A
notre vénéneuse mère
N’Danida:
Tu n’es pas et ne seras
guère Sogolon Djata
pour les Togolais
Samuel BatchatiNous avons
de toi une image qu’on nous
a enfoncée à
coups de maillets dans les cœurs et
les crânes. Tes traits sont
évanescents qu’ils disent à souhait
qu’on ne te connût point. Maurice
Carême me pardonnera bien d’écorcher
sa si soyeuse poésie qui est demeurée dans le palais onctueuse
comme le nectar d’une fleur magique:
« A ma Mère
J’ai de toi une image
Qui ne vit qu’en mon cœur »
Leçon irréfragable de cette
écorchure : l’amour maternel n’est pas
contagieux. On ne peut racheter son
indignité, ses filouteries
d’adolescent malfamé, ses
mortifications à une veuve en imposant
à tout un peuple d’honorer et de
vénérer sa mère, fût-elle Sogolon
Djata, la femme buffle de la légende
qui enfanta Soundjata Kéita.
Et quand elle le sera, le peuple togolais a bien plus gros soucis à se
faire qu’à chialer et à danser pour la
mère d’un tyran. La mère du tyran est
sous nos cieux
revêtue de la robe de la
vierge Marie, mère de Dieu, ici odieux
"führer",
par ceux que le dithyrambe engraisse
et encrasse.
Le 28 juin 2004, tout un beau monde
a radiné à Kara pour célébrer les 20
ans de la mort de la mère d’Eyadema.
On est venu déverser des larmes
hypocrites, des larmes que d’autres
mamans n’ont pas eues, que des mamans
n’auront pas. On a même abandonné ses
cadavres dans le froid des morgues
pour venir larmoyer, gémir et compatir
pour un squelette vieux de plus de 20
ans déjà. Premier ministre, ministres,
directeurs généraux, chefs
d’entreprises, prélats et autres
salariés de Dieu, petits et grands
fonctionnaires, poux et ripoux,
menteurs et voleurs, maîtres escrocs
et Cie, toute la valetaille a
rappliqué à Kara depuis le 26 pour ce
sombre anniversaire.
La grosse surprise a été la venue
de Laurent Gbagbo, le président de la
Côte d’Ivoire arrivé dans la soirée du
dimanche 27 juin spécialement pour cet
événement. Il est venu verser sur le
cadavre vingtenaire de la mère du
négociateur entêté dans la crise de
son pays, les larmes qu’il n’a pas
versé aux tués dans les charniers de
Yopougon. Les hôtels de la place ayant
fait leur plein, le président a été
logé au palais des congrès avec sa
délégation. Il a ainsi assisté à la
veillée à Pya le dimanche, à la messe
du 28 juin. Il est reparti l’après-midi
avec un peu d’amen pour ses cadavres à
lui. Dieu aura certainement pitié
d’eux. On a ironisé à Kara que Gbagbo
a le cœur à la guerre en Côte d’Ivoire
et la bouche dans la fête à Pya au
Togo. On a beau dire dans l’entourage
d’Eyadema que c’est une visite
d’amitié et de travail, il n’en n’est
rien. Certainement il est reparti avec
des conseils toxiques dans le genre "fais
sujétion à Chirac et tu seras en paix ".
Si la solidarité africaine était si
expansive et débordante et si
exubérante, il faudra imaginer les
milliers de millions d’Africains qui
accourraient au Rwanda pleurer les
génocidés, en RDC pleurer les flingués,
au Libéria ou en Sierra Léone pleurer
les mutilés. On a même signalé la
présence d’un ministre nigérien sans
qu’on ne sache ni qui ni pourquoi il
est venu : visite privée ou officielle.
Cette mort est devenu un business.
Il s’est créé depuis plus de huit ans
maintenant un club dénommé " Club des
Amis de Maman N’Danida " qui a
organisé pour la circonstance
l’élection d’une miss, la " Miss
Coutume " précédemment " Miss N’Danida ".
A l’issue d’une piètre prestation, le
jury a fini par élire une élève de
lycée en classe de 2nde.
Celle-ci remplacera la miss de 2002,
Mlle Rafa Seydou de Sokodé. Aucun prix
ne lui a été remis. La promesse lui
est faite qu’elle recevra son prix,
elle et ses deux dauphines, le
vendredi 2 juillet à l’hôtel Kara en
présence du président en personne et
de sa chapelle si ce n’est un canular.
Beaucoup plus tôt une finale d’un
match de foot s’est jouée à Pya sur le
terrain du Collège d’Enseignement
Technique. Cette
finale a
opposé Asko de
Kara, une équipe de première division
contre les Zoulous de Lomé, l’équipe
du fils à Gnasingbé Eyadema, celui
avec qui il se pavanait dans les
manifestations. Match qui s’est soldé
par un score de 3 buts à 2 en faveur
des joueurs d’Asko. Des enveloppes au
contenu incertain, des maillots, des
bas ont été remis aux deux finalistes.
Mais la coupe, bon marché, est allée à
l’équipe d’Asko.
Cette fois-ci, les spectateurs et
autres curieux ne se sont pas laissé
séduire par la luxueuse HUMER (H2) du
fils Gnassingbé Kpatcha, une grosse
cylindrée, noire cristal, immatriculée
RT – 9779 – Z.
Lors de la visite du
vice président chinois, certains se
sont amusés à poser pour des photographies devant cet insolent luxe.
Le photographe s’est vu retirer son
appareil et les autres sont rentrés
chez eux " grâce aux 22 engagements
pris par le gouvernement togolais.
Sinon vous auriez vu ! "
Le vrai business c’est la multitude
de chorales qui vient s’égosiller et
s’épancher en panégyriques
époustouflants tant pour la mère
macchabée que pour le fils despote. Ce
vingtième anniversaire a vu accourir
plus d’une trentaine de chorales, dont
naturellement celles plus pleureuses
des deux universités, une du Ghana
voisin et d’autres plus ou moins
connues. A chacune
de toutes les chorales, le
fils éploré depuis vingt ans a fait
une enveloppe de 1 000 000F. En terme
d’investissement ça s’appelle, un coup
de poker : chanter pour quelques
minutes et gagner 1000 000F ! Ce n’est
pas si souvent que ça arrive en
bourse.
Certaines langues mécontentes ont
murmuré que cette fête a mobilisé plus
de 2 milliards de nos francs en frais
de carburant, d’hébergement, de
restauration, de pots-de-vin, de parts
trop large d’un tout petit gâteau.
Pour sur les salaires ce mois-ci vont
encore couiner.
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