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Editorial  

31 mars 2004

Politique Française
La France te haïssissait réformateur, que te fera-elle révolutionnaire?
 
Samuel Batchati

Les Français n’allumeront pas de cierges sur le fauteuil encore fumant à Matignon de Jean-Pierre Raffarin. Malgré la débâcle des régionales de dimanche 28 Mars 2004, Chirac a renouvelé sa confiance, une confiance entamée, mitée,  à Raffarin. Raffarin est reconduit comme premier ministre après qu’il ait remis sa démission hier à Chirac. Cela sonne comme une insulte au peuple français qui en a eu sa claque des reformes raffarines, malformées, mal formulées et très mal en formes. C’est une insulte à toute la France qui à travers ce raffarendum a lu son livre noir à Chirac ; à la France de Voltaire qui sut en son temps écraser l’infâme. 

Raffarin est encore Premier Ministre. La France entière le haïssait déjà comme réformateur, s’il s’improvise révolutionnaire à présent, le miracle que Chirac attend de lui la France lui fera sa peau, sa peau politique. Arrivé à Matignon, surgi de nulle part, il s’est attelé à retaper un look plus loquace que les mots. Un Cicéron du look appliquant à merveille à son image, la théorie de Cicéron : prouver, plaire et émouvoir. Mais par l'image qu'il plante à coups de sourires autour de lui. Un look qui écrase le verbe. Une image compulsive. On l’a même vu shooter dans la boulette de fuel sur une plage chaussé de bottes. Pendant  que la France entière s’émerveillait devant ce look, Raffarin lançait sa théorie des reformes : « il faut avoir la vision, la visita » disait-il.  Il se mit à reformer à tour de bras : les retraites, les intermittents, le raffarendum en Corse avec la cinglante raclée qu’il reçut. Avant que les Français ne se rendent compte, cette politique de proximité vantée par Raffarin a augmenté la couche des crève de faim. Et lui,  Premier Ministre, s’amourachait des buralistes.  

Alors la vague des contestations a envahi la France. Les enseignants, les intermittents, les chercheurs sont descendus dans les rues les gorges déployées pour crier leur ras-le-bol.  Entre temps la canicule est passée par là avec ses 13 000 macchabées. La Raffarinmania s’est écroulée. Les iconoclastes se sont acharnés sur cette soudaine hideuse image d’un Premier Ministre qui s’est fardé de populisme.  Le paroxysme de cette campagne du refus de la morbidité politique, de son immobilisme politique, a été les régionales du dimanche. La France a dit un message fort à Raffarin : écrase ! Mais Chirac au mépris de cette aspiration profonde de la France profonde l’a conservé à Matignon, tel un Bouddha reliquaire ramené d’un voyage exotique d’orient. Ou plutôt  un talisman reliquaire. 

Même à l’UMP, on avait pensé un moment voir Sarkozy à Matignon. Mais non ! Chirac tient son magicien, oui sa panacée, et ne le lâche pas. Surtout pas à trois mois des élections européennes. Chirac a encore en mémoire  le cuisant échec de Sarkozy aux européennes de 1999 alors que c’est précisément Sarkozy qui conduisait la liste. Donc Chirac ne peut plus prendre un tel risque immense à trois mois de ces européennes. 

La chance de Raffarin dans ce contexte est mince. Alors très mince. Il est reconduit pour produire un miracle : éteindre la mèche sociale en France qui risque d’exploser au bout de trois mois si la croissance n’est pas forte et si le chômage ne baisse pas. Il est surtout attendu sur les dossiers  des Assurances maladie, de l’emploi, du service minimum et du changement du statut de EDF : privatiser ou ne  pas privatiser dans un double contexte d’une Europe forte et d’une mondialisation galopante.  

Les ministères qui vont perdre leur titulaire sont certainement l’éducation à cause des théories d’apprenti pédagogue de Luc Ferry, la santé, la sécurité et l’économie. Toutefois Sarkozy sera, quoiqu’il arrive un premier ministre bis, le clone de Raffarin plus fort que l’original.

En attendant, l’opposition grince des mots à cette re-nomination, expectant de voir les ministres qui composeront le troisième gouvernement de Raffarin. Chirac  lui-même attend. Il a annulé son voyage à Moscou. Dominique de Villepin, les oreilles, les yeux, la main assassine et traîtresse de la France à l’étranger a lui aussi annulé son voyage à Berlin. Chirac ira à Moscou quand le typhon aura changé de cap. Quand tout se tassera. Le samedi 3 avril 2004.  Pourvu que Godot que toute la France attend, arrive juché sur un char. Le char de l’espoir avec le nouveau gouvernement portant emplois, sécurité sociale, assurances maladie, croissance économique. Quelles que soient les notes inconnues de cette partition mélodramatique, il faudra avouer que Chirac sort affaibli de ces régionales. Il s’agit d’une chronique annoncée d’une fin de règne, d’un règne néfaste, corrosif pour les pays africains dont les roitelets n’ont été que des béni-oui-oui d’un Chirac futé et affamé de pétrole et de cacao. D'un Chirac colon, nostalgique d'une Afrique où la métropôle faisait et défaisait les roitelets. Nostalgique d'une Afrique gisant sous des bottes sanglantes.   

La vraie frayeur de Chirac, c’est que l’Union de la Majorité Présidentielle ne boude le gouvernement de Raffarin et explose. Chirac sera contraint à dissoudre l’Assemblée nationale. Même dans ce scénario, rien ne lui assure une majorité. De toutes façons il ne sera plus qu’un coq sans crête dans la basse-cour gauloise en déroute, un roi sans sceptre, un mari déculotté chez lui par une vieille rombière : la vieille gauche. C’est bien moins que le prix à payer pour les crimes qu’il a commis et fait commettre en Afrique. 

Prisonniers  Po. de Kara

 

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