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Actualité  

3 avril 2004

Maitre Yawovi Agboyibor écrit a Romano Prodi
Alain Nococo

Dans le cadre d’un programme sur la décentralisation au Togo financé par l’UE et le PNUD, un atelier s’ouvre le mardi 6 mars 2004 à Lomé.

Dans "le souci de faire participer toutes les composantes de la société" à cet atelier, le gouvernement togolais avait, dans une lettre, demandé aux formations politiques, de désigner deux personnes pour assister à cette rencontre de trois jours.

Le CAR de Me Agboyibo et l’UFC de Gilchrist Olympio ont refusé de prendre part estimant que le sujet est d’importance et qu’il gagnerait à être traité dans le cadre d’un dialogue national.

Dans le but de s'expliquer et de justifier son refus, le CAR a organisé une coférence de presse ce vendredi 02 avril à son siège à Lomé.

L’objectif de la rencontre selon le leader du CAR Me Agboyibo est de porter à la connaissance de la presse la lettre qu’il a adressée hier au Président de la Commission Européenne, M. Romano Prodi. Dans ladite lettre le CAR expose sa vision de la résolution de la crise togolaise.

Pour le CAR, l’ouverture réellement susceptible de rémedier au déficit démocratique du pays implique des changements profonds qui ne sauraient se réaliser sans la dissolution de l’Assemblée élue en 2002 en violation de l’accord cadre de Lomé et l’organisation de nouvelles élections législatives pluralistes.

Bien plus, le CAR pense que la recherche de la solution à la crise ne saurait se limiter aux seules questions électoralistes, mais qu’il faut repenser le problème autrement en tenant compte de la réalité du Togo.

C’est pourquoi le CAR convie le chef de l’Etat togolais à réunir la classe politique dans un dialogue national sous la direction d’une personnalité de notoriété, capable d’amener le pouvoir et les partis politiques de l’opposition à accepter de se mettre ensemble dans un gouvernement et un parlement de transition dans un délai à définir.

Nous vous proposons la lecture de cette lettre.

COMITE D’ACTION POUR LE RENOUVEAU (C A R)
COMMUNIQUE DE PRESSE

Contribution du CAR aux consultations entre l’Union Européenne et le Togo

Le CAR tient à porter à la connaissance du public la lettre ci-après qu’il a adressée ce jour à Son Excellence Monsieur Romano PRODI, Président de la Commission Européenne :

« Excellence Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de vous exprimer mes remerciements pour la correspondance qui m’ a été adressée le 12 janvier 2004 en réponse à la mienne du 19 novembre 2003 par laquelle je vous avais transmis, en perspective des nouvelles consultations avec le Togo, la proposition de mon parti pour un dénouement pacifique de la crise que le pays traverse depuis des années.

Le CAR se réjouit d’apprendre que, suivant décision du conseil des Ministres en date du 30 mars 2004, ces consultations vont s’ouvrir à partir du 14 avril 2004.

Le CAR voudrait, en confirmation de sa proposition de sortie de crise, attirer l’attention de la Vénérable Commission que vous présidez sur la nécessité de faire en sorte qu’à l’occasion des prochaines consultations, le Gouvernement togolais consente une ouverture qui soit réellement de portée à remédier au déficit démocratique du pays, les engagements antérieurs n’ayant pas été suivis d’effets.

Tous les Togolais sont sensibles aux efforts que l’Union Européenne a déployés depuis 1993 pour amener le régime de Lomé à débloquer le processus démocratique par l’organisation d’élections régulières sur des bases négociées avec l’opposition. Le dernier et le plus porteur d’espoir des accords électoraux a été celui signé à Lomé le 29 juillet 1999, à l’issue des discussions qui eurent lieu entre le pouvoir et l’opposition sur recommandation des précédentes consultations de juillet 1998.

Force est de constater malhereusement que le bilan d’application de l’Accord cadre de Lomé est décevant à tous égards, comme ce fut le cas pour les accords antérieurs.

Dans sa déclaration du 17 novembre 2003, le CAR a montré comment le Président de la République s’est servi de l’Assemblée-RPT, qu’il avait pourtant promis de dissoudre, pour se délier des engagements pris et pour se faire ‘‘réélire’’ le 1er juin 2003 à l’issue d’un scrutin émaillé de fraudes massives à l’instar de celui du 21 juin 1998. Il ressort de la même déclaration que dans le domaine des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la situation que vit le pays depuis l’Accord cadre de juillet 1999, est encore plus préoccupante que celle qui prévalait auparavant.

