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Dossier  

6 avril 2004

Voici la nouvelle Taïssiri Adédjouma dont pendant un mois et demi, de fevrier à mars 2004, des photographies poignantes auront fait le tour du monde en quête de solidarité. Taïssiri se porte bien après son opération qui a duré 15 heures d'horloge, de l'après-midi du 19 à l'aube du 20 mars. Elle pourra mener une vie normale après sa convalescence. Nous pouvons tous nous rejouir de l'heureux aboutissement qui met quand même notre conscience collective à l'abri de tourments et d'insomnies. Merci à tout le monde et surtout à l'hopital Helios Klinikum de Wuppertal en Allemagne; Merci au Professeur Inginni et à son équipe qui ont effectué gratuitement une opération dont le coùt normal est estimé à plus de 17 millions de francs CFA.

Les sirènes du silence devant le drame de Taïssiri peuvent se taire
Samuel Batchati et Joseph Takeli

Le Professeur Inginni, le chirurgien chef Cedidi, les chirurgiens Schumacher et Cassidi. Que vous disent ces noms ? Rien ! Le vrai rien. Des gens qu’on n’a jamais vus au gouvernement togolais. Des gens jamais rencontrés au carrefour d’une rue à Lomé ou à Sokode. Pourtant des gens qui ont redonné espoir et vie à une fillette togolaise de 13 ans.

Eyadema, Bari Moussa Barqué, Kokou Tozoun, Bamnante, Edem kodjo, Gilchrist Olympio, Dahuku Péré, Abi Tchessa, Yawovi Agboyibo, Léopold Gnininvi, Zarifou Ayéva... et tout le saint-frusquin. Que vous disent ces noms ? Leurs visages sont connus. Lorsque la télé zoome sur eux, ce sont nos messies. Nos sauveurs. Ils portent les 7 gloires de la libération et veillent sur notre sommeil. Sur la paix de nos ventres et de nos cœurs même si nos ventres ne connaissent que les pets. Pourtant des gens qui nous vampirisent. Ils sont restés indifférents devant le drame de la petite Taïssiri.

Jaques Chirac, Sarkozy, Monsieur sécurité, Jean-Pierre Raffarin, Alain Juppé, Lionel Jospin, Dominique de Villepin. Vous connaissez ? Certainement oui ! "Des amis de l’Afrique, des amis du Togo". Des gens pourtant qui ne sont pas intervenus auprès de l’hôpital Saint Vincent de Paul/ Groupe Hospitalier Cochin la Roche Guyon en France qui réclamait 26000 Euros pour admettre et traiter la petite Taïssiri.

Eyadema, Chirac, Villepin, de "grands noms au cœur" creux. Inginni, Cedidi, Schumacher, Cassidi. Des noms inconnus aux grands cœurs.


La petite Taïssiri ? C’est le nom qui a fait le tour du monde images à l’appui. C’est cette petite fille de 13 ans qui a souffert d’une maladie curieuse. Ses parents, ses amis et d’autres bonnes volontés ont lancé des appels à l’aide des sites internet du Togo et en particulier a l'aide du site togoforum.com qui a fait circuler dans le monde entier cet appel au secours. Mais au Togo personne ou peu ont levé le doigt pour apporter le secours nécessaire.

Devant le drame, il s’est trouvé des personnes qui ont fait une contre campagne. On a crié au canular. D'autres, toujours terrés sous les décombres de nos séculaires croyances mystiques ont crié: « c'est un envoûtement » ; « c'est une malédiction » ; « on a jeté un sort à la petite » ; Ici on ne peut s'empêcher de penser à Axelle Kabou et de formuler autrement la question: « Et si l'Afrique refusait le raisonnement cartésien et la science? »  

Pour certaines personnes à l'esprit lent, les seins de la petite avaient été agrandis sur ordinateur par une bande de cyber-racketteurs. Une vraie insulte à la souffrance d’une petite fille innocente et apolitique. Pourtant, il suffisait pour s'en convaincre, d'appeler Sokodé où  la petite elle-même, telle une standardiste, attendait au téléphone qu'un sauveur mystérieux l'appelle.

L’immense générosité du gouvernement Koffi Sama avec Suzanne Aho chargée du ministère de la santé, la gigantesque charité du général Eyadema et de sa coterie s'était pourtant saisie du dossier. On se sera dit tout bas : c'est peut-être la chance pour le diable de tenter une purification dans de l’eau bénite. L’occasion pour Eyadema de poser un acte qui le rachèterait un tantinet.


