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Le campus universitaire de Lomé en état de
siège :
Le mouvement de
revendications des étudiants
brutalement réprimé par
les "forces de l'ordre"
Alain
Nococo
Le
vendredi 30 avril 2004, l’Université de Lomé
a connu une agitation jamais vécue dans
l’histoire des mouvements de revendication
estudiantins. Certains ont
même parlé d’un
champ de bataille pour décrire la situation
qui y a prévalu
Une
véritable bataille
rangée entre étudiants armés de lance pierre
et forces de l’ordre munis d’armes à feu
chargées de balles réelles.
Alors que les étudiants se
retrouvaient dans l’amphi 600 pour
concrétiser la droite ligne des actions à
mener face à l’entêtement des autorités, ils
furent envahis par un impressionnant cordon
de sécurité armes au poingts
Dans la bataille qui
s’en était suivie, les forces de l’ordre
auraient, selon des témoignages recueillis,
ont
fait usage de leurs armes.
De sources proches
des responsables du mouvement de
revendications, on parle de plusieurs
blessés dans le rang des étudiants
probablement atteints par balles et des
dégâts matériels : des camions
Mercedes
Benz
des FAT brûlés, le bus transportant les
étudiants militaires en médecine a été
également brûlé. Les étudiants
contestataires reprocheraient aux étudiants
militaires en médecine leur refus de
s’associer au mouvement de revendications
brisant ainsi le mouvement.
Au moment où nous
écrivons ces lignes, on nous signale
que le campus
universitaire de Lomé
est
littéralement quadrillé par
des éléments des forces de sécurité et un
mouvement de renfort de véhicules FAT avec
plusieurs hommes en uniforme faisait route
vers le campus. |
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Tout est parti d’une lettre
ouverte adressée aux autorités politiques et
rectorales dans laquelle les étudiants
réclamaient entre autres, le paiement des
quatre (04) tranches d’aides de 20.000
francs soit les 80.000 francs restants à
chaque étudiant régulièrement inscrit pour
l’année universitaire 2003- 2004 sans
distinction d’âge, la mise en circulation
des bus de transports des étudiants à 50
francs le voyage et l’ouverture effective du
restaurant universitaire à 100 francs le
repas.
Devant le silence des
autorités et face aux nombreuses difficultés
auxquelles les étudiants sont confrontés
dans leurs études, le comité directeur des
étudiants G5 (coordinateur des
revendications) en concertation avec le
collège des délégués généraux, a
convié
les étudiants à une AG
Assemblée Générale pour le mercredi 28 avril
2004 à 07 heures pour la conduite à suivre.
Au cours de cette assemblée, un mot d’ordre
de grève d’avertissement de 48 heures devait
être lancé. Pour les étudiants, il est
question « d’agir plus tôt et de remettre
la pendule à l’heure », pour disent-ils,
éviter que les autorités dans leur sale
‘’petit jeu’’ ne décrètent des vacances
anticipées pour étouffer dans l’œuf
leurs revendications légitimes. « Se
défendre pour s’affranchir et se taire pour
subir », tel était le mot d’ordre des
étudiants.
A 08heures
déjà, les étudiants avaient fait le plein de
l’Amphi 600 de la FASEG où devait se tenir
leur réunion et attendaient l’arrivée de
leurs premiers responsables. « A peine
30mn après le début la réunion, un groupe
d’individus, quatre au total mené par un
certain Ogboné trésorier du HaCAME, un
mouvement proche du pouvoir, est monté au
podium pour parler en même temps que nos
délégués. La réaction des étudiants ne s’est
pas faite attendre. Le nommé Ogboné a été
maîtrisé et passé à tabac. Il semble qu’il
serait dans un état comateux», a déclaré
un étudiant sans remors.
Selon certains étudiants c’est en ce moment
qu’un détachement des forces de l’ordre est
arrivé sur les lieux avec la même hargne
qu’on leur connaît et ont commencé par
tabasser les étudiants. « Cette fois-ci,
nous ne nous sommes pas laissés faire, il
n’y a pas eu de débandade, un camarade
étudiant a même pu arracher une matraque
d’un gendarme et l’a gardée avec lui »,
nous a confié un autre étudiant très joyeux.
Dans la foulée, deux agents de police de la
Sûreté Nationale identifiés comme des
espions par les étudiants révoltés ont été
arrêtés et casernés pendant des heures et
leurs cartes d’identité retirées. Ils
auraient selon certains étudiants, reçu une
« petite correction » avant d’être
libérés. Derrière l’Amphi 600, les deux
malheureux policiers avaient eu la
maladresse de garer leur moto. C’est ainsi
que dans leur furie, les étudiants ne se
sont pas fait priés pour mettre le feu à ces
deux engins. Un véhicule personnel
appartenant à un autre policier a été
saccagé.
