtés du général à quelques jours de son procès n’est pas fortuite. Vous avez vu la suite. Ce n’est pas étonnant, la protection qu’il est allé chercher, il l’a eue.»

L’embarras dans lequel se trouvait le juge lorsqu’il devait prononcer le verdict a été révélateur des pesanteurs qui  pèsent et pèseraient lui. Visiblement mal à aise et  tremblant, le président Kouyou, d'habitude respecté pour sa rigueur et son peu de zèle, a prononcé ces mots que nous vous reproduisions :

«Le Tribunal, statuant contradictoirement à l’égard de toutes les parties en matière correctionnelle, et en premier ressort :

Sur l’action publique, dit qu’il subsiste un doute quant à la participation des prévenus à la commission de l’infraction: les relaxe en conséquence au bénéfice du doute

Sur l’action civile, reçoit en la forme la constitution de partie civile du CAR et de Me Agboyibo. Au fond, les déboute de leur demande, fins et conclusions. Condamne la partie civile aux dépens’’.

Après lecture de ce verdict, le président très confus déclare : le tribunal est suspendu, l’audience est suspendue. 

Après le verdict, les militants du  CAR et les journalistes se sont retrouvés au siège du CAR pour  un point de presse. Il s’agissait pour les dirigeants de ce parti de réagir face au verdict du procès. L’occasion a été donnée au leader du CAR de présenter à la presse  la photocopie des cartes d’identité de deux jumeaux dont l’un M. DOKOU Akouété que le sieur Harry a fait venir à l’audience du 07 juillet 2004 en présentant comme étant DOKOU Akouètè Missimawou Julien.

Une déclaration a été lue à l’occasion dont nous nous vous donnons le contenu

COMITE  D’ACTION POUR  LE  RENOUVEAU
(C A R)
 
DECLARATION CONCERNANT
le jugement rendu le 14 juillet 2004
 dans le procès contre
Harry Olympio et deux autres
   

Par jugement en date de ce mercredi 14 juillet 2004, Monsieur Kouyou Tchodiyè, Président du Tribunal de Première Instance de Lomé, emboîtant le pas à M. Bakaï Baobadi, Procureur de la République, a décidé de relaxer M. Harry Olympio et ses deux complices poursuivis pour diffamation du CAR et de son Président National, Me Yawovi Agboyibo, au motif étrange ‘’qu’il subsiste un doute quant  à la participation des prévenus à la commission de l’infraction’’. 

Cette nouvelle séquence de parodie judiciaire est d’autant plus significative qu’elle intervient en ce jour de clôture des consultations par lesquelles, entre autres engagements aujourd’hui compromis, le Gouvernement togolais a promis à ses interlocuteurs de Bruxelles  de mettre fin aux pratiques d’asservissement de la justice. L’état de droit ne verra pas le jour de si tôt au Togo.  

Le CAR ne se faisait pas en réalité d’illusion en citant devant un Tribunal connu pour sa docilité au régime, le sieur Harry Olympio et ses complices pour un document diffusé par les médias d’Etat à des fins de dénigrement d’un parti d’opposition au profit du parti au pouvoir. Le désaveu judiciaire des valets du bénéficiaire de l’acte incriminé aurait été un miracle.                                                                            

Ce n’est pas par hasard que le Tribunal, après avoir renvoyé le dossier  au 28 juillet, l’a précipitamment ramené au 07 juillet 2004. On s’attendait à un jugement d’impunité de Harry Olympio qui s’emploie à répandre de fausses rumeurs à l’endroit du leader du CAR, avec la bénédiction du régime.   

Le résultat recherché à travers ce procès n’est donc pas le jugement du Tribunal. Il était connu  à l’avance.  

Ce qui intéresse le CAR, c’est plutôt l’opinion que le public s’est faite des allégations de Harry Olympio à la lumière des débats du 07 juillet 2004.  

Il est à cet égard, tout d’abord réconfortant que le procès ait permis de dissiper  dans le public les rumeurs  tendant à faire croire que Me Agboyibo aurait pris de l’argent chez le Chef de l’Etat pour financer la création du CAR. Tous ceux qui ont assisté au procès ont compris que ces rumeurs ne sont que des mensonges et des calomnies. Ils se souviendront pour longtemps que  des heures durant, Harry Olympio et ses complices n’ont pas été capables de produire un seul témoignage à l’appui du passage de leur document où ils ont fait état de telles rumeurs. 

Ils se rappelleront surtout que Harry Olympio n’a pas osé dire que c’est le Chef de l’Etat qui lui aurait confié avoir financé la création du CAR ; Me Agboyibo ayant publiquement déclaré que si jamais Harry Olympio venait à désigner comme étant son témoin le Chef le l’Etat, il faudra que le Tribunal entende ce dernier conformément à la procédure prévue en la matière par le code de procédure pénale.  

Le public présent au Palais de Justice ou à l’écoute des médias a été définitivement édifié sur la fausseté des rumeurs concernant le financement par Eyadema d’un parti qui l’a combattu de façon radicale et sans discontinuité depuis le début du processus  démocratique. 

