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Mission
d’évaluation des experts de l’UE au Togo :
un optimisme
mitigé qui cache des appréhensions
Alain Nococo
La délégation des experts de
l’UE en mission d’évaluation des engagements
pris le 14 avril dernier par le
gouvernement togolais arrivée la semaine
dernière, a quitté le week end dernier au
terme d’un séjour de quatre jours.
Cette délégation
composée de deux fonctionnaires de la
commission européenne, Anna Silvia
Piergrossi, chef de l’unité Afrique
occidentale et chef de la délégation et
Arend Biesebroek, responsable du Togo à la
commission européenne, auxquels se sont
joints Stefan Frowein, délégué de l’UE au
Togo avec résidence à Accra, Klaus Günter
Grohman, ambassadeur de l’Allemagne au Togo,
a au cours de son séjour, eu des séances de
travail avec les différents acteurs de la
société togolaise.
Arrivée dans la
capitale togolaise le 1er juin
2004, la délégation a, dès le lendemain,
entamé son travail en recevant d’abord une
délégation gouvernementale conduite par le
président de l’assemblée nationale, M.
Fambaré Natchaba qui a, à cette occasion,
remis à la délégation européenne son
rapport sur les progrès réalisés depuis la
signature des 22 engagements. Elle s’est
ensuite entretenue avec les partis
politiques : RPT, UFC, CAR, CDPA, CPP, PDR,
PSR, MOCEP, RSDD, JUVENTO, UDPS et le PRR de
Nicolas Lawson.
Outre les partis
politiques, la délégation a rencontré les
représentants des organisations de défense
des droits de l’Homme à savoir : la LTDH
(Ligue Togolaise des Droits de l’Homme), une
organisation indépendante
qui
vient de rendre public un
rapport très accablant sur la situation des
droits de l’homme au Togo;
le MTDLDH (Mouvement
Togolais de Défense des Libertés et des
Droits de l’Homme) proche du pouvoir, la
CNDH (Commission Nationale des Droits de
l’Homme), organe d’Etat ainsi que les
représentants des confessions religieuses :
catholique, protestante et musulmane.
Même si aucune
information n’a filtré sur les sujets de
discussions, il semble selon certaines
indiscrétions que les débats ont été
ouverts, francs et responsables. Les partis
politiques ayant boycotté les cérémonies
d’ouverture du dialogue ont profité, semble
t-il, de l’occasion pour réitérer leur
principale exigence d’un travail
préparatoire avec l’ensemble de la classe
politique du dialogue national.
Les idées forces de la rencontre auraient
tourné autour d'un probable futur
gouvernement d'union nationale,
l'indépendance de la justice, la liberté de
presse etc..
En outre, et selon
d’autres sources, l’ambassadeur d'Allemagne
au Togo Klaus Günter Grohman, assurant la
présidence de l’UE au Togo aura été la bête
noire du pouvoir togolais. Il aurait à
chaque fois, posé sur la table des
discussions avec le pouvoir togolais, le
problème des titres de voyage du leader de
l’UFC, ce qui aurait irrité les autorités
togolaises qui n’entendent plus revenir sur
ce dossier parce qu’ayant largement donné
des explications,
sans convaincre,
sur ce dossier.
Au terme de sa
mission, la délégation a rendu une visite de
courtoisie au chef de l’Etat dans sa
résidence privée de Lomé 2,
le
samedi dernier en fin de
matinée, pour lui
faire le bilan
à mi-parcours de sa mission au Togo au
locataire de Lomé 2. Pour la circonstance,
le chef de l’Etat était entouré du PM Koffi
Sama, du président de l’Assemblée nationale
Fambaré Natchaba, des ministres des affaires
étrangères Biossey Kokou Tozoun, de la
communication et de la formation civique
Samuel Pitang Tchalla, de l’intérieur et de
la sécurité le chef d’escadron François
Akila-Esso Boko, des postes et
télécommunications Faure Essozimna
Gnassingbé, de la justice Foli-Bazi Katari,
de la promotion de la démocratie et de
l’Etat de droit Roland Kpotsra et certains
de ses proches collaborateurs. A l’issue de
l’entrevue, la délégation a été conviée à un
déjeuner offert par le chef de l’Etat,
toujours à Lomé 2.
Il convient de
signaler qu’il avait été annoncé qu’au terme
de sa mission, la délégation devait
organiser une conférence de presse pour
faire le point de ses trois jours de travail
avec l’ensemble de la presse togolaise.
Malheureusement, les
membres de la délégation n’ont pas voulu
parler à la presse. Les journalistes étaient
demandés à se tenir prêts pour l’événement.
En lieu et place d’une conférence de presse,
la chef de la délégation s’est plutôt prêtée
aux questions des journalistes de la presse
officielle de permanence à Lomé 2 et de
certains correspondants des agences
internationales.
Dans sa déclaration
aux questions des journalistes présents, Mme
Anna Silvia Piergrossi a dit avoir trouvé de
part et d’autre, un signe d’ouverture et une
volonté de discuter et de dialoguer.
« Donc, on a pu tirer le maximum de nos
trois jours passés ici. On va faire un
rapport d’étape à nos Etats membres. Mais
c’était une mission intermédiaire. Il y a
donc une période de mise en œuvre des
engagements qui va suivre »,
a-t-elle indiqué.
Au sujet d’un bilan à tirer
de cette première mission, Mme Silvia a été
on ne peut plus claire : « On ne peut
pas faire un bilan à mi-parcours, on a fait
ce qu’on pouvait faire avec le gouvernement,
mais, c’est beaucoup trop tôt. Avec un mois
et demi, vous ne pouvez pas changer le
monde. Le gouvernement a sans doute de la
bonne volonté, mais ça, vous pouvez le
demander au gouvernement. Nous, on n’est pas
là pour juger. On considère qu’il a de la
bonne volonté autrement, il n’aurait pas
pris les engagements. Donc, pour l’instant,
on peut seulement discuter et faire un plan
pour voire comment continuer la mise en
œuvre des engagements. C’est beaucoup trop
tôt pour faire un bilan ».
Sur la question de la
liberté de la presse, la chef de la
délégation déclare : « Je crois qu’il
y a beaucoup de presses au Togo. Ça on le
voit tous le temps. Il y a la presse écrite
et il y a aussi plusieurs chaînes de
télévisions. C’est ce qui nous a étonné. Je
le savais, mais ça m’a étonné de voir
qu’effectivement elles existent. Et donc, il
y a des problèmes, il y a des problèmes de
déontologie des journalistes, il y a des
problèmes de réglementation…..On verra si
les amendements au code de la presse
amélioreront la situation ».
A propos de l’exécution des
engagements par le gouvernement togolais,
Mme Anna Silvia Piergrossi note : « Il
y a un début d’exécution sinon on ne serait
pas ici. Le gouvernement a pris des
engagements. Il a trois mois pour commencer
à les mettre en œuvre, sinon on ne ferait
pas de dialogue. Si on prend des
engagements,
c'est
pour les mettre en œuvre ».
A la lecture de ces propos
du chef de la délégation de l’UE, il est
permis de dire que la balle est dans le camp
du pouvoir qui devra tout mettre en œuvre
pour décrisper l’atmosphère et créer la
confiance entre les différents acteurs de la
politique pour l’amorce d’un véritable
dialogue sur des bases clairement et
consensuellement définies, car cet optimisme
mesuré cache certaines appréhensions liées
aux conditions du déroulement du dialogue et
à l’exclusion de certains poids lourds de
l’opposition . |