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Procès Me Agboyibo-Harry
Olympio en
délibéré le 14 juillet 2004
Alain Nococo
Le procès en diffamation
intenté par le CAR et son président
national contre le sieur Harry Octavianus
Olympio, a finalement eu lieu mercredi 07
juillet 2004 au palais de justice de Lomé
dans une ambiance plutôt sereine,
en dépit des craintes suscitées par les
échauffourées qui ont marqué la première
journée d’audience le 16 juin dernier et
qui avaient entraîné des blessés et des
dégâts matériels.
Le procès qui avait déjà été
reporté
par
deux fois,
apparemment simple
a duré plus de 11 heures de temps et
ne
s'est soldé que par une remise en délibéré
pour le 14 juillet prochain.
Une vingtaine d’avocats
s'étaient
mobilisés pour la défence du Comité
d'action pour le renouveau (CAR) et son
leader,
contre Harry
Olympio, à la fois
accusé et
avocat
pour sa propre défense.
Très tôt le matin, un
cordon de sécurité avait été déployé aux
alentours du palais
justice
et toutes les artères ont
été bouclées par des éléments de la police
et de la gendarmerie, certainement en vue
d’éviter d’éventuels débordements.
Monsieur Harry Olympio est
ancien ministre des droits
de l’homme et président
d'une
formation politique,
le Rassemblement
pour le soutien de la démocratie et le
developpement (RSDD).
Il
est arrivé au
palais de justice
à 08 h 30
accompagné de ses
gardes, détendu
et souriant avec
son téléphone portable à l’oreille.
Il sera suivi 15
minutes plus tard par Me Agboyibo qui est
arrivé en compagnie de son épouse et
encadré des
militants de son
parti qui, dès que la voiture de
leur leader s'est
immobilisée, ont accouru pour
l’accueillir. C’est à 09h 15 que
l’audience a été ouverte avec l’appel des
parties et la lecture de la citation
assignant M. Harry Olympio en justice par
le président de séance,
M. Tchodié KOUYOU
qui a présidé l’audience de la chambre
correctionnelle assisté de M. Robert
Baobadi BAKAÏ procureur de la République
representant le
ministère public.
Le siège du greffe
était occupé par Me Vigniko Kodjovi
AYITEVI. On notait aussi dans la salle la
présence du juge
Dabré GBANDJABA,
procureur général.
Les
Débats
Après l’appel des parties et la
constitution des avocats,
les débats
ont débuté
qui ont tourné
autour des questions de procédure et des
chefs
d’accusation,
c’est-à-dire l'atteinte
à l’honneur et
la falsification de
document. Après plus de 30 minutes de
discussions qualifiées
de
"tragi-comédie"par
certains, une
première pause est intervenue à 09h 45mn.
A la reprise à 09
50mn, les sieurs Akpamou et Tévi furent
appelés à la barre pour décliner leur
identité. C’est alors qu’il a été signifié
à la partie civile qu’elle devra payer
conformément à la procédure de citation
directe, une caution pour la poursuite des
débats. La caution fixée à 200.000 francs
par le procureur de la République a été
ramenée à 150.000
francs par le
président de séance. Intervint une
nouvelle suspension à 10h20mn pour
permettre à la partie civile de payer la
caution.
A la reprise à 10hh 40mn, le sieur Harry
et ses deux co-prévenus appelés à la barre
devaient répondre du chef d’accusation
pour lequel ils sont assignés en justice.
Harry Olympio, a
tout d'abord raconté
des confidences que
Me Agboyibo lui aurait faites
lorsqu'ils s'étaient
tous les deux retrouvés
en prison;
Notamment, sur la
règle des 4 /5 que son parti aurait
introduite au niveau du CPS et du soutien
financier que le chef de l’Etat lui aurait
apporté durant sa carrière politique,
ainsi que
"les
bonnes
relations"
que lui Harry
Olympio aurait
entretenues avec Me Agboyibo au lendemain
du scrutin présidentiel de juin 2003,
pour enfin reconnaître avoir sa main
derrière le document publié.
A la question d’apporter les preuves que
c’est avec l’argent de l’Etat que le CAR a
été créé, le sieur Harry tout en niant
avoir jamais dit cela, a déclaré que son
témoin dans cette question,
n’est
autre qu'Agboyibo
lui-même. "Est-ce
Agboyibo peut jurer sur cette bible, qu’il
a fait déposer à la barre, qu’il n’a
jamais pris l’argent chez le chef de
l’Etat " a
martelé M. Harry Olympio.
Me Agboyibo à la barre,
la main sur la bible, a déclaré n’avoir
reçu aucun sous du chef de l’Etat durant
les 13 ans de sa carrière politique.
M. Akpamou a, quant à lui rappelé les
circonstances dans lesquelles il a fait la
connaissance de M. Harry et
a
déclaré que le mobile de
sa démission est dû au traitement
dégradant à lui
fait par certains
membres du CAR. Il a par ailleurs précisé
que dans sa lettre de démission, il
n’avait pas été mention que c’est avec
l’argent du chef de l’Etat que le CAR a
été créé ; il a alors laissé entendre que
le document a été confectionné par Harry
et qu’il n’a jamais connu ni vu les 52
personnes qui figurent sur le document.
