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Actualité  
3 juin 2004

Le flou autour des pièces d'identité de Gilchrist Olympio :
Qui du gouvernement togolais ou de l’UFC dit la vérité
?
Daniel Garidan


L'Union des forces de changement a refusé de prendre part au dialogue inter togolais parce que son leader, M. Gilchrist Olympio est  « toujours dépossédé de son passeport et frappé d’un refus de délivrance d’une carte nationale d’identité, pour l’obtention de laquelle il a pourtant accompli les formalités nécessaires, le 29 avril 2003, au Commissariat Central de la ville de Lomé. » A propos des papiers de M. Gilchrist Olympio, il persiste aujourd'hui un flou qu'il est difficile de disciper tellement les motivations profondes des protagonistes de la crise politique au Togo sont insondables. En 72 heures d'intervalle, le gouvernement togolais et l'UFC ont tour à tour animé des conférences de presse pour justifier leur positions respectives. 

Le Chef d’escadron Akila-Esso Boko et Pitang Tchalla s'expliquent
La semaine dernière, c’est-à-dire le vendredi 28 mai 2004, le Ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation le Chef d’escadron Akila-Esso Boko assisté de ses collègues de la Communication et de la Formation Civique Samuel Pitang Tchalla, de la Justice Foli-Bazi Katari, avait organisé à son cabinet un point de presse pour apporter sa part de vérité sur la polémique autour des documents de voyage de Gilchrist Olympio.           

On se rappelle que dans la réponse au PM, déclinant l’invitation qui lui était adressée de  participer au dialogue national, l’UFC avait évoqué entre autres raisons, le refus des autorités togolaises de délivrer une carte d’identité et de restituer son passeport à Gilchrist Olympio.

C’est le Ministre de la Communication qui a introduit le sujet et expliqué la volonté du gouvernement de jouer la transparence en apportant des éclaircissements relatifs au passeport et à la carte d’identité. Un sujet qui crée beaucoup de confusion dans les esprits des Togolais. Situant le sujet, M Akila-Esso Boko a indiqué que depuis quelques temps «une polémique artificielle se fait écho au sujet d’un prétendu refus par les autorités de délivrer un document de voyage à Gilchrist Olympio». Selon le ministre,  la direction nationale de la documentation en charge de la délivrance de ces documents n’a enregistré aucun dossier  de Gilchrist Olympio. Il n’y a aucun ostracisme vis-à-vis de M. Gilchrist Olympio qui, du reste, a, dans le passé, bénéficié de l’établissement de certains documents d’identité a indiqué le Ministre de l’intérieur qui y voit un faux problème dont se servirait la formation de Gilchrist Olympio «pour entretenir une polémique inutile à des fins d’intoxication.»
           

Au sujet du passeport, M Boko a indiqué que M. Gilchrist Olympio avait en 1992 un passeport togolais et qu’en 1999, il a utilisé « une passerelle », celle offerte par le facilitateur allemand Von Stulpnagel, pour renouveler son passeport sans les formalités requises, mettant ainsi dans l’embarras les services d’immigration qui doivent remplir ou obéir à certaines formalités avant d’octroyer ce document. Malgré que M. Olympio ait possédé ces documents (les deux passeports) l’intéressé n’a pas daigné les présenter. M. Boko a indiqué que même si ces deux passeports étaient périmés, les règles internationales en la matière l’autorisaient à les présenter aux services de l’immigration à la frontière pour renouvellement, mais qu’il a plutôt présenté un passeport étranger. Le Ministre de l’intérieur a déclaré qu’il s’agissait là d’une provocation.

Au sujet de la carte d’identité, le ministre a laissé entendre que le dossier déposé par Gilchrist Olympio le 29 avril 2003 au  Commissariat Central de Lomé était incomplet, il contenait seulement des photocopies de ses pièces d’identités, alors que pour l’établissement de la carte d’identité nationale, en plus des photocopies légalisées, il faut des originaux. Bien plus, devait ajouter le ministre,  depuis ce temps, Gilchrist Olympio n’est plus revenu au Commissariat Central  ni pour compléter son dossier, ni pour retirer sa carte d’identité.  

