Pourtant,
un
coup d’œil dans le rétroviseur dessine un
minable et
désolant tableau
Samuel Batchati
" Like father, like son " : traduisez : " tel
père, tel fils ". Féminisez à souhait. Le
constat amer ne quitte pas la langue. Ni
le cerveau : l’UA a hérité de la chétivité,
du rocambolesque folklore exaspérant du
tout dit et du rien fait, des promesses en
trompe-l’œil de l’OUA. Le fard sur la
mesquinerie, la goujaterie politique, sur
la médiocratie. L’OUA a toujours promis à
tour de bras et s’est gargarisé de ses
échecs.
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Addis Abeba vue de
l'hôtel Wahabi |
Dans la capitale
africaine, Addis Abeba, les
promesses se donnent
chaque année ainsi qu’on lâche un
pet ou un jet de crachat à l’endroit de
celui qu’on moque. Les promesses ne
tiennent nullement compte de la fierté de
la parole donnée, ni de la honte du
parjure. On donne sa parole parce qu’on la
demande. On la donne pour se tenir
tranquille quelque temps. Le temps de tuer
et de violer les droits de l’homme un
coup. Le temps que les organismes
internationaux ne sourcillent du côté où
les gens meurent sans pleurer. Où d’autres
pleurent à leur place.
C’est le sommet des promesses. Même
l’argent du NEPAD est virtuel. Rien de
concret n’a été décidé ni fait. Hormis le
fait que l’UA aura deux sessions annuelles
désormais. Hormis le fait
que le Swahili
est devenu une des langues de
travail de l’UA.
Un coup d’œil dans le rétroviseur
dessine pourtant
un minable tableau désolant :
- 25 mai 1963 : naissance de l’OUA :
déjà les espoirs étaient crevés depuis
l’assassinat de Patrice Lumumba le 17
janvier 1961. Mais alors commencent la
descente en enfer de l’Afrique.
- 20 janvier 1973 : Amilcar Cabral,
est assassiné.
- 1973 – 1974 : la grande sécheresse
s’abat sur le sahel. La famine
s’installe. L’aide apportée suscite des
appétits d’ogre. La corruption
s’installe et les dirigeants véreux
détournent les aides. Conséquence ce
sont des milliers d’individus qui
périssent de faim et de soif. Une
sécheresse identique s’abattra sur
l’Ethiopie en 1985.
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Monument de
Ménélik II |
- 12 septembre 1974 : la junte
militaire dépose le Négus, Haïlé
Sélassié, petit
neveu de Ménélik
II qui trône
fièrement sur un cheval de marbre à
Addis Abeba. Alors une ignoble
dictature teintée d’une
abjecte
dictature soumet une
Ethiopie sous la botte du
lieutenant-colonel Menguistu
Haïlé Mariam depuis le 3 février 1977.
- 16 juin 1976 : le jour noir où
10 000 étudiant affrontent à Soweto les
forces de l’ordre sud-africaines
réclamant le suppression de
l’enseignement obligatoire de
l’Afrikaans. La répression est sanglante.
Au bas mot, 140 tués, 1 100 blessés.
Jusqu’au 28 février, plus de 570
Noirs et 5
blancs seront tués. 25 prisonniers de
cette époque, mourront parmi lesquels
Steve Biko, le 12 septembre 1977.
- 19 mai 1978 : la France de Valéry
Giscard d’Estaing, envoie sur Kolwezi ,
la ville minière, 800 français
parachutistes du 2ème REP
parce que 91 techniciens en poste ont
été massacrés. Le monde entier assiste à
cet envahissement par une puissance
étrangère sans sourciller. L’OUA se la
boucle, puisque c’est la France.
- 6 octobre 1981 : Anouar El Sadate
est assassiné alors qu’il préside une
parade militaire marquant le 7ème
anniversaire du déclenchement de la
guerre d’Octobre.
- 17 janvier 1983 : le Nigeria expulse
tous les étrangers. Le communiqué est
laconique : " Tout étranger en situation
irrégulière doit avoir quitté le pays
avant le 2 février ". Deux millions de
personnes sont ainsi expulsées. Pour que
vive la " Lagos Plane of Action ", une
trouvaille de l’OUA qui a juste miaulé
comme un chat battu.
- 14 avril 1986 : le monde africain
reste sidéré par 111 américains qui
bombardent Tripoli et Benghazi avec pour
objectif de tuer Kadhafi:
37 personnes sont tuées dont une
fillette de 15 mois adoptée par le
colonel Kadhafi quand sa caserne Bab
Azizia, sa résidence, a été touchée de
plein fouet. L’horreur se justifie par
les supposés soutiens du colonel à des
organisations terroristes.
- 15 octobre 1987 : un second Lumumba
meurt assassiné par son frère d’armes,
Blaise Compaoré encore au pouvoir
aujourd'hui,
au Burkina Faso. La mort de Thomas
Sankara laisse le monde entier
apoplectique. Avec lui meurt l’espoir
d’une Afrique qui ne crève ni
d’inanition ni d’indigestion, une
Afrique touillée dans la blancheur
candide des aubes sereines sans coups de
feu.
