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Le
CAR, la CDPA et l’UFC boudent
le Comité des Ambassadeurs des ACP en
mission d’information au Togo
Alain
Nococo
Annoncée la
semaine dernière par notre confrère
« CARREFOUR » dans sa livraison N° 388, la
délégation du Comité des Ambassadeurs des
pays ACP est arrivée samedi dernier dans
dans la capitale
togolaise. La délégation devait, à
travers des rencontres avec les partis
politiques et la société civile, recueillir
des informations sur la situation politique,
sociale et économique du Togo dans la
perspective des négociations en cours entre
l’UE et le Togo.
Conformément à cette mission
d’information, la délégation composée de
cinq membres et conduite par son président,
M. Jacques OBIA (l’ambassadeur
du Congo Brazzaville auprès des ACP),
a entamé depuis hier des rencontres
avec les différentes composantes de la
société togolaise. La mission
doit durer du 15 au 18
mars 2004.
Hier matin, après son entretien avec
le chef de l’Etat à Lomé 2, la délégation a
rencontré à l’Hôtel Corinthia 2 Février les
associations de presse, toute tendance
confondue.
Comme il
fallait s’y attendre, ce sont les membres du
Conseil
togolais des éditeurs
de presse privée
(CTEP) dirigé par M. Lucien Messan
qui ont ouvert le bal en se livrant à leur
exercice favori, celui de vanter les progrès
réalisés par le pouvoir en matière de
liberté de presse au Togo. Après avoir fait
l’apologie du pouvoir et trouvé les rapports
entre la presse et le pouvoir satisfaisants,
ceux-ci ont simplement demandé à l’UE de
reprendre sa coopération avec le Togo afin,
disent-ils, de
permettre aux populations de se nourrir et
de se soigner.
Dans l’après-midi, la délégation
devrait rencontrer les partis politiques
selon un calendrier établi.
Cette initiative éminemment politique
et aux objectifs inavoués ne semble pas
inspirer confiance à certaines formations
politiques qui, pour des raisons évidentes,
ont refusé de se prêter au jeu du pouvoir.
Dans une lettre envoyée à Monsieur
Jacques OBIA, Président de la délégation des
Ambassadeurs ACP en séjour à Lomé, le CAR de
Me AGBOYIBO souhaite avoir une idée de la
teneur du mandat que le pouvoir togolais et
l’UE ont confié au comité des ambassadeurs
et s’inquiète des fins que le comité des
ambassadeurs poursuit étant entendu qu’il
n’est pas partie aux consultations en cours.
Le CAR écrit à
M. Jacques OBIA
« Je viens
de recevoir à l’instant même, la lettre par
laquelle le Ministre de l’Intérieur
m’informe que le CAR est invité à rencontrer
ce lundi 15 mars à 16h30, une délégation du
Comité des Ambassadeurs ACP en séjour au
Togo dans le cadre des consultations que
l’Union Européenne se prépare d’ouvrir avec
le Togo»,
écrit Maître Yawovi Agboyibo.
Les consultations en perspective
devant avoir lieu entre l’Union Européenne
et le Gouvernement togolais, le CAR aimerait
prendre connaissance de la teneur du mandat
que les deux parties concernées ont confié à
la délégation des Ambassadeurs des ACP,
a laissé entendre le leader du CAR.
Le Comité des Ambassadeurs ACP
n’étant pas en effet partie aux
consultations annoncées, le CAR est inquiet
des fins qu’il poursuit par l’envoi d’une
mission au Togo.
«Il va
de l’intérêt des populations togolaises que
le Gouvernement entre en discussions
directes avec l’Opposition en vue de créer
les conditions de reprise de la coopération
avec l’Union Européenne au lieu de continuer
à passer par des chemins détournés pour
faire croire à l’opinion internationale que
tout va bien au Togo alors qu’il n’est un
mystère pour personne que le pays traverse
une crise profonde qui ne cesse de
s’aggraver ».
