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Consultations UE-Togo
Le pouvoir togolais à
l’épreuve de la réalité
Alain Nococo
Le conseil
extraordinaire des ministres du lundi 19
avril 2004 consacré
prétendument
aux consultations UE-Togo
n’a même pas fait allusion aux engagements
auxquels venait
de souscrire le gouvernement à Bruxelles
le 14 avril. Le conseil des ministre
s’est contenté d’inviter les
Togolais quelque soient leurs sensibilités
politiques « à préserver l’unité
nationale, la paix et la sécurité, facteurs
essentiels de développement ».
Selon un communiqué du
conseil des ministres,
« Le président de la
République a donné des instructions au
gouvernement afin que des explications
claires soient apportées à toutes les
interrogations soulevées par le mémorandum
de nos partenaires…et de faire ainsi
définitivement échec à toutes les campagnes
d’intoxication et de manipulation
orchestrées contre notre pays.»
On assiste ainsi à une
requalification des 22 engagements pris par
le Premier Ministre togolais. Il ne s’agit
plus
d’engagements.
Il s'agit plutôt d’un
mémorandum de
l'Union européenne.
Une semaine à peine après son retour
de Bruxelles, certainement convaincu qu’il
s’était mis la corde au coup, le Premier
Ministre Koffi Sama a entrepris depuis mardi
dernier une énième campagne en direction de
certains pays européens. Selon le quotidien
national Togo-Presse dans sa livraison No
6764, « ce nouveau déplacement du PM
en Europe le conduira à Paris en France et à
Dublin en Irlande du Sud pour des
discussions avec les autorités de ces deux
pays ».
Aucune précision n’a cependant été donnée
sur l’objet des discussions, mais tout porte
à croire que l’Irlande assurant actuellement
la présidence tournante de l’UE, il s’agit
d’une nouvelle campagne de charme visant à
séduire les autorités irlandaises et les
amener à s’aligner
sur
le Togo dans sa lutte pour
la reprise de la coopération devenue un défi
à relever. La France
s’est toujours rangée du côté des autorités
de Lomé et son soutien à la dictature est
connu. Koffi
Sama aura du mal à obtenir l'appui de
l'Allemagne,
de la Belgique, et surtout à convaincre
Romano Prodi.
Dans tous les cas, le
pouvoir togolais
qui se résume à Eyadema
ne se sent nullement lié par les 22
engagements: engagement et mémorandum n'étant
pas synonymes.
Depuis les
engagements pris à Bruxelles, aucun signe
positif
d’ouverture n’est encore
perceptible côté
Lomé. Des initiatives
pour renouer le fil du dialogue avec la
société civile et la classe politique
opposante se font attendre.
Au titre de
l’engagement 2.3 de Bruxelles du 14 avril
2004, le Togo s’est engagé à transmettre au
parquet dans un délai de trois mois tous les
dossiers de personnes en détention
préventive transformée en prison à vie. La
semaine dernière, beaucoup de détenus dans
les brigades de gendarmerie et visés à
l’engagement 2.3 ont été transférés en
catimini aux prisons respectives du Togo.
C’est le cas de Charles Birregah et de bien
d’autres. D’aucuns estiment que cette
opération vise à donner le change à l’Union
Européenne, si jamais elle envoyait une
mission exploratoire au Togo. Le pouvoir
voudrait faire croire à l’institution
européenne qu’il n’existe pas de détenus
visés par ledit engagement.
Le cas des
militaires arrêtés après la présidentielle
de juin 2003 reste aussi un secret d’Etat.
Déjà, l’hebdomadaire « Le Reporter »
annonçait dans sa dernière parution N° 259
la mort en détention d’un militaire proche
du Lt-Col Biténéwé juste au lendemain des 22
engagements pris par le pouvoir togolais.
Le ton est ainsi
donné et il faut s’attendre dans les
prochains jours à des marches et autres
déclarations fustigeant l’UE et rejetant les
engagements librement pris par le
gouvernement. On
ne sera pas non plus surpris que Koffi Sama
qui aura souscrit à des conditions que pour
rien au monde Eyadema ne respectera, ne tombe
en disgrâce ou peut-être même qu'il ne soit
limogé. |