Au regard de ce bilan négatif, tout porte à croire que si lors de l’entretien que vous aviez eu avec lui le 02 octobre 2003 à Bruxelles, le Premier Ministre togolais a souhaité l’ouverture de nouvelles consultations, ce n’était certainement pas pour exalter les efforts réalisés par son gouvernement en matières de démocratie et des droits de l’homme.

C’était, sans doute parce que le régime a fini par s’aperçevoir qu’en dix ans, il a fait perdre aux populations des centaines de milliards d’aides extérieures par ses agissements contraires aux normes démocratiques, et que si ces aides étaient venues en renfort aux recettes internes, elles auraient permis au pays de susciter une dynamique de développement et d’offrir au monde une image autre que celle qu’il présente aujourd’hui.

Le Gouvernement semble donc avoir compris qu’il est temps de s’ouvrir par des réformes qui donnent au Togo des chances de sortir de l’isolement international en renouant avec les aides extérieures.

QUELLE OUVERTURE ?

Il est à craindre, Excellence Monsieur le Président, que l’ouverture que le Gouvernement envisage ne soit en déphasage avec celle à laquelle s’attendent tous ceux qui estiment à juste titre que la question préoccupante de la reprise de la coopération ne peut être réglée efficacement et durablement que si les prochaines consultations apportent préalablement une réponse appropriée au déficit démocratique qui bloque depuis des années le développement du pays.

Ouverture trompe-œil : les élections locales et le Sénat

Il ressort en effet de plusieurs sources dignes de foi que c’est essentiellement sur la tenue des élections locales et la mise en place du Sénat créé lors de la révision constitutionnelle de décembre 2002 que le Gouvernement togolais a compté pour souhaiter les nouvelles consultations.

Pour habiller ce projet d’ouverture et faire croire à l’enthousiasme qu’il aurait suscité au sein des populations, le Gouvernement réunit du 06 au 08 avril 2004 les représentants des diverses couches socio-politiques du pays en un atelier national portant sur la décentralisation et dont les conclusions seront, sans conteste, à verser au dossier des consultations qui commenceront une semaine plus tard à Bruxelles.

Or, à la lecture du mode de désignation des membres du Sénat, on constate que l’organisation des élections locales et sénatoriales, loin d’être inspirée par une volonté réelle de démocratisation à la base, s’inscrit plutôt dans une logique d’appropriation de l’Etat par le parti au pouvoir.

En effet, aux termes des articles 2 et 3 de la loi organique du 17 octobre 2003 prise pour l’application du paragraphe nouveau de l’article 52 de la Constitution concernant la composition de la deuxième chambre :

‘’le Sénat est composé des sénateurs dont les deux tiers (2/3) sont élus par les représentants des collectivités territoriales à raison d’un (1) sénateur par préfecture et le tiers (1/3) nommé par le Président de la République’’ (article 2)

‘’les sénateurs élus le sont au suffrage universel indirect par les membres des conseils de préfecture et des conseils municipaux’’ (article 3 ).

Grâce au "quota réservé" au Chef de l’Etat, il suffit au parti au pouvoir de "gagner" dans 11 des 30 préfectures du Togo pour avoir la majorité absolue au Sénat. Le Président de la République est ainsi assuré à l’avance d’avoir un Sénat à sa guise, à l’image de l’Assemblée actuelle et des institutions théoriquement investies de la mission d’assurer la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

On ne réalise pas dans ces conditions l’intérêt des élections locales si l’objectif à peine voilé du parti au pouvoir est de ‘’se tailler sur mesure’’ une deuxième chambre qui pourrait lui servir de contrepoids à l’Assemblée nationale au cas où la majorité de celle-ci viendrait à lui échapper. Il convient de préciser pour la compréhension de la manœuvre que l’ article 81 nouveau de la Constitution dispose que le Sénat doit recevoir pour délibération tout projet ou proposition de loi et que l’Assemblée nationale ne peut voter sans son avis préalable une proposition de loi constitutionnelle, le projet de loi de finances ou un texte relatif à l’organisation territoriale .

Il s’agit donc bel et bien d’une ouverture trompe-œil qui, au demeurant, n’est nullement de nature à changer la façon de gouverner des dirigeants actuels, tant il est évident que ni les maires ni "les sénateurs de Son Excellence" n’auront guère d’influence sur la gestion des ressources nationales et des concours financiers extérieurs dans un système où tous les pouvoirs sont concentrés au sommet.

Ouverture appropriée :
dissolution de l’Assemblée et organisation d’une transition

L’ouverture réellement susceptible de remédier au déficit démocratique du pays implique des changements profonds qui ne sauraient se réaliser sans la dissolution de l’Assemblée ‘’élue’’ en 2002 en violation de l’Accord cadre de Lomé et l’organisation de nouvelles élections législatives pluralistes.

