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Trafic de drogue au
Togo:
Un dealer aux
arrêts, quelques sommités en difficulté
Alain Nococo
Un dealer arrêté
La police
togolaise vient de mettre la main sur le
présumé "chef
de file des trafiquants"
de drogue au Togo:
Il s'agit du nommé
Assagba Kokou Patrice.
Il est âgé de 29 ans
et chauffeur de télé
taxi.
Interpelé
le dimanche 21 mars
2004
à Agoè-Nyivé dans la
banlieue Nord
de Lomé après avoir échappé à la police le
1er mars dernier,
le prevenu a été présenté
à la presse le
lundi 22 mars dernier par la direction
centrale de la police judiciaire.
Devant la presse
M.
Assagba Kokou Patrice
a déclaré être fils
d’Anfoin (préfecture des Lacs)
et a refuté certaines accusations portée
contre lui.
On se rappelle que lors de la première
saisie opérée le 1er mars 2004,
le conducteur du véhicule RT 5757, une BMW,
avait réussi à échapper à la police. Et dans
la foulée des enquêtes, un autre véhicule
immatriculé RT 1577 avait également été
saisi par la police le 4 mars 2004.
Date à laquelle un
autre
Togolais était arrêté par les services
d'immigration du New England aux Etats-Unis.
En effet, le 5
mars dernier, le nommé
ESSOKOUSSAM
AGBA, âgé
de 44
a été accusé du crime de trafic de drogue
par les juges d'immigration Michael
J. Sullivan et Robin
M. Avers devant les
tribunaux de Boston (USA). M. Essokoussam
Agba, avait été interpelé à sa descente
d'Air France la veille, en possession de 2
kilograms d'héroïne. Il risque un
emprisonnement d'au moins 10 ans et une
amende de 4 millions de dollars, selon
PRNewswire,
un journal de Boston.
On ne saurait dire s'il y a un lien entre
l'arrestation aux Etats-Unis et les vagues
d'arrestations au Togo, mais toujours est-il
que la coincidence est fort étonnante.
Les deux véhicules présentés
à la presse à Lomé
le 22 mars dernier
appartiennent à M. Assagba. Ces deux
véhicules ont la particularité de présenter
des double fonds dans le coffre arrière
aménagés spécialement pour stimuler des
objets compromettants,
selon la police.
Selon le commissaire
principal de la police, M. Téko Mawuli
Koudoouvoh directeur central de la police
judiciaire qui présentait le prévenu à la
presse, c’est suite aux saisies des 1er
et 12 mars 2004 respectivement de 41,200kg
et 33,300 kg de cocaïne à la frontière
d'Aflao
que des investigations ont été menées et qui
ont permis l’interpellation du sieur Assagba.
Selon la police, M. Assagba
récidiviste en matière de trafic de drogue, aurait
au
cours de son interrogatoire, reconnu les
faits qui lui sont reprochés et déclaré être
à son troisième acte ; ce que ce dernier a
catégoriquement démenti
devant la presse,
arguant qu’il avait été
sollicité par un client nigérian qui lui
avait demandé de l’aider à ramener
certaines marchandises du Ghana ; ce client
a, a-t-il dit, réussi à prendre la fuite
laissant son passeport dans
son
véhicule.
Interrogé sur les double
fonds de ses véhicules, M. Assagba a déclaré
les avoir conçus pour pouvoir transporter
assez de marchandises et éventuellement
tromper la vigilance des braqueurs de route.
L’arrestation avec tambour
du présumé chef de file du
trafic de drogue n’est,
semble-t-il, que
la partie visible
de l'iceberg et de la
poudre aux yeux destinée à taire des
appréhensions suscitées par ces saisies
rocambolesques et
répétées de drogue
dans notre pays.
On se souvient qu’il y a
quelques semaines, des informations
diffusées un peu partout ont fait état de ce
que le Togo était devenu une plaque
tournante de trafic de drogue avec
l’implication de certains responsables de la
police. Dans la foulée, on avait fait état
de l’arrestation de certains officiers de
l’armée togolaise et la fuite du principal
chef de
réseau.
Ces informations
alarmantes concernant le Togo, déjà au ban
de la communauté internationale pour déficit
démocratique avaient suscité l’envoi d’une
équipe de spécialistes français dans le
domaine pour investigation. Evidemment, les
experts français n’ont pas trouvé
grand-chose, les gros morceaux ayant réussi
à brouiller les pistes.
