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Actualité  
6 avril 2004

Interview du Professeur Léopold Gnininvi à Motion d'Information
No 267 du lundi 4 avril 2004)

« Il faut que le RPT ait pitié du peuple togolais»

Dans dix jours, vont s’ouvrir à Bruxelles, les consultations entre l’Union européenne et le gouvernement togolais pour faire le point sur les progrès réalisés par le Togo dans les domaines de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ces consultations constituent l’étape préalable vers une éventuelle décision de Bruxelles de lever partiellement ou entièrement, les sanctions qui frappent le Togo depuis onze ans en raison du refus obstiné des autorités togolaises à engager le pays sur la voie d’une réelle démocratisation.

A quelques jours de l’ouverture de ces discussions, le professeur Léopold Messan GNININVI, Secrétaire Général de la Convention Démocratique des Peuples Africains (CDPA) nous livre ses impressions ; il nous fait part de ses inquiétudes et de ses espoirs pour le futur immédiat.
La Rédaction

MOTION : L’Union Européenne vient officiellement d’adresser aux autorités togolaises, une lettre les invitant à ouvrir avec elle, des consultations en vue d’évaluer les progrès accomplis par le Togo dans le domaine de la démocratie, des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Comment réagissez-vous à cette information ?

Professeur GNININVI : Cette information vient couper court aux rumeurs qui ont envahi le paysage médiatique togolais et qui ont commencé par intoxiquer nos compatriotes.

C’est à présent clair qu’il s’agit d’abord d’une consultation entre l’UE et le gouvernement, rien qu’entre ces deux parties dans ce premier temps. Il s’agira de passer en revue les engagements pris par le Togo dans le cadre des accords de Cotonou. A ce stade, l’opposition ne semble pas concernée.

Mais dans un deuxième temps, après constat des insuffisances évidentes par rapport aux engagements pris dans les 3 domaines que vous avez mentionnés, il sera certainement question de reprendre le dialogue rompu par le RPT qui unilatéralement a mis un terme à l’Accord Cadre de Lomé, (ACL).

La CDPA se réjouit de cette clarification de la part de Bruxelles.

MOTION : L’Union Européenne semble faire de la reprise du dialogue entre Pouvoir RPT et Opposition Démocratique, la conclusion et la mise en œuvre d’un accord politique, l’une des conditions clé d’une éventuelle normalisation de ses relations avec le Togo. Qu’attendez-vous d’un éventuel nouveau dialogue inter togolais ?

Professeur GNININVI : Bien sûr, l’UE s’est impliquée dans les travaux ayant abouti à l’ACL, on se rappelle les nombreuses missions des « facilitateurs » d’alors. Elle ne peut pas accepter qu’un simple trait soit tiré sur cet investissement. Mais au-delà de ce que peut souhaiter Bruxelles, c’est le cas des Togolais qui est notre priorité. Nous souhaitons :

Sur le plan politique, un effort de patriotisme de la part de tous les acteurs. Ne pas sacrifier la cohésion nationale aux intérêts et privilèges immédiats, d’une part, et de l’autre, c’est – à – dire de l’opposition, ne pas pousser à l’excès le souci de se positionner, il faut plus de cohésion dans nos rangs.

Au plan économique, nous souhaitons que le RPT accepte enfin de respecter ses engagements afin que l’U.E. puisse reprendre son aide au Togo. La situation sociale et économique est lamentable. Il faut que le RPT ait pitié du peuple togolais. C’est de lui seul que dépend la reprise ou la non reprise de la coopération, cela ne dépend pas de l’opposition. Et il le sait très bien.

Ce sera le sixième dialogue avec le RPT depuis 1991, la liste est déjà longue. Il faut que ce 6è dialogue soit le bon

MOTION : On parle aujourd’hui « d’opposition traditionnelle », « d’opposition constructive », etc. comment voyez-vous la gestion de cette multitude d’oppositions face au bloc RPT ?

Professeur GNININVI : On parle aussi d’opposition alternative et bientôt d’autres qualificatifs vont émerger. Le RPT nous a habitués à ce subterfuge où l’on habille momentanément certains amis en opposants, quitte à en faire des ministres plus tard pour les récompenser.

Certains partis dits de l’opposition hier à la Conférence Nationale Souveraine siègent aujourd’hui au gouvernement et font en même temps de l’opposition constructive. Il est temps que nous renoncions à ces petits jeux. La nation togolaise est en danger et tout opportunisme est dorénavant de mauvais goût et doit être combattu.

MOTION : Début octobre 2003, l’UFC, par la voix de son président, Gilchrist Olympio avait proposé un plan de sortie de crise en sept points. En novembre, le CAR proposait à son tour un plan de sortie crise. Certains proposent que l’opposition aborde ces discussions en rangs serrés autour d’une plateforme commune. Que pensez-vous de cette proposition ?

Professeur GNININVI : La CDPA a déploré ce qui s’est passé depuis les élections frauduleuses de juin 2003. Non seulement, les candidats de l’opposition ont été tous floués, mais en plus, je ne sais par quel gris-gris, ils se considèrent désormais comme des ennemis. Cela doit cesser.

Contrairement au dicton, trop de plans de sortie de crise finissent par « abîmer la sauce ». Il faut que, face au bloc RPT, l’opposition fasse l’effort d’harmonisation préalable de tous ces plans.

Mieux, il faut que l’opposition aille négocier, le cas échéant en une seule délégation. L’idéal, c’est que l’esprit d’équipe continue d’animer tous les démocrates sincères pendant toute la période où il faudra veiller à une mise en œuvre correcte des décisions de ces futures négociations.

A défaut de cela, nous aurons encore « dialogué » pour rien.

Donc pour la CDPA, Plate-forme ? Oui ;

Négocier en une seule équipe ? Oui ;

Gérer le futur accord en toute solidarité ? Encore oui.

MOTION : Certaines formations politiques affichent déjà leur pessimisme quant à une réelle volonté de dialogue du général Eyadéma. Elles pensent que toute cette agitation va simplement permettre au général Eyadéma de gagner du temps. Que répondez-vous à ces inquiétudes ?

Professeur GNININVI : Oui, tout donne raison à ceux qui sont sceptiques, les Togolais comme les Européens. Je vous dis que nous en sommes à notre 6è dialogue toujours sur le problème, celui de l’alternance au Togo par voie du suffrage universel ! N(y-a-t-il pas lieu d’être sceptique ?

Pour ma part, je suis seulement prudent mais, tel Sisyphe avec son rocher, remettons-nous à l’œuvre ; il n’y a pas d’autre choix en ce moment.

La marge de manœuvre de l’opposition est étroite, pourvu qu’elle ne se prenne pas encore une fois, les pieds dans le tapis.

Prisonniers  Po. de Kara

 

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