Mais encore faut-il, pour la fixation du calendrier de ces nouvelles élections, tenir compte des raisons de l’échec des élections antérieures. Il importe à ce propos, d’éviter d’imputer aux seules imperfections des lois électorales ou aux différences de visions des partis d’opposition le fait par le régime d’avoir survécu aux diverses élections du passé.

En réalité si aucun des scrutins que le pays a connus depuis 1993 n’a apporté les changements attendus, c’est parce que les tenants du régime sont fondamentalement et fermement hostiles à tout transfert ou partage réel du pouvoir face à la résurgence des ressentiments collectifs lors de chaque consultation populaire. Tant qu’il ne sera pas trouvé de solution appropriée à cette inquiétude d’essence historique, toute autre élection qui viendrait à être organisée subira le même sort, quelle que soit la qualité de la loi électorale et la neutralité des personnalités appelées à en assurer l’observation. Le régime mettra en œuvre tous les moyens, y compris la force physique, pour en être vainqueur.

Mais comme par le passé, une victoire acquise dans ces circonstances laissera indiférents les bailleurs de fonds et ne pourra qu’enliser davantage le pays dans l’impasse socio-politique ; à telle enseigne que nombreux sont les Togolais de l’intérieur et de la diaspora qui en viennent à penser que les élections ne peuvent pas résoudre la crise togolaise et qu’il faut rechercher d’autres solutions.

Le CAR, pour ce qui le concerne, demeure convaincu que les élections législatives à organiser en vue de la mise en place d’une Assemblée nationale pluraliste, en remplacement de l’actuelle, peuvent être l’ultime chance d’un dénouement pacifique de la crise togolaise pourvu qu’on évite de les précipiter, de façon à aménager une période intérimaire à consacrer aux conditions à créer pour l’acceptation de leurs résultats par l’ensemble de la classe politique.

S’il est une contribution décisive à attendre de l’Union Européenne à l’occasion des futures consultations, c’est qu’elle explique au régime de Lomé la nécessité de ce préalable et de lui faire entendre qu’on ne peut y parvenir que par la dissolution de l’Assemblée actuelle et l’organisation d’une transition.

C’est pourquoi le CAR tient à réitérer sa proposition visant à convier le Chef de l’Etat togolais de réunir la classe politique en un dialogue national à placer sous la haute direction d’une personnalité de notoriété qui aura la charge d’amener les tenants du pouvoir et les partis d’opposition représentatifs à accepter de se mettre ensemble dans un Gouvernement et un Parlement de transition pendant un délai à définir.

Il reviendra en outre au dialogue national :

de préciser les contours du Gouvernement et du Parlement de transition ;
de poser les principes de base pour :

(a) une véritable réconciliation nationale ;
(b) l’élaboration d’un code électoral consensuel ;
(c) la sauvegarde de l’indépendance des institutions de protection
des droits de l’homme, des libertés fondamentales et de l’état de droit ;
(d) la décentralisation du pays ;
(e) la reconstruction nationale et une meilleure gestion des affaires publiques.

Le Gouvernement et le Parlement de transition auront, entre autres missions :

(1) d’appliquer les décisions du dialogue national, étant entendu qu’il faut éviter de confier la mise en forme des accords à un Gouvernement et à un Parlement composés d’éléments émanant uniquement de la mouvance présidentielle,

(2) d’amener les différentes composantes de la classe politique à s’efforcer de se donner des gages mutuels pour l’instauration d’un environnement propice à l’alternance politique et

(3) de veiller à la régularité des premières élections pluralistes pour le démarrage de l’alternance démocratique ; ces élections devant constituer le test de fin de crise et non le remède à la crise comme le laissait penser la démarche jusqu’ici suivie. 

Telles sont, Excellence Monsieur le Président, les précisions que mon parti a tenu à apporter à la proposition de sortie de crise qu’il vous a adressée le 19 novembre 2003 à titre de contribution aux consultations que l’Union Européenne aura avec le Gouvernement Togolais

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’expression de ma parfaite considération. »

  Fait à Lomé, le 02 avril 2004
Pour le CAR
Le Président National,
Me Yawovi AGBOYIBO

58, Avenue du 24 Janvier – BP. 06 Tél. (228) 222 05 66– Fax (228) 221.33.09 Lomé – Togo
E-mail:
yagboyibo@bibway.com

Prisonniers  Po. de Kara

 

Marc PALANGA

Panamnawé BOBOLI

Amegninou Kovi

Mensan Kokou
Kové Sossouvi
Lawson Laté
Dognon Koffi
Kliko Eglo
Kamado Koudjo
Séké Koudjo
 

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