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Actualité  
9 avril 2004
La France a quitté les pattes trempées d'avanie: Rwanda, l'horreur revisitée
Samuel Batchati

L’humanité a assez jasé avec intelligence ou piètrement sur l’Homme. Il est un texte d’Alfred  de Vigny pourtant qui toujours m’a donné une raclée de honte, la honte de moi-même et la honte de l’autre. Une somme insupportable de hontes.

Les os du Rwanda (cliquez sur la photo)

" Hélas, (…) malgré ce grand nom d’Hommes, Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes. " (La mort du loup, Destinée)

Loin de philosopher davantage, il m’a paru que la journée du 7 avril 2004 a revêtu ses oripeaux macabres. Les Suisses se rincent les yeux, s’extasiant devant les masques funéraires incrustés d’or et autres reliques de Toutankhamon, nom de règne du jeune pharaon Nebképerourê mort à 20 ans de la XVIIIè dynastie, transportés du musée du Caire jusqu’en Suisse.

Au Rwanda, on feuillette et feuillette encore les mémoires endolories. On revisite l’horreur. La cynique hypocrisie humaine ne peut atteindre pareil ridicule. 25 000 personnes venues de tous les horizons vont verser 50 000 gouttes de larmes pour ceux qui sont morts pour …quoi ? Pour rien en fait.

Il y a dix ans, 7 avril 1994 – 7 avril 2004, démarrait au Rwanda, un génocide d’une ampleur démoniaque qui knock-out la raison humaine si tant est que l’homme possède encore une raison morale. Une barbarie jubilatoire des fêtes païennes, de cannibales de l’ère de l’australopithèque a pris cité dans la tête des Hutus, frères et citoyens des Tutsis. Cent jours. Rien que cent jours pour commettre un génocide ineffable. Combien de Tutsis ont été exterminés par les machettes Hutus : huit cents mille ? Un million ? Trois millions ? On ne veut même plus nous rendre nos morts ! C’est grand pitié pour nous autres de ne pouvoir savoir combien nous ne sommes plus ! Entre les morts découverts et ceux sans sépulture, toute supputation est possible : trois millions de Rwandais en cent jours.

Précis d’histoire : Les génocides ? Le XXè siècle peut se vanter d’avoir surplombé toutes les catégories et raflé toutes les médailles. Le 20 janvier 1942, le Führer faisait voter " la solution finale " contre les Juifs. En 1939, on comptait 8 300 000 Juifs. A la fin de la guerre, il restait moins de 2 322 000 Juifs. Soit plus de 5 978 000 Juifs exterminés avec une moyenne dans certains camps comme Treblinka, Belzec, Chelmo-Sur-Ner, Auschwitz. A raison de 12 000 Juifs tués par jour. En 1943, Himmler rageait : " Qu’il n’en reste pas un pour se venger sur nos fils et nos petits-fils. " Ordre identique martelé sur les ondes de la cruellement célèbre Radio des Mille Collines au Rwanda, avant et pendant le génocide. La radio qui traitait les Tutsis de cancrelats qu’il faut " écraser sans pitié ". Comme un chasseur qui lance son chien à l’assaut d’une biche, la Radio des Mille de Collines a lancé les Hutus à la chasse des Tutsis.

Le génocide arménien avec au finish plus de 2 000 000 d’Arméniens éteints. Saddam Hussein a gazé les Kurdes en 1988 à Abjallah. Les méthodes sont certes différentes d’un génocide à un autre : le gaz, le cyclone B, la déportation à travers le désert, les fusils, les machettes, tout y passe pourvu qu’on tue.

Et plus abracadabrant, en face, une communauté internationale, qui au non du droit de non ingérence dans les " affres d’un Etat ", sommeille. Sommeille jusqu’à ce que la puanteur de l’horreur et des macchabées assaille et harcèle des consciences avinées d'imposture, de tartuferie et de duplicité. Des consciences qui au faux réveil, pleurent d’émoi à se fendre les cœurs devant pareil crime indicible, crient au crime contre l’humanité, se scandalisent qu’on " génocide " encore au siècle de la voiture à hydrogène. Et puis les consciences se confondent en interminables mea culpa amers. Et puis subitement, dans quelque tiroir de quelque bureau, on découvre, la boite noire de l’avion shooté en l’air, un 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana. Elles sont clean nos consciences chargées du maintien de la paix, nos consciences arbitres partiaux des guerres.

Qui a empoché le dividende du génocide rwandais ? Le premier ministre Belge, Guy Verhofstadt, tente de rafistoler le tissu déchiré des relations avec le Rwanda par un médiocre mea culpa. Quel avait été le rôle des soldats belges pendant le génocide ? Quelle part de responsabilité peut revendiquer la Belgique ? Koffi Anan, le secrétaire général de l’ONU, donne en vain des coups de peinture sur les salissures de son organisation. L’ONU portera à jamais cette flétrissure de n’avoir pas su éviter le génocide rwandais. Pourquoi avoir caché la boite de l’avion d’Habyarimana, alors que c’est le témoin incontournable dans tout accident d’avion ? Koffi Anan portera sur la conscience, malgré les minutes de silence et de mea culpa, les pleurs et les gémissements des Rwandais massacrés à la machette ou au fusils.

La France a quitté le 7 avril 2004, le Rwanda, la queue entre les pattes trempées d’avanie. Paul Kagamé, président du Rwanda, chef rebelle du FPR pendant le génocide n’a pas mâché ses mots ni tu ses maux. Le Secrétaire d’Etat au Quai d’Orsay, Renaud Muselier, ayant bu jusqu’à la lie la colère de Kagamé a consulté Paris puis quitté sans bruit Kigali avec sa délégation, sans même être raccompagné à l’aéroport. Alors qu’à Paris il avait été accompagné par l’ambassadeur du Rwanda en France jusqu’à l’aéroport. Renaud Muselier s’est rendu à Kigali pour un " recueillement et pour honorer les morts ". Mais Kagamé l’a tout de suite muselé, ce Muselier. " Je ne serai pas diplomate " s’est écrié Kagamé. " Ils ont sciemment armé et entraîné les milices " qui ont perpétré le génocide rwandais. " Ces criminels, et ils ont l’audace de rester là sans s’excuser. " Paris pousse des cris d’orfraie. Kigali ne s’émeut point des ondes que peuvent produire les propos accusateurs de Kagamé.

Qui a empoché la rétribution ? A quoi ont servi les soldats Français ? L’opération Turquoise, qu’est-ce que c’est ? La France on le sait a toujours été mêlée de très près à tous les tripatouillages, à toutes les conflagrations ethniques en Afrique. C’est la France de Chirac qui a armé Sassou contre Lissouba. Chirac flibustier, trafiquant d’armes pensait participer aux funérailles de ses victimes. Avec un si sinistre palmarès en Afrique, Chirac prétend au prix Nobel de la paix. En attendant qu’il ait son Nobel de Paix, les victimes du génocide rwandais peuvent se consoler de cette oraison funèbre inscrit qui accueille les 25 000 participants : " Never again ! Never again! ". Et de quelques minutes de silence, fussent-elles insidieuses.

" Il y a des hommes dans le monde qui n’ont jamais été à la guerre " (Guillaume Apollinaire). Fasse Dieu que les enfants du Rwanda soient ces hommes qui n’ont jamais été à la guerre. Que les enfants du Rwanda dès la naissance ne crient pas : " rien qu’au début et on est déjà las de ce monde ancien ! ". C’est le rêve à porter tel le talisman d’un marabout prédicateur.

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