Malgré le renfort
venu prêter main forte, les forces de
l’ordre ont, selon certaines sources, dû
battre en retraite devant la farouche
détermination des étudiants. Après la
déroute des forces de l’ordre, le terrain
était maintenant libre. Ragaillardis par
leur victoire, les étudiants se sont de
nouveau réunis et ont lancé leur mot d’ordre
de grève et demandé à tous de le respecter à
la lettre. Ce mot d’ordre de grève a été,
d’après certaines sources, largement suivi
par l’ensemble des facultés, écoles et
instituts. Pendant les deux jours, le campus
était désert.
Les étudiants espéraient une réponse
positive de la part des autorités en charge
de l’enseignement supérieur quand ce soir du
28 avril le ministre de l’enseignement
supérieur, le prof. Charles Kondi Agba dans
des propos pas très apaisants qualifiait les
revendications des étudiants de
‘’fantaisistes et de politiques’’. Ces
propos que les étudiants qualifient de
‘’cinglés’’ auraient « injecté des virus
de révolte » chez les étudiants qui ont
alors décidé de radicaliser leur mouvement
jusqu’à satisfaction effective de leur plate
forme revendicative. Le G5 et Collègue des
délégués généraux ont de nouveau appelé
leurs camarades étudiants à une nouvelle AG
pour ce 30 avril 2004 à 07 heures toujours
au même lieu. A la veille de leur réunion,
le G5 et le Collège des DG ont envoyé une
lettre aux doyens, directeurs et chefs de
département demandant la suspension des
cours, TD, TP et examens jusqu’à nouvel
ordre. Une nouvelle épreuve de force en
perspective.
Mais une autre source
indiquait que les étudiants auraient reçu
le soutien des populations environnantes qui
sont sorties nombreuses pour se ranger du
côté des étudiants. A 14 h heures du Togo,
une autre source nous rapportait que les
forces de l’ordre auraient fait une descente
musclée dans le quartier Adéwi non loin de
l’université de Lomé à la recherche
d’éventuels étudiants. Des voies de faits
auraient été exercées sur des personnes
innocentes.
Le président du C5 M. Jean Paul OUMOLOU que
nous avons rencontré au moment des faits a
confirmé que la situation était explosive au
campus universitaire de Lomé et que le
campus état de siège avec le débarquement
des plusieurs hommes en uniforme en
violation des franchises universitaires.
Pour lui cette intimidation n’entamera pas
la détermination des étudiants décidés cette
fois à faire aboutir leurs revendications
même jusqu’au sacrifice suprême. Il a dit ne
pas craindre pour sa vie surtout que la
cause qu’il défend est juste. « Ma vie
importe peu, je peux me sacrifier pour que
les générations à venir en tirent profit »,
a-t-il laissé entendre.
« Comment un étudiant
qui touche à peine 20.000 francs par
trimestre peut-il s’offrir de payer un repas
à 500 francs. Même vous, est-ce que vous
pouvez dépenser 500 f pour un repas par
jour ? Il faut 1.800.000.000 f par un an
pour que les 15000 étudiants que nous
sommes, nous ayons nos 20.000 f. Ce n’est
pas l’argent qui manque pour qu’on nous
paye, mais on préfère dépenser des sommes
faramineuses dans des fêtes qui divisent.
Cette fois-ci, ça ne va pas aller comme ça.
Nous risquons de transformer notre mouvement
en mouvement et nous allons demander la
démission du chef de l’Etat et de son équipe
qui font la misère des Togolais »,
s’est exclamé Jean Paul Oumolou, étudiant en
3e année d’archéologie et
président du G5.
Entre les propos de
ce responsable du mouvement et ce qui se
passe sur le terrain, le pire est craindre
dans les prochains jours.
Le gouvernement togolais s’est engagé sur 22
points qu’il devra à tout prix concrétiser
dans les actes pour voir les relations entre
le Togo et l’UE se normaliser. En envoyant
un cordon de sécurité sur le campus mater
les étudiants qui réclament des meilleures
conditions de vie et travail, le pouvoir
togolais ne facilite pas l’étude de son
dossier à Bruxelles. Il est actuellement
sous l’œil de l’UE et tout acte est
minutieusement analysé. Nous espérons que
les autorités togolaises mettront de l’eau
dans leur vin pour qu’une solution rapide
aux problèmes des étudiants soit trouvée. |