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Editorial  
14 juillet 2004
Pourtant, un coup d’œil dans le rétroviseur dessine un minable et désolant tableau
Samuel Batchati


" Like father, like son " : traduisez : " tel père, tel fils ". Féminisez à souhait. Le constat amer ne quitte pas la langue. Ni le cerveau : l’UA a hérité de la chétivité, du rocambolesque folklore exaspérant du tout dit et du rien fait, des promesses en trompe-l’œil de l’OUA. Le fard sur la mesquinerie, la goujaterie politique, sur la médiocratie. L’OUA a toujours promis à tour de bras et s’est gargarisé de ses échecs.

Addis Abeba vue de l'hôtel Wahabi

Dans la capitale africaine,  Addis Abeba, les promesses se donnent chaque année ainsi qu’on lâche un pet ou un jet de crachat à l’endroit de celui qu’on moque. Les promesses ne tiennent nullement compte de la fierté de la parole donnée, ni de la honte du parjure. On donne sa parole parce qu’on la demande. On la donne pour se tenir tranquille quelque temps. Le temps de tuer et de violer les droits de l’homme un coup. Le temps que les organismes internationaux ne sourcillent du côté où les gens meurent sans pleurer. Où d’autres pleurent à leur place.

C’est le sommet des promesses. Même l’argent du NEPAD est virtuel. Rien de concret n’a été décidé ni fait. Hormis le fait que l’UA aura deux sessions annuelles désormais. Hormis le fait que le Swahili est devenu une des langues de travail de l’UA.

Un coup d’œil dans le rétroviseur dessine pourtant un minable tableau désolant :

  • 25 mai 1963 : naissance de l’OUA : déjà les espoirs étaient crevés depuis l’assassinat de Patrice Lumumba le 17 janvier 1961. Mais alors commencent la descente en enfer de l’Afrique.
  • 20 janvier 1973 : Amilcar Cabral, est assassiné.
  • 1973 – 1974 : la grande sécheresse s’abat sur le sahel. La famine s’installe. L’aide apportée suscite des appétits d’ogre. La corruption s’installe et les dirigeants véreux détournent les aides. Conséquence ce sont des milliers d’individus qui périssent de faim et de soif. Une sécheresse identique s’abattra sur l’Ethiopie en 1985.

    Monument de Ménélik II

  • 12 septembre 1974 : la junte militaire dépose le Négus, Haïlé Sélassié, petit  neveu de Ménélik II qui trône fièrement sur un cheval de marbre à Addis Abeba. Alors une ignoble dictature teintée d’une abjecte dictature soumet une Ethiopie sous la botte du lieutenant-colonel Menguistu Haïlé Mariam depuis le 3 février 1977.
  • 16 juin 1976 : le jour noir où 10 000 étudiant affrontent à Soweto les forces de l’ordre sud-africaines réclamant le suppression de l’enseignement obligatoire de l’Afrikaans. La répression est sanglante. Au bas mot, 140 tués, 1 100 blessés. Jusqu’au 28 février, plus de 570 Noirs et 5 blancs seront tués. 25 prisonniers de cette époque, mourront parmi lesquels Steve Biko, le 12 septembre 1977.
  • 19 mai 1978 : la France de Valéry Giscard d’Estaing, envoie sur Kolwezi , la ville minière, 800 français parachutistes du 2ème REP parce que 91 techniciens en poste ont été massacrés. Le monde entier assiste à cet envahissement par une puissance étrangère sans sourciller. L’OUA se la boucle, puisque c’est la France.
  • 6 octobre 1981 : Anouar El Sadate est assassiné alors qu’il préside une parade militaire marquant le 7ème anniversaire du déclenchement de la guerre d’Octobre.
  • 17 janvier 1983 : le Nigeria expulse tous les étrangers. Le communiqué est laconique : " Tout étranger en situation irrégulière doit avoir quitté le pays avant le 2 février ". Deux millions de personnes sont ainsi expulsées. Pour que vive la " Lagos Plane of Action ", une trouvaille de l’OUA qui a juste miaulé comme un chat battu.
  • 14 avril 1986 : le monde africain reste sidéré par 111 américains qui bombardent Tripoli et Benghazi avec pour objectif de tuer Kadhafi: 37 personnes sont tuées dont une fillette de 15 mois adoptée par le colonel Kadhafi quand sa caserne Bab Azizia, sa résidence, a été touchée de plein fouet. L’horreur se justifie par les supposés soutiens du colonel à des organisations terroristes.
  • 15 octobre 1987 : un second Lumumba meurt assassiné par son frère d’armes, Blaise Compaoré encore au pouvoir aujourd'hui, au Burkina Faso. La mort de Thomas Sankara laisse le monde entier apoplectique. Avec lui meurt l’espoir d’une Afrique qui ne crève ni d’inanition ni d’indigestion, une Afrique touillée dans la blancheur candide des aubes sereines sans coups de feu.
  • Novembre 1988 : les Dinkas, ethnie majoritaire dans le sud Soudan, chrétienne, sont victimes de la sécheresse et d’une guerre qui oppose depuis 1983 le pouvoir aux musulmans du MPLS (Mouvement Populaire de Libération du Soudan) de John Garang. Des centaines de milliers de personnes périssent. Et depuis ça dure.
  • 28 février 1989 : le rapport annuel de l’OMS recense plus de 21 322 cas de Sida en Afrique. Alors les médecins se tuent à trouver un vaccin contre cette pandémie, les politiqus cachent le mal pour des recettes touristiques. Avec cette maladie, le bout du tunnel est encore loin. Très loin.
  • 11 février 1990 : les portes de la prison Victor Verster, s’ouvrent pour cracher Nelson Mandela après 27 ans de détention. Ce n’est qu’une bouffée d’oxygène. La pourriture est telle que ses diatribes contre les régimes corrompus de Sany Abacha, de Paul Biya, Gnassingbé Eyadema, Sassou N’Guesso n’y feront nib de nib. Une seule hirondelle ne fait pas le printemps. C’est connu.