En tout et pour tout, la générosité du gouvernement Sama avait conduit la petite Taïssiri au Centre Hospitalier de Tomdè à Kara. Une générosité saupoudrée de mépris, l’orgueil agrafé sur la conscience morte d’individus véreux nuls en solidarité. Crève qui veut, pourvu que celui qui crève n’appartienne pas à la famille du tyran ou ne soit pas un de ses proches.

Au Centre Hospitalier de Tomdè, "la clairvoyance" des médecins chinois les avaient décidés à tout simplement couper les seins de la petite. Mais ceux-ci ont rencontré le refus des parents de la petite Taïssiri. Il fallait en effet plus que couper. Il fallait surtout disposer de l'équipement pouvant permettre une opération qui aille au-delà de l'aspect physique et qui aboutisse à l'extirpation des glandes mammaires à l'origine de l'hypertrophie. Il fallait aussi travailler sur les organes cérébraux de la patiente. Il fallait enfin procéder à une chirurgie esthétique et redonner une poitrine à Taissiri pour éviter d'en faire une infirme casée dans un coin de sa société et qu'on pointera du doit en disant: "Celle-là a une poitrine plate." ou encore "vous ne connaissez pas la fille à la poitrine sans seins?" Une infirmité inacceptable dans un monde où la chirurgie esthétique devient de plus en plus la règle et le contraire l'exception.
 

Au Helios Klinikum

L'opération demandait les compétences d'un centre spécialisé. Le gynécologue Moïse Fiadjo, propriétaire de la CLINIQUE BIASSA à Lomé ne l'avait-il pas déjà dit dans son rapport médical : "Une réduction mammaire dans un centre spécialisé est indispensable pour permettre à cette jeune fille de poursuivre une vie scolaire et communautaire normale, car elle a dû interrompre sa scolarité du fait du handicap que représente cette hypertrophie"

Le Centre Hospitalier de Tomdè n'est pas un centre spécialisé dans le domaine et ne dispose pas, cela va sans dire, de l'équipement nécessaire.

L'avarice pareille d’un gouvernement togolais rebute.

On ne peut être si radin devant un aussi grand sinistre. Car le cas de la petite Taïssiri était presque un sinistre. Souventes fois, on a vu la minuscule ministre Suzanne Aho, sourire clignotant à la télé, remettant des dons sous les feux des caméras à unetelle famille ou à untel village pour un incendie. Pour une inondation. La « légendaire solidarité togolaise » serait-elle désormais sélective ?

Lorsque les délinquants de fils du président Eyadema, se cassent les gueulent d’avoir trop picolé, c’est l’avion présidentiel acquis et entretenu aux frais des dignes contribuables Togolais, qui les transporte jusqu’en France pour des soins hors coût. Il faudrait se rappeler l’accident en Août 2003 de la garce présidentielle de fille revenant d’une saoulerie, tuant plusieurs de ses copains. Il faudrait ajouter à ces cas le transport en France de Bari Moussa Barqué, le conseiller spécial du général Eyadema, lorsqu’il avait été poignardé par son neveu pour une histoire restée floue. Il n'est pas rare qu'Eyadema donne 100 millions de francs CFA à un groupe de danseurs ou de journalistes peu scrupuleux. Les soins de la petite fille ne demandaient que 17 millions de ces billets distribués par centaines de millions sous les arbres de Lomé II au quotidien. La maladie de la petite Taïssiri n’en demandait pas tant.

Cela demandait un mot par-ci et un autre par-là. On pouvait penser qu’Eyadema où ou Chirac pouvait, pour la circonstance
, simplement appuyer sur un petit bouton pour activer leurs relations, et c'est tout. Mais Non! Cela demandaient 26 000 euros pour une opération dans un hôpital français. Ni la France, la France miséricordieuse, la France de "Chirac l’Africain", ni le Togo, terre de nos aïeux, n’ont répondu à l’appel au secours.

Lors même que des Universités américaines étaient mobilisées et attendaient de voir comment réagiraient les autorités togolaises. Lors même que de Tampa en Floride à Seattle dans l’Etat de Washington, en passant par Boston au Massachusetts, des inconnus ne demandaient qu'à avoir l'opportunité, on pourrait même dire, l'honneur, de soigner et redonner vie à une petite fille, les autorités togolaises, les politicards, toutes tendances confondues, n'y ont pas vu l'occasion d'aimer un peu le Togo profond.


