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Actualité  
9 juin 2004

Mission d’évaluation des experts de l’UE au Togo : un optimisme mitigé qui cache des appréhensions
Alain Nococo

La délégation des experts de l’UE en mission d’évaluation des engagements pris le 14 avril dernier  par le gouvernement togolais arrivée la semaine dernière, a quitté le week end dernier au terme d’un séjour de quatre jours.

Cette délégation composée de deux fonctionnaires de la commission européenne, Anna Silvia Piergrossi, chef de l’unité Afrique occidentale et chef de la délégation et Arend Biesebroek, responsable du Togo à la commission européenne, auxquels se sont joints Stefan Frowein, délégué de l’UE au Togo avec résidence à Accra, Klaus Günter Grohman, ambassadeur de l’Allemagne au Togo, a au cours de son séjour, eu des séances de travail avec les différents acteurs de la société togolaise.

Arrivée dans la capitale togolaise le 1er juin 2004, la délégation a, dès le lendemain, entamé son travail en recevant d’abord une délégation gouvernementale conduite par le président de l’assemblée nationale, M. Fambaré Natchaba qui a, à cette occasion, remis à la délégation européenne  son rapport sur les progrès réalisés depuis la signature des 22 engagements. Elle s’est ensuite entretenue avec les partis politiques : RPT, UFC, CAR, CDPA, CPP, PDR, PSR, MOCEP, RSDD, JUVENTO, UDPS et le PRR de Nicolas Lawson.

Outre les partis politiques, la délégation a rencontré les représentants des organisations de défense des droits de l’Homme à savoir : la LTDH (Ligue Togolaise des Droits de l’Homme), une organisation indépendante qui vient de rendre public un rapport très accablant sur la situation des droits de l’homme au Togo; le MTDLDH (Mouvement Togolais de Défense des Libertés et des Droits de l’Homme) proche du pouvoir, la CNDH (Commission Nationale des Droits de l’Homme), organe d’Etat ainsi que les représentants des confessions religieuses : catholique, protestante et musulmane.

Même si aucune information n’a filtré sur les sujets de discussions, il semble selon certaines indiscrétions que les débats ont été ouverts, francs et responsables. Les partis politiques ayant boycotté les cérémonies d’ouverture du dialogue ont profité, semble t-il, de l’occasion pour réitérer leur principale exigence d’un travail préparatoire avec l’ensemble de la classe politique du dialogue national. Les idées forces de la rencontre auraient tourné autour d'un probable futur gouvernement d'union nationale, l'indépendance de la justice, la liberté de presse etc..

En outre, et selon d’autres sources, l’ambassadeur d'Allemagne au Togo Klaus Günter Grohman, assurant la présidence de l’UE au Togo aura été la bête noire du pouvoir togolais. Il aurait à chaque fois, posé sur la table des discussions avec le pouvoir togolais, le problème des titres de voyage du leader de l’UFC, ce qui aurait irrité les autorités togolaises qui n’entendent plus revenir sur ce dossier parce qu’ayant largement donné des explications, sans convaincre, sur ce dossier.

Au terme de sa mission, la délégation a rendu une visite de courtoisie au chef de l’Etat dans sa résidence privée de Lomé 2, le samedi dernier en fin de matinée, pour lui  faire le bilan à mi-parcours de sa mission au Togo au locataire de Lomé 2. Pour la circonstance, le chef de l’Etat était entouré du PM Koffi Sama, du président de l’Assemblée nationale Fambaré Natchaba, des ministres des affaires étrangères Biossey Kokou Tozoun, de la communication et de la formation civique Samuel Pitang Tchalla, de l’intérieur et de la sécurité le chef d’escadron François Akila-Esso Boko, des postes et télécommunications Faure Essozimna Gnassingbé, de la justice Foli-Bazi Katari, de la promotion de la démocratie et de l’Etat de droit Roland Kpotsra et certains de ses proches collaborateurs. A l’issue de l’entrevue, la délégation a été conviée à un déjeuner offert par le chef de l’Etat, toujours à Lomé 2.

Il convient de signaler qu’il avait été annoncé qu’au terme de sa mission, la délégation devait organiser une conférence de presse pour faire le point de ses trois jours de travail avec l’ensemble de la presse togolaise. Malheureusement, les membres de la délégation n’ont pas voulu parler à la presse. Les journalistes étaient demandés à se tenir prêts pour l’événement. En lieu et place d’une conférence de presse, la chef de la délégation s’est plutôt prêtée aux questions des journalistes de la presse officielle de permanence à Lomé 2 et de certains correspondants des agences internationales.

Dans sa déclaration aux questions des journalistes présents, Mme Anna Silvia Piergrossi a dit avoir trouvé de part et d’autre, un signe d’ouverture et une volonté de discuter et de dialoguer. « Donc, on a pu tirer le maximum de nos trois jours passés ici. On va faire un rapport d’étape à nos Etats membres. Mais c’était une mission intermédiaire. Il y a donc une période de mise en œuvre des engagements qui va suivre », a-t-elle indiqué.

Au sujet d’un bilan à tirer de cette première mission, Mme Silvia a été on ne peut plus claire : « On ne peut pas faire un bilan à mi-parcours, on a fait ce qu’on pouvait faire avec le gouvernement, mais, c’est beaucoup trop tôt. Avec un mois et demi, vous ne pouvez pas changer le monde. Le gouvernement a sans doute de la bonne volonté, mais ça, vous pouvez le demander au gouvernement. Nous, on n’est pas là pour juger. On considère qu’il a de la bonne volonté autrement, il n’aurait pas pris les engagements. Donc, pour l’instant, on peut seulement discuter et faire un plan pour voire comment continuer la mise en œuvre des engagements. C’est beaucoup trop tôt pour faire un bilan ».

S
ur la question de la liberté de la presse, la chef de la délégation déclare : « Je crois qu’il y a beaucoup de presses au Togo. Ça on le voit tous le temps. Il y a la presse écrite et il y a aussi plusieurs chaînes de télévisions. C’est ce qui nous a étonné. Je le savais, mais ça m’a étonné de voir qu’effectivement elles existent. Et donc, il y a des problèmes, il y a des problèmes de déontologie des journalistes, il y a des problèmes de réglementation…..On verra si les amendements au code de la presse amélioreront la situation ».

A propos de l’exécution des engagements par le gouvernement togolais, Mme Anna Silvia Piergrossi note : « Il y a un début d’exécution sinon on ne serait pas ici. Le gouvernement a pris des engagements. Il a trois mois pour commencer à les mettre en œuvre, sinon on ne ferait pas de dialogue. Si on prend des engagements, c'est pour les mettre en œuvre ».

A la lecture de ces propos du chef de la délégation de l’UE, il est permis de dire que la balle est dans le camp du pouvoir qui devra tout mettre en œuvre pour décrisper l’atmosphère et créer la confiance entre les différents acteurs de la politique pour l’amorce d’un véritable dialogue sur des bases clairement et consensuellement définies, car cet optimisme mesuré cache certaines appréhensions liées aux conditions du déroulement du dialogue et à l’exclusion de certains poids lourds de l’opposition . 

Prisonniers  Po. de Kara

 

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