Quant à M. Tévi, le mobile
de sa démission est dû aussi au
mauvais
traitement
dont il a été
victime
lors de la campagne
électorale.
Monsieur Olympio jurant
n’avoir jamais apposé sa signature devant
les noms des 52 prétendus signataires de
la lettre de démission alors que
l’expertise ordonnée par le tribunal lui
en
attribue la paternité, le
président du tribunal a dû faire venir
l’expert en la
matière, le sieur
SEGBAYA,
qui a expliqué à
la cour comment il
a procédé pour découvrir que les 52
signatures étaient de la main d’une seule
personne, celle de Harry Olympio.
Monsieur
Harry
a
exigé
que le tribunal
demande à l’expert de comparer la
signature d’un prétendu signataire de la
lettre de démission qu’il a fait venir
dans la salle. Devant le refus de l’expert
d'accéder à
cette demande qui a
exigé
qu’un temps
lui soit donné pour retourner dans son
laboratoire pour faire le travail, M.
Harry Olympio a dû accepter les
conclusions de l’expert.
Après ces débats, une nouvelle suspension
est intervenue.
La
Plaidoirie
A la reprise à 16h
45mn, c’est Me Ameganvi
Isabelle qui a ouvert le bal de la
plaidoirie en
faveur de la partie
civile.
Connue pour son franc
parler,
l'avocate a b’abord
déploré le comportement du procureur de la
République qui, tout au long du procès,
s’est comporté en défenseur du prévenu et
l’attitude complaisante du président
vis-à-vis du sieur Harry Olympio
qualifié de
plaisantin. Ensuite
elle est
revenue sur le personnage
de Harry qui
selon elle
s’illustre ces derniers temps dans de
basses besognes. Pour Me Améganvi, le
personnage tel que décrit, ne mérite pas
qu’on lui accorde une quelconque
importance, ce qui justifierait,
selon elle, l'absence
des leaders de
l’opposition dans la salle. Mais elle a
tenu à préciser la raison d’être,
selon elle de ce
procès. Me
Ameganvi Isabelle a dit en substance
qu’il s’agit de
réparer le préjudice causé au CAR et à son
président. Elle
demandé que l'accusé soit condamné à
verser 2.075.000
frs au
titre de remboursement des
frais d’expertise et 1 franc symbolique
pour diffamation.
Me Amagankpoe pour sa part
démontrera que l’honneur du CAR et de son
président ont été atteint relevant par
ailleurs que l’élément matériel est établi
et et n'est pas
contesté. Selon
lui il y atteinte à
l’honneur intentionnel : Harry
ne nie pas la
paternité de l’acte délictueux.
C’est pourquoi il
demande la réparation comme sa consoeur.
Me Hamadou constatera pour
sa part que M. Harry Olympio est l’un des
acteurs du blocage actuel de la crise et
que
de ces personnages, on
n’en veut plus au Togo.
Me Amékoudji notera que
Harry Olympio est un vampire et à ce
titre, demande l’interdiction de ses
droits civil, politique et même
professionnel.
Maîtres
Jonas
Sokpo, Doe Bruce
et
Gahoun
Hegbor se sont succédé
pour démontrer avec des arguments de droit
que le délit d’atteinte à l’honneur est
constitué et ont demandé que la justice
dise le droit pour que réparation soit
faite.
Pour sa part, Me Apévon a
appelé à la responsabilité des juges pour
redorer le blason de la justice et
susciter la confiance de nos partenaires
au
développement.
Avant son réquisitoire, le
procureur de la République s’est posé deux
questions :
1) Est-ce qu’il y a
infraction ?
2)
Est-ce
que
les militants du CAR
ont-ils démissionné ? Et si oui, cette
démission profite à qui ?
Au regard de ces questions
qu’il s’est donné la peine de poser, le
procureur de la République a déclaré non
coupables le sieur Harry Olympio et ses
deux co-prévenus au motif que d’une part,
dans son entendement, un doute plane sur
cette affaire d’argent. Pour le procureur
de la République, Me Agboyibo a été un
collaborateur du chef de l’Etat et Harry
Olympio un ancien ministre nommé par le
chef de l’Etat ; dès lors, on ne saurait
se prononcer de manière objective sur
cette question. D’autre part, il
estime
que le délit d’atteinte à
l’honneur n’est pas constitué.
Rendez-vous: le 14
juillet 2004
C’est sur ces
entrefaites et
alors que Harry
s’apprêtait à
prendre la parole
pour sa défense que le président
a
suspendu
l’audience à 19h
50mn en
déclarant
que l’affaire est mise en délibéré pour le
14 juillet prochain.
«Pour
plus de 11 heures de temps perdu pour
rien. On peut rien attendre de la justice
togolaise malgré les engagements pris».
S’est
exclamé
un avocat
visiblement
désemparé. |