Le Général Président
avait alors été saisi du dossier et avait
promis de tout mettre en œuvre pour faire la
lumière sur cette affaire. Et depuis lors,
on assiste presque toutes les semaines à des
« saisies d’importantes quantités de
drogue ». Cette série de saisies qui devait
rassurer les Togolais a plutôt cédé la
place à la suspicion et à l’inquiétude.
Tantôt ce sont les
marchandises et les véhicules utilisés,
tantôt ce sont les chauffeurs qui sont aux
mains de la police sans les vrais
trafiquants. Selon des observateurs avisés,
cela a une explication ; soit les véritables
coupables ont réussi grâce à des alertes des
complices à prendre la fuite, soit c’est des
montages grotesques de la police destinés à
distraire la population, surtout qu’on parle
actuellement de la forte implication des
responsables de la police avec la
bénédiction de certains barons du régime.
Par ailleurs, on
indique de sources autorisées, que lors de
sa dernière visite à Paris, le chef de
l’Etat togolais
aurait
été interpelé sur le dossier et sommé par
son homologue français de faire la lumière
sur cette affaire afin que le réseau soit
démantelé. C’est ainsi que lors du dernier
conseil des ministres, le Général Président
s’est
laissé emporter
et a tapé du poing
sur la table. Il aurait, selon nos sources,
menacé ses collaborateurs et exigé que les
coupables et leurs complices soient
arrêtés. Cette colère d’Eyadema commence- t-
elle à porter ses fruits ?
Des
sommités en difficulté au Togo
Des
sources
proches de la police nationale
indiquent
que le Lt-Colonel Takougnadi Néyo,
Directeur Général de la police nationale a
été mis aux arrêts de rigueur. Aucune
information n’a cependant filtrée pour
justifier les raisons de cette mise aux
arrêts de ce fidèle des fidèles. Mais, ce
que l’on sait cependant, c’est que ce
monsieur était depuis quelques temps sous
les projecteurs de la presse nationale qui
l’accusait de malversations et d’implication
dans le trafic de drogue.
Dans la foulée, on annonce
aussi l’arrestation du commissaire Assih
Abalo, directeur adjoint de la police
judiciaire pour, dit-on, les mêmes motifs.
Bien plus, et à encore
d’autres sources, la révocation inattendue
du procureur de la République M.
Kodjo-Gnambi Garba serait liée à cette
affaire de drogue puisqu’elle est
intervenue au lendemain de la mise aux
arrêts de rigueur du Lt-Colonel Takougnadi.
Mais dans le cas de Kodjo-Gnambi Garba, on
doit être prudent car ce jeune juge peu zélé
comme ces prédecesseurs, avait commencé par
prendre des risques et des positions dans
l'exercice de ces fonctions, positions qui ne
cadrent pas toujours avec "les habitudes de la maison".
Le changement à la
tête du commandement de la Gendarmerie
Nationale avec la nomination du Lt-Colonel
Ali Bédiabadjaa serait-il lié à cette
affaire ?
Pour l’heure, personne ne
peut répondre aux
interrogations, mais toujours est-il que
cette affaire si on ne l’étouffe pas, risque
de connaître des
rebondissements spectaculaires.
En attendant,
l’arrestation de M. Assagba continue de
susciter beaucoup
d'
interrogations.
Pour certains, comment en
trois semaines (du
1er au 21 mars), le
présumé chef de
file du réseau n’a-t-il pas
réussi à s’en fuir s’il ne bénéficiait pas
d’une quelconque protection ; et cette thèse
confirme l’accusation des policiers français
qui parlaient de ‘’ripoux’’ protecteurs des
trafiquants. Pour d’autres, il s’agit encore
de la poudre aux yeux, M. Assagba servant de
simple
bouc émissaire.
En attendant de
remonter le filet, espérons que M. Assagba
soit traduit devant les tribunaux pour
répondre de ses actes. Il risque 10 à 20 ans
de prison ferme aux termes des dispositions
des articles 98 et 99 de la loi N° 98-008 du
18 mars 1998 portant contrôle des drogues au
Togo.
A cette allure,
on peut dire que Togo s'illustre de plus en
plus de la plus mauvaise manière à travers
le monde.
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