La France a
quitté les pattes trempées
d'avanie: Rwanda, l'horreur
revisitée
Samuel BatchatiL’humanité a assez jasé avec
intelligence ou piètrement sur l’Homme. Il est
un texte d’Alfred de Vigny pourtant qui toujours
m’a donné une raclée de honte, la honte de
moi-même et la honte de l’autre. Une somme
insupportable de hontes.
" Hélas, (…) malgré ce
grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous
sommes. " (La mort du loup, Destinée)
Loin de philosopher
davantage, il m’a paru que la journée du 7 avril
2004 a revêtu ses oripeaux macabres. Les Suisses
se rincent les yeux, s’extasiant devant les
masques funéraires incrustés d’or et autres
reliques de Toutankhamon, nom de règne du jeune
pharaon Nebképerourê mort à 20 ans de la XVIIIè
dynastie, transportés du musée du
Caire jusqu’en Suisse.
Au Rwanda, on feuillette et feuillette encore
les mémoires endolories. On revisite l’horreur.
La cynique hypocrisie humaine ne peut atteindre
pareil ridicule. 25 000 personnes venues de tous
les horizons vont verser 50 000 gouttes de
larmes pour ceux qui sont morts pour …quoi ?
Pour rien en fait.
Il y a dix ans, 7 avril 1994 – 7 avril 2004,
démarrait au Rwanda, un génocide d’une ampleur
démoniaque qui knock-out la raison humaine si
tant est que l’homme possède encore une raison
morale. Une barbarie jubilatoire des fêtes
païennes, de
cannibales de l’ère de l’australopithèque a pris
cité dans la tête des Hutus, frères et citoyens
des Tutsis. Cent jours. Rien que cent jours pour
commettre un génocide ineffable. Combien de
Tutsis ont été exterminés par les machettes
Hutus : huit cents mille ? Un million ? Trois
millions ? On ne veut même plus nous rendre nos
morts ! C’est grand pitié pour nous autres de ne
pouvoir savoir combien nous ne sommes plus !
Entre les morts découverts et ceux sans
sépulture, toute supputation est possible :
trois millions de Rwandais en cent jours.
Précis d’histoire : Les génocides ? Le
XXè siècle peut se vanter d’avoir surplombé
toutes les catégories et raflé toutes les
médailles. Le 20 janvier 1942, le Führer faisait
voter " la solution finale " contre les Juifs.
En 1939, on comptait 8 300 000 Juifs. A la fin
de la guerre, il restait moins de 2 322 000
Juifs. Soit plus de 5 978 000 Juifs exterminés
avec une moyenne dans certains camps comme
Treblinka, Belzec, Chelmo-Sur-Ner, Auschwitz.
A raison de 12 000 Juifs tués par jour.
En 1943, Himmler rageait : " Qu’il n’en reste
pas un pour se venger sur nos fils et nos
petits-fils. " Ordre identique martelé sur les
ondes de la cruellement célèbre Radio des Mille
Collines au Rwanda, avant et pendant le génocide.
La radio qui traitait les Tutsis de cancrelats
qu’il faut " écraser sans pitié ". Comme un
chasseur qui lance son chien à l’assaut d’une
biche, la Radio des
Mille de Collines a lancé les Hutus à la chasse
des Tutsis.
Le génocide arménien avec au finish plus
de 2 000 000 d’Arméniens éteints. Saddam Hussein
a gazé les Kurdes en 1988 à Abjallah. Les
méthodes sont certes différentes d’un génocide à
un autre : le gaz, le cyclone B, la déportation
à travers le désert, les fusils, les machettes,
tout y passe pourvu qu’on tue.
