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Editorial  
8 mai 2004

Je soussigné… dictateur irrécupérable 
Samuel Batchati

«Je soussigné Eyadema, général dictateur du Togo, confirme demeurer au pouvoir et ne point permettre l’accès du pays à la démocratie véritable. En foi de quoi, cette violente répression des étudiants doit dissuader et prévenir les velléitaires. »

Le 28 et 30 avril 2004, Eyadema a entonné à l’Université de Lomé,  la violence répressive qui caractérisera la sincérité de l’exécution des 22 engagements pris la première quinzaine à Bruxelles dans le cadre des négociations en vue de la reprise de la coopération entre le Togo et l’UE.  Il a signé par ces actes d’un autre millénaire, la forfaiture et le parjure qui ont toujours marqué son règne immérité. Les étudiants de l’Université de Lomé paient ainsi le lourd tribut du premier parjure d’Eyadema dans l’application des 22 engagements du gouvernement togolais vis-à-vis de Bruxelles.  Les tableaux de policiers traqués, défroqués, écumant de rage et d’étudiants traqués par les bérets verts de la garde présidentielle, fuyant les balles et les matraques, sont éloquents. On dirait un cap masters de paint ball réelles sanglant, tristement. Ces événements rappellent les combats du GRAD, de l'OULD, du MELD, et de la la LEDI (Ligue Estudiantine pour le Développement Intégral) des années 1990, dont les actions avaient été sabordées par une nébuleuse d’associations tribales devenues plus tard HaCAM avec ce qu’on lui connaît de malfamé de désolant et de dégradant pour des intellectuels. Gustave Akadé Sosso est mort d'avoir voulu se démarquer tardivement des affres du HACAME. Tous ou presque sont morts de n'avoir compris que tard. C'est bien étonnant l'homme n'apprend pas du passé.

A la suite des événements du 28 et du 30 Avril  2004 sur le campus de l’Université de Lomé, le gouvernement a tout de suite, comme d’ailleurs à son habitude, crié à la manipulation de l’opposition qui voudrait saboter la reprise de la coopération avec l’UE. « Ce qui nous énerve, c’est de toujours penser que nous sommes manipulés alors que nous revendiquons tout simplement nos droits » s’est indigné un étudiant joint au téléphone au lendemain des déclarations intempestives de Lomé 2.  Ces pratiques répulsives, répugnantes et ragoûtantes qui ont servi et servent encore de plan d’action ou de feuille de route à ce régime ignoble, sont symptomatiques  du sabordage, du sabotage à venir des engagements de Lomé 2.  

Non seulement envoyer des militaires brutaliser, meurtrir les étudiants sur le campus constitue une violation des franchises de l’Université, mais encore les traiter de manipulés est encore grave. Parce que cette accusation portée contre l’opposition sonne comme une provocation. Une double insulte : les étudiants seraient ces sortes de marionnettes, ces pantins des cirques  sans deux sous de réflexion et les opposants des clowns marionnettistes. Cette attitude va contre le second engagement :  « Engagement de garantir, sans délai, l’action libre de tout parti politique, à l’abri de tout acte d’harcèlement, d’intimidation ou de censure ». Cette moindre liberté est déjà galvaudée par ces propos politiciens et dégradants. Les réactions du CAR et de la CDPA ne changeront rien à l’accusation de Lomé 2 ni aux stratégies de nuisance élaborée et pilotées par les miliciens du quartier Adéwi et certains membres véreux du gouvernement de Koffi Sama. A l’évidence le RPT au pouvoir n’est pas décidé à lâcher du lest.

Les 22 engagements ne sont donc pas la panacée. Il ne se faut point leurrer. Le salut qui viendra de ces engagements sera salaud. Lomé2 appliquera ces engagements ad libitum. Sans ciller de l’œil ! Selon sa propre interprétation. Il serait illusoire de croiser les bras dans un attentisme coupable et vouloir voir le RPT appliquer cette feuille de route dans le délai imparti. La pusillanimité de l’opposition peut la bercer dans le faux fourvoiement d’une aubaine tombée du ciel. Ce régime en a tellement fait accroire tous les Togolais et tous les observateurs de la vie politique, hormis bien entendu, les Chirac, la valetaille, les bourreaux sicaires et tout le saint-frusquin qui gravite autour de la mangeaille de Lomé 2, pour qu’en cette occurrence on daigne lui faire confiance ou qu’on veuille l’en chasser sans coup férir.

Les étudiants de Lomé ont mis Lomé 2 à l’épreuve et le résultat est là, tangible. Eyadema ne se laissera pas dépouiller de ses oripeaux reliquaires d’une désuète et infâme dictature. Il s’accroche à la violence parce que la violence est la seule logique qu’il connaisse. Son unique rempart.  Sans militaires, Eyadema est un épouvantail, le spectre de la tyrannie fuyant les yeux vengeurs dans leur tombe de Sylvanus Olympio et de tous ces Togolais massacrés. Sans ce rempart de forêt baïonnettes, Eyadema serait le pioupiou qu’il était rentrant de la guerre d’Algérie.

L’Université de Lomé est fermée depuis le 2 mai 2004. Les étudiants sont à la maison. L’opposition est accusée. Et l’opposition a le quitus du second engagement sus-cité. Pourtant l’opposition ne manifeste pas. Ce serait bien entendu autour de l’opposition d’éprouver la bonne foi de Lomé 2. Attend-elle une note écrite d’Eyadema leur donnant autorisation de manifester ? Ridicule. Si l’opposition veut savoir, l’engagement pris à Bruxelles est celui-ci :

«Je soussigné Eyadema, général dictateur du Togo, confirme demeurer au pouvoir et ne point permettre l’accès du pays à la démocratie véritable. En foi de quoi, cette violente répression des étudiants doit dissuader et prévenir les velléitaires. »

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

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