Après ces explications fournies, le ministre a conclu que M. Gilchrist Olympio entretient à dessein la polémique, avec sa formation politique pour faire croire qu’il serait victime d’un ostracisme. Pour M. Boko, nul ne pouvant se prévaloir de sa propre turpitude,  «M. Gilchrist Olympio n’aura qu’à se plaindre à lui-même aussi longtemps qu’il ne voudra pas se soumettre aux lois et règlements de la République dont  il veut pourtant exercer la magistrature suprême. »

Abordant la question du passeport ghanéen confisqué dont l’UFC réclame la restitution, M. Boko a laissé entente que  ce n’est pas à la République Togolaise que M. Olympio doit formuler sa demande de restitution, puisque le passeport est un  patrimoine national et que, en tant que tel, le passeport du Togo appartient au Togo et le passeport du Ghana appartient au Ghana. «S’il y a une démarche à faire, M. Gilchrist Olympio sait vis-à-vis de quel pays, ou de quel Etat il  doit faire sa demande s’il  veut retrouver son passeport ghanéen. »

La Réplique de l’UFC
Dans la matinée du 31 mai 2004, soit 72 après la conférence de presse du ministre de l’intérieur,  l’Union des Forces de Changement (UFC), a animé une autre conférence de presse à son siège à Lomé pour, à son tour apporter des réponses en guise de démenti  aux allégations du pouvoir. 

Dans une déclaration liminaire lue par son SG M. Fabre, l’UFC a rejeté les arguments avancés par les autorités togolaises  au cours de leur point de presse de vendredi 28 mai. Pour l’UFC  les autorités togolaises empêchent Gilchrist  Olympio de renouveler son passeport togolais en usant de subterfuges pour éviter de lui délivrer sa carte d’identité nationale. La formation de Gilchrist Olympio estime que pour avoir un passeport, il faut avoir une carte d’identité. Elle se demande alors comment son leader peut constituer son dossier pour l’obtention du passeport si on lui refuse l’établissement de sa carte d’identité nationale. 

Alors que le ministre affirme que le passeport saisi est un patrimoine ghanéen et qu’à ce titre, Gilchrist Olympio n’avait qu’à faire la démarche vers ce pays, l’UFC affirme dans sa déclaration que les autorités ghanéennes ont confirmé à Gilchrist Olympio n’être pas en possession de ce document.

Concernant le dossier déposé pour l’établissement de la carte d’identité nationale, l’UFC soutient que le dossier déposé contenait bien toutes les pièces exigées y compris les originaux. Le 29 avril 2003, lors du dépôt de la demande de la carte d’identité au commissariat central de la ville de Lomé par Gilchrist lui-même, aucun agent n’a remarqué l’absence d’originaux. Après les formalités, les agents lui ont fait savoir que la carte sera prête dans un délai de deux ou trois jours et qu’il pouvait envoyer quelqu’un la récupérer. M. Gilchrist Olympio a donc désigné MM. Evans Welbeck et JP Fabre auxquels il a par la suite livré des procurations à cet effet. Le jour convenu pour la récupération de la carte, les agents de police ont commencé par bégayer, indique la déclaration.


Aujourd’hui, M. Pitang Tchalla soutient avec ses collègues, que la carte d’identité n’a pu être établie à M. Gilchrist Olympio pour cause de dossier incomplet ; alors que tout le monde a entendu le même Pitang Tchalla déclarer sur RFI, en juin 2003, que la carte d’identité de M. Gilchrist Olympio était prête et qu’il ne tenait qu’à lui-même de rentrer au Togo pour la récupérer personnellement. Comment a-t-on pu établir cette carte sur la base d’un dossier incomplet ne comportant pas les originaux exigés ?


De deux choses l’une : ou le dossier de Gilchrist Olympio est incomplet pour cause d’absence d’originaux exigés ; donc son dossier n’est pas recevable, on ne le prend pas, ou le dossier est complet ; on le prend et on lui délivre la carte d’identité. Si les agents du commissariat central ont accepté et reçu le dossier de M. Gilchrist Olympio ; c’est que ce dossier était complet
, se défend l’UFC.

Qui des deux camps détient la vérité, personne ne peut le dire. Face à ce flou, tous les commentaires sont entendus, malheureusement selon les sensibilités politiques des commentateurs.

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