Le procès a ensuite et surtout éclairé davantage les populations sur le rôle sordide auquel Harry Olympio s’adonne sur la scène politique nationale. Le nombreux public du Palais de Justice de Lomé était consterné d’entendre Harry Olympio reconnaître sans la moindre gêne que c’est pour des motifs de vengeance personnelle qu’il a conçu et fait diffuser à des fins de diffamation du CAR, le document incriminé.  

Et parmi les diverses pièces de théâtre que Harry Olympio a jouées le long du procès, la plus grotesque et périlleuse, est celle par laquelle il a fait venir à la barre  un individu présenté comme étant le nommé Dokou Julien figurant sur la liste des 52 prétendus militants démissionnaires du CAR. Le  public était intrigué de voir exhiber pour ce seul ‘’témoin’’, deux cartes d’identité nationale dont la seconde en date aurait été délivrée à l’intéressé à l’expiration du délai de validité de la première. Or, en rapprochant les deux cartes, on découvre qu’elles ont été délivrées à deux jumeaux : Dokou Akouété et Dokou Akouètè Julien. Harry Olympio a combiné les deux cartes d’identité pour pouvoir faire présenter à la barre Dokou Akouété à la place de Dokou Akouètè Julien. Personne ne pouvait imaginer que, dans un procès où il lui est reproché d’avoir commis du faux, Harry Olympio soit allé jusqu’à recourir à un faux témoin pour se défendre. C’est la meilleure illustration du caractère exécrable du personnage.  

Le procès qui a fait l’objet du jugement en date de ce jour, n’a laissé le moindre doute dans l’esprit des populations togolaises sur la culpabilité de ce personnage que le Tribunal a cru devoir relaxer alors que lui-même a publiquement reconnu et même revendiqué la paternité des faits diffamatoires sans être capable d’en apporter la preuve. 

Le CAR s’en félicite et tient à exprimer ses vifs remerciements à tous ceux qui lui ont apporté leur soutien le long du procès. 

  Fait à Lomé, le 14 juillet 2004
Pour le CAR
Le 1er vice-Président National,

Me Gahoun Hegbor

COLLECTIF DES AVOCATS DU CAR 
COMMUNIQUE DE PRESSE
 

Le Collectif des avocats du CAR tient à porter à la connaissance du public la lettre qu’il a adressée le 12 juillet 2004 au Président du Tribunal de Première Instance de Lomé dans le procès en diffamation intenté contre le sieur Harry Olympio et deux autres. 

« Monsieur le Président,  

Nous avons l’honneur de vous faire part, à toutes fins utiles, des remarques ci-après concernant le nommé DOKOU Julien que le sieur Harry Olympio a fait venir à l’audience du 07 juillet 2004 comme témoin. Nous rappelons que pour la vérification de l’identité du ‘’témoin’’, il a été exhibé deux cartes  d’identité datées l’une du 09 mars 1999, l’autre du 08 mars 2004 dont photocopies en annexe. Selon le sieur Harry Olympio, la seconde carte aurait été délivrée en renouvellement à DOKOU Julien à la suite de l’expiration du délai de validité de la première.  

Le rapprochement des deux cartes d’identité révèle que le sieur Harry Olympio a également menti à ce propos au Tribunal :  

1.    Les deux certificats d’identité n’ont pas été délivrés à une seule et même personne. Il suffit de comparer les références des certificats de nationalité qui ont servi à leur établissement pour s’en rendre compte : la carte d’identité du 09 mars 1999 a été établie sur la base d’un certificat de nationalité du 05 août 1993, alors que celle du 09 mars 2004 fait mention d’un certificat de nationalité daté du 23 octobre 2000. 

2.    La carte d’identité du 09 mars 1999 mentionne comme prénoms : Akouètè Koffi Missimawou Julien, alors que l’unique  prénom figurant sur celle du 08 mars 2004 est Akouété. 

3.    Les titulaires des deux cartes d’identité sont en réalité des jumeaux aux prénoms graphiquement identiques mais phonétiquement différents par la variation de l’accent porté sur la lettre ‘’e’’: Akouété  et Akouètè. On remarque du reste à l’examen des deux cartes d’identité que l’un des jumeaux (Akouété) n’a pas de signe particulier, alors que l’autre (Akouètè) est astreint au port régulier de verres médicaux. 

4.    Des deux jumeaux, c’est DOKOU Akouété que le sieur Harry Olympio a fait venir à l’audience du 07 juillet 2004 en le présentant comme étant DOKOU  Akouètè Missimawou Julien. Ce, pour faire croire au Tribunal qu’il s’agit bien du DOKOU Julien figurant parmi les prétendus militants démissionnaires du CAR.  

          Harry Olympio a donc produit un faux témoin

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée ».

Fait à Lomé, le 12 juillet 2004
Pour le Collectif des Avocats,

Bâtonnier AMEGANDJIE

Prisonniers  Po. de Kara

 

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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