    Les crânes du Rwanda

  • 1994 : en 100 jours plus de deux millions de Tutsi et de Hutus sont exterminés pour un délit de faciès. Le triste génocide avec l’estampille de la France en gras.

Et je vous passe du Libéria, de la Sierra Léone, du Burundi, de la Côte d’Ivoire, du Togo, du Niger, du Tchad de la Centrafrique, du Congo et de l’immense RDC. Pas un seul pays ne reste qui ne figure dans ce tableau sombre. Et pourtant que de promesses faites. Que de paroles données !

A Addis-Ababa Laurent Gbagbo a encore une fois promis, après avoir moult fois fait la même promesse, de sortir la Côte d’Ivoire de l’engrenage infernal de violence dans lequel elle s’est embourbée depuis le fantoche concept de l’ivoirité. La pomme, je dirais le cacao de discorde qui oppose les fils Ivoiriens reste intact depuis septembre 2002. On a fait le tour des villes. Le tour de toutes les tables aussi. Linas Marcoussis, Lomé, Accra1, Accra2 et bientôt Accra 3, le 29 juillet 2004, Libreville, Dakar… Gbagbo, ADO, les rebelles baptisés par le curé de Bouaké " Forces Nouvelles ", Bédié sont devenus des globe-trotter.

Le Zimbabwe promet de déterrer les grosses salissures faites aux droits de l’homme. Un Zimbabwe où on a exhumé mercredi 7 juillet 2004, à Mount Darwin non loin de la frontière mozambicaine, les restes de plus de 5 000 tuées pendant la guerre de libération de 1960 – 1970.

A Addis-Abeba, les 43 présidents et chefs de gouvernement se sont refusé à lire le rapport annoncé accablant contre Harare sur la question des droits de l’homme, rédigé il y a deux ans par la section africaine des droits de l’homme de l’UA. S'agit-il de soutenir Mugabé le nationaliste contre la minorité blanche propriétaire des terres arables ou s'agit-il d'un soutien apporté par des copains dictateurs? A peine née, cette organisation qui se veut la panacée des malheurs africains, met-elle déjà le fard sur la vérité? Aucun mot ni prise de position contre la modification des constitutions en Afrique n’a été entendu de la bouche d’un chef d’Etat ou de gouvernement.

A part Koffi Annan qui a parlé sans réelle conviction qu’il était temps de mettre fin à toutes constitutions trafiquées pour permettre aux cheveux gris et blancs grabataires de demeurer au pouvoir ad vitam aeternam alors qu’il temps de passer le flambeau aux nouvelles générations. On peut alors convenir avec l’archevêque de Bulawayo (métropole sudiste du Zimbabwe) qui accuse les chefs de " se soutenir les uns les autres et boire du thé ensemble ", disons pour tuer et violer massivement les droits les plus élémentaires de l’homme. Pour l’archevêque, c’est soit une rebuffade, une fuite de responsabilité ou simplement une complicité que penser " qu'il appartient au peuple du Zimbabwe de trouver une solution. C'est juste une excuse, ils ont peur d'affronter la réalité". Je ne dirais donc pas " lynx envers les autres et taupe envers nous-même " ( La Fontaine) mais que les leaders africains sont tous taupes envers eux-mêmes. Stratégie classique de la protection du crime organisé.

Omar Bongo et Teodoro Obiang Nguema ont presque signé un pacte de non agression au sujet de l’îlot pétrolifère de Mbanié, à la suite d’une provocation lancée par l’un des fils du président Bongo en février 2003.

Khartoum a lui aussi pris l’engagement de neutraliser les milices " janjawid ", de juger les criminels et de dédommager les victimes.

A Addis-Ababa les dirigeants se sont frottés dans les dos en évitant de toucher aux odieux bandages qui cachent les plaies puantes de leurs régimes.

Ça s’appelle " Afrika is back " (Alpha Omar Konaré). Sans blague !

Prisonniers  Po. de Kara

 

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
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Kamado Koudjo
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