Et plus abracadabrant, en face, une
communauté internationale, qui au non du droit
de non ingérence dans les " affres d’un Etat ",
sommeille. Sommeille jusqu’à ce que la puanteur
de l’horreur et des macchabées assaille et
harcèle des consciences avinées d'imposture, de
tartuferie et de duplicité. Des consciences qui
au faux réveil, pleurent d’émoi à se fendre les
cœurs devant pareil crime indicible, crient au
crime contre l’humanité, se scandalisent qu’on
" génocide " encore au siècle de la voiture à
hydrogène. Et puis les consciences se confondent
en interminables mea culpa amers. Et puis
subitement, dans quelque tiroir de quelque
bureau, on découvre, la boite noire de l’avion
shooté en l’air, un 6 avril 1994, l’avion du
président Habyarimana. Elles sont clean nos
consciences chargées du maintien de la paix, nos
consciences arbitres partiaux des guerres.
Qui a empoché le dividende du génocide
rwandais ? Le premier ministre Belge, Guy
Verhofstadt, tente de rafistoler le tissu
déchiré des relations avec le Rwanda par un
médiocre mea culpa. Quel avait été le rôle des
soldats belges pendant le génocide ? Quelle part
de responsabilité peut revendiquer la Belgique ?
Koffi Anan, le secrétaire général de l’ONU,
donne en vain des coups de peinture sur les
salissures de son organisation. L’ONU portera à
jamais cette flétrissure de n’avoir pas su
éviter le génocide rwandais. Pourquoi avoir
caché la boite de l’avion d’Habyarimana, alors
que c’est le témoin incontournable dans tout
accident d’avion ? Koffi Anan portera sur la
conscience, malgré les minutes de silence et de
mea culpa, les pleurs et les gémissements des
Rwandais massacrés à la machette ou au fusils.
La France a quitté le 7 avril 2004, le Rwanda,
la queue entre les pattes trempées
d’avanie. Paul Kagamé, président du Rwanda, chef
rebelle du FPR pendant le génocide n’a pas mâché
ses mots ni tu ses maux. Le Secrétaire d’Etat au
Quai d’Orsay, Renaud Muselier, ayant bu jusqu’à
la lie la colère de Kagamé a consulté Paris puis
quitté sans bruit Kigali avec sa délégation,
sans même être raccompagné à l’aéroport. Alors
qu’à Paris il avait été accompagné par
l’ambassadeur du Rwanda en France jusqu’à
l’aéroport. Renaud Muselier s’est rendu à Kigali
pour un " recueillement et pour honorer
les morts ". Mais Kagamé l’a tout de
suite muselé, ce Muselier. " Je ne serai
pas diplomate " s’est écrié Kagamé.
" Ils ont sciemment armé et entraîné les
milices " qui ont perpétré le génocide
rwandais. " Ces criminels, et ils ont
l’audace de rester là sans s’excuser. "
Paris pousse des cris d’orfraie. Kigali ne
s’émeut point des ondes que peuvent produire les
propos accusateurs de Kagamé.
Qui a empoché la rétribution ? A quoi ont
servi les soldats Français ? L’opération
Turquoise, qu’est-ce que c’est ? La France on le
sait a toujours été mêlée de très près à tous
les tripatouillages, à toutes les conflagrations
ethniques en Afrique. C’est la France de Chirac
qui a armé Sassou contre
Lissouba. Chirac flibustier, trafiquant
d’armes pensait participer aux funérailles de
ses victimes. Avec un si sinistre palmarès en
Afrique, Chirac prétend au prix Nobel de la paix.
En attendant qu’il ait son Nobel de Paix, les
victimes du génocide rwandais peuvent se
consoler de cette oraison funèbre inscrit qui
accueille les 25 000 participants : " Never
again ! Never again! ". Et de quelques minutes
de silence, fussent-elles insidieuses.
" Il y a des hommes dans le monde qui n’ont
jamais été à la guerre " (Guillaume Apollinaire).
Fasse Dieu que les enfants du Rwanda soient ces
hommes qui n’ont jamais été à la guerre. Que les
enfants du Rwanda dès la naissance ne crient
pas : " rien qu’au début et on est déjà las de
ce monde ancien ! ". C’est le rêve à porter tel
le talisman d’un marabout prédicateur.
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