- Novembre 1988 : les Dinkas, ethnie
majoritaire dans le sud Soudan,
chrétienne, sont victimes de la
sécheresse et d’une guerre qui oppose
depuis 1983 le pouvoir aux musulmans du
MPLS (Mouvement Populaire de Libération
du Soudan) de John Garang. Des centaines
de milliers de personnes périssent. Et
depuis ça dure.
- 28 février 1989 : le rapport annuel
de l’OMS recense plus de 21 322 cas de
Sida en Afrique. Alors les médecins se
tuent à trouver un vaccin contre cette
pandémie, les politiqus
cachent le mal pour des recettes
touristiques. Avec cette maladie, le
bout du tunnel est encore loin. Très
loin.
- 11 février 1990 : les portes de la
prison Victor Verster, s’ouvrent pour
cracher Nelson Mandela après 27 ans de
détention. Ce n’est qu’une bouffée
d’oxygène. La pourriture est telle que
ses diatribes contre les régimes
corrompus de Sany Abacha, de Paul Biya,
Gnassingbé Eyadema, Sassou N’Guesso
n’y feront nib de nib. Une seule
hirondelle ne fait pas le printemps.
C’est connu.
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Les crânes du
Rwanda |
- 1994 : en 100 jours plus de deux
millions de Tutsi et de Hutus sont
exterminés pour un délit de faciès. Le
triste génocide avec l’estampille de la
France en gras.
Et je vous passe du Libéria,
de la Sierra Léone, du Burundi, de la Côte
d’Ivoire, du Togo, du
Niger, du Tchad de la Centrafrique,
du Congo et de l’immense RDC. Pas un seul
pays ne reste qui ne figure dans ce
tableau sombre. Et pourtant que de
promesses faites. Que de paroles données !
A Addis-Ababa Laurent Gbagbo a encore
une fois promis, après avoir moult fois
fait la même promesse, de sortir la Côte
d’Ivoire de l’engrenage infernal de
violence dans lequel elle s’est embourbée
depuis le fantoche concept de l’ivoirité.
La pomme, je dirais le cacao de discorde
qui oppose les fils Ivoiriens reste intact
depuis septembre 2002. On a fait le tour
des villes. Le tour de toutes les tables
aussi. Linas Marcoussis, Lomé, Accra1,
Accra2 et bientôt Accra 3, le 29 juillet
2004, Libreville, Dakar… Gbagbo, ADO, les
rebelles baptisés par le curé de Bouaké
" Forces Nouvelles ", Bédié sont devenus
des globe-trotter.
Le Zimbabwe promet de déterrer
les grosses salissures faites aux droits
de l’homme. Un Zimbabwe où on a exhumé
mercredi 7 juillet 2004, à Mount Darwin
non loin de la frontière mozambicaine, les
restes de plus de 5 000 tuées pendant la
guerre de libération de 1960 – 1970.
A Addis-Abeba, les 43 présidents et chefs
de gouvernement se sont refusé à lire le
rapport annoncé
accablant contre Harare sur la question
des droits de l’homme, rédigé il y a deux
ans par la section africaine des droits de
l’homme de l’UA.
S'agit-il de soutenir Mugabé le
nationaliste contre la minorité blanche
propriétaire des terres arables ou
s'agit-il d'un soutien apporté par des
copains dictateurs? A peine née,
cette organisation qui se veut
la panacée des malheurs africains,
met-elle déjà le
fard sur la vérité?
Aucun mot ni prise de position contre la
modification des constitutions en Afrique
n’a été entendu de la bouche d’un chef
d’Etat ou de gouvernement.
A part Koffi Annan qui a parlé sans réelle
conviction qu’il était temps de mettre fin
à toutes constitutions trafiquées pour
permettre aux cheveux gris et blancs
grabataires de demeurer au pouvoir ad
vitam aeternam alors qu’il temps de passer
le flambeau aux nouvelles générations. On
peut alors convenir avec l’archevêque de
Bulawayo (métropole sudiste du Zimbabwe)
qui accuse les chefs de " se
soutenir les uns les autres et boire du
thé ensemble ", disons pour
tuer et violer massivement les droits les
plus élémentaires de l’homme.
Pour l’archevêque, c’est soit une
rebuffade, une fuite de responsabilité ou
simplement une complicité que penser " qu'il
appartient au peuple du Zimbabwe de
trouver une solution. C'est juste une
excuse, ils ont peur d'affronter la
réalité". Je ne dirais donc pas
" lynx envers les autres et taupe envers
nous-même " ( La Fontaine) mais que les
leaders africains sont tous taupes envers
eux-mêmes. Stratégie classique de la
protection du crime organisé.
Omar Bongo et Teodoro Obiang Nguema ont
presque signé un pacte de non agression au
sujet de l’îlot pétrolifère de Mbanié, à
la suite d’une provocation lancée par l’un
des fils du président Bongo en février
2003.
Khartoum a lui aussi pris l’engagement
de neutraliser les milices " janjawid ",
de juger les criminels et de dédommager
les victimes.
A Addis-Ababa les dirigeants se sont
frottés dans les dos en évitant de toucher
aux odieux bandages qui cachent les plaies
puantes de leurs régimes.
Ça s’appelle " Afrika is back " (Alpha
Omar Konaré). Sans blague ! |