Le Comité des Ambassadeurs des ACP boucle
sa mission d’information au Togo
Mathias
Akoulansa
Entamée depuis lundi dernier, la mission
du comité des ambassadeurs des pays ACP
a pris fin
hier.
Outre les rencontres avec les associations
de presse, les institutions de la
République, des ambassadeurs accrédités
au Togo, les
organisations syndicales et patronales,
les associations de défense et de
protection des droits de l’homme, le
comité dirigé par Jacques OBIA avait aussi
dans son agenda des échanges avec les
formations politiques, échanges au cours
desquels les responsables de ces
formations politiques devaient faire
l’état de la situation dans
le pays et des
approches de solution dans la perspective
de l’ouverture du dialogue entre l’UE et
le Togo.
Cette initiative qualifiée de dernière
chance par certains, n’a malheureusement
pas reçu l’assentiment de certains partis
politiques qui l’ont boudée s’interrogeant
sur le sens et l’objet de cette mission au
Togo.
L’Union des Forces de Changement (UFC) de
Gilchrist Olympio, le Comité d’Action pour
le Renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo
et la Convention Démocratique des Peuples
Africains (CDPA) du Professeur
Leopold Gnininvi sont donc les
trois partis politiques de l’opposition
traditionnelle qui n’ont pas répondu au
rendez-vous. Et chacun de ces partis a, dans
un communiqué de presse ou dans une
correspondance adressée au ministre de
l’intérieur ou à Jacques OBIA, donné les
raisons de son refus.
Par principe ou par esprit de patriotisme,
d’autres formations politiques ont
cependant répondu à l’appel. Il s’agit de
la Convergence Patriotique Panafricaine (CPP)
de l’ancien Premier ministre Edouard Kodjo,
du Parti pour la Démocratie et le
Renouveau (PDR) de Zarifou Ayeva, du
Rassemblement pour le Soutien à la
Démocratie et le Développement (RSDD) de
Harry Olympio, du Pacte Social pour le
Renouveau (PSR) de Me Abi Tchessa et
d’autres formations politiques coptées
pour les besoins de la cause.
Au sortir des rencontres qu’ils ont eues
avec le comité des ambassadeurs, certains
responsables politiques ont donné leur
avis sur la démarche des ambassadeurs ACP.
Pour M. Zarifou Ayeva, la démarche est à
saluer parce qu’elle vise à trouver une
solution à la crise togolaise. La reprise
de la coopération doit selon lui, être
souhaitée parce qu’elle « intéresse
les classes faibles de la société. Ce sont
les plus démunis qui sont aujourd’hui les
plus frappés de plein fouet par la
suspension de la coopération et nous
devons nous employer pour trouver une
solution à cela », a-t-il affirmé
Le parti au pouvoir, le RPT convié lui
aussi à la rencontre, a émis l’espoir de
voir les relations UE-Togo se normaliser à
cause des conséquences dramatiques de
cette suspension.
Le leader du PSR,
Maître Abi a
déclaré de son côté que son parti a
répondu à l’appel « par principe »
parce qu’il s’inscrit dans la logique du
dialogue. « Nous pensons qu’à chaque
fois qu’une institution s’intéresse à la
cause de notre pays, il faut répondre
présent, d’autant plus qu’il faut saisir
toute l’opportunité allant dans le sens du
dialogue en vue de sortir notre pays de la
crise »
Interrogé par notre confrère
« L’Evénement », le
leader des Rénovateurs M. Dahuku Péré a
dit qu’ « il faut donner au dialogue
une dernière chance » avant
d’ajouter que si le dialogue échoue, les
Togolais prendront leurs responsabilités.
Relevant la nécessité de la reprise de la
coopération avec l’UE, M. Harry Olympio a
dit qu’il est temps que la classe
politique togolaise dans son ensemble,
fasse taire ses divergences idéologiques
et les querelles byzantines pour ne
considérer que l’intérêt supérieur des
populations qui n’ont que trop souffert
des privations consécutives à la
suspension de la coopération.
La mission d’information du Comité des
Ambassadeurs des ACP, débarqués dit-on de
Bruxelles, intervient à un moment où tous
les Togolais ont les regards tournés vers
Bruxelles où le dossier togolais sera une
nouvelle fois examiné par le conseil des
ministres qui se réunira probablement le
22 mars prochain. Le conseil des ministres
examinera la lettre d’introduction
préparée par la commission sur le Togo. Et
au-delà des divergences apparentes au sein
des Etats membres, il ne fait aucun doute
que le processus aboutira tôt ou tard à
l’ouverture du dialogue entre l’UE et
notre pays. Et cette mission, pensons-nous,
avait alors pour objectif de baliser le
chemin vers l’ouverture d’un véritable
dialogue intertogolais. En outre, la
mission du Comité des Ambassadeurs au-delà
des griefs que l’on peut lui faire,
offrait l’occasion aux leaders politiques
de s’exprimer sur la situation du pays,
formuler leurs doléances et enfin faire
comprendre à la délégation comment ils
entendent entre togolais résoudre cette
crise qui a fait tant de mal aux
populations.
Même si l’on sait que depuis plusieurs
années, le groupe ACP a toujours été du
côté du pouvoir togolais contre l’UE lors
des assemblées paritaires ACP-UE, rien ne
peut cependant justifier le refus de
certains partis politiques de rencontrer
les émissaires envoyés par ce groupe. Le
bon sens recommandait que ces partis
aillent les écouter, formuler leurs
doléances et à la fin voir réellement
s’ils sont de
bonne ou mauvaise foi.
Amateurisme politique quand tu nous tient
...! Prétendre gouverner sans la qualité
de diplomate, ça n'existe pas.
La situation que vivent des millions de
Togolais doit inciter l’opposition à plus
de lucidité et de responsabilité. Loin de
nous l’idée de soutenir la dictature qui
régente notre pays durant des décennies,
nous pensons en simples journalistes, que
le prix à payer pour sortir notre pays de
sa crise, c’est le
dialoguer avec le pouvoir en place
puisque qu'aucune autre alternative
n'existe.
L’opposition doit revoir sa stratégie de
lutte si elle veut avoir l’adhésion
populaire. A quelques semaines de
l’ouverture des consultations entre l’UE
et le Togo, l’opposition toujours
enfermée dans ses sempiternelles querelles
de personnes n’a pas encore arrêté sa
plate forme de revendications et tout
porte donc à croire qu’il n’y en aura
pas. C’est dommage ! La politique se ne
résume pas en des déclarations et
communiqués de presse.
Il est désormais temps que l’opposition
mette de l’eau dans son vin si elle veut
compter sur le peuple au nom duquel elle
prétend lutter. Ce peuple est tétanisé par
une misère noire et attend des actes
tangibles et concrets pour le libérer.
En boycottant la rencontre du comité des
ambassadeurs ACP, l’opposition togolaise
rend service au pouvoir qui en profitera
pour montrer aux yeux de la communauté que
c’est toujours l’opposition qui ne veut
pas du dialogue.