Poursuit la lettre de Maître Yawovi Agboyibo.
L'UFC s'exprime dans
un communiqué de presse:
Le parti de Gilchrist Olympio ne
s’est pas lui non plus
"laissé distraire"
par les émissaires
des ACP «en
mission de soutien à un ami en mal de
légitimité.»
Les responsables de ce parti indiquent que
« le mercredi 10 mars 2004, l’UFC a reçu
une lettre du Ministre de l’Intérieur, de la
Sécurité et de la Décentralisation datée du
09 mars 2004, annonçant l’arrivée ‘’d’une
délégation du Comité des Ambassadeurs des
ACP’’ dans notre pays, dans le but de
‘’recueillir des informations sur la
situation politique, sociale et économique
du Togo’’ et ‘’l’invitant à prendre une part
active à cette consultation dont le
programme sera communiqué dès l’arrivée de
la mission au Togo’’.»
Le lundi 15 mars 2004 à 14 heures, l’UFC
reçoit une autre
lettre du Ministre de l’Intérieur, de la
Sécurité et de la Décentralisation lui
communiquant ‘’le programme de travail de la
mission d’information ACP’’ qui prévoit la
réception de l’UFC par la délégation à 15
heures.
Sur la forme : l’UFC trouve
discourtoise la procédure d’invitation
utilisée par les autorités publiques,
procédure qui manifeste du mépris,
selon l'UFC.
Sur le fond : l’UFC s’interroge sur
la mission réelle de ce comité
d’Ambassadeurs ACP à l’approche de
l’ouverture des consultations de l’UE avec
le Togo. Le Togo
s’est toujours servi des ACP comme groupe de
pression sur l’Union Européenne pour obtenir
la reprise de la coopération sans satisfaire
aux exigences de l’UE qui pourtant sont
l’intérêt des populations ACP en général et
togolaises en particulier.
«L’UFC n’a pas
jugé utile de rencontrer le Comité des
Ambassadeurs ACP pour éviter de cautionner
une farce visant à influencer dans le sens
des intérêts du pouvoir, les consultations
UE/ACP, détournant ainsi l’article 96 de la
convention de Cotonou de son objectif »
Programmée pour hier, la Convention
Démocratique des Peuples Africains (CDPA)
n’a pas non plus
répondu au rendez-vous. Le parti du
professeur Gnininvi qui se prépare à sortir
un communiqué, aurait cependant envoyé
une lettre au président du comité pour lui
signifier sa non disponibilité à répondre à
son invitation.
Seuls le RSDD conduit par Harry Olympio,
la CPP de Edem Kodjo conduite par Cornélius
Aidam et la JUVENTO conduite par Monsila
Djato ont répondu au rendez-vous d’hier.
Il est prévu aujourd’hui une rencontre avec
les formations suivantes : PDR, UDPS, PRR,
PSR, MOCEP et RPT
On saura dans la soirée au journal télévisé
de 20 heures si le PDR de M. Ayeva et le PSR
de Me ABI ont accepté de jouer le jeu du
pouvoir en rencontrant le comité des
ambassadeurs.
Quant aux autres formations politiques, il
ne fait aucun doute qu’ils vont répondre au
rendez-vous étant donné qu’elles sont
considérées comme des démembrements du RPT.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que
cette mission du comité des ambassadeurs des
ACP à quelques semaines de l’ouverture des
consultations entre notre pays et l’UE est
perçue dans les milieux proches de
l’opposition comme une farce visant à
tourner les leaders de l’opposition en
bourrique au profit du pouvoir. Pour
certains observateurs, les ACP sont bien
instruits du dossier togolais et ce n’est
pas en si peu de temps qu’il pourra recenser
les maux du Togo ou mieux recueillir les
informations sur ce pays. Il ne sera donc
étonnant selon certains responsables
politiques, qu’à l’issue de sa mission, le
Comité des ambassadeurs ponde un communiqué
demandant à l’UE de reprendre sa coopération
avec le Togo. |