Ce n'est pas parce qu'elle a  beaucoup d'argent que l'Américaine Oprah Winfrey n’attendait que les documents traduits de la petite Taissiri pour sponsoriser son évacuation en Amerique. C'est parce qu'elle a un coeur à la place du coeur. Certains appellent cela "redonner au peuple". Mais tous ces gens ne doivent rien à une petite inconnue de ce petit Togo lointain. Le professeur Inginni, le chirurgien chef Cedidi, les chirurgiens Schumacher et Cassidi qui ont opéré gratuitement Taissiri Adedjouma ne lui doivent absolument rien. Par contre, nos gouvernants et tous les acteurs politiques ont à redonner à ce peuple auquel ils appartiennent. Ils ont au moins l'obligation d'agir. Mais Non, ce n'était pas le bon moment. Cela n'avait aucun enjeu électoral.   

Que demandait la petite Taïssiri. ? Un peu d’amour!

Elle pouvait peut-être mourir la petite Taïssiri, seulement âgée de treize ans. Innocente, coupable d’une maladie à laquelle ni elle, ni ses parents n’y comprennent nib de nib. Innocente et coupable de l’indifférence monstrueuse qui s’est tissée autour d’elle alors que la douleur, l’angoisse, l’inquiétude l’ont rongée, l’ont rongée. Comme une tumeur maligne.

Il ne s’agit pourtant pas d’une tumeur maligne. A l’âge où elle ne devait avoir que quelques durs nichons, des épines de nénés, il se trouve qu’elle les avait qui se développaient anormalement. Une pareille maladie extraordinaire, devait mobiliser toutes les consciences, et créer une véritable chaîne d’espoir. Pour sauver une enfant. Lui rendre son sourire, ses jeux, ses amis. Lui redonner la vie et la chance de devoir donner à son tour la vie un jour.

Il se trouve que tout le monde n’a pas le cœur rétréci, rabougri à l’instar de ceux de nos dirigeants togolais et de leurs adoubeurs français. Il existe encore sous nos cieux des bonnes volontés. M Ali TCHASANTI que l’histoire retiendra comme le héro dans l’issue heureuse du cas Taissiri est employé à l’hôpital Helios Klinikum de Wuppertal en Allemagne. Il a eu la présence d’idée de saisir la direction dudit hôpital. Les Allemands n’ont pas posé de conditions à la vue des photos qui leur ont été montrées. La petite Taïssiri et sa mère sont arrivées à l’aéroport de Francfort en Allemagne le 17 mars 2004 et a été aussitôt admise le 18 à l’hôpital Helios Klinikum au département de la chirurgie esthétique. L’opération a duré 15 heures d’horloge soit de 13 heures le vendredi à 5 heures le samedi matin. La petite désormais est hors de danger. Seuls les frais d’analyses et de la radiologie seront payés par les parents et toutes les bonnes volontés.

Les sirènes du silence devant le drame de Taïssiri peuvent enfin se taire.

Au Togo, la vie continue. La petite Taïssiri ? C’est le dernier des soucis de Monsieur Eyadema et de son gouvernement. Les télés zoomeront sur les conseils de ministres interminables et sur le ministre de la Communication lisant : " le gouvernement sous la demande pressante de son excellence Gnassingbé Eyadema, a entrepris depuis de longues années une campagne de lutte contre la pauvreté. Le chef de l’Etat, a personnellement recommandé au ministre de la santé d’assurer pour chaque citoyen et chaque citoyenne, la santé… "  

L’infect discours ordinaire. Et vive Eyadema pour que meurt le Togo. Un pays immobilisé entre une tare et une tare.

Entretien avec Monsieur Tchassanti Ali  alias TOSTAO (TAT)

Togoforum: Quels sentiments avez eus en regardant pour la première fois les Photos de Mlle Taissiri Adédjouma sur Internet ?  

Tchassanti Ali  Tostao : Vous savez, nous sommes des êtres humains et nous avons aussi des coeurs et devant des images aussi poignantes, on ne peut éprouver que de la pitié  et du dégout pour ceux qui ont la destinée de notre pays. 

