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Politique Française
La
France te haïssissait réformateur, que te
fera-elle révolutionnaire?
Samuel Batchati
Les
Français n’allumeront pas de cierges sur le
fauteuil encore fumant à Matignon de
Jean-Pierre Raffarin. Malgré la débâcle des
régionales de dimanche 28 Mars 2004, Chirac
a renouvelé sa confiance, une confiance
entamée, mitée, à Raffarin. Raffarin est
reconduit comme premier ministre après qu’il
ait remis sa
démission hier à
Chirac. Cela sonne comme une insulte au
peuple français qui en a eu sa claque des
reformes raffarines, malformées, mal
formulées et très mal en formes. C’est une
insulte à toute la France qui à travers ce
raffarendum a lu son livre noir à Chirac ; à
la France de Voltaire qui sut en son temps
écraser l’infâme.
Raffarin est encore Premier
Ministre. La
France entière le haïssait déjà comme
réformateur, s’il s’improvise
révolutionnaire à présent,
le miracle que Chirac attend de lui
la France lui fera sa peau, sa peau
politique. Arrivé à Matignon, surgi de nulle
part, il s’est attelé à retaper un look plus
loquace que les mots. Un Cicéron du look
appliquant à merveille à son image, la
théorie de Cicéron : prouver, plaire et
émouvoir. Mais par l'image qu'il plante à
coups de sourires autour de lui. Un look qui
écrase le verbe. Une image compulsive. On
l’a même vu shooter dans la boulette de fuel
sur une plage chaussé de bottes. Pendant que
la France entière s’émerveillait devant ce
look, Raffarin lançait sa théorie des
reformes : « il faut avoir la vision,
la visita » disait-il. Il se mit à
reformer à tour de bras : les retraites, les
intermittents, le raffarendum en Corse avec
la cinglante raclée qu’il reçut. Avant que
les Français ne se rendent compte, cette
politique de proximité vantée par Raffarin a
augmenté la couche des crève de faim. Et lui,
Premier
Ministre,
s’amourachait des buralistes.
Alors
la vague des contestations a envahi la
France. Les enseignants, les intermittents,
les chercheurs sont descendus dans les rues
les gorges déployées pour crier leur
ras-le-bol. Entre temps la canicule est
passée par là avec ses 13 000 macchabées. La
Raffarinmania s’est écroulée. Les
iconoclastes se sont acharnés sur cette
soudaine hideuse image d’un
Premier
Ministre qui s’est
fardé de populisme. Le paroxysme de cette
campagne du refus de la morbidité politique,
de son immobilisme politique, a été les
régionales du dimanche. La France a dit un
message fort à Raffarin : écrase ! Mais
Chirac au mépris de cette aspiration
profonde de la France profonde
l’a conservé à Matignon, tel un Bouddha
reliquaire ramené d’un voyage exotique
d’orient. Ou plutôt un talisman reliquaire.
Même à
l’UMP, on avait pensé un moment voir Sarkozy
à Matignon. Mais non ! Chirac tient son
magicien, oui sa panacée, et ne le lâche
pas. Surtout pas à trois mois des élections
européennes. Chirac a encore en mémoire le
cuisant échec de Sarkozy aux européennes de
1999 alors que c’est précisément Sarkozy qui
conduisait la liste. Donc Chirac ne peut
plus prendre un tel risque immense à trois
mois de ces européennes.
La
chance de Raffarin dans ce contexte est
mince. Alors très
mince. Il est reconduit pour produire un
miracle : éteindre la mèche sociale en
France qui risque d’exploser au bout
de trois mois si la croissance n’est
pas forte et si le chômage ne baisse pas. Il
est surtout attendu sur les dossiers des
Assurances maladie, de l’emploi, du service
minimum et du changement du statut de EDF :
privatiser ou ne pas privatiser dans un
double contexte d’une Europe forte et d’une
mondialisation galopante.
Les
ministères qui vont perdre leur titulaire
sont certainement l’éducation à cause des
théories d’apprenti pédagogue de Luc Ferry,
la santé, la sécurité et l’économie.
Toutefois Sarkozy sera, quoiqu’il arrive un
premier ministre bis, le clone de Raffarin
plus fort que l’original.
En
attendant, l’opposition grince des mots à
cette re-nomination, expectant de voir les
ministres qui composeront le troisième
gouvernement de Raffarin. Chirac lui-même
attend. Il a
annulé son voyage à Moscou. Dominique de
Villepin, les oreilles, les yeux, la main
assassine et traîtresse de la France à
l’étranger a lui aussi annulé son voyage à
Berlin. Chirac ira à Moscou quand le typhon
aura changé de cap. Quand tout se tassera.
Le samedi 3 avril 2004. Pourvu que Godot
que toute la France attend, arrive juché sur
un char. Le char
de l’espoir avec le nouveau gouvernement
portant emplois, sécurité sociale,
assurances maladie, croissance économique.
Quelles que soient les notes inconnues de
cette partition mélodramatique, il faudra
avouer que Chirac sort affaibli de ces
régionales. Il s’agit d’une chronique
annoncée d’une fin de règne, d’un règne
néfaste, corrosif pour les pays africains
dont les roitelets n’ont été que des
béni-oui-oui d’un Chirac futé et affamé de
pétrole et de cacao. D'un
Chirac colon, nostalgique d'une Afrique où
la métropôle faisait et défaisait les
roitelets. Nostalgique d'une Afrique gisant
sous des bottes sanglantes.
La
vraie frayeur de Chirac, c’est que l’Union
de la Majorité Présidentielle ne boude le
gouvernement de Raffarin et explose. Chirac
sera contraint à
dissoudre l’Assemblée nationale.
Même dans ce scénario,
rien ne lui assure une majorité. De toutes
façons il ne sera plus qu’un coq sans
crête dans la basse-cour gauloise en déroute,
un roi sans sceptre, un mari déculotté chez
lui par une vieille rombière : la vieille
gauche. C’est bien moins que le prix à payer
pour les crimes qu’il a commis et fait
commettre en Afrique.
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