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Le
dépistage du VIH/SIDA :
une mise
en quarantaine qui ne dit pas son nom
Samuel Batchati
On a voté le 14
avril 2004 en Afrique du Sud.
Noirs, Blancs,
Métisses
et Indo Asiatique
ont partagé les mêmes bureaux de vote, ont
voté pour l’Afrique du Sud multiraciale
débarrassée de l’apartheid. L’ANC, le parti
au pouvoir sort incontestablement vainqueur
avec environ 70%, selon
les premières estimatimations fournies par
la BBC hier. Le 23 avril 2004, le
parlement reconduira Tabo Mbéki pour un
autre mandat. Globalement,
les Sud Africains approuvent l'action du
gouvernement et Tabo Mbéki défend au mieux
les couleurs de l'ANC de Nelson Mandela.
Mais ce que Tabo Mbéki a fait et dit
sur le sida, peut laisser perplexes et
rageurs les prêtres et commerçants engagés
dans la lutte contre la pandémie du Sida. A
la réalité, dans le grand chamboulement
causé par la maladie du sida dans le monde
et en Afrique plus particulièrement, il est
né de vrais combattants entièrement investis
dans la guerre contre la maladie. Il est
aussi né des commerçants, des escrocs. Mais
le propos aujourd’hui ne porte pas sur ses
charognards. La position de Tabo Mbéki sur
les anti-rétros viraux est connue. Sur ce
terrain il a été battu sans s’avouer vaincu
à plate couture. Pourtant il ne démord pas.
Loin de légitimer les
différentes positions de Tabo Mbéki,
j’aimerais aborder un aspect rarement évoqué
dans mon rayon : la mise en quarantaine des
séropositifs. Le sida est une réalité
tragique. La superficie de l’Afrique du Sud
est de 1,2 millions Km² avec une population
de plus de 46 millions d’habitants. Il meurt
en Afrique su Sud, plus de 600 personnes par
jour de sida. En estime qu’en 2014, ce pays
perdra plus de 20% de ses bras valides. Face
à cette hécatombe silencieuse, les seuls
moyens de lutte demeurent le préservatif, la
fidélité, l’abstinence et le dépistage.
Le dépistage consiste à
connaître son statut sérologique. Dans le
cas où le dépistage est négatif, on se
frotte les mains, on jubile. Le médecin, le
patient, sa famille, ses amis, tout ce beau
monde est soulagé : une honte de moins.
Cependant que se
passe-t-il lorsque le patient est
séropositif ? C’est une couleuvre à avaler
pour le médecin que d’annoncer les résultats
du diagnostic au patient. Que de manières !
On use d’euphémismes sur la pointe de la
langue. On multiplie les councelling. On
souhaite bon courage à l’indélicat coureur
de jupettes qui s’est fait avoir.
Pour le " coupable ", le
choc psychologique est tel que tout autour
de lui s’écroule : les amis, la famille, le
médecin lui-même jouent une cynique farce
dans laquelle l’hypocrisie à peine à se
cacher derrière les sourires et les mots
bienveillants. Ainsi donc, après le
dépistage commence pour le patient, une
lente longue mort dans l’ensevelissement des
quolibets, des regards curieux. " Ah ! Tiens,
voilà un séropositif qui passe là. Ah bon !
Il est séropositif ? ". Et vogue la mort.
Au Togo par exemple, les
dépistages ne s’accompagnent d’aucune mesure
ni psychologique ni médicale. Le patient est
renvoyé chez lui. Sans plus. Aucune prise en
charge ne s’effectue. Le dépistage devient
une sorte de mise en quarantaine des malades.
Cette attitude n’encourage pas les adultes à
se faire dépister. Ils préfèrent vivre dans
l’ignorance que de connaître leur statut
sérologique et de se sentir vivre à l’écart
de la société. Cette prise de position
quoique dangereuse est compréhensible. On ne
peut blâmer de telles prises de position. Il
revient aux gouvernants de mettre en place
des structures claires et efficaces pour une
prise en charge après le dépistage.
Tendre les bras à ces
messieurs, s’est se blesser dans une meute
de lycaons. Le destin de l’homo africanus
est mince, coincé entre la pauvreté, les
guerres ethno politiques, le sida, la faim,
la dictature, l’ignorance, le chômage …
Vivre un jour devient un exploit herculéen. |