Togoforum: Nous avons apris que l’hopital qui a soigné Taissir a réagit à votre sollicitation avec une spontanéité étonnante. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

TAT :  Le 23 Fevrier 2004, je suis arrivé au service à 7 heures comme d’habitude et j’ai polycopier les images poignantes de la petite Taissiri. Mon objectif était de récolter des dons auprès de tout le corps médical et administratif. Sur un personnel  total de  2500, j’ai de très bonnes relations avec un bon nombre, environ 800.

J’ai commencé par mes collègues de l’administration qui se sont portés volontaires pour faire des dons. Pour le corps médical, j’ai commencé par le département de la chirurgie esthétique et le professeur Ingianni m’a spontanément dit:  «Mr Tchassanti, au lieu que je vous  donne de l’argent pour évacuer cette petite en France, je vais la sauver moi même. Donc il faut que tu ailles discuter avec le directeur général pour que l’hôpital se charge des frais d’hospitalisation.»  

Une semaine plus tard, l’accord était donné. L’associatoin «Verein zur pflege Deutsch Togoischer Beziehung» dirigé par Mr Yaya Gambari et basée à Brêmen a permis l’obtention d’une caution et les frais de transport et de logistique ont été assurés par la Fédération Internationale pour le pays Tem (FIPAT ),  Diaspora TEM en France, l’Association Bassina Assoli de Mr  MOROU  Gazali, la SCT et Kezembidi.  

Pour les formalités de séjour, j’ai moi-même préparé le certificat d’hébergement. Mr Agoro Lopez, 1er Trésorier adjoint de la F I P A T  a accepté loger chez lui la famille. Caritas Wuppertal a négocié avec l’ambassade d’Allemagne à Lome pour le visa.  

Togoforum: Disons que c’est tout un travail d’équipe 

TAT : En effet, c’est un travail d’équipe.  

Togoforum: Taissiri arrive en Allemagne le 17 mars.... 

TAT : Oui Taissiri et sa maman sont arrivées le 17 mars 2004 à l’aéroport de Francfort. Elles ont été accueillies par le bureau de la  F I P A T représenté par son vice président. Mr Ahamed Léa Korodowou  et du 1er trésorier adjoint Mr Lopez Agoroh. L’association C A D E T T  était représenté par Raouf Korodowou. Le Journal  d’information de la communauté Togolaise en Allemagne « Infos-Togo » était représenté par son directeur adjoint, c’est-à-dire moi-même. Taïssiri a été admise le 18 mars à Helios klinikum de Wuppertal.  

Togoforum: Et l’opération a duré 15 bonnes heures. Quel suspense !  

TAT : On n’a pas dormi cette nuit là et au petit matin, entre 5 heures et 6 heures tout était terminé. La bonne nouvelle était tombée. Taissiri se porte bien.  

Togoforum: Qu'est-ce qui vous a marqué de tout ceci?

TAT : Ah oui, j’ai été frappé par la joie qui se lisait sur le visage des chirurgiens. La joie d’avoir fait un bon travail et gratuitement. Cela est frappant.   

Togoforum: Comment se porte la petite Taissiri ? 

TAT : Elle va très bien. Tout le monde a dansé ce jour là. Surtout sa maman. Taissiri est en pleine forme comme en témoignent les photos que nous vous avons envoyées.

Togoforum: Ce n’est certainement pas le lieu de parler de votre journal, mais en quelques mots parlez-nous un peu de cet organe.   

TAT : En effet, on ne va pas gater la fête en melangeant les sujets. Le cas Taissiri est une réussite et notre journal est heureux d’y avoir joué un rôle. Je suis le Directeur Général Adjoint  d'Infos-Togo, l’unique organe de presse de la communauté togolaise en Allemagne. Nous participons à l’avènement d’un Etat de droit chez nous et voulons porte-voix de ceux qui se sentent abandonnés par l’élite togolaise. C’est tout ce que je peux dire dans le cadre de ce petit entretien. Peut-être que vous nous donnerez une autre occasion de pouvoir exposer nos buts et objectifs. 
Neanmoins, permettez-moi de présenter les membres du bureau exécutif d’Info-Togo :  

Equipe du journal 

Directeur Général
Directeur Général Adjoint 
Directeur Administratif 
Directeur Administratif Adjoinr
Rédacteur en chef  
Ouro Djikpa Tchatikpi
Tchassanti Ali  alias TOSTAO

Tagba  Tchakondo
Akalo Komla
Hounkpati   Hointo

Togoforum: Merci pour votre disponibilité
TAT : C’est moi

 

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