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Editorial  

17 mars 2004

Gal Zoumaro Gnofame

A propos de la chasse traditionnelle : Le Général Gnofame explique  
Mathias Akoulansa

Dans son édition N° 377, l'hebdomadaire « Le Regard » a exprimé la surprise et la deception qu'il y a eu de remarquer le Ministre de l’environnement et des ressources forestières au premier rang des invités à l’ouverture de la chasse traditionnelle en pays Kabyè. La déception était d’autant plus grande qu’au lendemain de sa nomination au ministère de l’environnement et des ressources forestières, le Général ministre avait pris une batérie de mesures visant à protéger notre faune et notre flore menacées de disparition. Et l’on avait  cru à travers ces mesures que le ministre allait interdire la chasse quelle que soit sa forme. Comme il fallait s’y attendre, se sentant directement interpelé par cet article et par bien d'autres réactions, le Général ministre a décidé de convoquer la presse pour une mise au point. La rencontre a eu pour cadre la salle de conférence du ministère de l’Environnement et des Ressources Forestières, le vendredi 12 mars 2004.

Relire aussi notre dossier: Mango ou la problématique d’un nécessaire équilibre entre la protection de la faune et la protection du citoyen

Depuis la nuit des temps, la chasse est considérée chez certains peuples du Togo comme une activité culturelle voire une tradition à préserver. C’est pourquoi pendant la période de chasse, généralement en saison sèche, les paysans et certains adeptes de cette tradition avec leurs instruments en main parcouraient des centaines de kilomètres à la recherche d’un gibier qu’ils exhibaient lors d’une  danse organisée à la place publique.

Mais depuis que le Général Eyadema a décrété sa «politique de protection de l’environnement», cette activité est réglementée voire interdite.

Cependant, le peuple Kabyè,  ethnie du chef de l’Etat, organise chaque année et au grand dame des «animaux protégés» sa chasse officielle traditionnelle marquée  par la grande danse des chasseurs à laquelle assiste toujours le Général Eyadema.

Cette année encore la tradition a été respectée chez le peuple Kabyè.  C’est ainsi qul’édition 2004 de la chasse traditionnelle ouverte le 08 mars dernier à Pya et célébrée en présence du Président de la République, de son ministre de l'environement et des invités, on a vu sur nos petits écrans des animaux abattus et brandis comme la coutume le veut. On apprendra de sources sures que certaines des bêtes exhibées ont été abattues par le Général Eyadema lui-même. On sait que depuis ses 37 ans de règne, Eyadema a toujours eu pour loisir favori la chasse aux animaux sauvages. On doit également priciser que c'est sous ce même règne qu'il y a eu des assassinats, des emprisonnements et des exils et des déplacements massifs pour cause de protection des animaux.

En guise de mise au point, il s’est agi pour le Ministre Gnonfame le Vendredit dernier de rappeler les conditions de la pratique de la chasse traditionnelle au Togo.

Le Général Gnofame a d’entrée de jeu indiqué qu’avant la colonisation, il y avait au Togo des zones réservées à la chasse coutumière et d’autres interdites qui sont les forêts sacrées. Le Togo n’ayant pas échappé à la règle, depuis 1938 jusqu’à nos jours ces zones existent et quiconque veut pratiquer cette activité est libre de le faire, a dit le ministre. Cependant, il a précisé que  cette activité,  c’est-à-dire la chasse traditionnelle, est soumise à certaines conditions fixées par un arrêté ministériel.

D’abord,  le ministère de l’environnement envoie aux préfets et sous-préfets une circulaire annonçant le début et la fin de la chasse. Chaque année la chasse traditionnelle débute au Togo le 1er janvier et prend fin le 30 avril ; elle doit se dérouler de 06 heures à 18 heures, la chasse de nuit est interdite. Tous ceux qui  la font sont considérés comme des braconniers, dira le ministre. Le ministre a ajouté que  la chasse doit se faire exclusivement dans les zones non protégées.

Sur la question de savoir qui peut pratiquer cette activité, le ministre Gnofame a dit que tout peuple ou groupe peut organiser la chasse à condition d’adresser une demande au préfet de sa localité qui lui en donne l’autorisation. La demande doit indiquer la zone où doit se dérouler la chasse et les chasseurs sont astreints à utiliser les instruments traditionnels tels la massue, l’arc, la flèche, la hache etc…Ce que le Ministre a omis de dire c'est que Eyadema ne respecte aucune de ces conditions. Pour éviter des débordements dira le ministre, un agent forestier est désigné pour encadrer les chasseurs.

Après ces explications sur la pratique de la chasse traditionnelle au Togo, le ministre Gnofame a laissé entendre que la chasse traditionnelle n’est pas interdite au Togo contrairement à ce que les gens pensent  et que chaque peuple pouvait l’organiser à sa manière.

C’est parce que le peuple kabyè est organisé et que chaque année il en fait une fête que les gens pensent qu’il y a une politique de deux poids deux mesures, a dit en substance  le ministre avant   d’ajouter que le peuple kabyè respecte les conditions décrites plus haut.

Il a profité de l’occasion pour demander aux journalistes d’être le porte-parole auprès des populations qui ignorent cette réalité. « Vous serez les messagers auprès de ces populations, dites-leur que la chasse n’est pas interdite au pays », a dit le ministre à l’endroit des journalistes présents.

Il n’a cependant pas convaincu les journalistes quant aux espèces animales  abattues et brandies lors de la grande danse des chasseurs à Pya Hodo et les instruments utilisés pour les abattre. Il s’est contenté seulement de dire que ces espèces ne rentrent pas dans la catégorie des espèces protégées. Mais tous ceux qui ont eu à regarder la TVT ce jour-là ont pu se rendre compte que les espèces animales brandies par les chasseurs kabyè étaient bel et bien des espèces en voie de disparition et ne pouvaient pas être abattues par les instruments traditionnels dont a parlé le ministre.

Le point de presse de vendredi dernier a cependant le mérite d’avoir su apporter des éclairages à la presse quant à la pratique de la chasse traditionnelle au Togo. Le hic, c’est d’avoir attendu que la presse dénonce ce que beaucoup de Togolais appellent ‘’la politique de deux poids deux mesures’’ pour donner des explications aussi importantes. Qu'il soit entendu partout au Togo que la chasse n'est pas interdite et que tous ceux qui ont souffert de tortures des berets rouges pendant des années l'ont été à tort.

Monsieur le ministre,  très décontracté a en quelque sorte reconnu sa maladresse en ne donnant pas assez d’informations à la presse privée à qui il a promis de l’associer désormais dans les décisions qu’il prendrait dans le sens de la protection de l’environnement.

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